XXVI. 3o
suivi presque un demi - mille. Voilà, en vérité, tout ce que je puis vous marquer d'ici. D'ailleurs, les affaires ne me manquent pas, et ma soi-disant indépendance* ne me garantit point d'un travail qui commence à la pointe du jour, et ne se termine qu'à six heures du soir, que les lettres cessent d'arriver. Il y a quelque société ici, que je ne vois que de loin à loin, et voilà tout ce que Brcslau me fournit. C'est en vous assurant, mon cher frère, de mon estime cl de ma tendresse que je vous prie de me croire, etc.
35i. DU PRINCE HENRI.
Dresde, 3 décembre 1 77S.
Mon très -cher irkre,
Plus occupé du désir de vous servir et de l'ardeur de vous être utile, mon très -cher frère, je n'ai point consulté mes propres forces en prenant le commandement de l'armée dont vous avez bien voulu me charger. J'ai cru que j'étais en état de remplir dans toute son étendue le poste que vous m'aviez confié. Quoique la campagne qui s'est terminée ait été assez fatigante, elle n'a pourtant point été des plus rudes, et sa durée a été courte; cependant il m'est impossible de vous dépeindre tout ce que j'ai souffert et de corps, et d'esprit, ni tous les efforts qu'il m'a fallu faire pour la supporter et pour la terminer. Je n'ai point de maladie formelle, et je mentirais, si je le disais; mais ma constitution est si affaiblie, mes nerfs sont tellement ébranlés, que je ne l'aurais pas cru moi-même, si je n'en avais fait la fâcheuse épreuve. Cela m'a empêché même de me porter aussi souvent que je l'aurais désiré aux lieux où je voulais être. J'ai eu mes
» Ces derniers mots font allusion au passage suivant d'une lettre inédite du prince Henri à Frédéric, Gros» -Sedlitx, 12 novembre 177$ '■ 'Je ne suis nulle- •ment surpris que vous trouviez de grandes occupations à Brcslau; c'est l'apa- • nage de la royauté , laquelle sans doute a ses peines , qui sont couvertes par la •gloire, la richesse et l'indépendance. .
yeux attaques de fluxions; si je suis longtemps à cheval, il me prend une soif ardente, et je suis sujet à des vertiges; et vous me pardonnerez, un détail si peu propre à vous être rendu, mais ou -j'ai le ventre serré, ou bien le contraire m'arrive à un point qui m'affaiblit encore plus. A tout cela se joint que les moindres nouvelles me causent une émotion que je n'ai jamais sentie autrefois. Je me suis chagriné, et cela m'a rendu comme mélancolique. Dans cette situation, pour laquelle je ne sais aucun remède, je me trouve forcé à vous supplier, mon très -cher frère, de me permettre de me retirer, après que vous aurez nommé quelqu'un qui doive prendre le commandement de l'armée. Ma situation malheureuse ne m'est que trop connue; je rentre, pour ainsi dire, dans le néant, et je perds tous les honneurs du commandement. J'ai toujours aimé d'être utile; j'ai recherché à l'être, et je suis privé non seulement de tous ces honneurs et de ces espérances, mais j'ai encore à appréhender l'oubli des services que j'ai rendus, et c'est le plus grand chagrin pour moi quand j'y pense. Cependant je ne puis prendre d'autre parti. Il est humiliant pour moi d'avoir une santé faible, mais il serait malhonnête de le cacher et de me charger d'un fardeau que mes forces ne me permettent plus de supporter. Si onze campagnes dans lesquelles j'ai reçu de vous, mon très-cher frère, des lettres et des promesses flatteuses, et des services en temps de paix, pour lesquels j'ai également reçu des preuves de votre satisfaction et des assurances que vos bontés pour moi se feraient connaître un jour, si ces services, dis-jc, peuvent me conserver votre souvenir, j'aurai au moins la seule consolation que je puisse recevoir dans mon infortune. Si elle m'est ôtée, j'aurai encore celle d'avoir été dans tous les emplois de ma vie désintéressé, de les avoir remplis, sinon avec toutes les lumières d'un autre, du moins avec toute l'intégrité, et d'avoir recueilli au moins quelquefois votre satisfaction et celle du public; et, dans la retraite la plus profonde, j'attendrai la mort sans la désirer ni la craindre, mais toujours rempli du tendre et respectueux attachement avec lequel je ne cesserai d'être, etc.
35a. AU PRINCE HENRI.
Brcslau, il décembre 1778.
Mon thés -cher frère,
J'ai clé sensiblement louche, mon cher frère, de la lellre que vous m'avez écrite; mais la goutte m'avait mis hors d'état d'écrire, parce que je l'avais aux deux jambes et à la main gauche. Maintenant que mes jambes sont un peu dégagées, je puis du moins griffonner tant bien que mal. Mais pour en revenir à votre lettre, vous devez comprendre, mon cher frère, qu'elle me met dans un grand embarras, puisque les personnes comme vous ne se trouvent pas facilement. Je ne puis donner le commandement de cette armée qu'au Prince héréditaire ; mais mes affaires péricliteraient assurément, si je le tirais à présent de la Haute -Silésie, où il m'est encore impossible de me transporter moi-même. Je dois vous dire, de plus, que nous sommes à présent dans l'incertitude si la paix se fera, ou si la guerre continuera. J'attends donc de votre amitié et de votre complaisance que vous voudrez différer votre résolution jusqu'au temps qu'on voie plus clair dans les affaires générales, et que le prince Hepnin se soit expliqué sur les intentions de la Russie, et surtout que je puisse retirer avec sûreté le Prince héréditaire de la Haute -Silésie, du moins que je ne coure aucun risque à le translater ailleurs. Ce que vous ajoutez, mon cher frère, que vous craignez d'être oublié, serait bon dans la bouche d'un homme qui ne s'est jamais illustré ; mais j'ose vous dire que ces propos ne vous conviennent pas, à moins de supposer que le public est injuste, et que je suis le plus ingrat des hommes, et j'espère que vous ne pensez pas ainsi sur mon sujet. D'ailleurs, la mauvaise saison et les mauvais chemins font que tout le monde est tranquille chez soi. Nos quartiers ne sont plus inquiétés; la dernière affaire de Jggerndorf a trop coûté aux Autrichiens, qui nous laissent depuis en repos. Je suis, etc.
Dresde. i5 décembre 1778.
Mon tkks-cukr fkkre.
La lettre gracieuse que vous m'avez écrite, mon très-cher frère , me console et me touche sensiblement. Le bonheur de vous avoir été utile, dont vous daignez me flatter, me cause le regret de ne pouvoir vous servir comme je le voudrais, mais ne me fera jamais renoncer au désir et à la volonté de vous servir, même dans les moindres choses. Je vous ai représenté ma triste situation ; je l'ai fait, puisque je le devais, sans égard pour la paix ou la guerre. Dans le premier cas, dont la possibilité est apparente, .je n'aurais pensé qu'à mon intérêt en dissimulant pour me déterminer suivant les conjonctures; mais d'abord que vous le voulez, mon très -cher frère, c'est une autre chose. Je puis à cette heure remplir des fonctions moins pénibles, et lorsque cet affaiblissement me prend , je puis remettre d'une heure à une autre un ouvrage qui ne perd rien, lors même qu'il est différé. Vous savez d'ailleurs, mon très -cher frère, que, en cas de guerre, on n'a point bonne grâce à quitter lorsqu'une campagne est prête à s'ouvrir. Mais je remets tous mes intérêts entre vos mains. Je n'ai ni caprice, ni volonté; je vous expose ma situation, et vous la déterminerez. Si même je pouvais vous être utile à quoi que ce soit dans la moindre partie, je m'en ferais gloire, puisque ce sera toujours aux yeux du public une preuve, non seulement que je vous suis attaché, mais encore que je n'ai pas mérité de perdre votre confiance. \roilà où se bornent, malheureusement pour moi , les dernières preuves que je puis vous donner, mon trèscher frère, de ma reconnaissance et du tendre et respectueux attachement avec lequel je fais gloire d'être, etc.
47o IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC
Hrcslau. 17 décembre 177S.
Mon trks-cher frère,
Je participe bien sincèrement, mon cher frère, au délabrement de votre santé: je ne saurais pourtant renoncer à me flatter encore que, avec du régime et un exercice modéré, vous pourrez vous remettre, non pas comme à l'Age de dix -huit ans, mais mieux que vous n'êtes actuellement. 11 est vrai que la guerre demande une constitution forte et robuste, et que les infirmités ne s'accordent guère avec les secousses de corps et d'esprit auxquelles on est constamment exposé. La bonne volonté ne suffit pas; il faut que la machine ne se refuse point au jeu des ressorts qu'on demande d'elle. La guerre présente sera sûrement la dernière à laquelle je me trouverai ; je souhaite seulement d'en atteindre la lin, et qu'elle soit aussi heureuse que je la souhaite pour notre patrie et pour l'Allemagne. Le prince Repnin n'est point encore arrivé, mais il ne doit pas tarder de beaucoup.3 Il est parti le 1 1 de Varsovie, et il n'y a d'ici à cette capitale que quarante -deux milles. Nos frontières sont tranquilles ....
Rrcsl.ui, a3 décembre 1778.
Mon tuks-cher frèhe,
Je suis bien fâché d'apprendre que votre santé, mon cher frère, n'est pas telle que je la désire. 11 faut espérer que le repos la remettra, du moins en partie. Il est bien vrai qu'à un certain âge la tranquillité est préférable à l'action. Tout le monde peut, hors moi, disposer de soi. Mon destin veut que je coure sous le
• Vnvt-i t. VI. p. 164 et simaotcv Le prince Kcpnin ani\a à Hrc&lau le 17 décembre au mùi .
haraois que je suis oblige de porter, et je dois m'y soumettre. Voici une réponse à cet officier palatin. Je vous prie de m'excuscr auprès de l'Electrice douairière a sur l'impossibilité de recevoir ce volontaire. Nous avons tant de bagage dans les armées, qu'il ne faut pas le surcharger par des meubles inutiles; et d'ailleurs qui peut répondre que ce drôle ne soit pas un espion que les Autrichiens veulent placer dans nos camps? Il faut être sur ses gardes de tout ce que l'on peut soupçonner, et encore ne pousse- t-on pas peut-être la vigilance assez loin. Les chemins, impraticables et rompus par les fontes des neiges, tiennent amis et ennemis dans l'inaction sur les frontières. Je crois qu'on ne pourra se remuer que quand le mois de janvier aura amené les grandes gelées. Je recommence un peu à marcher à présent; mais ma main gauche est encore estropiée, ce qui m'incommode beaucoup. D'ailleurs, les a (Taire s s'accumulent à présent prodigieusement par l'arrivée du prince Rcpnin. La médiation sommeille encore, et les négociations ne semblent pas devoir être entamées avec feu et vivacité; mais les préparatifs de la campagne, eu revanche, demandent des soins et des détails énormes. C'est en vous embrassant, mon cher frère, que je vous prie d'être persuadé de la tendresse infinie avec laquelle je suis, etc.
Rcichenbaeh, 8 février 1 779-
Mon trks-ciikr krkrk,
Votre lettre, et les nouvelles que vous me donnez, m'ont fait le plus grand plaisir. Je conviens, mon cher frère, que cette expédition11 ne décide de rien pour la campagne prochaine; mais elle fait respecter les troupes, et oblige les Autrichiens à ne pas négliger tout à fait les attentions qu'ils doivent porter à la sûreté
» Voyext. XXIV, p. ;ti5.
•» Celle du général <lc Molleodorfl'. Voyez i. V. p. 6.1, et t. VI, p. 171.
4ya IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC
de In Bohême. Je ne puis encore rien vous dire de ce que nous pourrons exécuter dans ces cantons. Les chemins des montagnes sont maintenant impraticables pour l'artillerie. Les troupes autrichiennes ont reçu toutes l'ordre de se porter sur nos frontières le ier mars; mais j'espère bien, avant ce temps, de leur avoir porté quelque bon coup; et quant à la paix, je crois qu'il est très - possible qu'elle se fera, mais je n'y ajouterai foi qu'après la conclusion des préliminaires, et il n'y a point de tin avec les Russes. En attendant, le temps s'écoule, et si la négociation des médiateurs ne termine rien durant le courant du mois présent, il est plus que probable que la campagne prochaine se fera.
V oici l'ordre pour Mollendorff, avec une lettre pour lui. J'attends à recevoir des détails de l'affaire de Brix, pour savoir ceux qui se sont le plus distingués.
C'est en vous assurant de mon plus tendre attachement que je vous prie de me croire , etc.
Silbcrberç. 19 février 1779.
Mon ciieh frère ,
Nous avons hasardé, et nous avons été heureux; nous avons chassé les Autrichiens de presque toute la principauté de Glatz. excepté de Rcincrz,. Nous occupons Braunau, Habelschwerdt, et nous poussons jusqu'à Polit/,. L'expédition, à la vérité, ne nous a valu que deux officiers et cinquante prisonniers; mais ces. b ne tiennent pas, il n'y a pas moyen d'en prendre davantage. Ce n'était pas l'entreprise de M. de Villeroi qui le fit battre à Ramillics, mais la mauvaise disposition qu'il avait faite, tant par le choix du terrain que par rapport à ses bagages, qui se trouvaient entre ses deux lignes. Le mauvais choix du terrain fut également cause que le prince de Lorraine fut battu à Leuthen. II ne faut pas confondre les choses. Il faut sans doute ha-
sardcr quelquefois à la guerre; mais il faut ôter à ce hasard tout ce qu'on peut par la prudence, et, dans la position où se trouve à présent mon armée, si une partie ne veut rien faire du tout, elle donne à l'ennemi le moyen de rassembler des forces supérieures pour opprimer l'autre corps. Voilà mes principes , conformes à ceux de tous les vieux généraux de l'antiquité. 11 faut agir, mon cher frère; l'ou ne sera pas toujours heureux; mais à la longue, en imitant les Condé, les Turcnne, les Eugène, on doit sûrement se promettre plus de succès qu'en suivant l'exemple du duc de Cumberland, qui, entassant retraite sur retraite, s'accula à la fin à Stade, prêt à signer un traité à jamais honteux avec le duc de Richelieu. a La guerre et la mollesse ne vont pas ensemble; mais quiconque n'entreprend rien après avoir bien réfléchi à sa besogne ne sera jamais qu'un pauvre sire. Voilà ce que nous dit l'expérience et l'histoire de toutes les guerres. C'est un grand jeu de hasard, où celui qui calcule le mieux gagne à la longue. Celte matière est inépuisable; elle fournirait matière à barbouiller des volumes in-folio, et l'on manquerait plutôt de papier que de sujets de raisonnements. Le temps est très -doux ici. Les ruisseaux sont, à la vérité, devenus des torrents; mais la bonne volonté vainc tous les obstacles. Quand je saurai des nouvelles plus importantes, je ne manquerai pas de vous les communiquer, étant, etc.
Silbcrberg, a4 février 1779.
Mon tkks-cuer fkkre,
Je m'en rapporte au chiffre quant aux nouvelles politiques, et pour d'autres nouvelles, mon cher frère, je n'en ai aucune aujourd'hui qui mérite de vous être mandée. Silbcrberg est un si petit théâtre, qu'à peine arrive -t- il tous les vingt ans une chose
* Voyez t. IV, p. 137 et suivantes, i43 et 177.
digne d'être sue dans le voisinage. Je m'amuse quelquefois avec le général Kamcnsky, dont la vivacité est digne d'un habitant de la Provence. Hier j'ai fait pour la Russie la conquête de la Perse, et j'ai déclaré le petit général vice-roi de cette nouvelle conquête. Je lai établi avec sa cour et un million de revenus à Ispahan. 11 a fort goûté ce projet, et je crois qu'il est tout occupé pour se styler à ce bel emploi et pour régler les dépenses. Cela Ta rendu heureux durant la séance de la table, et ce rêve agréable l'a occupé pendant toute la nuit. Vous voyez, mon cher frère, qu'il faut être entreprenant, ou que l'on ne conquerra jamais des Perses, ni des Mogols. Souffrez que je m'arrête en si beau chemin, pour barbouiller un tas de sottises ennuyeuses et désagréables. C'est donc en vous embrassant que je vous prie de me croire avec une parfaite tendresse, etc.
Silberbcrs, 37 février 1779.
Mon trks-cher frère,
Je n'ai pas douté, mon cher frère, de la part que vous prendriez à la fin de cette guerre. Il n'y a rien de fort glorieux dans ceci. Nous n'avons eu aucun avantage marqué sur l'ennemi qui pût l'humilier, et l'on m'assure que l'Empereur, fâché de rendre ses usurpations en Bavière , nous en garde le désir de s'en venger à la première occasion; ainsi il faut plutôt regarder l'accord qui va se faire comme une trêve que comme une paix durable et sûre. Ces négociations n'empêchent pas le héros Wurmser de faire le spadassin ici , dans le voisinage. Il voudrait me donner l'alarme. Il aura sur les doigts, si sa présomption l'enhardit. Mais je ne précipite rien. En Haute -Silésie, il y a eu des dragons et hussards ennemis de pris par nos embuscades ; mais tous ces succès sont si minces, que ce n'est pas la peine d'en parler. Je vous
renvoie donc, mon cher frère, au chiffre, en vous priant de me croire avec toute la tendresse possible, etc.
36o. AU MÊME.
Silberbcrg. i" mars 1779.
Mon tkks-ciikr friche,
J'ai reçu votre lettre du 27 de février. Les nouvelles que vous me marquez sont conformes à celles que j'ai reçues de Vienne; mais de ce coté-ci, l'ennemi marque encore beaucoup d'inquiétude. Le général Clairfait a attaqué hier le poste de Neustadt, où se trouve le régiment de Prusse, avec un corps environ de douze mille hommes, mais dont il a été vigoureusement repoussé.* Aussi le général Anhalt a été attaqué près de Braunau, et l'ennemi a été également repoussé. a Ce sont là les derniers efforts de la rage de l'Empereur, qui est au désespoir de la paix qui va se faire; mais dès que la mère la veut, il sera obligé d'y consentir. Dans peu de jours, nous verrons s'il y aura une suspension d'armes, ou s'il n'y en aura point; du moins n'aurons - nous pas été les derniers battus, si les choses restent sur le pied où elles en sont actuellement. La ville de Neustadt n'a pas laissé de souffrir beaucoup par les obus et grenades qui y ont été jetés. C'est ce que je serai obligé de réparer à la paix.
Je n'ai pas lieu du tout de me louer des Russes dans cette affaire-ci. Je vous en parlerai une fois, quand il n'y aura rien de plus intéressant à dire. Je suis, etc.
» V nui t. \ I . p. 171 cl 17*, et i>. 174».
36i. AU MÊME.
Silberbcrç, 4 niars 1779.
Mon cher frère,
\T ous vous souviendrez, mon cher frère, que je vous ai dit à
Berlin que nous ne pouvions rien désirer de mieux que d'obliger les Autrichiens à rendre leurs usurpations; cela tient à un objet de politique bien important, parce que si cet acte de violence leur était passé, ils se seraient arrogé une autorité despotique dans l'Empire, dont tôt ou tard nous aurions ressenti les funestes effets. Quoique cette restitution ne soit pas aussi entière qu'elle l'aurait été à souhaiter, néanmoins voilà pourtant le premier projet de l'ambition effrénée de l'Empereur de manqué, et nous gagnons le grand avantage que dans l'Empire l'on nous envisagera comme un contre -poids utile au despotisme autrichien. Ce qui regarde l'argent dépensé, il faut le remplacer par une bonne économie, en retranchant pour un temps tout ce qu'on pourra ménager en dépenses superflues; mais, en fait de campagnes, nous n'avons fait que des misères qui ne peuvent nous rendre ni méprisables ni respectables à nos ennemis. Voilà deux jours qu'un faquin d'Autrichien, nommé Wallis, vient avec seize bataillons attaquer notre poste de Neustadt, où commandait Winterfeldt« avec le régiment de Prusse. Ce gueux a été chasse comme il le mérite; mais ni plus ni moins, il y a deux cent quarante maisons de brûlées, tant dans la ville que dans le faubourg. Je suis si aigri contre toute cette engeance autrichienne, que je perdrais la vie avec plaisir, si je pouvais seulement me bien venger d'eux. C'est le manque d'argent qui oblige ces misérables à faire la paix; mais ce ne sera, à le bien prendre, qu'une trêve. Je vous avoue que vos Russes sont d'étranges gens, et que bien heureux est celui qui n'a rien à démêler avec eux. Je suis, etc.
» Le colonel Charles-Louis de Winterfcldl , né en 1726, était commandeur du régiment de Prusse infanterie (t. IV, p. 1 4 > >• H devint général - major en 1781, et mourut en 1784.
AVEC LE Pli IN CE HENRI.
Breshu. a8 mars 1774).
Mon thks-ciier kkkkk,
tic ne puis encore vous inarquer rien de positif touchant la paix. Si j'étais, mon cher frère, dans la nécessité de la gueuser, je pourrais avoir recours aux expédients que vous proposez; mais je n'en suis pas, grâces au ciel, réduit à celte extrémité. Si la Saxe n'obtient pas une satisfaction honnête, personne, à l'avenir, ne voudra s'allier avec la Prusse. Ainsi j'insiste roide sur ce point; ou qu'on indemnise la Saxe, ou je continue la guerre: voilà les paroles sacramentalcs de la négociation. Attendons donc patiemment ce que le congrès fera: et comme d'ailleurs je suis préparé à tout événement, je n'ai rien à craindre. C'est en vous embrassant que je vous prie de me croire avec toute la tendresse possible, etc.
(Brrsliiu) i3 avril 1779.
Mon très -cher khkke,
Je vous annonce enOn, mon cher frère, la paix autant que faite,» non pas plâtrée, non pas obtenue en sacrifiant nos alliés, mais une paix conforme à l'honneur et à la dignité de la Prusse. L'électeur de Saxe aura quatre millions en argent, le prince de Deux -Ponts aura sa satisfaction, et la Bavière, à l'avenir, demeurera intacte aux désirs des Autrichiens à la démembrer. Cette nouvelle est arrivée en même temps avec celle de Constantinople, qui nous apprend la signature des préliminaires entre les Russes et la Porte. Toute notre affaire pourra traîner jusqu'à la fin du mois pour gagner son entière confection. Comme je crois que
• Voyez t. VI, p. 173 et suivantes.
nia dépêche vous fera plaisir, je la fais partir incessamment. Je suis, etc.
(Brrslau) i3 mai 1779
Mon ciiek frkrk ,
La paix sera signée aujourd'hui; ainsi, mon cher frère, vous pouvez sans risque faire marcher incessamment les troupes, chacune à leur destination. J'en fais de même ici, et comme actuellement les Autrichiens évacuent la Bavière, nous nous relirons de Troppau et de Jagcrndorf.
J'ai encore des affaires dans la province qui m'arrêteront bien encore une dizaine de jours, et à présent ce sont les marches des régiments, rembarquement des équipages et cent choses de celte espèce avec lesquelles je m'occupe pour tout régler et aller à l'épargne autant que possible. Je suis, etc.