‹ Œuvres de George SandChapitre 23 sur 40 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

— Oui, et en Angleterre aussi! répondit TAnglais sans se déconcerter.

— La philosophie m*ennuie , reprit à demi voix Marsillat, et s*adressant à son jeune com« patriote ; votre Anglais me dégoûterait d*étre libéral. Combien voulez- vous parier, Guillaume, ajouta-t*il touthaut, que je monte sur la plus haute et la plus lisse des pierres jomàtrès.

— Je parie que non, répondit M. de Boussac.

— Voulez*vous parler ce que nous avons d*argeut sur nous ?

— Volontiers, cela ne me ruinera pas. Je n*ai qu*un louis.

— Eh pardieu ! je n*ai qu*une pièce de cinq francs, moi, reprit Marsiilat après avoir fouillé toutes ses poches.

— Cet égal, je tiens l dit M. de Boussac.

— Et vous , milordy reprit Marsiilat; que pariez-vous?

— Je parie une pièce de cinq sous de France, répondit sir Arthur.

— Fi donc ! }*ai cru, dit Marsiilat , que les Anglais étaient fous de paris. Ils ne méritent guère leur réputation. Cinq sous pour monter là-dessus.

— C'est plus que cela ne vaut.

— Par exemple ! il y a de quoi se casser bras et jambes !

— Alors , je ne parie rien , ou je parie mille livres slerlingconlre vous quevous y monterez.

— L'argent n'est rien, la gloire est tout, s'écria gaiement Marsiilat; je tiens vos cinq soos, et je monte.

— C'est comme cela qu'on se tue, idit Arthur en lut étant froidement des mains son fusil armé dont il voulait s'aider.

Marsiilat fit des efforts inouïs, des miracles d'adresse, et après s'èlre écorché les mains en glissant plus d'une fois, jusqu'à terre, après avoir cassé ses bretelles , et mis au désespoir son chien qui ne pouvait le suivre, il parvint à se dresser d'un air de triomphe sur la plateforme du dolmen.

€ Savez-vous , s'ceria-l-il , que ces pierres étaient des idoles? me voilà sur les épaules d'un dieu f

— Écoutez, Léon, lui cria le jeune de Boussac, si vous trouvez là-haut la druidesscVelléda, faites-nous-en part.

— Bah ! je n'aime pas plus votre druidessc que votre Chateaubriand! répondit Marsiilat

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qui se piquait de libéralisme. Vive Lisette ! vive le charmant Béranger !

— Écrivain de mauvaise compagnie, reprit le jeune homme avec dédain ; n'est-ce pas, sir Arthur ? Est-ce que vous pouvez supporter ce chansonnier de taverne?

— Bi^ranger ! grand poëte ! dit tranquille* ment l'Anglais.

— Un poète, lui ? dites donc Chateaubriand I

— El Chateaubriand grand poëte, reprit l'Anglais sans s'animer davantage.

— Allons, vous n^enlendez rien à la littérature française, cher allié , vous êtes un véritable Anglais.

— Je suis, quand je dis cela, un véritable Français, répondit sir Arthur, et un jour. Chateaubriand et Béranger se donneront la main.

— Ce jour-là, repartit le jeune noble, Marsiilat trouvera la druidesscVelléda sur la grande pierre jomâtre.

Qaoil Lisette, est-ce voat?...

chantait Marsiilat en parcourant la plate-forme du dolmen , et en sautant d'un bloc à l'autre. Tout à coup il s'arrêta, et son chant fui interrompu par une exclamation de surprise.

— Qu'est-ce donc? un lièvre? un serpent?

s'écria Guillaume.

— Velléda? demanda sir Arthur en souriant un peu.

— Non ! Lisette, répondit Marsiilat, pas laide du tout, ma foi! mais est-elle morte? i

Et il disparut dans la coulisse que formait l'écartement des deux plus grosses pierres druidiques. Guillaume de Boussac, voyant qu'il ne répondait plus à ses questions, poussé par la curiosité d'une aventure, se mil en devoir d'escalader le rocher; mais sir Arthur, moins pressé et nullement ému , lui fit remarquer qu'en tournant Tenceinle de rochers et en rejoignant Marsiilat par l'intérieur, il aurait beaucoup plus vite atteint son but. Ce fut Taffaire de quelques instants, et tous trois se trouvèrent réunis autour de la druidessc endormie.

c C'est un petit enfant, dit l'Anglais.

— Cela? ça a quatorze ou quinze ans, répondit Marsiilat ; peut-être plus !

— Je n'aurais pas cru, dit Guillaume.

— La race du pays est comme cela, reprit Marsiilat; les filles, jusqu'à seize ans, et les garçons jusqu'à vingt, sonl tout petits et con*

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