‹ Œuvres de George SandChapitre 8 sur 40 · SAND. — TOVB V · texte numérisé non relu

SAND. — TOVB V

visite de ce petit oiseau , de cet être ! Oui , c'est un être, et c'est pour cela que mon cœur a battu en le voyant près de moi. Cependant mon gardien est un être aussi, et un être de mon espèce; sa femme, son fils, que je vois plusieurs fois le jour, la sentinelle qui se promène jour et nuit sur le rempart, et qui ne me perd pas de vue, ce sont des êtres mieux organisés, des amis naturels, des frères devant Dieu; pourtant leur aspect m'est beaucoup plus pénible qu'agréable. Ce gardien me fait l'effet d'un guichet, sa femme d'un cadenas, son fils d'une pierre scellée dans le mur. Dans le soldat qui me garde , je ne vois qu'un fusil braqué sur moi. lime semble que ces gens-là n'ont rien d'humain, rien de vivant, que ce sont des machines, des instruments de torture et de mort. Si ce n'était la crainte d'être impie, je les haïrais... mon rouge-gorge! toi , je t'aime, il n'y a pas à dire , je le sens. Explique qui pourra ce genre d'amour. »

« Autre événement. Voilà le billet que j'ai reçu ce matin, d'une écriture peu lisible , sur un morceau de papier fort malpropre :

' « Ma sœur, puisque l'esprit te visite, tu es une sainte, j'en étais bien sûr. Je suis ton ami et ton serviteur. Dispose de moi , et commande tout ce que tu voudras à ton frère, n

a Quel est cet ami, ce frère improvisé? Impossible de le deviner. J'ai trouvé cela sur ma fenêtre ce matin, en l'ouvrant pour dire bonjour au rouge-gorge. Se* rait-ce lui qui me l'aurait apporté? Je suis tentée de croire que c'est lui qui me l'a écrit. Tant il y a qu'il me connaît, le cher petit être, et qu'il conunence à m'aimer. Il ne s'approche presque jamais de la cuisine des Schwartz, dont la lucarne exhale une odeur de graisse chaude qui monte chez moi , et qui n'est pas le moindre désagrément de mon habitation. Mais je ne désire plus d'en changer depuis que mon petit oiseau l'adopte, n a trop bon goût pour se familiariser avec ce porte-clefs gargotier, sa méchante femme et sa laide progéniture (i). C'est à moi décidément qu'il accorde sa confiance et son amitié. 11 est rentré dans ma chambre aujourd'hui. Il a déjeuné avec appétit, et quand je me suis promenée à midi sur l'esplanade, il est descendu de son lierre, et il est venu voltiger autour de moi. Il faisait entendre son petit râle, comme pour m'agacer et attirer mon attention. Le vilain Gottlieb était sur le pas de sa porte, et me regardait en ricanant, avec ses yeux égarés. Cet être est toujours accompagné d'un affreux chat roux qui regarde mon

(1} Cunsuelo donnait queliinrs détails dans un paragraphe précèdent sur la famille Schwartx. On a supprimé de son manuscrit toni ce qni aerail ane répétition pour le lecteur.

rouge-gorge d'un œil plus horrible encore que celui de son maître. Cela me fait frémir. Je hais ce chat presque autant que madame Schwartz la fouilleuse. »

te s.

«Encore un billet ce matin! Voilà qui devient biiarre. Même écriture crochue, pointue, patarafée, malpropre; même papier à sucre. Mon Lindor n'est pas un hidalgo, mais il est tendre et enthousiaste :

« Chère sœur, âme élue et marquée du doigt de IMeu, tu te méfies de moi. Tu ne veux pas me parler. N'as4u rien à me commander? Ne puis-je te servir en rien?Ma vie t'appartient. Conunandedoncàton frère. »

« Je regarde la sentinelle. C'est un butor de soldat qui tricote son bas en se promenant de long en large , le fusil sur l'épaule. Il me regarde aussi, et semble plus disposé à m'envoyer une balle qu'un poulet. De quelque côté que je tourne les yeux, je ne vois que d'immenses murailles grises, hérissées d'orties, bordées d'un fossé, lequel est bordé lui-même d'un autre ouvrage de fortification, dont je ne sais ni le nom ni l'usage, mais qui me prive de la vue de l'étang; et sur le haut de cet ouvrage avancé, une autre sentinelle dont j'aperçois le bonnet et le bout du fusil, et dont j'entends le cri sauvage à chaque barque qui rase la citadelle : Passez au largs! Si je voyais au moins ces barques, et un peu d'eau courante, et un coin de paysage I J'entends seulement le clapotement de la rame, quelquefois une chanson de pêcheur, et au loin , quand le vent souffle de ce côté , le bouilbnnement des deux rivières qui se réunissent à une certaine dislance de la prison. Mais d'où me viennent ces billets mystérieux et ce beau dévouement dont je ne sais que faire? Peut-être que mon rougfr^rge le sait; mais le rusé ne voudra pas me le dire. »

Le 7.

« En regardant de tous mes yeux, pendant que je me promenais sur mon rempart, j'ai aperçu une petite ouverture étroite pratiquée dans le flanc de la tour que j'habite, à une dizaine de pieds au-dessus de ma fenêtre , et presque entièrement cachée par les dernières branches du lierre qui montent jusque-là Un si petit jour ne peut éclairer la demeure d'un vivant, pensais-je en frémissant. J'ai pourtant voulu savoir à quoi m'en tenir, et j'ai essayé d'attirer Gottlieb sur le rempart en flattant sa monomanie ou plutôt sa passion malheureuse, qui est de faire des souliers. Je lui ai demandé s'il pourrait bien me fabriquer une paire de pantoufles; et, pour la première fois, il s'est approché de moi sans y être forcé , et il m'a répondu sans embarras. Mais sa manière de parler est aussi

étrange que sa figure, et je commence à croire qu'il n'est pas idiot, mais fou.

ff — Des souliers pour toi? m'a-t-41 dit (car il tutoie tout le monde); non, je n'oserais. U est écrit : Je ne suis pas digne de délier les cordons de ses souliers. »

« Je voyais sa mère à trois pas de la porte et prête à venir se mêler à la conversation. N'ayant donc pas le temps de m'arrêter à comprendre le motif de son humilité ou de sa vénération, je me suis hâtée de lui demander si l'étage au-dessus de moi était habité, n'espérant guère , cependant, obtenir une réponse raisonnable.

« — Il n'est pas habité , m'a répondu très-judicieusement Gottlieb ; il ne pourrait pas l'être, il n'y a qu'un escalier qui conduit à la plate-forme.

« — Et la plate-forme est isolée? Elle ne communique avec rien?

« — Pourquoi mè demandes-tu cela, puisque tu lésais?

« — Je ne le sais pas et ne tiens guère à le savoir. C'est pour te faite parler, Gottlieb, et pour voir si tu as autant d'esprit qu'on le dît.

« — J'ai beaucoup, beaucoup d'esprit, m'a répondu le pauvre Gottlieb d'un ton grave et triste, qui contrastait avec le comique de ses paroles.

« —En ce cas, tu peux m'expliqner, ai-je repris (caries moments étaient précieux),commentcettetour est construite.

« — Demande^e au rouge-gorge, a-t-il répondu avec un étrange sourire. Die sait, lui qui vole et qui va partout. Moi je ne sais rien, puisque je ne vais nulle part.

« — Quoil pas même jusqu'au haut de cette tour où tu demeures? Tu ne sais pas ce qu'il y a derrière cette muraille?

« — J'y ai peut-être passé, mais je n'y ai pas fait attention. Je ne regarde presque jamais rien ni personne.

« — Cependant tu regardes le rouge-gorge; tu le vois, tu le connais.

« — Oh! lui, c'est différent. On connaît bien les anges ; ce n'est pas une raison pour regarder les murs.

« — C'est très-profond ce que tu dis là, Gottlieb. Pourrais4u me l'expliquer?

« — Demande au rouge-gorge , je te dis qu'il sait tout , lui ; il peut aller partout, mais il n'entre jamais que chez ses pareils. C'est pourquoi il entre dans ta chambre.

« — Grandmercif Gottlieb, tu me prends pour un oiseau.

« — Le rouge-gorge n'est pas un oiseau.

« — Qu'est-ce donc?

« — C'est un ange, tu le sais.

« — En ce cas, j'en suis un aussi?

(( — Tu l'as diL

LÀ COM TESSS DE RUDOLSTÂDT.

« ~ Tu M galant, Gottfieb.

« — Oaianif a dit Gottlieb en me regardant d'un air piofondément étonné; qu'est-ce que c'est que fokau?

« — Tu ne connais pas ce mot-là?

« — Non.

« — Gomment sais-tu que le rouge-gorge entre dans ma chambre. *

« — Je l'ai vu; et d'ailleurs il me l'a dit.

« -— n te parle donc?

« — Quelquefois , a dit Gottlieb en soupirant , bien rarement I Mais hier il m'a dit : « NonI je n'entrerai jamais dans ton enfer de cuisine. Les anges n'ont pas commerce avec les méchants esprits.

« — Est-cequetuseraisunméchantesprity Gottlieb?

« — Ohl non, pas moi; mais... »

« Id Gottlieb a posé un doigt sur ses grosses lèvres, d'un air mystérieux.

« — Mais qui? »

« n'a rien répotidii, mais il m'a montré son chat k la dérobée et conmie s'il craignait d'en être aperçu.

« — C'est donc pour cela que tu l'appelles d'un si vilain nom? Belzébuth , je crois?

« — Chut! a repris Gottlieb, c'est son nom, et il le connaît bien. H le porte dépuis que le monde existe, mais il ne le portera pas toujours.

« — Sans doute; quand il sera mort!

« — D ne mourra pas, luil II ne peut pas mourir, et en est bien £lché , parce qu'il ne sait pas qu'un jour viendra où il sera pardonné. »

c kî nous fûmes interrompus par l'approche de madame Schwartz , qui s'émerveillait de voir Gottlieb causer enfin librement avec moi. Elle en était toute joyeuse, et me demanda si j'étais contente de lui.

c — Très-contente,je vous assure. Gottlieb est fort intéressant , et j'aurai maintenant du plaisir à le faire parler.

« — Ahl mademoiselle, vous nous rendrez grand service, car le pauvre enfant n'a personne h qui causer, et avec nous c'est comme un (ait exprès, il ne veut pas desserrer les dents. Es-tu original , mon pauvre Gottlieb, et tétui Voilà que tu causes très-bien avec mademoiselle, que tu ne connais pas, tandis qu'avec tes parents... »

« Gottlieb tourna aussitôt les talons et disparut dans la cuisine , sans paraître avdr entendu seulement la voix de sa mère.

« — Voilà comme il tait toujours 1 s'écria madame Schwartz ; quand son père ou moi lui adressons la parole, on jurerait, vingt-neuf fois sur trente, qu'il est devenu sourd. Mais enfin, que vous disait-il donc, mademoiselle ? De quoi, diantre, pouvait-il vous parler si longtemps?

« <— Je vous avoue que je ne l'ai pas compris, répondîs-je. 11 faudrait savoir à quoi se rapportent ses

idées. Laissez-moi le faire causer de temps en temps sans le déranger, et quand je serai au fait, je vous expliquerai ce-qui se passe dans sa tète.

<K — Mais enfin, mademoiselle, il n'a pas l'espritdérangé?

« — Je ne le pense pas, » ai-je répondu, et j'ai fait là un gros mensonge, que Dieu me le pardonne ! Mon premier mouvement a été d'épargner l'illusion de cette pauvre femme, qui est une méchante sorcière, à la vérité, mais qui est mère, et qui a le bonheur de ne pas voir la folle de son fils. Cela est toujours fort étrange. Il faut que Gottlieb, qui m'a montré si naïvement ses bizarreries, ait une folie silencieuse avec ses parents. En y songeant, je me suis imaginé que je tirerais peut-être de la simplicité de ce malheureux quelques renseignements sur les autres habitants de ma prison, et que je découvrirais, par le hasard de ses réponses, l'auteur de mes billets anonymes. Je veux donc m'en faire un ami, d'autant plus que ses sympathies me paraissentsoumises àcellesdu rouge-gorge, et que, décidément, le rouge-gorge m'honore de la sienne. Il y a de la poésie dans l'esprit malade de ce pauvre enfant I Le petit oiseau un ange, le chat un méchant esprit qui sera pardonné I Qu'est-ce que tout ceUi? n y a dans ces tètes germaniques, même les plus détraquées, un luxe d'imagination que j'admire.

« Tant il y a que madame Schwartz est fort contente de ma condescendance, et que me voilà trè^-bien avec elle pour le moment. Les billevesées de Gottlieb me seront unedistraction. Pauvre êtrel Celui-là, depuis aujourd'hui que je le connais , il ne m'inspire plus d'éloignement. Un fou, cela ne doit pas être méchant dans ce pays-d, où les gens d'esprit et de haute raison sont si loin d^être bons! n

Le 6.

« Troisième billet sur ma fenêtre. « Chère sœur, la plate-forme est isolée, mais l'escalier qui y monte communique avec un autre corps de bâtiment au bout duquel se trouve l'appartement d'une dame qui est prisonnière comme toi. Son nom est un mystère, mais le rouge-gorge te le dira si tu l'interroges. Voilà, au reste, ce que tu voulais savoir du pauvre GottUeb, et ce qu'il ne pouvait t'apprendre. »

« Quel est donc cet ami, qui sait, qui voit, qui entend tout ce que je fais et tout ce que je dis? Je m'y perds, n est donc invisible? Tout cela me parait si merveilleux que je m'en amuse sérieusement. Il me semble que, comme dans mon enfance, je vis au mi^lieu d'un conte de fées, et que mon rouge-gorge va parler tout d'un coup. Mais s'il est vrai de dire de ce charmant petit lutin qu'il ne lui manque que la parole, il n'est que trop certain qu'elle lui manque absolument, ou que je ne puis comprendre son langage. Le voilà tout à fait habitué à moi. Il entre dans ma

LÀ COMTESSE DE RUPOLSTADT

chambre, il en sort, il y revient, il est chez lui. Je remue, je marche, il ne s'enfuit plus qu'à la portée du bras, et il revient aussitôt. S'il aimait beaucoup le pain, il m*aimerait davantage , car je ne puis pas me faire illusion sur la cause de son attachement pour moi. Cest la faim, et un peu aussi le besoin et le désir de se réchauffer à mon poêle. Si je peux réussir à attraper une mouche (elles sont encore si rares !) , je suis certaine qu'il viendra la prendre dans mes doigts; car déjà il examine de très-près les morceaux que je lui présente , et si la tentation était plus forte, il mettrait de côté toute cérémonie. Je me souviens maintenant d'avoir entendu dire à Albert qu^il ne fallait, pour apprivoiser les oiseaux les plus craintifs, pour peu qu'ils eussent une étincelle d'intelligence, que quelques heures d'une patience à toute épreuve. 11 avait rencontré une zingara , prétendue sorcière , qui ne restait pas un jour entier dans un coin de la forêt, sans que quelques oiseaux vinssent se poser sur elle. Elle passait pour avoir un charme, et elle prétendait recevoir d'eux, comme Apollonius de Tyane, dont Albert m'a raconté aussi l'histoire, des révélations sur les choses cachées. Albertassurait que tout son secret, c'était la patience avec laquelle elle avait étudié les instincts de ces petites créatures, outre une certaine affinitédecaractèrequi se rencontre souvent entre des êtres de notre espèce et des êtres d'une espèce particulière. A Venise, on élève beaucoup d'oiseaux, on en a la passion, et je la conçois maintenant. C'est que cette belle ville, séparée de la terre, a quelque chose d'une prison. On y excelle dans l'éducation des rossignols. Les pigeons, protégés par une loi spéciale, et presque vénérés par la population, y vivent librement sur les vieux édifices, et sont si familiers que, dans les rues et sur les places, il faut se déranger pour ne pas les écraser en marchant. ] «s goëlands du port se posent sur les bras des matelots. Aussi il y a à Venise des oiseleurs fameux. J'ai été fort liée, quand j'étais moi-même un enfant, avec un enfant du peuple qui faisait ce trafic, et à qui il suffisait de confier une heure l'oiseau le plus farouche pour qu'il vous le rendit aussi apprivoisé que s'il eût été élevé dans la domesticité. Je m'amuse à répéter ces expériences sur mon rouge-gorge, et le voilà qui se familiarise de minute en minute. Quand je suis dehors, il me suit, il m'appelle; quand je me mets à ma fenêtre, il accourt et vient à moi. M'aimerait-il? Pourrait-il m'aimer? Moi, je sens que je l'aime; mais lui, il me connaît et ne mecraint pas, voilà tout.L'enfantau berceau n'aime pas autrement sa nourrice, sans doute. Un enfant I quelle tendresse cela doitinspirer ! Hélas I je crois qu'on n'aime passionnément que ce qui ne peut guère nous le rendre. L'ingratitude et le dévouement, ou tout au moins l'indifférence et la passion, c'est là l'éternel hyménée des êtres. Anzolelo, tu ne m'as pas aimée... Et toi, Albert, qui m*aimais tant, je t'ai laissé mou-

rir... Me voilà réduite àèimer un rouge-gorgel Et je me plaindrais de n'avoir pas mérité mon sort! Vous croyez peulrêtre, mes amis, que j'ose plaisanter sur un pareil sujeti Non. Ma tête s'égare peutrêtre dans la solitude ; mon cœur, privé d'afiections, se consume, et ce papier est trempé de mes larmes.

« Je m'étais promis de ne pas le gaspiller, ce précieux papier; et voilà que je le couvre de puérilités. J'y trouve un grand soulagement, et je ne puis m'en défendre. Il a plu toute la journée, je n'ai pas revu Gottlieb; je ne me suis pas promenée. J'ai été occupée du rouge-gorge tout ce temps, et cet enfantillage a fini par m'attrister étrangement. Quand l'oiseau espiègle et inconstant a cherché à me quitter en becquetant la vitre, je lui ai cédé. J'ai ouvert la fenêtre par un sentiment de respect pour la samte liberté que les hommes ne craignent pas de ravir à leurs semUables : mais j'ai été blessée de cet abandon momentané, comme si cette bête me devait quelque chose pourtant de soins et d'amour. Je crois bien que je deviens folle, et qu'avant peu je comprendrai parfaitement les divagations de Gottlieb. »

« Qu'aî-je appris? ou plutôt qu'ai-je cru apprendre t car je ne sais rien encore; mais mon imagination tni* vaille énormément.

« D'abord j'ai découvert l'auteur des billets mystérieux. C'est le dernier que j'eusse imaginé. Mais ce n'est déjà plus là de quoi je songe à m'émo^eiUer. N'importe, je vous raconterai toute cette journée.

« Dès le matin, j'ai ouvert ma petite fenêtre composée d'un seul carreau de vitre assez grand, assez clair, grâce à la propreté avec laquelle je l'essuie pour ne rien perdre du peu de jour qui m'arrive et que me dispute le vilain grillage. Même le lierre menace de m'envahir et de me plonger dans l'obscurité; mais je n'ose «DKX>re en arracher une seule feuille; ce lierre vit, il est Ubre dans sa nature d'existence. Le contrarier, le mutiler!... n faudra pourtant bien s'y résoudre. Il ressent l'influence du mois d'avril; il se hâte de grandir, il s'étend, il s'accroche de tous côtés; il a ses racines scellées dans la pierre ; mais il monte, il cherche l'air et le soleil. La pauvre pensée humaine en fait autant. Je comprends maintenant qu'il y ait eu jadis des plantes sacrées, des oiseaux sacrés... Le rouge-gorge est venu aussitôt, et il s'est posé sur mon épaule sans plus de façons; puis il s'est mis, selon sa coutume, à regarder tout, à toucher à tout; pauvre être ! il y a si peu de chose ici pour l'amuser ! Et pourtant il est libre, il peut habiter les champs, et il pré* fère la prison, son vieux lierre et ma triste cdîule. M'aimerait-il? non. Il a chaud dans ma chambre, et il prend goût à mes miettes de pain. Je suis effrayée maintenant de l'avoir si bien apprivoisé. S'il allait

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