‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 5)Chapitre 51 sur 81 · I.c 10 octobre · texte numérisé non relu

I.c 10 octobre

Mon tkks-chkr frkrk,

Je ne vous ai point parlé de ma personne, mon cher frère, parce qu'un homme est un misérable individu en comparaison de l'espèce, et que c'est peu de chose dans l'Europe qu'un vieillard souffre des fatigues, ou qu'il les expédie lestement. J'ai fait ma tournée accoutumée; il m'en a plus coûté qu'à l'âge de quarante ans ; mais enfin il ne faut pas se refuser aux devoirs de sa charge . mais tâcher de les remplir le moins mal que possible. Nous avons eu ici M. de Bouille, qui est un homme de mérite, parce qu'il a su allier au mérite d'un bon militaire tout le désintéressement d'un philosophe; et quand on est assez heureux de rencontrer des hommes pareils, il faut en tenir compte à toute l'humanité, parce que la vertu est rare, et que d'honnêtes gens ne sauraient qu'en relever le mérite. A présent tous nos étrangers ont disparu à la fin de nos manœuvres, et je vis retiré dans ma retraite philosophique. Je ne connais tous les gens de lettres dont vous me parlez que par réputation. M. de Condorcet est un élève de d'Alembert; il est à croire qu'il suivra les préceptes de son insti-

tuteur, auquel il n'y aurait aucun reproche à faire, si ce n'est sa trou grande complaisance pour Diderot, qui la entraîné au delà des lois sages qu'il s'était prescrites. Vous voyez par là combien l'esprit humain est sujet à des séductions étranges, et que les plus sages se laissent quelquefois entraîner par ceux auxquels ils devraient imposer des lois. Voilà où les plus sages en sont réduits, ce qui diminue beaucoup, en ma façon d'envisager les choses, le mérite de notre espèce. Les plus sages font des fautes: à quoi ne sont pas réduits les plus ignorants! Tout ceci, mon cher frère, se ressent des réflexions d'un vieillard qui est presque mort au monde, et qui, dans le silence de toutes passions, raisonne sur ceux que les passions entraînent encore. Cela me fait souvenir du mot du maréchal de Broglic, gouverneur de Strasbourg, qui disait à de jeunes officiers débauchés de sa garnison: «Messieurs, faites comme moi, soyez sages.» Quelqu'un lui répondit : «Monsieur le maréchal, attende/, que nous ayons atteint à votre âge.» Je suis, elc.

Le 17 octobre 1784.

Il est sûr que le monde est plongé dans un étrange chaos, en ce qui regarde la politique; mais ce ne sera pas nous Prussiens qui le débrouillerons; ce seront les deux cours impériales qui voudront chasser les Turcs de l'Europe, ou l'Empereur qui peut-être voudra attaquer les Hollandais, enfin quelque entreprise décisive qui force les autres potentats à se lier ensemble pour résister aux perturbateurs du repos public. L'impératrice de Russie commence à se montrer: mais, toujours affaissée par une sombre mélancolie, elle devient religieuse; l'on croit qu'il n'y aura plus de nouveau favori. Je regarde cela comme des nouvelles, et j'attends d'apprendre si son voyage de la Crimée aura lieu, ou si elle l'abandonne. Voilà ce qui nous éclairera le plus, et nous

5ia IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

fera voir si son ambition s assoupit, ou si elle se réveille. Je ne m'attends pas à beaucoup du pays où vous êtes, par bien des raisons que vous devinez sans doute. Voici une chance qui s'offre : les Hollandais refusent net de souscrire aux usurpations du commerce de l'Escaut, que l'Empereur se veut approprier. Il se peut que d'un moment à l'autre il y ait en Flandre quelques hostilités commises, et dès lors la France se trouvera dans de grands embarras. Mais j'abrège tous mes raisonnements, dans l'espérance de vous revoir bientôt, de vous entendre et de vous expliquer mes réflexions de vive voix.

Le 17 octobre 1784.

Mon trks-ciikr frkhe.

Quand on se trouve à Paris, mon cher frère, une foule de matières se présentent sous la plume; une ville prodigieusement peuplée, une nation industrieuse, sont des sources intarissables dans lesquelles on puise cent choses agréables, intéressantes et instructives. Je me trouve en cela fort arriéré, et hors d'état de vous rendre la pareille. Vous entretiendrai-je de mes vignes, qui ont produit des raisins fort médiocres, de nos arbres, que le froid dépouille de leurs feuilles, de mon jardin, que le froid m'obligera d'abandonner dans peu? Que vous dirai -je de la société? Je vis reclus comme les moines de la Trappe sur lesquels vous avez jeté un coup d'œil; je travaille, je me promène, et je ne vois personne. Mais je m'entretiens avec les morts en lisant leurs bons ouvrages, ce qui vaut mieux que d'invoquer les mânes et de s'entretenir avec Sorbon et son mauvais génie, usage que la maçonnerie a mis en vogue, et que la superstition populaire adopte. Je vous prie , mon cher frère , de vous familiariser un peu avec les ermites gaulois , pour qu'en revenant vous puissiez vivre avec votre vieux frère, qui ne tient plus au monde que par

AVEC LE PRINCE HENRI. 5i3

un fil. Quelle chute de quitter Paris, et de se trouver à Potsdam , chez un vieux radoteur qui a déjà envoyé une partie de son gros bagage prendre les devants pour le dernier voyage qui lui reste à faire. » Là, vous avez vu des bustes, on vous a lu des opéras, vous avez entendu déclamer de fameux académiciens; ici, vous verrez un vieux corps cacochyme, dont la mémoire est presque perdue, qui vous ennuiera par des propos usés et par les inepties de son bavardage. Mais songez cependant que ce vieillard vous aime plus que ne font tous les beaux esprits qui sont à Paris. Soyez persuadé de son tendre attachement et de la haute estime avec laquelle, etc.

Le »4 octobre 1784.

Nos lettres de Russie ne parlent point des écrits de l'Impératrice à son fils; au contraire, on dit qu'ils ne sont pas bien ensemble. Une étourderie de Cobenzl l'a brouillé avec la pantooratrice , et l'on croit que son chagrin mélancolique lui fait entièrement mettre de côté le projet de couronner son petit -fils à Conslantinople. Vos Français sont de bien mauvais alliés, vu les conseils pusillanimes qu'ils ont donnés à leurs alliés les Turcs, et les honteux conseils que maintenant ils donnent aux Hollandais. Toutes les apparences sont que par la médiation de la France et de la Russie les chicanes que Joseph a suscitées aux Hollandais seront apaisées.

» Voyez t. XXIII, p. 36i ; t. XXIV, p. 267; el t. XXV, p. 17g.

Si4 IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

3g3. AU MÊME.

Le a4 octobre 1 784-

MoN TRÈS -CHER FRERE ,

Vous avez, mon cher frère, tous les jours de nouveaux objets qui vous occupent; vous passez vos jours à parcourir de chefd'œuvre en chef-d'œuvre, et à voir encore les traces récentes des magnificences du règne de Louis XIV. Cela peut occuper plus longtemps qu'on ne le pense. Si vous retournez * pour être vers la fin du mois à Brunswic, j'espère que vous voudrez bien passer par chez moi, ce qui n'allonge votre chemin pour Berlin que de deux lieues. Je ne saurais pas vous mander d'ici la moindre chose, parce que nous ne faisons que végéter, tandis que toute la nation française danse, court, rit, chante, et se multiplie ou se produit toujours de nouveau. J'aime donc mieux, pour ne vous pas ennuyer, abréger ma lettre, et me contenter de vous assurer du tendre attachement et de la haute estime avec laquelle je suis, etc.

3g4. AU MÊME.

Le 7 novembre 1784.

Mon très- cher frère,

Je viens de recevoir votre lettre du a4 octobre avec le chiffre. Je bénis le ciel, mon cher frère, de vous savoir délivré de vos coliques; mais dans cette arrière et mauvaise saison, je vous avoue que je crains pour votre retour, parce que l'air froid et les mauvais chemins peuvent facilement déranger votre santé, qui n'est pas des plus fortes. J'adresse cette lettre à Brunswic, où j'apprends que vous vous rendrez le 20 de ce mois. Je ne réponds point au chiffre, parce que j'espère que, sans que cela allonge votre voyage, vous viendrez à votre retour passer quelques • Le prince Henri partit de Paris le a novembre. Voyex t. XXV, p. 355.

AVEC LE PRINCE HENRI. 5i5

jours chez moi. Alors nous nous expliquerons verbalement, et en un quart d'heure nous aurons plus éclairci de choses que par vingt volumes d écriture. Dans cet agréable aspect pour moi, j'attends à vous assurer de vive voix du tendre attachement et de la haute estime avec laquelle je suis, etc.

3g5. AU MÊME.

Le a4 novembre 1784.

Mon très - cher frère,

J'ai reçu, mon cher frère, toutes vos lettres, mais sans pouvoir vous répondre, parce que vous avez été sans cesse en voyage. J'ai bien appréhendé que vous vous ressentiriez des mauvais chemins , et je suis toutefois charmé de vous savoir en bonne santé. Comme ma lettre vous trouvera à Brunswic, je puis vous écrire plus hardiment, et vous dire que je suis sûr que si la France prend un ton ferme, l'Empereur pliera, et que, au lieu de guerre , il y aura des négociations qui termineront cette affaire en annulant les injustes prétentions de l'Empereur. Je me réjouis beaucoup de pouvoir vous embrasser à votre retour ici, et je fais d'avance chauffer les chambres, pour que rien, mon cher frère, ne manque à vos commodités, étant, etc.

Le 38 janvier 1785.

Mon très -cher frère,

Je vous suis très -obligé, mon cher frère, des éclaircissements que vous daignez me communiquer touchant la cabale qui a

5iG IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

voulu précipiter M. de Vergcnncs. Ce qu'il y a d'heureux, c'est qu'elle a manqué. Quoique ce ministre ne soit pas des plus fermes, il pense pourtant en bon Français, et il s'est fait jusqu'à présent honneur par sa conduite. Toutes les nouvelles que je reçois sont aussi pacifiques que celles des passes huit jours étaient guerrières; l'Empereur ne forme point de magasins en Flandre, les Croates s'en retournent, et probablement quelques traits de plume décideront du sort de Maslricht et de l'Escaut. M. de Ségur doit, je crois, arriver aujourd'hui ici; je serai bien aise de le voir, et votre approbation, mon cher frère, y mettra le sceau le plus authentique. Les nouvelles de Pétersbourg disent qu'on veut à toute force donner un nouveau galant à l'Impératrice, mais qu'elle a les jambes enflées, et que son humeur est fort aigrie; on prétend qu'elle a abandonné ses plans de conquête, et qu'elle n'est plus guerrière du tout. On ajoute que cette levée de troupes n'est que pour rendre les régiments un peu moins incomplets qu'ils n'ont été: car quelques-uns comptent qu'ils ont perdu en Crimée et dans le Cuban trente -cinq mille hommes de différentes maladies. Voilà, mon cher frère, où nous en sommes à ce moment, et je vous avoue que cette perspective de pacification me fait grand plaisir. Je ne crains pas tant les projets de l'Empereur sur la Bavière; la France se déshonorerait en les tolérant. Mais l'Empereur tardera à mettre ce projet en exécution jusqu'à la mort de l'indigne Théodore; alors l'Europe verra éclorc une nouvelle guerre, qui doit nécessairement devenir générale pour tout ce continent. Je souhaite de tout mon cœur, mon cher frère, d'avoir de bonnes nouvelles de votre santé et de votre contentement; je m'y intéresse sincèrement, comme je le dois, étant, etc.

Voilà quelques paniers de raisins que je viens de recevoir de la Hongrie.

3g7. AU MÊME.

Le i4 février 178S.

Mon trks - cher frkrk ,

J'admire avec quelle patience vous recevez, mon cher frère, tout le bavardage politique dont je vous ennuie. S'il s'agissait de bagatelles, je ne vous importunerais pas; mais il s'agit d'affaires de la plus grande conséquence pour les suites qu'elles peuvent avoir. Scipion disait qu'il pardonnerait bien des fautes à un général, excepté celle de dire, à l'occasion d'un événement : Je ne l'avais ni cru ni prévu. a Or, dans les affaires politiques , il faut nécessairement prévoir ce qui dépend de nous, et souvent joindre la défiance aux réflexions que font naître les différentes matières qui se présentent à notre examen. De plus, dans la situation où je me trouve , il faut souvent deviner l'avenir, parce que ni l'Empereur ni la Russie ne s'expliquent envers moi , et qu'il faut que j'observe la France, que je la suive dans ses démarches, pour ne me point laisser entraîner en quelque faute par une crédulité aveugle. Pour en venir là, mon cher frère, je combine tous les faits qui se présentent en moi de cent façons différentes, pour essayer si mon imagination, leur donnant des formes différentes, pourra parvenir à deviner laquelle sera celle que les événements prendront; c'est le seul moyen qu'on ait pour prévoir l'avenir et pour s'y préparer d'avance. Vous saurez que l'électeur de Bavière m'a fait déclarer qu'il ne s'était lié par aucun traité avec l'Empereur; et si cela sort de la tète de M. Lchrbach, il paraît que la cour de Vienne ait intention de me rassurer. Mais pourquoi donc trente mille Russes marchent-ils par la Pologne? Pourquoi l'Empereur fait-il de gros emprunts à Francfort? Pourquoi construit- il des magasins à Fribourg? Un prince avare s'engagera-t- il à de telles dépenses à pure perte? Tous ces arrangements ne seraient -ils pas pris pour envahir la Bavière de force

» • Scipio vero A/ricanus turpe esse ajebat in re mililari dicere non putaram : •videliect, quia exploralo et excusso consilio, quae ferro aguntur, administrât i • oportere arbitrabatur. • (Valcre Maxime, liv. VII , chap. 1.) Scaèquc le philosophe (De ira, liv. 11 , chap. 3i) atlrihuc ce mot à Fahiu».

5i8 IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

et obliger la France, pour éviter la guerre, à consentir à ce troc? Je ne dis pas, mon cher frère, que mes soupçons soient des réalités; toutefois il s'y trouve de la vraisemblance, d'autant plus qu'on endort la France, et que, selon mes lettres d'aujourd'hui, on se flatte à Versailles de faire désister l'Empereur de ses vastes desseins. Je travaille à présent à former une ligue dans l'Empire de ce qu'on pourra réunir de princes, pour nous opposer unanimement à l'ambition démesurée du César d'Autriche, au cas que la France ne parvienne point à calmer la fougue de ses injustes entreprises. Par tout ce qui m'en revient, il parait que les projets d'acquisitions que ce prince avait formés sur la Hollande ne servaient que d'avant - propos pour entamer plus sérieusement cette affaire du partage dont maintenant il est question. Nous sommes maintenant au fort de la crise, et ce ne sera tout au plus qu'à la fin de mars que ce chaos se débrouillera. Je vous avoue, mon cher frère, que ma vieillesse s'accommode très -mal de ces agitations perpétuelles que le turbulent Joseph imprime aux affaires politiques de l'Europe; déjà plus qu'à moitié hors du monde, il faut que je redouble de prudence et d'activité, et que j'aie la tetc sans cesse remplie de tous les projets odieux que ce maudit Joseph enfante de nouveau chaque jour de l'année. Je suis donc condamné à ne jouir de quelque tranquillité qu'après qu'un peu de terre aura couvert mes ossements. Je suis, etc.

3i)8. AU MÊME.

Le 1 1 décembre 1785.

Mon très-cukk fhkkk,

M es incommodités sont, mon cher frère, un mélange de différents maux : c'est un commencement d'asthme," des coliques hémorroïdalcs, un catarrhe presque continuel, une constipation presque contiuucllc, jointe à une atonie de boyaux, ce qui in'em- » Vo>cx t. XXV, p. 364-

AVEC LE PRINCE HENRI. 5i9

péchera cette année de m'exposer à la vue du grand monde, mon corps me donnant tant d'occupation , qu'il me faut rechercher le repos et la solitude. Toutefois je serai toujours charmé de vous embrasser toutes fois et quantes ce sera à votre commodité. C'est ainsi, mon cher frère, qu'on s'affaiblit insensiblement, et que les maux destinés à retrancher la trame de nos jours se fortifient insensiblement, jusqu'à ce qu'enfin ils nous expédient tout à fait. Je suis, etc.

Le i5 décembre 1785.

Mon très-cher friche,

J'apprends avec bien du chagrin, mon très-cher frère, que vous êtes malade. Je fais des vœux fervents pour que votre convalescence soit prompte, et que ces maudites hémorroïdes vous respectent à l'avenir. Cette douloureuse incommodité me harcèle perpétuellement depuis quelque temps. Si l'âge prolonge nos jours, c'est pour livrer notre corps à d'innombrables souffrances , ce qui rend la mort plus désirable qu'une pareille vie. J'attendrai votre entière guérison, mon très -cher frère, pour avoir alors le plaisir de vous embrasser avec liberté de conscience. Je suis, etc.

4oo. AU MÊME.

Le 7 janvier 1786.

Mon très -cher frère,

Je suis très -sensible à votre cher souvenir, et je me mets en devoir de vous informer, mon cher frère, et de ma santé, et de ce

5ao IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

qui m'est revenu des nouvelles publiques. Depuis que vous m'avez quitté, j'ai passé la plupart des nuits sans dormir, accable par la toux et des spasmes asthmatiques, ce qui m'affaiblit beaucoup. Jusqu'ici je n'ai point remarqué le moindre amendement de mes maux, ce qui me confirme dans l'opinion que je suis en grand train d'arriver bientôt aux champs Élysées; c'est où se terminent tous nos maux. A l'égard de la stérilité des nouvelles, je regarde cela comme un grand bien, car de vingt qu'on reçoit, à peine il y en a deux de passables contre dix -huit de mauvaises. La refonte de monnaies qui se fait en France, et qui en baisse le litre, est un de ces expédients désespérés auxquels les financiers ont recours quand toutes les autres ressources sont taries. Cela vaudra huit millions au Roi, et comme la perte n'est que de six pour cent, cela ne sera qu'un mal passager qui, la première année, causera des pertes, mais sans laisser de traces pour les suivantes, la balance du commerce étant trop avantageuse pour la France, qu'elle puisse en aucune façon en sentir, comme je l'ai dit, après l'écoulement de la première année.

On dit et annonce le cardinal de Rohan comme un homme perdu; on lui ôtera toutes ses charges, et ses infamies découvertes aux yeux du public le couvriront d'opprobre. Voilà ce qui se mande de Paris. Au lieu de nouvelles intéressantes, j'y supplée par quelques fruits que je vous prie de recevoir avec bonté, et d'être persuade du tendre attachement et de la haute estime avec laquelle je suis , etc.

4oi. AU MÊME.

Le i G janvier 1786.

Mon trks-cher frkke,

Vous avez trop de bonté de vous intéresser autant que vous le faites à ma débile santé. J'ai fait venir le coryphée des médecins de Berlin. Après l'avoir mis au fait de mes différentes incommo-

dites, il mva condamné à un cautère à la jambe, pour y attirer les humeurs qui se dégageaient autrefois par cette jambe alors ouverte, mais qui, depuis quatre années, s'est fermée.» C'est une opération à laquelle je puis m'assujettir facilement, et d'ailleurs il veut me dépecer les entrailles par des sels ammoniacs et de la rhubarbe, à quoi j'ai promis d'obéir, si par ce moyen je puis regagner le sommeil et la protection de Morphée; car, depuis que j'ai eu la satisfaction de jouir de votre naissance, *> je n'ai eu, mes meilleures nuits, que trois à quatre heures de sommeil tout au plus, et pour occupation qu'une toux perpétuelle, ce qui a presque exténué toutes mes forces. Reste à voir si le régime qu'il m'a prescrit sera assez efficace pour remédier aux maux dont je suis accablé. Je n'entrerais certainement pas dans ces détails, si l'amitié que vous daignez me témoigner ne m'en faisait un devoir.

Pour ce qui regarde l'archevêque de Strasbourg, les bruits qui courent dans le public semblent presque tous le condamner ; il doit, dit-on, être jugé par le parlement. En attendant, le prince de Soubise a été expulsé du conseil , où il avait une place. Ceci n'influera en rien dans les délibérations, où il n'opinait que du bonnet. Les meilleures nouvelles que j'aie de France sont que j'espère de moyenner un accommodement entre les Hollandais et le prince -stadhouder. La France s'y prête. Je serai charmé de pouvoir rendre le service à notre chère nièce de la maintenir avec sa postérité dans le poste qu'ils occupent. Il faut que les choses aillent mal pour les Russes auprès du mont Caucase, comme dans le Cuban. Mes lettres de Constantinople assurent que l'on y prépare bien de la besogne à la pantocratrice. J'aime bien mieux que ces barbares s'occupent du Cuban que de la Prusse. Je verrai demain un comte Stolberg, au service de l'évèque d'Eutin. Il vient de Pétersbourg, et il est chargé pour moi de quelques commissions de la part du grand-duc. Comme les fruits

• Voyci Christian- Gottlieb Selle, Krankheitsgeschichtc des /JUchstseligcn A'ômgs vonPreusscn, Friedrich's des Zwcttcn MajesUU. Berlin, Mvlius, 1786, n. il) et Mimante*. L'auteur de cet ouvrage est celui que Frédéric dcYiçiic, au commencement de cette lcttrc\ sous le nom de coryphée des médecins de Berlin,

•» Le Roi veut probablement dire de votre présence.

5aa IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

que je vous ai envoyés vous ont été agréables, vous voudrez bien accepter de même ceux qui accompagnent cette lettre , étant, etc.

Le a3 janvier 1 786.

Mon très - cher frère ,

Je vous fais mille remercîments des vœux que vous daignez faire au sujet de mon jour de naissance. Je l'ai très-mal passé, ayant eu une très-forte attaque d'asthme, et dont je ne suis pas encore entièrement quitte. Nous avons ici un M. Mirabeau,* que je ne connais point; il viendra aujourd'hui chez moi. Autant que j'en puis juger, c'est un de ces efféminés satiriques qui écrivent pour et contre tout le monde. On dit que cet homme va chercher un asile en Russie, d'où il pourra publier ses sarcasmes impunément contre sa patrie. Je vous prie, mon cher frère, de compter sur mon tendre attachement et sur la haute estime avec laquelle je suis, etc.

4o3. AU MÊME.

Le 37 janvier 1786.

Mon TRÈs-cnsR frère,

J'ai été fort fâché d'apprendre que vous avez été incommodé derechef de ces vilaines coliques hémorroïdales; mais j'espère, mon cher frère, que vous jouirez au moins d'un long intervalle de santé, pour que la nature ait le temps de reprendre ses forces. • Vnyc* t. XXV, p. xvi, xvh, a53, 370, 376, 3a3 et suivante!.

Nous aurons aujourd'hui le duc de Weimar ici ; * il s'en retourne chez lui, et j'avoue qu'il est bien supérieur à son père, à son grand -père, ainsi qu'à son bisaïeul; pour trouver un homme comme il faut dans sa famille, il faut remonter jusqu'au fameux Bernard de Weimar> Dans ce moment, je reçois des raisins de Hongrie, arrivés ici assez bien conditionnés. Je vous prie, mon cher frère, d'accepter les ci -joints, en vous assurant du tendre attachement et de toute l'estime avec laquelle je suis, etc.

4oi AU MÊME.

Le 6 février 1786.

Mon TRKS-cnKR frkre,

Depuis le temps que je n'ai pas eu la satisfaction de vous écrire, j'ai souffert comme un damné de l'asthme, qui empire chez moi journellement. Le médecin, e qui se mêle un peu de sorcellerie, m'a endiablé aujourd'hui par un démon nommé assa fœtida, qui, par le moyen d'une canule, m'est entré au ventre, et fait rage dans les boyaux. On dit que le diable est l'ennemi juré de mon mal, et qu'ainsi, à coup sûr, s'il l'emporte, je serai possédé par lui, ou, s'il perd sa cause, je continuerai d'étouffer sans cesse, jusqu'au moment qui terminera mes souffrances. S'il fallait choi-

* Charles-Auguste , grand-duc de Saxe- Weimar-Eisenach , naquit à Weimar le 3 septembre 1757. 11 succéda, le a8 mai 1758, à son père Ernest. Auguste - Constantin , sous la tutelle de sa mère, qui lui remit le gouvernement le 3 septembre 1775. 11 épousa, le 6 octobre 1775, la princesse Louise de Hesse- Darmstadt, et mourut, le 1 4 juin i8a8, à Graditt, près de Torgau, en retournant de Berlin chez lui. La duchesse Amélie sa mère était fille de la duchesse Charlotte de Brunswic, sœur de Frédéric. Celui-ci conféra à son petit -neveu l'ordre de l'Aigle noir le 19 janvier 1786. Déjà le 3 décembre 176a, à Weimar, et au mois de juin 1771, à Brunswic, Frédéric lui avait donné les éloges les plus flatteurs. Voyex les Historische und politische Dcnkwùrdigkciten des Graj'en von Goerlx. Stuttgart, 1837, t. I, p. 8.

*> Voyea t. I, p. 43.

e C.-G. Selle. Voyez son ouvrage ci- dessus cité, p. a4-

5a4 IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

sir entre ces rivaux qui se disputent pour l'honneur de m asservir, j'avoue que je préférerais le démon, car le drôle a de l'esprit, il a séduit notre première mère et bien d'autres; au lieu que l'asthme est un bourreau impitoyable qui vous étouffe sans cesse, et ne vous achève jamais. Voilà, mon cher frère, le tableau de ma chétive existence, et il me faudra passer encore quelques jours dans l'incertitude pour juger lequel de ces deux héros, en expulsant sou rival, s'assurera de ma conquête. Je ne manquerai pas de vous en rendre compte, vous priant de compter sur toute ma tendresse, comme sur toute mon estime, étant, etc.

4o5. AU MÊME.

Le a a février 1786.

Mon trks-chër frkre,

Puisque vous voulez savoir de mes nouvelles , j'ai l'honneur de vous dire, mon cher frère, que depuis six jours ma santé commence à aller mieux. Après avoir été six jours sans dormir, le démon de la Faculté m'a rendu le sommeil, et cela m'a beaucoup soulagé; et l'on prétend que cette médecine me guérira. Il en était temps, car si l'insomnie et le total épuisement des forces avaient continué, je n'aurais jamais gagné le printemps. La toux a diminué de même; il ne me reste encore qu'une extrême faiblesse, et je doute que je regagne mes forces perdues. Vous avez la bonté de me dire que vous vous prépariez à retourner à Rhcinsberg, et que peut-être iriez -vous revoir votre vieux frère. Ce vieux frère sera toujours charmé de vous embrasser et de vous assurer de vive voix du tendre attachement et de la haute estime avec laquelle il est, etc.

4o6. AU MÊME.

Le iG février 1786.

Mon tbks-cher frère,

Vous avez bien de la bonté de vous intéresser aux infirmités de votre vieux frère. J'avais chanté victoire trop vite. Voici deux jours que j'ai été obligé d'en rabattre, parce que l'asthme m'incommode souvent assez fort; alors l'haleine courte me rend la conversation difficile. Je devrais avoir honte de vous entretenir de telles misères. J'avoue que, en pensant à ce printemps, je suis fort embarrassé de ma personne, doutant beaucoup que j'aurai les forces à fournir aux voyages et à la carrière militaire qui va s'ouvrir dans peu. Je ferai ce qui sera dans mon pouvoir. On ne peut pas prétendre qu'un corps cacochyme agisse en Hercule; c'est au delà du pouvoir des hommes. Je verrai aujourd'hui M. d'Agucsseau, dont j'ai une idée avantageuse, parce que tous les gens de robe que j'ai connus m'ont paru plus instruits et mieux élevés que les autres. Je suis, etc.

Le a mari 1786.

Mon TRKS-cnER frère,

n que je me remette un peu, mes accidents empirent. Hier et aujourd'hui je souffre mort et martyre. Outre l'asthme et une toux très -tenace, j'ai des maux de tête qui m'ôtent presque la faculté de penser. Voilà ce qui m'oblige à finir ma lettre, en vous assurant du tendre attachement et de la haute estime avec laquelle je suis , etc.

Sa6 IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

4o8. AU MÊME.

Le 3 mars 1 786.

Mon très-cher frère,

Rien ne pouvait m'ètrc plus agréable que le plaisir que vous voulez bien me procurer, la semaine prochaine, de vous revoir et de vous embrasser, mon cher frère. Je vous prie en même temps de vouloir avoir quelque indulgence pour mes infirmités, qui rac mettent hors d'état de faire tout ce que je voudrais. Je me réjouis d'avance sur mercredi prochain, en vous priant de me croire avec le plus tendra attachement et la plus haute estime, etc.

Rhcinsberg, 3o mar* 178G.

Mon très -cher frère,

Oc toutes les situations la plus pénible pour moi est celle de savoir que vous souffrez, mon très - cher frère. Je voudrais au moins pouvoir vous soulager; je vous supplie de croire que si j'en étais capable, j'y ferais tous mes efforts. Cependant, pour peu que le beau temps continue, j'espère que si vous prenez l'air, insensiblement ce remède sera plus salutaire que toutes les médecines, et un exercice modéré, dans la belle saison, mettra en mouvement la matière qui embarrasse la poitrine, et qui se dégagera plus facilement. Vous me pardonnerez, mon très -cher frère, si je prends le langage d'un médecin. Dans ce moment, j'en voudrais être un, pour vous rendre service; au moins mes vœux, s'ils sont exaucés, vous rendront la santé.

Vous avez grande raison, mon très-cher frère, de dire que le règne des prophètes est passé; les imposteurs ne peuvent tromper longtemps, si même ils en imposent pendant quelque temps au peuple. Ce n'est que chez les Islandais, Grocnlandais, et chez

AVEC LE PRINCE HENRI. 5a7 .

quelques hordes de Tartares, qu'on trouve encore des sorciers. Ces sorciers sont prophètes chez eux, et leur en imposent par les moyens les plus simples. C'est là qu'on peut connaître ce que l'homme était avant que d'être éclairé, et la distance immense qui sépare l'homme sauvage de celui qui est civilisé. 11 est vrai qu'on rencontre quelquefois chez ces derniers l'amour du merveilleux; mais si un charlatan cause de l'effervescence dans les esprits, c'est comme ces météores qui ne font que passer. Mais je ne dois point abuser de vos bontés, mon très-cher frère. C'est avec impatience que j'attends des nouvelles de votre santé; j'espère toujours que je les trouverai d'accord avec mes vœux, et conformes au tendre et respectueux attachement avec lequel je suis, etc.

4io. AU PRINCE HENRI.

Le a avril 1786.

Mon thks-chkk fkkre,

Je suis sensible comme je le dois à la part que vous daignez prendre au délabrement de ma santé. Depuis, mon cher frère, que j'ai eu l'honneur de vous voir, mes maux sont fort empires : je n'ai plus de sommeil les nuits, et les passe dans des inquiétudes continuelles, me traînant d'une place dans l'autre, sans trouver de repos. Mon asthme est fort augmenté, mes forces diminuent, et, à vous parler franchement, je ne compte que par jours. On m'a appliqué des vésicatoires; l'inflammation s'y est mise, et encore n'est -elle pas entièrement dissipée. Je vous écrirais volontiers davantage, mon cher frère; la matière ne me manque pas, mais bien les forces, et les fréquentes oppressions de l'asthme me font tomber la plume des mains. Que le ciel vous bénisse et vous conserve! Soyez persuadé que ce sont mes vœux, étant, etc.

5a8 IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

4u. AU MÊME.

Le 10 avril 17S6.

Mon très -cher frère,

Touché de votre amitié comme je dois l'être, je vous en témoigne, mon cher frère, toute ma reconnaissance. Jusqu'ici je souffre encore beaucoup, et je ne vois pas que la saison me soulage, mais bien la rhubarbe, à laquelle j'ai mon principal recours. Avec cela, les insomnies m'abîment, en me privant de mes forces. Toute cette combinaison de maux rac met hors d'état de tirer avec quelque certitude le moindre pronostic de la tournure que prendra ma maladie. Au vrai, je ne m'attends pas à graud' chose, et j'ose croire que si la nature n'avait pas admis l'asthme parmi les ressorts destructifs de l'humanité, nous aurions moins de souffrances, et nous en payerions également le tribut à la nature. Je viens de voir un prince russe haut de deux pieds et demi; sa tête était ornée dans le goût du chapiteau corinthien. Il est chambellan de l'Impératrice; cependant je garantirais qu'il ne sera jamais associé avec ceux qui partagent les faveurs suprêmes. Je prends la liberté, mon cher frère, de vous présenter quelques fruits , vous assurant du tendre attachement et de la haute estime avec laquelle je suis, etc.

4ia. DU PRINCE HENRI.

Rheinsbcrg, U «vril 1786.

Mon très -cher frère,

L'intérêt que je prends à votre santé, mon très -cher frère, est tout naturel ; il est réglé sur le devoir et l'attachement. C'est le sentiment par lequel je vous ai écrit. Il aurait été heureux pour moi d'apprendre au moins que vous vous trouvez soulagé; mais les insomnies dont vous me parlez, mon très-cher frère, me font

AVEC LE PRINCE HENRI. 5a0

craindre le contraire. Nous n'avons eu jusqua cette heure qu'un printemps assez froid, des gelées de nuit, et quelques beaux jours; ce ne sera que lorsque le soleil aura toute sa force que vous sentirez, je l'espère, l'influence qu'il aura sur votre santé.

Vous me faites l'honneur de me dire , mon très - cher frère , que vous avez vu un Russe. Cette nation voyage beaucoup, et ce sont, quand on se trouve dans ce pays, les seuls avec lesquels on puisse parler. On dit dans toutes les gazettes que l'Empereur irait à Cherson; d'autres papiers assurent que l'Impératrice n'entreprendra point le voyage avant l'année prochaine; au moins, si ce voyage a lieu , ce sera le premier empereur d'Allemagne qui aura été dans ce pays éloigné.

Je forme les vœux les plus sincères pour votre conservation, mon très -cher frère, en vous rendant grâce pour les fruits que vous avez daigné m'envoyer, étant, etc.

4i3. AU PRINCE HENRI.

(17 avril 1786.)

Mon trks-cder frkre,

Je ne saurais vous dire grand' chose de ma personne, si ce n'est que la Faculté m'a fait promener en carrosse pour prendre l'air. Cela m'a fort affaibli, et ne m'aide de rien. Je suis bien loin de pouvoir monter à cheval. Ma faiblesse est une extinction de forces d'une machine usée qui s'affaisse. Si toutes ces promenades continuent à m'épuiser au lieu de me soulager, je me ménagerai ces choses, qui ne sont que des peines perdues. Ce sera, mon cher frère, au mois de janvier de 1787 que les cours impériales s'aboucheront à Cherson, » comme on me le mande; mais l'Impératrice marque peu d'empressement pour cette entrevue. Mon abattement, mon cher frère, m'empéche de vous en dire

• Cette entrevue n'eut lieu que le a3 mai 1787.

53o IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

davantage; je me borne à vous assurer du tendre attachement et de la haute considération avec laquelle je suis, etc.

4i4- AU MÊME.

(a6 ou 37 avril 1786.) •

Mon très -cher frère,

J'ai fait tous les essais que les médecins m'ont prescrits, mais il n'y en a pas un qui m'ait réussi. Nous avons le plus beau temps du monde, et mon asthme m'étouffe. Le mouvement du carrosse ne me fait ni bien ni mal, et je ne puis être qu'un moment à cheval, à cause que l'épine du dos ne peut me soutenir. Mes insomnies m'abîment, et, entre nous soit dit, je ne vois aucun jour à ma convalescence. Les médecins bavardent, mais je n'ajoute aucune foi aux balivernes qu'ils débitent. Pardonnezmoi mes courtes lettres; je n'ai pas les forces pour écrire.

Vous assurant du tendre attachement et de la haute estime avec laquelle je suis, etc.

4i5. AU MÊME.

Le aa mai 1786.

Mon très-cher frère,

Ce sont chez moi, mon cher frère, toujours quelques nouveaux tours que ma maladie prend, qui m'arrivent tout à coup, quand je croyais toucher à la convalescence. A présent, c'est une inflammation à la jambe, où ils m'ont mis mouches cantharides et

• Le prince Henri * écrit de sa main au ba» de celle lettre : • Reçu le 17 d'avril 178G. •

vésicatoires. L'asthme de même, depuis quelques jours, m'incommode beaucoup. Ajoutez à cela le poids de l'âge et l'affaiblissement qui est une suite de mes infirmités, et vous ne trouverez pas étonnant qu'une vieille machine détraquée ne puisse reprendre la première consistance. Je vous remercie de la part obligeante que vous daignez prendre à mes infirmités, mais je crois n'en pas être débarrassé de sitôt. C'est en vous assurant de mon tendre attachement et de toute la considération avec laquelle je suis, etc.

4i6. AU MÊME.

Le 29 mai 1786.

Mon thks-ciier frkre, .

Je crois qu'il faudra un peu prolonger la patience pour attendre ma guérison, car, puisque vous voulez, mon cher frère, que je vous instruise de ma vieille patraque, je vous dirai que je suis, à la vérité, soulagé en quelques points, mais sans y gagner. Les maux ne font que changer; à présent, c'est l'asthme sec qui me moleste le plus. Dans quelques jours, j'essayerai de l'exercice à cheval; mais je doute que mes forces le soutiennent, et je me dis souvent à moi-même : On ne peut pas être et avoir été, et c'est au temps à emporter tout ce que la rouille des années a commence à détruire en détail. • Si cependant la nature donnait encore quelque espérance, je ne manquerais pas de vous en rendre compte, étant, etc.

a Voye* t. XXIV, p. 444: t. XXV, p. a3 et iSf, et ci -dessus, p. 5i3.

53a IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC.

4i7. AU MÊME.

(Sans -Souci, a8 juin 1786.)

Mon très -cher fkkhe,

Vous voulez savoir de mes nouvelles, mon cher frère? Je vous dirai que les médecins précédents m'ont endiablé avec de Tassa fœtida, et que celui-ci» me leurre d'une herbe qu'on nomme dent -de- lion. •» Ses effets ne se feront remarquer que dans un mois. Il faut donc avoir patience, et, dépourvu comme je le suis du don de la foi, je n'ai qu'une faible confiance dans ce remède. Souffrez que je vous embrasse et vous assure de toute la tendresse et la considération avec laquelle je suis, etc. c

4i8. AU MÊME.

Ce 4.

Mon cuer frère,

Vous me remerciez pour Benda d comme pourrait faire un amant à qui on a fait ravoir sa maîtresse. Cela n'en vaut pas la peine, et quand vous aurez envie de l'avoir, vous n'avez qu'à me récrire, Benda et tout ce que j'ai étant fort à votre service, de même que celui qui a l'honneur de se dire, etc.

• Zîmmermann, qui arriva à Sans -Souci le s4 juin 1786. Voyei t. XXV, p. 3g 1 et 39a. Voycs aussi C.-G. Selle, KrankhcUsgeschichtc À'ônig Friedrich' s des Zweilen, p. 4G-

b Voycx Cher Friedrich den Grossen und meine Vnierredungen mit Ihm kurs vor seinem Tode. Von dem Ritter von Zimmermann. Leipzig, 1788, petit in-8 , p. 5o et Si.

« L'autographe de cette lettre , probablement la dernière de Frédéric à son frère, est d'une écriture fort tremblée.

<t François Benda, violon et membre de la chapelle de Frédéric des 1rs temps de Kbeinsberg, remplit depuis 1771 les fonctions de maître de concerts (Concertmeister). Il était né à Bcnalek, en Bohême, le a5 novembre 1709, et mourut à Potsdam le 7 mars 1786. Élevé dans la religion catholique, il se convertit au protestantisme.

Ordre an meine Générale dieser Armée,

wie sie sich im Fall zu verhaltcn haben, wenn ich solke

todtgcschossen werden.

oollte die Bataille gegen die Russen gewonnen werden, wie wir es aile hofTen, so muss der Feind mit aller Vigueur verfolget werden: aile Freibataillons mit einem Freussischen Grenadier- Bataillon und Kreytzen nebst Malachowski Husaren erstlich gesebicket nach Driesen, um sie auszunistelen ; darnach muss dièses Corps in Polen herein, uin die Folen soviel mebr gegen die Russen zu animiren, und sich also der Weicbsel nahern. Der General Dohna, mit seinem Corps und zwei Bataillons Fioniers und Burgsdorff, marschiret sogleicb gegen Konigsberg und Soltlin, jaget die Russen aus Pommcrn und wendet sich iiber Stettin gegen die Schweden. Das Corps, was ich bei mir gehabt habe, nebst den zwei Cuirassier- Regiinentern von nieinem Brader Heinrich, Kurssel und Biilow, marsebiren sogleich wieder von Ciistrin nach Frankfurt, und so in die Lausitz, um dem Loudon Einhalt zu thun. Auf vier YVochen Mehl kdnnen sie aus Berlin auf dem Neuen Graben nacbkriegen, und muss dièses Corps erstlich die Mark decken und nach den (Jmstanden enlweder zum Markgrafen oder Prinz Heinrich stossen. Es muss gleich nach meinem Tode die Arrnee in meines Neveu's Eid genommen werden , und da mein Brader Heinrich Vormund desselben mit einer unbeschrankten Autorité ist, so muss die ganze Armée seine Befehle so respectiren, als die von dem regierenden Herrn.b Ich will, dass nach meinem Tode keine

• Voyez ci -dessus, p. 1S1.

•» Voyez t. IV, p. a6i et a6a, et ci -dessus, p. 180.

Umstà'nde mit mir gomacht werden; man soll mich nicbt offnen, sondern stille nach Sans-Souci bringen und in meinem Garten begraben lassen.* Dièses ist mein letzter Wille und hofTe, dass aile meine Générale und die Armée solchem stricte nachleben werden. Im Lager bei Cuslrin, den 22. August 1758.

Friderich.

NB. Sollte die Bataille verloren gehen , so muss sich die Armée hinter Cuslrin setzen, von allen anderen Armeen Suceurs an sicb zieben , und je eher je lieber dem Feind von Friscbem wieder auf den Hais gehen.

Fcb.

Ordre an den General -Lieutenant Grafen zu Donna, b

Auf den Todesfall Sr. Majestat sollet Ihr die Armée sogleich, ohne weitere Ordre, Hochst Dero Neveu dem Prinzen von Preussen huldigen und schwfiren lassen , als meinem Nachfolger zur Krone und zur Regierung, sobald Ihr nur die gesicherte Nacbricht von meinem Tode erhalten haben werdet.

Breslau, den 20. MKrz 1759.

* Voye* t. VI, p. ai5 et ai6.

b Cet ordre est copié *ur l'original que feu M. de Boyco , ministre de la guerre, nous a communiqué le »4 mars i84a. Quant au comte de Dohna, voyci t. IV, p. aoi, aoa, aig et aao; t. V, p. i3.

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