‹ Œuvres de Georges Chastellain (volume 2)Chapitre 13 sur 45 · AMEN · texte numérisé non relu

AMEN

TQB. Tl.

L'OULTRÉ D'AMOUR'.

Pensant» songeant à demy trouble, Ne trop joyeux, ne peu de hait, Sique par plus de trois fois double L*un pensement sur Tautre double, Malgré tel fois queTon en ait Ou par douleur ou par souhait Ou par plus de mille autres points.

Comme les divers cœurs sont points.

Dessoubs un pavillon de soie.

Entre deux draps flairans la, rose, L*un de ces jours veillant gisoie.

Et faignant de dormir, visoie Sur mainte très-diverse chose.

Que la clarté du jour redose Ne me pouvoit toUir des yeux Pour m*en faire estre pis, ne mieux.

La terre avoit le jour couvert :

Sy n*avoient mes yeux puissance

> Pablié d'après le manuscrit 120 de la Bibliothèque Lanrentienne, de Florence, coUationné sur le manuscrit de Paris, Bibliothèque de rArsenàl, lY, 192, et sur le manuscrit de la Bibliothèque de Rouen, 0,33/13.

Ce po8me a été inséré dans le Conservateur du mois de mai 1758, p. 190.

\ L'OULTRÉ D^ÂMOUR.

De choisir rouge, blanc, ne vert; Mais le cœur de tous lez oifvert Yeoit par clère congnoissance :

Donc, fust ou joie ou desplaisance.

Qui le venissent courir seure.

Il Teoit tout et k toute heure.

Le jour devant de son malheur S'estoit complaint un autre à moyS Qui par semblant de sa couleur Portoit d'annuy et de douleur Assez pour en mourir à poy.

Et luy mouvoit par un envoy Que felle fortune adressoit Là où sa paix se nourrissoit.

Yescu ayoit neuf ans ou plus Joyeux le plus qui fust sur terre.

Et de son temps tout le surplus S*attendoit et estoit conclus Pour un passebien cent acquerre; Mais fortime qui mène guerre Souvent à ce que Ton devise.

En disposa d'une autre guise.

Car comme ainsi faut que mortelle Soit toute humaine créature, 8a dame dont une autre telle N'a pas sur terre, ne si belle Pour toute beauté de nature, Estoit de plaisant nourreture, Venue à doulereuse issue Que mort cruelle avoit tissue.

* ffeitoU im autre plaint a Moy, manuscrit de TArsenal.

vocirvA iTAMotm.

Pour titer de deux ooips la vie Pftr mettre à fin piteuse Tune»

Mort ayoit Tune jNtft rayie Pour faire Tautre par envie Triste la plus dessoubs la lune.

En quoy tout For de Pampelune, Ne du numde pour abrégîer, Ne sufflroit pour Talégief .

En peu de mots pleins de subs^oe, Sentans pure douleur nayre Et proprement surabondance D*insoustenable desplaisanee En cœur qui n*a ne fons, ne rive, Sa Yie ainsi triste et éhétiTO Me deyisoit trèstoat au long.

Séchant sur terre comme un i(mg.

Donc par pitié qui me prit tendw De si perçans et piteux termes^ Ne moy ne le vueil plus entendre, Ne luy ne se pouToit deiFendre De mouUier ses regrets en letme» ; Mais comme deux d'un mal enfermes, Chacun fuyoit pkmrant à part, L*un çà et Vautre une autre part.

Ainsi laissay oe eomplàignant Faisant de tristes chères maiiïrtes^ Lequel, plus l^toye eslongnant^ Plus alloit secr mains estraignant En renforcement de complaintes.

Dont les peinturée et attaintes Prirent en mon cœur tel séjour Que je n'eus bien de tout ce jour.

70 rOULTRÉ D'AMOUR.

Mais desplaisant plus que nulle âme D*un mien si très-parfait amy A qui fortune a fait tel blasme Qu*autant luy servoit rendre lame Que vivre en vivant à demy.

Far tant de fois disoie : c Ay my ! » Qu'onc ne me veult souffrir oe deuil Que je dormisse goutte d*œil.

Sy estoit jà my nuit passée Et presque une heure davantage, Qu*oncques la dame trespassée Ne pouvoit faire sa passée Dehors de mon veillant courage ; Et puis de mon amy la rage Me cuisoit tant qu*ainsi gésir M'estoit plus force que plaisir.

Plus m*efforçay d*en estre hors De ceste essoigne tant musable Et mettre en amoureux accords Le cœur avec le grevé corps»

Comme pour le plus convenable.

Que plus trouvay non profitable Le grand labeur que j*y mettoye»

Et moins d*effet y acquestoye.

Mais en la fin, quant estranée S'estoit par soy ma douleur toute.

Et que nature à Testrivée Se douloit d'estre tant grevée Par faute de non dormir goutte.

Alors après si longue escoute.

Je pris un peu à sommeiUier, Droit entre dormir et veillier.

rOULTRÉ D'AMOUR. 7i

Sj n'estoient mes yeux à peine De tous poins bien fermés encore»

Quant une advision soubdaine, La plus de grant mistère pleine Que je vis oncques jusques ore, Me yint Tentendement desdore Et susciter mon esperit, Sans que le corps bougeast du lit.

Lors de ma vision rentrée, C'estoit de voir un territoire Dont si grand beauté de contrée Ne fut jamais enregistrée En livre nul, ne en histoire*, Et sy estoit de roche noire Fermé à merveilleux destroit Partout, fors en un seul endroit.

Place avoit léens gracieuse Oultre créance k recorder.

Flairant*, fertile, spacieuse Et la trop plus solatieuse Où corps humain pust aborder; Et pour tout ensemble accorder,.

Tout y estoit de beauté part Que Dieu mist oncques nulle part.

Repaire n'y avoit quelqu'un,

Ne habitation civile

Et n'y pouvoit entrer nesun.

Fors par le creux d'un rocher brun.

D'un deffensable contre mille;

Donc il est vray comme évangille,

> Flùurant, manuscrit de TArsenal.

72 VQ/OLOÉ VàMQUtL

Que ne de fosee, ne d'enibl4e Jamais ne pouToit eitre emUée.

Droit au mîliea le plus j^pioe.

Assis avoit d*iin moyen grand Un temple fait par artifice.

Qui sorpassoit en édiffioe Le pouToir de tout homme ouvrant, Et ne me suis pas ramembrant Qu'onc homme osast pour oommenoer Emprendre un tel, ne moy penser.

Car comme en noblesse un lyon Surpasse un ver, et Tange un homme, ' Ainsi par plus d*un million Ce temple avoit à Tlion Comparaison, comme or à pomme; Ne onoques la triomphante Bome Ne parvint à si haut heur Que d*en pouvoir bastir un mur.

By ne convient plus en escripre De sa beauté quant à présent ; Hais force est bien qu'ailleurs je tire. Là où je voy mistère à dire Et des merveilles plus de cent; Donc, si fortune 8*y assent Que je le puisse bien parfaire, L*on orra cj beau conte faire.

Au front* de ce pas estrécié, Com je pouvoir appercevoir, Avoit un pavillon drescié De fin or richement broehié,

* JSn/pm, manuscrit de TArseiial.

rOULTRÉ D*AMOUR. 75

Bleu d*u2) OMté et d*ftatre noir ; Mais qui estoit dedans, pour yoir, Je ne pouToie apprendre alors.

Qui n*en vj riens que le dehors.

Mais par semblant, comme nature Souvent en soy estime et prise, Léens se logeoit créature.

Quelque homme attendant aventure Et adonné à haute emprise; Sy sembloit qu'il avoit emprise La garde de ce digne lieu Par droit adveu de quelque dieu.

Et oertes quant je mis Tentente ▲ bien regarder bas et haut, Je vis au sommet de la tente Grosse escripture d*or patente, Lisable à tous comme il le faut; Donc, pour estre non en deffiaut D*un seul mot que mon oeil lisoit, Yéez-cy que Tesoript disoit :

c Pour estre au nombre des loyaux, c Amour, par ses pouvoirs royaux, c M*a mis en ceste roche brune c Pour m'essayer contre Fortune c Si j*ai cœur d'endurer ses maulx.

c Jamais dehors de çy ne saulx, c Sinon quant les cas fortunaux t Requièrent que je les impugne, c Pour estre au nombre des loyaux ;

< Et combien que petit je vaux,

< Sy ay-je souffert des assaux

lA

L'OULTBE D*AMOUR.

t Plus que corps dliomine soubs la lune* « Donc seulement Tattente d'une • M'a donné force et vouloirs haulx « Pour estre au nombre des loyaux, i

Sy m'aperçus encore après.

Droit au devant de ce passage.

D'un pilier qui estoit là près Et contenoit par mots exprès Titre d'un autre grand langage Qu'une d'or reluisant ymage Monstroit d'un doy bien agensy.

Et aux lisans disoit ainsy :

Vecy Testroit* de fortune très-dure Auquel Amour promet à tous et jure Qu'ils y pourront gagner joyeux salaire Que nul vivant ne leur pourra fortraire. Sinon la mort ou perverse aventure.

Le dieu d'Amours, frère à dame Nature, Remaint lassus en plaisant envoisure :

Donc, qui voudra son voyage içy faire, Vecy l'estroit de fortune très-dure.

Douleur, soucy, danger à desmesure Y survient maint. Donc, qui plus en endure. Mette tousjours plus peine à mieux parfidre. Car en la fin fortune l'adversaire Souffre aux vaillants venir à leur droiture : Vecy Ffistroit de fortune très-dure. •

Ayant tousjours sur ceste emprainte L'un de mes yeux et l'autre non, Tant sais allé léens par fainte Qu'en la parfin j'ay toute attainte

* restai, mannscrit de Florence.

L'OULTRÉ D^AMOUR. 75

L*embu8che de ce pavillon, Dont, en guise d*un champion.

Je vis qa'un chevalier sailloit, Prest à combattre s*il falloit.

Armés estoit de toutes armes, Uespée ceinte, hache au poing, Et par nom de fier homme d'armes, Sur luy portoit sa cotte d^armes Pour en valoir mieux au besoing ; Mais, par semblant, douleur et soing L'avoient trop plus décoppée Que coup de dague, ne d'espée.

Sur luy n'avoit pièce nesune Qui ne fust soudé de temprure Et avoit propre nom chascune»

Portant signifiance aucune, Chascune selon sa nature.

Dont d'Amour mesme la main pure Jadis avoit esté forgeur Pour en armer son serviteur.

Emprès luy, sy avoit sans plus Un gracieux jeune escuier Non point armé, mais au surplus Il portoit tout couvert dessus Un petit ooffinet légier; Mais pour le compte en abrég^er.

Quel chose il y pouvoit avoir.

Ne convient pas icy savoir.

Lors par mesure et par compas.

Tristement à visière ouverte S'en aloit contremont ce pas.

Et son escuier pas à pas

'^^ L'OULTRÉ D'AMOUR.

D'encoste luy, sur ITierbe verte ; Mais point ne me fut descouverte L'emprise qui estoit sur mains , Dont pensers m'envaïrent' maints.

Mais, par ce que Ton voit à Fœil, Souvent juge-on autruy pensées; C'est pour luy que ce dire veuil, Qui aperçus sur pieds son veuil Par les voies* qu'il a dressées ; Car par emprises pourpensées, Je vis qu'il se boutoit au temple Pour là pleurer sa douleur ample.

Ce temple estoit un lieu sacré, Fait pour refuge aux doulereux, Jadis fondé et consacré Pour aourer mieux en secré Le puissant dieu des amoureux, Dont, sur im autel glorieux Et en siège resplendissant, Séoit l'image reluisant.

Devant les pieds de cet autel, Avoit pompeuse sépulture Faite à effort et pouvoir tel Qu'il n'a sur terre un coeur mortel Qui en prisast la couverture, Et croy que noble créature Gisoit dessoubs cest appareil, Ou roy ou reyne ou leur pareil.

' M'en adoinrenf, manuscrits de Florence et de Rouen. ' Les vuté, manuscrit de l'Arsenal.

L'OULTRÉ D'AMOUR. 77

Un velours noir, de toutes pars Bordé de perles et d'orfroises, Estoit dessus la tombe espars; Et cuide, et point ne m'en dépars.

Qu'il trainoit bien de quatre toises Comme si la fleur des Françoises, Voire du monde seule dame»

Devoit gésir soubs celle lame.

Dedans la croix qui estoit perse, D'un figuré velours couchée, Avoit en forme moult diverse, Si bien du long qu'à la traverse.

Grosse escripture d'or brochée En quoy estoit assez touchée Du mort la cause et vertu mainte.

Qui commençoit par tel complainte :

Pour savoir en lisant ces vers Qui gist en ceste sépulture.

Je suis un corps viande à vers.

Rué par F&rtune à l'envers Contre vray honneur et droiture ; Car sans titre de forfaiture J'ay eu le cœur fendu parmy.

Avant qu'avoir vescu demy.

Nature qui m'avoit nourrie.

Avant mes jours m'a délaissée Et en fleur de jouvent chérie.

Amour m'a occise et périe Piteusement par foy faulsée.

Qui m'avoit fort affiancée De longtemps faire vivre heureuse.

Et m'a pris jeune douloureuse.

L'OCLnE DTAlOn.

Hais ne dépliûe à TTWit àiae Si d'amour titze m'attribue ; Car j'ay aymé de corps et d'âme Autant que fit one noble dame Jusques mort ma Tamour toQue, Et sy n'en cuide aToîr Talue Moins enrers IKeu, ne en honneur.

Si Dieu est juste pardonneur.

Honneur de raison impartie Me fit choisir dès mon en&nce Excellente et noble partie A qui Dieu aToit impartie Mer de biens et surabondance; Donc, quant Amour fit Toctroianoe Vaimer corps de si noble sorte.

Ce m'est honneur d'en estre morte.

Désir sans yillain pensement M'aie cœur ars noir comme meure.

Dont tout l'entier lapaisement Cestoit qu'à mon définemenl Je l'eusse yu au moins une heure.

Or a Toulu Dieu que j'en meure Sans blasme avoir au demeurant.

Car Dieu mesmes aimoit mourant.

Donc luy qui est mort en douleur Yray amoureux, le benoist sire Me soit piteux au dernier jour; Car par l'excès d'ardent amour Je suis morte en amour martire.

Donc, si j'ay encouru son ire Par plus aimer que je ne doy , Luy plaise avoir merci de moy. »

L'OULTRÉ D*ÂMOUR. 79

Après autour de oe tombeau ÂToit encore quatre ymages. Portant chascune à un rouleau Un ardent cierge riche et beau.

Très-somptueux en ses ouvrages ; Et comme si par doux langages La Youlsist haut louer chascune, Voicy leurs mots, une après une.

La première.

« Icy, soubs ceste froide lame

< Repose digne de mémoire

« La plus vaillant et noble dame

< Qui puis mil ans a rendu Tâme « En ceste vie transitoire,

« Dont la vertu haute et notoire « A déservi en plusieurs lieux « Qu'en accroissance de sa gloire « Son nom soit mis haut en histoire « Et qu'on l'eslève jusqu'aux cieux. •

La seconde.

* Quant tout le beau parler d'Omère, « De Tulle ensemble avec Virgille, « Et de tout homme né de mère c Seroit sans mixtion amère « En une seule ftme subtille ( Et tout le haut sens de sybiUe, c Sy fauldroit-on bien à eslire t 8i propres mots, ne si beau stiUe, c Comme il affiert par raisons mille, i Pour en son épitaphe escrire. i

LOCLTBE OTAlOUBu

4 Le nom de femme est hoiKffé

« En ses Tertos et ŒQTres belles,

4 Et œ beaa temple bien beoié,

« Là où le corps gût enterré

« Dont tout le monde qoiert nouTdks.

« S j n*en desplaise à nulles œlles

< Qui sont au lirre de Bocace ;

« Mais d'autant comme les esteUes « Luisent plus cler que les chandelles, f D'autant son nom Tautrui efEM». >

LaçnarU.

< Noble de mceurs, noble en lignie

« La plus dont on se pent enquérie,

« D'excellent roial progénie,

f En maison de gloire infinie,

« Née, nourrie et morte en serre,

c Dont qui Touldroit le nom requerre,

« Qui peut ou sçait, sy TadcYine ;

< Mais fust de France ou d'Angleterre,

4 L'honneur du monde est mis en terre : « Pardon luy doint l'amour divine ! >

Que TOUS diray-je du mistère.

Ne d'un si merveilleux merveille.

Comme il affiert k la matière D'un si précieux cimetière Où l'estre jamais ne traveille?

Je n'ay ne sens, ne yeux, n'oreille.

Que tout n'en fust si plein après Que j'en fus aveugle auques près.

rOULTRÉ DâMOUR. 81

Donc, si le conte est déliteux Pour lire ainsi qu*un temps se passe, Quant j'ay escript le plus coiteuz, Il faut venir au cas piteux Qui est des piteux Toutrepasse, Et est celuy en qui j^amasse Plus de soucy, pour dire voir.

Comment j'en feray bon devoir.

Le chevalier dont j'ay conté,

Armé de tous hamoys de guerre,

D'amères larmes surmonté

Et par angoisse si dompté

Qu'il n'est cœur qui n'en'fust en serre,

Lors du visage contre terre

Se laissa cheoir devant Amour

Et forma telle sa elamour :

c 0 décepveur, flatteur dampnable,

c Brasseur d'envenimé poison,

c Faux prometteur, amy faillable,

€ Traître riant, bourdeur finable,

< Trouveur de toute langoison,

< Si Dieu ouit oncque oroison

f D'un cœur rempli de doléance,

€ Je luy requiers de toy vengeance.

< 0 faux abuseur de jeunesse,

c Murdrier du noble sang humain , c Bobêur d'honneur et de léesse, c Yain en parler, vain en promesse,

< Changié pour tourner une main,

< Doux aujourdliuy, despit demain,

L ocuBE irmm

SoîeMn dflupoéo* Locder.

Désespéré, cttIot jeckoe, BooTant' eomme une ime dsmjHiée:

Car naj cjcucau, ne ^irâie en rime.

Qui ne deachire, fende et pisme, Pto cuisant dookor f oreenée.

Donc, soit ft>Ile on désordonnée.

Je n'ay 80017 comme on 1m prenge, Haia que Diea de ton corps me Tenge.

Mandite srec Cain soit rheore.

Quant terre te porte et soobstient.

Et qnimd Dieu tant aouffie et demenie Que terre on enfer ne dereme Ton corps, ainsi qnH ^partient; Car d*antant qne le dd contient Jnsqn*en enfer le pins abisme, ITest rien qoi «rit si plein de crime.

Traître qni dieu d'Amonrs te nommes.

Pense et avise qni tu soies.

N'es-tn pas tealssenr des h<mmieB, Le murdrier qni les corps assommes.

Dont au coBortn promets les j<Hes?

Tu Tes envers moy toutesvoies Si très-cruel et si horrible Que Famende en est impossible.

Hélas ! tu as en un moment Murdri, deffait par ton envie.

• 0, afec.

* Boutant (da latin ; roçêns\ soppUant.

L OULmÉ D^ÂMOUR. 83

Ce que tu as tant chèranent Flatté, nourri Bongneuaement Longtemps par douceur assouvie :

C'est ma dolente et porre vie Qui meurt et fine en droite rage Par fausseté de ton courage*

Faux ypocrite, tu sçais biôn

Comment à ta flattant i^uesle

Mon cœur^ mon corps et tout le mien

Se donna tout à estre tien

Sur Tespoir de meilleur oonqueste;

Puis en traXson deshonneste

Tu viens murdrir comme ouUiant

Le corps que tu requis riant.

Et ne fa pas suffi d^emprendre Sur moy qui bien n'eus onoquei point, Mais es venu rober et prendre, Crever un autre cœur et fendre.

Dont le mien se tenoit en point Dont toy, mort, jour et heure et point Soit maudit et fortune aussi, Quant Dieu Ta souffert estre ainsi.

Au moins puisqu^en si grief malheur Mourir me falloit malheureux.

Que tu eusses en ta valeur Souffert sans grief et sans douleur L'autre part de deux amoureux!

J'en mourusse bien plus heureux Et me seroit douleur moin» forte Mourir seul que la savoir morte.

Mais puisque ocdsion si griefve As faite de la meilleur part.

rOULTRÉ FâMOUR.

Viens donc, partue, occy et crève La part qui reste, en heure brefve, Qui meurt dolent par le départ ; Car après le mortel espart Qu*a pris un si haut cœur en toy.

Indigne suis de vivre moy.

Doncques, si vilonnie dire Te peut semondre à murdre faire, Ne provoquer ton cœur à ire , Fay doncques ce que je désire.

Et me viens tuer et deffaire.

Et en m*accordant cest affaire.

Je te pardonne tout mon grief, Mais que je meure et fine brief. »

Alors se doidant souspiroit De si parfonde et triste veine , Qu*en tout semblant il se tiroit Devers la mort, et expiroît Son âme avec un peu dlialeine ; Mais Dieu qui de nature humaine Tousjours se monstre vray bergier.

Le sauva par son escuier,

Lequel, quant le péril de mort Estoit dehors et passé tout, Posé qu'il y eust desconfort. Douleurs et cris à tel effort Que nul n'y sçust trouver le bout.

Tout ainsi comme un pot qui bout Par trop feu verse sa liqueur.

Tout ainsi luy bouilloit le cœur;

Et convenoit par surondance D'amertume trop entassée,

L'OULTRÉ D'AMOUR. 85

Que la insouffrable abondance De douleur et de desplaisance, Parmy les yeux fust enchâssée; Ou s*elle ne prenoit passée Panny les yeux pour estre hors , Le cœur creyoit dedans le corps.

Lors rendoit larmes une mer *

Et temissoit en plours sa Heu»,

Et puis par un reg^t amer

Reprit arrière à réclamer :

« Hémy ! hé Dieu ! hémy ! hélasse \

I N*aurai-je jamais tant de grftoe

< Que je puisse mourir pleurant

c Plustost que vivre ainsi mourant ! »

Quant Fescuier perçut sa plainte 8i très-aigre et desmesurée , Et avoit en partie crainte Selon la vilonnie mainte, Que Fortune ne fust irée.

Lors a sa bouche près tirée Et luy a dit ces mots sans plus Pour le blasmer de son mésus :

c Ha ! sire, que de grans oultrages

« Yostre langue a aujourdliuy descouché,

c Ne quel mésus de fols langages,

< Maudissons folles, mots volages

« Vous sont saillis de vostre bouche f « Vous ne savez combien il touche « A Dieu, ny à Fortune aussi

< De vUonner Amours ainsi.

< Amours n'est pas chose à maudire.

< Dieu mesmes Amours honnoura

9ê L OCLTU OTAWaL

Et nous nuiostm par fon i Que mort et TÎf, HnskdespÊre, Sabjet (f aoMXir il dexzsûoïm.

Et pflir ee point ttsw amonr a Ceste cxeeDokee eocoru tRMuit DTsToir dei icrtos la oMiroiiiie.

« Doneqxiei d'AflMmis pvier ainsi, f Fay peor que Diea ne tous confonde.

« Sy en aurez à fiûre aojay « ÂTant quH wtÀt longtemps dxy, f On loy &iildra sur qnoy me fonde « Dlamoar de Dieu, d*anioar da monde.

< Le piemie un oGenr ainsi qnH ment»

« Wj a nul qui passer s'en peut, t

Alors pins que demi bontQax D'estre repris de sa folie, n ouTrit un i^^afd piteux Et prioit plus qu'asseï doubleux»

Que roffence en fust abolie.

Disant ; c Hélas! mélancolie < Et deuil qui ne pouToit crever, i ITont fiût la bouche ainsi rftver.

• D*avis, de sens, ne de mémoire

< Je ne dis onc d^Amour oultrage; c Hais la douleur en moy notoire

< Conmie d*une Ame en pu^;atoire c M*a fait crier à haute rage;

€ Donc, quant une âme qui enrage « Crie et blaephème, et Dieu Texcuse,

< Bien faut qu'Amour du mesmes use.

roULTlÉ D^AlOtB.

Amour n'est pas, f aj espénaoe.

Comme les hommes si moital '.

Qu'à chascun coup il prist yengeance D'un homme qui par desphûaance Diroit un mot ou tel ou quel ; Meschief feroit, s'il estoit teL Bonté de haut seigneur peut plu»

Qu*offénce d'un servant', c(9r-jus.

Sy me rappelle et me révoque.

De tout mesdit, de toute offencev Qui d'aventure le provoque.

Et son doux nom arrière invoque Pour confort, g^rAce et assistence ; Mais comme un qui jamais ne pense Oarir de mes piteuses larmes, Je luy vais rendre icy mes armes, i

Alors il desbouda luy-mesmes Son hamas et le mit illecques. En fondant larmes si extrêmes Qu'il n'est cœur d'hommes, ne de femmes» Si dur qu'il n'en plourast avecques.

Puis offroit lors, expirant presques, Hamas, escn, hadie et bannière Parlant à luy en tel manière:

< Amour, après injure mainte

« Dite en rêvant douleur mortelle,

c Encontre ta hautesse sainte

I Que tout le monde honore en crainte,

< Dont du meffait je me rappelle,

< Je viens icy en ta chapelle

■ Mortel f oounoaoé, violent.

' Sergant, manuserit de Florence.

88 rOULTRÉ D*ÂMOUR.

Ta douée merci requérir Pour grâce et pardon acquérir.

Haut puiasi^t dieu des cœurs humains,

Très-humblement te regratie

De tous tes biens dont j'ay eu mains

Promis, livrés entre mes mains,

Et en loue ta courtoisie

Et de bon cœur te remercie

De mon heur puisque ainsi vient

Que du mal louer se convient.

Mais affin que le monde sadie Partout où on en parlera.

Quel honneur, quel proffit, quel gprâce J'ay trouvé oncques en ta face.

Sur quoy maint cœur murmurera.

Sire, quand ne te desplaira Que j'en die ce que je doy Je monstreray icy de quoy.

Jadis m'envoyas ce hamas, Noble en vertu et en trempure , Et me requis, s'oublie n'as , De maintenir icy ton pas Contre toute maie aventure; Donc, quant fortune et sa pointure M'auroient bien esprouvé à droit, Mon cœur auroit ce qu'il voudroit.

Or l'ay gardé à ta requeste.

Tant qu'il n'y a plus qu'esprouver,

Et suis au bout de ceste queste

Sans fruit, sans gain et sans conquesto.

L'OULTRÉ D'AMOUR. 89

« Powe sans jamais relever ; « Car perdu est ce que trouver n Jamais ne pourra conquérant,

* Ne moy, ne autre cœur quérant.

« Donc, quant le bien que je cherchoie

« Je voy que je ne puis ravoir,

« Com dolent homme que j'en soie,

« Mais est en pardurable joie,

i (Plaise à Dieu que j'en die voir ! )

* Pour monstrer par loyal debvoir

i Que jamais n'auray d'autre envie, « Mes armes rens en pleine vie.

« Car ne suis digne, ne ne veuil

< De porter jamais telles armes ;

« Mais est mon droit de vivre en deuil « De porter noir, de baisser Toeil t Et de noyer mon corps en larmes, « Et entre les dolentes armes

* Crier merci de tout à Dieu

< Disant : < Adieu, amour, adieu ! »

Puis en jetant devers les cieux Son regard en triste apparence.

Le digne autel, voyant mes yeux, Baisoit pour cuider faire mieux, En toute honneur et révérence, Et le hamas dont la présence Estoit un riche et cher cattel * Demeura là devant l'autel ;

Dont l'armet, quant je m'en advise.

Se nommoit parfaite espérance.

CatM, objet.

90 L'OULTRÉ D'AMOUR.

Et les deux gardes par devise Se nommoient ncèle entreprise; Les avant-bras sont Oiseuranee; Et contre get d'espée ou lance Dont fortune a maint abattu, L*escu avoit à nom vertu.

Puis le dessus de la cuirace Avoit à nom très-haut vouloir, Et le dessoubs espoir de grâce; Les gantelets : Jlerté, audace; Grève et cuissars, force et valoir; Et les sollers*, à mon savoir, Portoient le nom de fermeté Contre Tenvay d'adversité.

Sa cotte d*armes riche et chière Eut nom souvenance excellente.

Sa hache : liauté entière; Et puis, me semble, sa bannière S'appeloit riche et haute attente, Et au dernier à mon entente L*espée avoit nom courage Poiir contre danger faire rage.

Mais pour un parement au temple Et pour donner tousjours mémoire De cestui qui par douleur ample Estoit vray miroer et exemple Des fortunes le plus notoire.

Amour pour croistre plus sa gloire Le fit tout mettre en un spectacle Au plus près de son tabernacle.

• Les soïers. De là notre mot moderne : souliers. On lit : ïes iourlerets, dans le manuscrit de TArsenal.

L*OULTRÉ D*AMOUR. 91

Mais comme uù lointain pèlerin Qui ne pense à reveoir jamais Un saint delà le cours marin.

Mais offre un cierge ou un florin Au départir pour tous ses mes ', Ainsi offroit, je tous promets, Cestui dolant d^un vouloir net Par gp-and chiertô son oofflnet.

Donc, quel trésor, ne quelle chose Qu'il y pouToit avoir dedens, Je veuil bien que chascun y glose; Mais autrement je ne Texpose.

Il me suffit que je Tentens, Mais il peut estre qu'entres gens Aucuns à part me trouveroie, Je le diroie ou non feroie.

Lors toute son offrande faite, Son adieu dit, le congié pris, Q ne restoit pour la parfaite Rien que choisir lieu de retraite Ou là ou hors de ce pourpris.

Je croy que luy d*amours espris, Envis s'accordant au départ, Mieux aimoit léens qu'autre part.

Sy n'en bougea de longue espace.

Ne luy, ne l'escuier aussi, Mais s'entrefirent mainte embrasse Par souvenir de douleur lasse, Quand leur mal les poingnoit ainsi.

Sy ouys en la fin ceci

> Mes, droits, redevanoes.

n L OULTRÉ D'AMOUR.

Que le dolant disoit ces tennes.

Moitié à sec, moitié à lennes :

LE CHBVALIBB.

Or, suis-je, hélas ! le plus du monde Sur tous les autres fils des hommes Celuy en qui croist et suronde Plus de mortelle aigreur parfonde Et de douleurs plus larges sommes, Dont cy assis là où nous sommes.

Je vouldrois non estre né Four estre non si fortuné.

l'bscuibb.

Les divers hommes ont diverses Douleurs, annuis desconfortahles, Et croy bien qu*entre les perverses Vos fortunes vous sont adverses Et à grant peine supportables ; Mais plus ont hommes cœurs notables Que mieux leur duit et affîert bien De savoir porter mal et bien.

LB CHBVALIBB.

Quoy que me duise et affière.

Ne quel je soie de valeur, Puisque la mort diverse et fière M'a desrobé ma joye entière Et destiné tout à malheur.

C'est peu de fait que de mon cœur (}ui a perdu sa soustenance, Pour luy chargier telle ordonnance.

rOCLTRÉ D'AMOUR. 93

l'bsouibb.

Je ne vous charge de riens faire « Fors le meilleur pour vostre mieux ; Car plaindre et mesmes se deffaire Pour un mort qu'on ne peut reffaire, Ne ravoir jamais en nuls lieux Qui en debvroit tirer ses yeux Et faire Dieu de tort citer, Sy ne peut-il ressusciter.

LB CHBVALIBB.

Hélas ! vous semble-il donc duisable, Ne chose à haut cœur advenaût.

Que plaie si ingarissable Soit en mon cœur si tost passable.

Sans en estre plus souvenant?

Certes, je dis dès maintenant, Et me dust-il T^me couster.

Mon cœur ne s*en pourroit ester.

l'bscuibb.

Je n*entens pas que ainsi légier Vostre ennuy se pourroit passer ; Mais pour soy-mesmes alégier, Il se fait meilleur abrégier D*un mauvais pas que y repasser.

On doit ses œuvres compasser.

Sans faire en deuil trop long séjour : Il convient vivre plus d'un jour.

LB CHBVALIBB.

Haa! sire, que vous parlez bien En homme qui se sent à aise,

94 LOULTRÉ D'AMOUR.

Quant pour perte d'un si haut bien Voulez compas mettre et lien Dedans mon cœur, dont il 8*apaise.

Beau doux amy, ne vous desplaîse Ce conseil-cy est bon et sage.

Mais il n^est g^ères en usage

L*BSCUIBB.

Il est d'usage et de coustume Qu'un cœur qui pour honneur s'efforce, Peut vaincre sa dure amertume, Sicomme on casse sur Tenclume Fer ou acier par droite force; Et puis, quant bon vouloir renforce.

L'un coup sur l'autre hurte et chasse : Il n'est douleur que l'on ne chasse.

LB CHBVALIBB.

Le deuil en chascun s'amoindrit Selon la vertu du dolant.

Or ont aucuns tel esperit Que plus vivent et plus ilorit Leur angoisse et se vont dolant, Ainsi qui va en reculant Et ne peut autrement aUer : II fault ouïr les gens parler.

l'bscuibb.

Je ne vous veuil parler, ne dire Chose que bonne ouïr ne face.

J'ay mesmes part telle en vostre ire Que je n'en cesse de maudire

L'OULTRÉ D'AMOUR. 95

Mort et fortune en toute place; Mais de voir vostre dolant face 4 De telle tristesse abattue,

C*e8t une pitié qui me tue.

LB CHBVALIBB.

Dolente face et tïès-piteuse, Bien a parlé qui ainsi dit , Et s*elle n'estoit marmiteuseS Pâle, sèche et peu déliteuse, Bien debvroie estre un corps maudit ; Car sans faire g^ramment de dit, Il n a visage un, soubs le ciel.

Dont le cœur boive tant de fiel.

l'bscuibb.

Je sçay de vray que vostre cœur Boit de ramer plus qu*oncques âme, Et que maint annuy et rancueur Vous meuvent à plainte et à pleur Cent foys le jour la dolente âme.

Je ne vous donne tort, ne blasme D'en faire aucune plainte griefve, Mais trop y penser nuit et griève.

LB chbvalibu.

Comment pourroit loiauté d'homme Qui auroit tant perdu que j'ay, Et eust-il tout le sens de Rome, Dormir en paix jamais un somme

> MarmUeiue, triste. Ce mot figure encore avec cette signification dans le Dictionnaire de Trévoux.

>î LOtXTBÉ DTASÛCK.

Et non petuer en tel esmay ?

Xe plâLîe à Lieu que cest esaaj Se face en moj jamais nalle heure :

Ce m'est plus joie que j'en pleure.

l'esclieb.

Si par penser qui tous dévie.

Ne pour pleurer, crier, ne plaindre , Vous la pussiez ravoir en vie.

Je vous souffrisse vostre envie Par pleurs et pas souspirs esteindre ; Mais là ne pouvez vous attaindre :

Autant luy sert le plour d'amy Qu*un rire de son ennemy.

LB CHBVALISS.

Quant raison, honneur et droiture Chascune à ce s*accorderoit.

Ce qui seroit fort d'aventure, Toutesvoies en ce cas nature Jamais s'accorder n'y pourroit.

Je vous requiers : parlez à droit Et ne m'alez ces mots quérant; Car ils ne portent nul garant.

l'bscuibr.

Ce poise moy que garantise Mes mots ne portent plus experte.

S'il en pouvoit estre à ma guise, Douleur mainte en vous se ratise, Qui bien tost seroit peu apperte ; Mais vous vous en irez en perte,

L'OULTRÉ D'AMOUR. 97

Tant longuement que vous plaira, Mais le mal vous en demourra.

LB OHBYALIBB.

Je ne sçay si je perds ou gaigne, Ne en quel point que j*en demeure Je n'ai guère espoir de grand gaigne Jamais nul jour, sinon d'engaigne '.

Cestui fait en moy sa demeure :

J'ay tant perdu pour en une heure Que ce n'est pas grand perte emprès De moy si je me perds après.

l'bscuibb.

Soy perdre à son vray escient N'est pas si perte que reprouche.

Dieu est bénin et patient; Mais le soy-mesmes occient, Celuy maudit-il de sa bouche.

Entendez bien que je vous touche :

Soy tuer pour amour mondaine, C'est gloire, mais elle est mal saine.

LE CHBYALIBB.

Je n'entens gloire en cest endroit, Ne ne la quiers de vivant âme.

Si j'en prens mort, c'est à bon droit, Et au fort, quant à ce viendroit.

En Dieu est le plaisir de l'âme.

Mais, pour parler d'amour de dame,

* Bngaigne, irritation, accroissement de douleur. On Ut dans le ma- Duacrit de Florence :

Désespoir qui ce foit tesmoigne.

TOH. TI. 7

^g L'OULTRÉ D'AMOUft.

Jay bien puièsance d'en mourif , Mais non pouvoir de ïù'èti gatir.

L*BSCUIEB.

Le pouvoir en chascun faut suivre, Sdon que le vouloir y œuvre.

Si vous n'avez vouloir de vivre Et d'estre un peu mieux à délivre, Le pouvoir n'y fait guères d'œuvre.

Gardeas-vous bien, car au recœuvre Vient-on souvent trop tart confus.

Quant on requiert, après refus.

LB CHEVALIBB.

Je ne refuse ôhose née.

Mais forcier pouvoif et nature.

Ce m'est, avec ma destinée Preste à mourir et enclinée.

Un essay qui me desnature.

Je vous dy de mon aventure Et de mon cas, ce que j'en sçay, Combien que non pas tout l'assay.

l'bscuibb.

Quant à l'assay, l'on voit trop bien Qu'il est de très-amère sorte.

Non obstant pour son propre bien 11 fait bon quérir un moyen Soy-mesmes, qui le reconforte.

Encore avez-vous vive et forte Jeunesse et beauté davantage :

S'il s'en pert riMi, c'est avant «âge.

L OULTRB D*ÂMOUR.

JUS QBXTAIilBR.

Vous parlez bien en homme sain Ou qui petitement se deult Et qui du jour à lendemain»

Soit ou du pied ou de la main.

Se peut garir si tost qu'il veult.

Ha! frère, ainsi aller ne peut De moy, ne de mon dolent cœur ; Mon mal me vient de crèvecœur.

Ce mal congnoi»-je asaes, et «aDS Dont il YieaU ne dont il pnooède; Mais c'est grand faute entre cinq D un homme encore de grand «eBa, Soiiffrir que deuil son eœur excède* Or çà, il faut que Ton succède Le deuil au mieux que Ton saura Et prendre joie qui pourra.

LB CHBYALIBB.

De joye au cœur, ne de dehors Je n'en pourroie prendre goutte; Tous mes joyeux plaisirs sont morts , Et n'ay riens que mordans remords Qui me trespercent Tàme toute.

Donc, quelque riens qu*en moy se boute, Si joie y entroit en ce mois , L'on m'en dust pendre mille fois.

L'BSCmBB.

Ha déa ! puiaqu'à k grand bonnear Plus qu'au proffiit tous TOidei tendre,

fOO rOULTRÉ D'AMOCR.

Par Nostre-Dame, il n'est donneur De bons jours, qui vous sçust bon eur Forger, si ne le voulez prendre.

Je vous conseille de non pendre :

Mieux vaut souffrir dix ans ses deulx Que joyeux pendre au bout de deux.

LB CHBYALIBB.

A l'honneur voir de haut courage Et à foy de vray gentilhomme J'iray le surplus de mon eage Et ne rompray ne fol, ne sage.

Jamais, foy d'un léal preudliomme.

Ou je suis beste ou je suis homme ; J'ay honneur à perdre ou garder.

Ou je n'ay riens à regarder.

l'bscuibb.

Vostre honneur ne se peut descroistre Par non garder ces cas extrêmes ; Mais vous, par non vouloir congnoistre En quoy vostre eur vous pourroit croistre , Vous vous deshonorez vous-mesmes Que, malgré bieu, de tant de femmes.

Quant en si grand meschief en sommes.

Il n'en meurt nulles pour les hommes.

LB CHBVALIBB.

Il n'est meschef qui s'acompère Au mien, chétif et malheureux.

Trespas de mère, mort de père, Perte de biens, rien ne s'appère

i;OULTRi D*AMOUR. 101

Au grief d'un dolent amoureux, Encor à un si douloureux Qui a perdu, et yray diroit, Ce que au monde seul désiroit.

l'bscuibb.

Quelque haut bien qui fust en elle, Puisque une fois la mort Ta prise, Il en faut souffler la chandelle Et en choisir une autre belle En qui amour vous tendra prise. Honneur vous souffre et le vous prise.

Et raison s*y accorde aussi Que vous le pouvez faire ainsi.

LE CHBVALIBB.

0 la nomper' dessoubs les cieux , L'honneur du siècle, morte et vive.

Veut donc raison que pour mon mieux , Tantost après fermer vos ;bux , Je më garisse et me revive.

Et que mon cœur d'envers vous prive Pour une autre que je verroye?

Ha ! faux traître que je seroye !

l'escuibb.

Si vostre léauté si ferme Pust donner quelque joie au mort.

Et qu'après, sicomme on afferme.

Pensiez à en avoir un terme,

Ncmper, nonpareille.

iOS L*OULTRÉ D*AMOUR.

Un grant metei pour tout confort, Par Nostre-Dame de Montfort, J'en priseroye alors Taffidie; Hais maintenant n*en sçay que faire.

LB CHBVALtEB.

S*aulcune léatité je garde, Bien sçay qa'an mort point ne profite ; Mais le cœur sur qui on regarde Et qui doit estre dlionneur garde* Gardant léauté* se délite.

Si je suis de ma dame quitte, H*amour pour tant n'est pas quittée.

Ne léauté débilitée.

Ii*B80UtSB.

Léauté ne veuil point reprendre, Quand die est de s^s my partie; Mais léauté, à bien comprendre, Proprement ne se veut entendre Fors qu'entre pMtie et partie.

Donc, aussi tost que départie De l'une part a faite Dieu, En l'autre elle n% plus de lieu.

LB CHBTAXIBB.

Qui que la départie ait faite, Ne par qui Tune part défiôlle, Touteffois de ma part forfUte Ne sera léauté parfaite, Jusques l'àme du corps me saille ; Car honneur ce conseil me baille,

LOULTRÉ DâKOUR. i03

Et la grant pitié de m mort M'y flBÛt tousjours avoir remort.

l'bscxti^b.

Avoir remords de ce qu'on ^me Est chose honneste et naturelle, Espécial de haute dame Qui est venue à rendre Vftme, Car pitié n'est au monde telle; Mais en chose qui est mortelle»

Faute est d'y mettre cœur estable Pour y trouver amour durable.

LB CHBVALIBB.

Durableté n'ay pas cuidée En elle, ne en créature ; Mais j'ay bien sa vie espérée De longue et compétent durée.

Selon commun cours de nature»

Et que d'amour la nourreture Ne nous fauldroit de sa léesse Jusqu'en nostre eage de vieillesse.

l'bsquiiib.

Or vous a espoir bien déçu

Et en est vostre amour trompée^

Et le bien qu'avez reçu»

Sy est tout en un moment dui.

Donc, vostre joie est attrappée ;

Sy en avez enveloppée

L'&me et le corps de desconfort,

Par s'y estre affié trop fort.

104 L OULTRÉ D AMOUR.

LB OHBTALIBB.

0 très-malheureuse affîance.

Bien endroit moy folle et maudite, Quant je mis onc tant confiance En mortel corps, dont l'alliance Me mène à vie desconfite, Et ne puis jamais estre quitte Du fardeau que j'en porte, hélasse !

Si mort ne me fiait ceste grâce.

L*BSCUIBB.

Désirer mort pour sa descharge, Cest un droit acquest de folie.

Il vaut mieux porter longue charge.

Un jour estroite, l'autre lai^.

Que mourir par mérancolie.

Je TOUS requiers que l'on oublie Trestout ce deuil ; car plus tous dure. Et plus vous naist maie aventure.

LB OHKVALIBB.

Maie aventure, ne fortune, ITont riens à prendre plus sur moy.

Ten mets au pis et l'autre et Tune, Et leur fay la fig^e ^ à chascune S'ils me grièvent ne grand, ne poy.

Je n'ay vaillant le gros du doy.

Qui soit subject à leurs efforts , Sinon le misérable corps.

> Faire lajlgue, Insulter, défier.

LOULTRÉ D'AMOUR. 105

l'bscuibr.

Qui a tel gage en leurs servages, Ne les doit mettre ainsi au pis ; Car après tous menus outrages»

Là gisent les parfaits dommages Et de tous maux les plus despits.

Donc, luy qui trouve les respits D'estre en son corps non fortuné, Luy seul est de bonne heure né.

LB CHBVALIBB.

S'a bonne heure nasquis ou non, Ne sçay qu'il faut que j'en responde; Mais en mon cas ne voy sinon Qu'il m'affîert bien d'avoir à nom Le chief des fortunés du monde, Qu'on ne pourroit à une fonde Mieux assommer, voyant toute âme, Comme je suis de corps et d'&me.

l'bscuibb.

Il est des autres fortunés.

Sans vous , cent mille pour vous joindre, A si dure et maie heure nés Que sans estre en enfer dampnés, Malheur ne les pourroit plus poindre; Mais vous pour un seulet desjoindre Que Dieu a fait de vos plaisances, Yssez hors sens et congnoissancea.

LB CHBVALIBB.

Je perds vraiement sens et advis.

Pour cause qui assez m'excuse;

i06 L'OULTRE D'AMOUR.

Et quoy que chaeun meurt envis , Sy m'est-ce ennuy que tant je vis, Pour user des regrets dont je use.

La vie certes m'est confuse.

Et seule mort pourra jamais Me donner espoir de vraie paix.

L^BSCniBB.

Il ne faut g^ères grand science Pour parler mots désespérés ; Car felle et fière conscience, Donnée à toute impatience, Les trouve tous desmesurés' Dont vous péchez et vous errez Moult envers Dieu d*user des termes, Non propres à vos maux et lermes.

LB CHBVALIBB.

Hélas I comment se peut entendre

Que je mésuse de parler,

Qui ay cent maux dont tout le mendre

Pourroit un cœur de pierre fendre

Et en cent quarts Tescarteler;

Et me dit-on, pour révéler"

Le mal tout ainsi qu*il m*estrangle.

Par aventure que je jangle.

L*B80UIBB.

Vostre honneur sauf, ce n*eet pas diose Que moy ou autres veuillons dire ;

I Dismodérés, mas. de TArsenal et de la Bib. impériale à Paris. • Révéler, réjouir, égayer, consoler. Yar : anniler, ms. de, la Bibli<^thèque impériale de Paris.

rOULTRÉ D*AHOUR. 107

Car qu'en vous il ne soit reclose Douleur sans fin, sans fons, sans glose, Nul n*est qui puisse contredire; Mais tout Testrif et le desdire Qu*à ceste cause on prend sur vous.

Ce n'est que pour passer courroux.

LE CHBYALIEB.

Quant au courroux, c'est perte et peine De m'en presser que je l'oublie; Et quant je le voudroie à peine, Sy n'ay-je au corps point une veine Qui souffre que je m'entre-oublie.

Donc, qui me va servant d'oublié Après un si amer beuvrage, C'est mal congnil autrui courage.

ti'BSOuusA.

Pour vostre courage enaigrir Je n'y voy nul qui s'en travaille; Mais pour vous ressourdre et garir Et préserver de non périr, Moy et mon sens tout y travaille ; Sy vous requiers et vous conseille Qu'en usant de vraie amitié. Ayez de vons-mesmes pitié.

Ainsi de l'un et l'autre lez.

Après maint si divers débatre, Se sont d'ensemble desmellés, Et ne sçay quel part sont allés, Chaaeun par un semblant desbatre.

Sy furent bien trois moys ou quatre

i08 rOULTRÉ FAMOUR.

Conjoins en amoureux liens.

Tous deux sans partir de liengr.

Donc n'estoit jour en la sepmaine Qui à cest escuier passast.

Que par raison notable et saine, Tousjours après reprendre halaine.

Son doulant ne reconfortast Et qu'en effet il n essayast Fftr chascun jour cent mille tours Pour luy faire oublier ses plours.

Mais il n*estoit enhort, ne presse.

Ne beau parler que langue trouve, Qui pust sa douloureuse aspresse Mettre en chemin de nulle adresse.

Là où amendement s'épreuve ; **

Mais tousjours plainte et douleur treuve * , Luy surcroissoit et vint sur main, Cy aujourdlny et là denSun.

Mais, comme fer de sa nature Tousjours se tire vers l'aimant.

Ainsi par vertu d'amour pure, Le corps gisant en sépulture Trayoit le cœur de cest amant Et le tenoit en son fermant Si très-serré et fort adjoint Qu'à peine n'en bougeoit-il point.

Là desgorgeoit souspirs et plaintes Par incessable survenance ; Puis en tordant ses mains estraintes, Befreschissoit en larmes maintes

< Treuve, vraie. On lit : neuve dans les mss. de TArsenal et de la Bibliothèque impériale à Paris

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