TOM. TI
50 LE PAS DB LA mtT.
Da premier jnaques an denain, Diea rsTOÎt fiâte de sa main Ponr tontes Tertos y adjoindre, Qne fanlae mort Yonlnt desjoindre.
Peo pannrai^ de son trespas Et en son derrenier parier.
Les yenx oonchiés encontre bas, Yonlut qne moy, dolant et las, La visse ponr désespérer ; Car elle me fit appeler Et me dit basset à vois, casse; c Mon amy , regvdaa ma face.
c Yoyex qne fiât dolante mort c Et ne Tonbliei désormaîs; c CTest celle qnVômîes si fort; c Et ce corps vostre, yîI et <fft, € Yons perderea ponr nn jamais; « Ce sera pnant entremais c AlatêrreetàlaveraHAa^:
c Dure mort, tonte beaiMtfine. >
Quant je yis ce dolant ymage»
Ceste piteuse ramambiaaee^ Ce taint et a{^y visage, Je n*eus ne vouloir, ne counge Qui n'en fust en désaspéance; Tombay envers par desplaisance.
J'eusse moy voulu estre rien.
Ou mourir avec tant de bien.
CeUe qui congnoissoit mon cœur.
Chargea qu*on me portast dehors, Tantost qpfès, par giant donleor»
LE Pas DB LÀ IfOBT. 51
Congnoissant son vray Créateur, Son esperit partit du oorper; Et est mis au nombre des morts La chose la plus assouvie De tout ce qu*au jour d*buy a vie.
Da raconter mon infortune n est force que je m'en passe.
CTestoit douleur non pas commune; • Dieu en gard chascnn et chascune t Combien que c'est fat droite p^âee.
Ce n est point jeu de passe-passe; Car on s'en va sans revenir :
Dieu nous y laisse bien venir f
Las ! il faut mourir une fois, Et ne sçait-on quant, ne comment; Et faut porter le fais et poix De ce dont on a pris le choix.
Pour attendre son jugement Qui sera de joye ou tourment.
Dont Tun et l'autre est pardurable :
Joye mondaine est peu durable.
Sy faut hayrce flattant monde Dont la doulceur est annemie.
Le plus haut bien qui y abonde.
Est auBsy tost passé que l'onde Qui est de haut tost abaissie.
Ceste chose m'estoit muchie Et ne l'eusse sçu percevoir; Mais ma dame m'en fut miroir.
Pour quoy, pour mirer les mondains, Congnoissant ma fragilité,
Comme celui qni sçait le mains, Ay fait et escrîpt de mes mains, Ainsy comme je Tay trouvé, -Ce traitiô que j*ay compilé Et nommé le Miroir de Mort ; €Iiascun en doit avoir remort.
Pour au miroir de mort mirer, Penser y &ut en remirant, Et sy nous faut tous amirer De ceux que nous veons miner Par la mort qui nous va misant.
Rien n'y vaut donc nom dominant; Il ne luy chault, pour abrég^er.
Non plus d'un roy que d'un bergier.
Comme au miroir, y est la glace Là où on voit sa ramembrance; On y choisit et corps et face, Mais de légier elle s'efface.
Car elle n'a point de souffraxice; Elle ne peut avoir grevance.
Que de légier ne soit cassée ; Hbstre vie est plus tost passée.
Mirons-nous donc et remirons; Yeons où est le premier né, Celuy de qui nous tous venons, Où sont les vaillans champions.
Ceux qui depuis luy ont esté.
Où est le Troyen aduré Qui faisoit les autres mourir?
n ne fut né que pour pourrir.
Où sont les princes de la terre?
Où est Alixaudre d'Allier,
Celuy qui tout voulut conquerre*?
Où est le bon roy d'Angleterre, ÂFtus, et son couraige fier?
Et Lancelot, bon chevalier.
Qui fut garde de son honneur?
Ils sont morts connue un laboureur.
Gharlemaine, roy des François, Qui les Espaignes reoonquist, Roland et Ogier le Danois Qui soustinrent le fais et pois.
Avant ce qu'à la foy les mist,.
Ils [ont] logis aussy petit Et aussy bien par dedans terre Que celuy qui va son pain querrCk
Et le grant renommé Pompée, Qui aux Romains fit tant de biens Que par fureur de son espée Leur subjugua toute contrée^ - Que vingt et deux rois furent siens; Après tous ses haulx faits terriens.
Il fîi tué piteusement A coup ainsy qu'en un moment.
Celuy qui les Alpes passa, Hannibal, le duc de Cartage,.
Doulereusement dévya Par le venin qu'on luy donnai A boire, dont ce fut dommage'»
Samson, qui de force fit rage, n est comme un foible passé.
Car depièça est trespassé.
Voyez le ronum d'Alexandre, publié par M. Michelant.
U L£ PAS DE LA MOBit.
Où sont les praos du temps jBÂis^ Qui f érirent tant coups d*espéet La royue Sémiranus, La renommée Thamaris, Et la belle Panthasiléet Certes toute k plus doubtée, A eu dolante départie '
Et dure mort eu sa partie.
Et la mère du très-haut roy, Olimpias, noUe royne, Qui mourut en très-grant desroy, La plus dolante que je toy , Fors Tempereys Agrippîne, Que son fils, pour yeoir le signe Et le lieu où il fu porté, Le fit ouvrir, qui fut pité?
La bonne royne Hécnba, Femme du noble roy Priant, Laquelle vit et regarda Que mort tous les siens luy esta.
Qu'elle n*eut rien de demeurant.
Elle choisit Troye brûlant Avant le temps de son termine.
Et puis elle devint vermine.
Où est d'Hélaine la beauté Sur toutes autres non pareille?
Où est llionneur et la clarté De Lucrèce et sa chasteté.
De quoy un chascun s*esmerveille?
Heureux est celuy qui y veille Et qui connoist qu'il faut finir !
Hélas! nous ne pouvons fuyr.
^ MS DE lA MORT. S5
Nous ne pouvons layr, hSiml Ne recouvrer le temps passé.
Celuy est bien ehétif et las»
Qui ne cmiat le dolereux las De Tesperit qui futdunpné.
Qui par orgueil fut ««Tené»
Et tous las siens du ciel là sus : Bien y devons penser fàjw.
Quant ceux si noUement ciéés Et en leurs beautés tant louablesi Furent pour jamais condempnés Et soudainement transmués ; Quant d*anges devinrent dyables.
Et par oi^eil espouventables [Sont] en supplice étemelment Et douleur sans amandement.
Gardons-nous doncques de pédûé Qui est à Dieu tant desjdaisant.
Bi nous en sommes entachié.
Faisons qu'il soit desembuscbîé; Veons dont nous venons naissant Et que devenons en mourant.
Et après que nous serons morts :
Ce nous sera hiunble remors.
Prenons doacques humilité Et laissons ce péchié d'orgueil; Pensons à notée huqskaiMté; Veons bien nostre povreté.
Et nostre cœur esa aum deuiL Souspirons et pbwrons de l'œiL Contemplant nostre povre vie :
Sage est celuy qui peu s'y fie.
56 LE PAS DE LA HORl^
Ayons fiance au Créateur Qui pour nous la mort endura En telle amertume et douleur.
Que luy pensant dedans son coeur Abondance de sang sua.
Le povre pécheur que fera.
Quant son Dieu tant doubta la mort?
Il a mestier de son confort
Sy faut aToir celle souffrance Et trës-amère passion A llieure de sa doléance.
En doulereuse ramembrance Et piteuse compassion, ^ Afin qu*elle soit champion Contre Sathan et sa malice :
Il ne nous est rien plus propice.
Quant nous cuidons estre plus haut.
Plus subitement déchéons ; U ne nous fautguères d'assaut; Un petit de f roit ou de chaut Nous fait avoir les trenchisons', ^ Ou les mulles à nos talons, Ou tout subitement mourir Sans regarder, n'avoir loisir.
De ceux que tu vis en jeunesse.
En ton eage premerain.
Si tu vis jusques en viellesse, Tu trouveras que mort ne laisse Ne vieil, ne jeune, ne mondain ; Un en santé mourra demain;
> TfVM^ifaoïu, tranchées, donlearsaigaës.
Tu en Tois souvent et assés Plus de morts que de demouiés.
Regarde où sont allés nos pères Qui ont eu vie comme nous.
Nos parens» sœurs et frères.
Ils ont laissié ces misères Esquelles nous sommes trèstous.
Ce monde qui nous semble doux, Est déoeyant et tost passé :
Heureux est qui Ta bien passé I
Car c'est un passage de mort
Doloureux et tantost failly.
Tu n'as donjon, chasteau, ne fort,
Qui te puisse garder au fort,
Que tu ne soyes assailly.
Tu auras bien de loing sailly, \
Quant ton esperit s'en yra
Et ton corps cendre devenra.
C'est grant folie de parer Ce qui sera viande aux vers ; Ce que mets peine d'amasser.
Il te faura tantost laissier.
Et prendre habillemens divers.
Tu n'auras pour tous tes blés vers Que ta dolante sépulture Et ta puante pourreture.
0 jouventé de belle dame !
Et que dites- vous à ce point?
Cuidiez-vous la mort si infâme Qu'elle voulsist avoir ce blâme
De vous assaillir en oe point?
Certes vous n'y avez un point Plus d*avantage qu*un porcier'.
Et TOUS aye, qui youldni, obier.
Il fiEiut laissier vos haulx atours Et vos robes à longue qoeue^ Et Yous faut oublier les tours Que vous aprenez à ces cours Au temps que voua faites la reue.
Vostre frescheur devenia bleue, Vostre regard fera horreur, Mesmes à vostre serviteur*
0 noble arroy de chevalier.
Qui est osé pour t'assaiUîrî Tu es oultre mesure fier.
Quand tu es dessus ton coursier.
Chascun veut devant toy frémir; Toy qui fais les autres crémir.
Tu devenras ' abhominable :
Ce monde n'est Qoint pardurable.
Vous qui estes vestus de court.
Gentil homme du temps présent.
Pensez que vous le ferez court.
Ne vous ne sçavez tour de court Qui y sçust mettre empeschement.
La beauté de vostre jouvent Ne vous sauvera pas tousjours; Vous finerez dolant vos jours '.
* Var : Qn^un bergier, ms. do la Blbl. iiap. de Paris. ' Tu demourroi, ms. de T Arsenal.
* Var : Quant auriez force de cent ours, ms. de Bruxelles.
JiB PAS DE LA MORT. 59
Damps abbéfl ne sera laîssié Avec la dame de ses biens; S*il est estuYô ou baigné, Il sera en terre piongié Et ne sera son corps que flens.
Nostre vie ne durra nom Que pour avoir deuil en la fin :
Dieu sçait qui est bon pellerin.
Le bourgeois qui boit du meilleur Et fait à tous chière commune.
Mort ne luy fera plus d'honneur Comme & un povre laboureur Ou à autre de la commune.
n ne lui chault où elle plume, Â grant, au petit, au moyen :
Encontre elle, n*y a moyen.
Lors qui veut bien mourir, bien vive Selon Dieu et sa conscience, , Et ses commandements avive, Gongnoisse sa vie fautive Et prende tout en patience.
Il fera tant par sa sdence Qu'après sa mort il.vivera :
Envis meurt, qui appris ne Ta.
Mais ce n'est pas merveille grant S'on craint chose si très-amère.
Celuy que Dieu fist revivant  qui il fit de grâce tant.
Le ladre à la Marie frère Oncques depuis n'eut que misère Et toute douleur & penser, Grémant ce qu'il devoit passer.
60 LE PAS DE lA MORT.
Lliorreur de la mort fut emprainte Tellement au devant ses yeux»
Qui luy donna pensée mainte.
Tant que tousjours il fut en crainte, Combien qu*il espéroit son mieux Et qu'il eust son entente es cyeulx.
Que fera donques le pécheur.
Quant le juste en avoit si peur?
S*il n*en prent moyen et refuge A la trésorière de grftoe.
Quelle moyenne vers le juge Qu*en son très-angoisseux déluge.
Lorsque la voix sy sera casse Et la vie dolente et lasse, n puist estre lors secouru, Et Sathan maté et vaincu.
Lequel en horrible figure Se démonstra en son regart, Qui est très-amère pointure Et dolour angoisseuse et dure  rame qui craint le départ; Le corps travelle à Tautre part, Tremble, tressault, est sans vigueur Par abondance de douleur,
Qu*est oultre pouvoir de nature Car elle Tabandonne lors, n n*a ne membre, ne facture Qui ne sente sa pourreture.
Avant que Tesperit soit hors, Le coeur qui veult crevier au corps Haulce et sousliève la poitrine Qui se veult joindre & son eschine.
La face est tainte et apalie.
Et les yeux treiUiés en la teste.
La parolle luy est faillie»
Car la langue au palais se lie.
Le poulx tressault et sy halette.
La vie fuit, la mort est preste, n a doleur à démesure.
En attendant sa sépulture.
Les os desjoindent à tous lez ; Il n'a nerf qu*au rompre ne tende.
Assaillis est par tous costés Et congnoit tous ses faits passés.
De quoy il faut un compte rendre.
Et n'a plus loisir qu'il s'amende; Car l'heure est briefve et doloureuse.
Dont sa pauvre ftme est crémeteuse.
Lors le veult mettre en désespoir L'adversaire de nostre foy.
Qui s'amonstre hideux et noir, Espoentable oultre pouvoir.
Disant : c Pécheur, tu es & moy ; t Te souviengne de ton desroy c Et du temps que tu as perdu,
c Car tu es à ta fin venu.
c Et sy n'as dame, ne mignon, < Â qui guères de toy chaulra, c Joyau, tant soit riche, ne bon, c Chasteau, palais, fort, ne donjon, c Ce qu'à toy fut, autruy aura, i Et ton âme en tourment sera c Pardurable tison d'enfer c En la présence Lucifer.
Il te &ut laissier tes oiseaux.
Tes chiens, tes bnequos, tes lévrieis , La pompe de tes beaux chevaiaix.
Qui soubs toy fiusoieirt les saulx, La route de tes escuiers.
Les moindres de tes officiers.
Auxquels tu laisses da tes bieas.
Ne te tiennent j& que pour fieas.
Bien est changiâ ta fierté Et aussy ta gloire mondaine.
Le temps que Dieu t'avoit preste.
Tu Tas perdu et d^gastô.
Dont pour jamais seras en painoy Et chascun jour de la sepmaine Baige de tounnens et sans fin :
Tu fus subtil, mais moy plus fin.
Ne t'attens plus aux ÉTangiUes, N*à messe qu'on te fosse dire :
Tu n*as parens, ne fils, ne fiUes, Ne tous ceux qui sont-de te» villes, Qui se puissent tenir de rire; Il ne leur chault de ton martire, Ne si tu f es dampné pour eux :
Tu en es seul le malheureux.
Car tu t'en rêvas ainsy nii« Sicomme en ce monde tu vins ; Il t'est par trop mésadvenu.
Quant tu as si très-mal vescu Que tu n'es plaint de tes voisins; Et n'auras pour tous biens et vins Que ton tombeau et ton suaire Et vermine pour toy deffaire.
Pourquoy fus-tu donc né de mère Four si dolentement mourir, En doléance si amère Et insupportable misère Que pour jamais te feut souffrir?
Tu doibs bien trembler et frémir, Et ton âme doibt bien maldire L'ocquoison de ton grant maiiire.
Tu fus doloureuse portée
A la mère qui f enfanta.
Ta folie désordpipée
A ton âme désespérée
Mise en tourment qui ne fiiuldra,
En laquelle vivant mourra.
Et par tes puans faulx délis
Tousjours auras de- mal en pis.
Plus que nul n'oseioit penser.
Ne que langue ne pourroit dire.
Par crier et par souspirer, On y ot Dieu désaourer Et souvent sa vie maudire; Il n^est cyru^ien, ne mire.
Pour allégier cdle souffrance.
Seulement d*une surséance. •
Et puis luy dit : c Je suis des princes
< De rinfemale mansion.
< Il te faut laissier tes provinces.
< Je t'enmenraypovresei minces • Au lieu de tribulation. »
Le pécheur qui sent Taiguillon De la mort qui le serre. et point. Ne sçait là riens penser à point*
Car il est en désespérance
Et en faulte de vraye foy.
Alors le bon ange s'avance
Et sy le met en souTcnance,
Disant : • Las! chrétien, reoongnoy Ton Salveur.qui mourut pour toy»
Qui est prest de te pardonner Si tu luy daignes demander.
Son pouvoir est incomparable.
Sa miséricorde infinie.
Fay*luy honneur et honte au diable.
Rends-toy de ton péchié coupable
Et humblement mercy luy prie.
Tu auras pardurable vie.
Qui es sa povre créature
Pour qui la mort luy fut tant dure.
Il fa chièremént racheté.
Pour quoy il ne te veut laissier; Tu luy as grandement oousté; Pour toy fut ouvert son oosté.
Et sy se fit crucéfier Et de clous pieds et mai^s percier, Estendu douloureusement Et battu très-piteusement.
Sa tendre chair fut deschirée.
Et son vierge sang espandu Par les grans coups de Tescorée.
On veoit sa chair détrenchée Sur le pavé dru et menu; Ses os se monstroient au nu Et en divers lieux descouvers ; Sy faisoient veines et nerfs.
4 Le ehief fat oouronné d^espine 4 PoingnantjosqxieB à son cerveau; * Sa face glorieuse et digne « En qui reaplend beauté divine, « Fut ressemblant à«un môseau; < Luy qui devant estoit si beau, « Fut en œt estât renoontié 4 De la Vîei^ qui Tôt porté.
4 Que put lors dire celle mère « De si grande amertume {daine, 4 S'elle ne dit : « Mon Dieu, mon père, u Que je souffre celle misère € Afin que fallége sa paine.
« Ha ! Gabriel, tu me dis plaine 4 De grâce, en me nommant Marie, a Las ! je me trouve bien changie.
« 0 ma très-amée portée, 0 créateur de ton anœlle, 0 fruit de celle désolée ^ Qui te transporta de Judée, Lorsqu'elle estoit jeune pucelle; Fay-moy que plus je ne canoelle Et que je puisse soustrair Geste croix qui te finit fi&illir !
0 mon enfant, escoute-moy;
Je vueil à ta douleur partir;
Mon Dieu, mon Seigneur et mon Roy,
Fay tant pour la mère de toy,
Qu'avant ta mort, puisse mourir;
Car je ne te puis secourir.
Et sy te voy tant désolé :
Hélas ! à quoy t*ay-je porté?
WS. TI. i*
Qui suy ta serve très-indigne.
Non sufSsant à tel honneur.
0 Elisabeth, ma cousine.
Tu me moBstras honneur et signe Qu*en moy estoit toft Créateur ; Et je le voy en telle horreur Qu*ils le tiennent comme une beste En paine horrible et déshonneste.
0 croix, engien de grant tourment.
Tu es chose bien inhumaine.
Quant ton Créateur innocent.
Plus pur que n'est le firmament Tu me laisses et tu Tenmaine.
Génération inhumaine.
Comme ton rachat couste chier.
Lequel je ne veul empeschier !
Et quant elle le vit en croix, Où il rendit son esperit.
Les élémené, à une fois.
Firent si doulereux explois, Pour le Créateur qui les fit, Pensez qu*en soy elle souffrit De sa passion grant pitié.
Quant vit son fils crucefié;
Et angoisseusement percie Avec le costé de son fils, Ceste vierge sanctifie, .
Ceste mère tant esplorie Souffroit trop plus que je ne dis, Par le premier péchiet commis Du père de l*humain linage :
Qui ne le sent, il n'est pas sage.
Mets au secret de ta mémoire Et au clos de ton souvenir Geste trës^pitoyabto histoire Et celle angoisse si notoire Où fut ton Dieu jusqu'au mourir, Et le très-doloureux soufi&ir De sa tendre et piteuse inère :
Ta paine n*est pas si amère»
Laquelle tu aa dessenrie- Et ils estoient innocens.
Et fut pour te rendre la vie,- Toy qui n*e8 heure» ne demie>.
Que. tu ne pèches en tes sens :
Si tu n'as ses commandements De près gardés à ton pouvoir, Desplaisir en vueilles avoir.
Et en grande contrition- Recongnois que tu es pécheur.
Bequiers-luy que sa passion Te soit escut et campion ; Si vray qu'il est ton Créateur, Ne te boutes en folle erreur ; Croy qu'il est le pilier et masse Dont sourt abondance de gr&ce.
Un monde ne sauroit comprendre Que c'est de sa miséricorde :
Puisque ce vient à compte rendre, Il te faut à mourir apprendre.
Avise bien et recorde Qu'il n'est pécheur qui ne s'accorde Vers luy, s'il luy requiert pardon :
Exemple par le bon larron,
Par la très-eainte Magdalaine, Par autres tant que emids nombrer.
Tu ne dois avoir poulx, n*halatne»
Vertu de nerfs, pouvoir de vaine, Qu*il ne Caille tout ealever Envers le ciel et aourer.
Afin que Jhésus te regarde Et te baille sa saulvegarde.
Il te donra son paradis.
Et sera le diable vaincu.
Tu feras peur aux annemis Qui se trouveront eAabia; Car tu auras sur eux vertu Puisque tu seras eslu; Tu auras choix de ton souhait Et de ton désir le parfait.
En la vue de notre Sauveur En quoy se délitent les saints.
La présence du Créateur Leur donne souffisanœ au cœur.
Dont ils le loent, jointes mains; Et sy sont de joye si plains Que les anges en leurs salus Chantent : Te Deum lattdamuê.
Us ont gloire sans terminer Et lyesse parassouvie.
Ils ne font sinon Dieu loer; Car ce qu^ils veulent demander. Un chascun jour leur multiplie, Et voient la Vierge Marie Auprès de son fils couronné.
Après luy la plus honnourée.
Souvent dient en leurs accors :
Ave eaïorum regifut; Benoît soit le ventre et le corps Qui sçut comprendre les trésors Où la Déité s'aombra ; 0 ave gratia pUna, Royne de béatitude, Fort resjoyst ta plénitude.
Il n'est chiel, ne terre, ne mer, Ne clercs tant lettrés en estudes, Qui sçussent de toy comparer.
Ne qui suffissent pour nombrer Les noms de tes béatitudes.
Ce sont de grâces plénitudes.
Obscures à lliumanité Comme choses de déité;
Lesquelles sy sont invisibles Par la fragilité du corps ; 11 n'est pas bystoires, ne bibles, Qu'elles te soient compatibles Jusques que Tesperit soit hors.
Pry Dieu qu'à l'heure de lors Il te donne sa gratitude Et de sa gloire plénitude.
L'heure est briefve de ton trespas ;
Il t'en faut faire ton proffit. > Le pécheur qui se voit au bas, Combré de si doulereux las.
Et ot ce que l'ange luy dit.
Ne peut sonner mot tant petit.
Lors le dyable dit qu'il est sien :
L'ange soustient qu'il n'y a rien.
0 misérable créature, Quant vient & ceste extrémité Et à ceste amère pointure !
Où est la force, tant soit dure, Ne sens, qui ne soit oublié?
Nostre œil devroit'estre moullié, Et devrions trembler frissons , Toutesfois que nous y pensons.
A grand paine se saulvera Le plus juste, qui au monde est.
Eh ! donc, le pécheur que fera, Quant ce terrible jour vendra Que Dieu jugera le parfait?
Mieux luy vaulsist non estre fait Qu*estre en telle dampnation.
Où est justice sans pardon.
 toy donc, créature humaine, A toy est llieure de trembler, A toy qui quiers joye mondaine^ A toy qui délayras en paine, A toy qui ne fais que passer, A toy qui en dois soupirer, A toy je dis que tu n'es riens, Toy et ta vie, fors que fiens.
Bien sera ta chançon muée ; Bien tost ton corps deviendra cendre, Bien tost sera ta vie oultrée, Bien tost ton ame séparée; Bien tost te faudra compte rendre; Bien tost mourras comme le mcndre, Bien tost seras en pourreture; Bien tost fabandonra nature.
Combien que tu soyes gentil»
Combien que tu soyes mondain, Combien que tu ne crains péril. Combien que tu ne doubtes exil, Combien que tu soyes humain, Combien que Ton crainde ta main, Combien d'honneur que on te face, Comme le vent, tantost se passe.
Doubte et Crémeur tu doibs avoir, Doubte de Jhésus couroucier, Doubte de tant de biens vouloir.
Dont tu te puisses décepvoir'.
Doubte quHl te faut trespasser, Doubte qu'il te faut tout laisser, Doubte que tu ne sçais comment, Doubte du jour du jugement.
En Dieu soit ta ferme espérance, En ce faux monde peu d'arrest.
En vanité et en beubance, ■ En pompe et en oultrecuidance, En orgueil qui à Dieu desplait, En luxure qui tout deffait, Enîre, paresse et envie.
En avarice et gloutonnie '.
Fors seule satisfaction, Force d'obéir en constance,
* Doubte tan âme à décevoir, ms. de Bruxelles. > Bn envie, paresse et ire, En avarice, et n*y amire.
Ms. de la Bibl. imp. de Paris.
Bn envie, paresse et ire,
Bn avarice et en glontire.
Ms. de rÂrsenal.
64« LE PAS W Li MORT.
Force contre temptetioD, Force de requerre pardon.
Force et Tertueose atfempnuice. Force contre folle ignorance.
Force quand on ae troore bas.
Force de oongnoistre son cas.
Grande pité en aTenra, Grant paine pourra mieux souffrir, Grant povreté convoitera.
Grande soufferte * portera.
Grande dolour jusqu'au mourir, Grande patience et désir.
Grande crainte et crémeur de Dieu, Grante doubte où sera son lieu.
Vivons en Dieu et en bienfûts ; Vivons errant le droit chemin ; Vivons en redoubtant nos ùâia*; Vivons pour régner à jamais ; Vivons ainsy qu*un pellerin; Vivons pour partir au matin ; Vivons pour tantost deslogier ; Visons où nous voulons logier.
Mirons-nous au grant jugement; Mirons-nous en la passion; Mirons enfer et dampnement; Mirons la mort et son tourment; Mirons nostre inclination ; Mirons le monde et sa façon ; Mirons nostre fragilité ; Mirons-nous pour estre saulvé.
* 8o%ffreté, ms. de la Bibl. imp. de Paris.
* Bn doubtant natr es faits ^ ma. de la Bibl. imp. de Paris.
Prions à Dieu qu*il nous pardonne, Prions qu*il nous donne sa grftce»
Prions qu*il ne nous abandonne.
Prions que sa gloire nous donne.
Prions que nous véons sa face.
Prions que nos péchiés etbce ; Prions qu*il nous veulle garder Et nos deffaultes pardonner.