L'OULTRE D'AMOUR
Sa douloureuse souvenance, Et n'avoit autre contenance Sinon d'estre à bras estendus Couché toujours ou près ou sus.
Finablement par tant de jours.
Faisoit là ses piteux relais Que nature quérant secours Et sèche par tant rendre plours Luy fit refas d*en bailler mais; Donc pour retourner en sa paix Que le corps luy avoit fortraite.
Prendre vouloit ailleurs retraite.
Nature en sa première appresse Avoit esté par plours vaincue, Hais en la fin comme maistresse EUe redevint vainqueresse De sa douleur trop maintenue, Et rebouta la survenue De pitié qui Fattendrissoit Parce que trop la nourrissoit.
Ainsi luy convenoit laisser La place longtemps habitée Et forcer son cœur et presser D'aucunement Tesléessier Après tant de douleur jetée; Car lors congnut que profitée Luy avoit peu la desréglance De sa trop foie doléance.
Beprit ainsi un peu manière Sur le point propre du partir,
110 L'OULTRÉ D'AMOUR.
Demy pensant un peu derrière
Et demy à moyenne chière.
Enfin je les vis départir
Et les trouvay sans dessortir
Tous deux ensemble au bas d'un val
Ofi ils montèrent à cheYsl.
Pays, provinces et contrées Passèrent maints en peu de jours, Et leur furent administrées Maintes douceurs, plusieurs vesprées, Là où ils prirent leurs séjours Que moy qui me trouvay tousjours D*encoste eux et ne sçay comment.
Vis tout jusqu'au définement.
Mais en la fin comme fortune Adresse et garde ses amis Et rend après traverse aucune Quelque flattant douceur commune Par un regard qu'elle y a mis.
Ainsi les a en lieu tramis, Auquel, pour dire et recorder, Avoit assez à regarder.
Maison de hautesse excellente Estoit ce lieu que je vous nomme.
Non pas pour faire chière lente, Mais pour tristesse violente Chasser du cœur d'un dolent homme Et pour luy faire perdre somme Qui auroit bien jeté ses yeux Sur tous les plus voyables lieux.
Dames grand nombre et damoiselles Avoit liens à choys de joye,
LOULTRâ D* AMOUR. ili
Et sy avoit de biens en elles Autant ou plus que d^estincelles En ardant flambe qui flamboie.
Dont une qui à droit monjoye Et passe-fleur estoit de toutes, Choisit par entremy oes routes;
De qui, pour le rapport en faire Si beau qu'à luy appartiendroit, J*en suis moult redoubtant l'affaire; Car mon sens ne pourroit plaire Le quart de ce qu'il y faudroit, Mais je puis dire et bien à droit Que belle estoit, de beauté pleine Plus que les fleurs enmy la plaine.
Beauté, fraîcheur, douceur, figure, Pris tout ainsi comme on peut prendre, Avoit ouvré icy nature A si très-abondant mesure Qu'à peine œil le pourroit comprendre; Et pour en deux mots tout apprendre Ce qui en fut, elle est bien dame Pour asservir seule un royame.
D'honneurs et de chertés menues Leur fit en suffisant largesse.
Et rioit-on à leurs venues Comme si un ange yssant des nues Y eust pris d'aventure adresse, Dont le plus à parler, je laisse Pour venir en un point voué Qui siet bien d'estre desnoué.
Souvent de foys, presqu'à toute heure, Vis que ce jeune bacelier
1 1 2 LOULTRÉ D^ÂMOUR.
Preschoit sans feinte et sans demeure D'une aigpre raison fenne et meure L*oreille au dolent chevalier.
Disant que pour bien séculier S'il en quéroit jamais conqueste.
Temps estoit de s'en mettre en queste.
Donc, plusieurs foys Ton vit merveilles, Voire moy qui l'apercevoie ; Car Tescuyer, faisant les veilles, Boutoit en l'autre en ses oreilles Ces mots à basse voix et coye :
€ Ha! cœur déshérité de joye, c Si jamais veulx estre enrichi, c Quiers le trésor du monde cy. >
Et puis bien avisé en soy Des lieux secrets et non publiques, Luy estraingnoit ou pouce ou doy.
Disant : t Voy-tu point que je voy
• Voler les regards angéliques,
• Dont tous les cœurs mélancoliques
• Qui sont dessoubs le ûrmament,
c Doibvent prendre esjoulssement? »
Lequel pour mieux couvrir son deuil , Soy faignant autre qu'il n'estoit.
Forçant aussi son triste veuil.
Il devisoit d'un riant œil
. A chascunequi Tarrestoit;
* Hais entre deux, ses yeux prestoit A celle en un soudain sursaut Dont son prescheur luy fit assaut.
Et croy en tout mon vraysemblant Que longtemps sur elle il posa
LOULTRÉ D'ÂMOUB. 113
(Et sailloithors dç presse emblant Pour estre en soy mieux ressemblant) Divers pensers qu'il composa; Mais quelle chose il proposa, Fust de Taimer ou non aimer, Tea scay moins qu'un luton' de mer.
Hais pour délibérée emprise Un jour à part se retraïrent, Où en faisant mainte reprise Chacun en sa raison bien prise, L'un l'autre en parole envahirent Et débatans se contredirent.
Chacun voulant garder son droit.
Dont leurs arg^s sont cy-endroit.
l'bscuibb.
Que sera-il désoremais, Très-chier seigneur, de vostre viet N'est-il d'icy au grand jamais Riens qui vous puist esjoulr mais.
Ne donner d'amour quelque envie?
Je vous requiers que chacun die Le vray et droit secret du cœur.
Comme on parle à son confesseur.
LB CHSVALIBB.
Vostre demande est fort obscure Et mal à souldre en peu de temps ; Car je ne sçay mon aventure.
Ne chose nulle ainsi future
> Luton, espèce de brochet (du latin : lueius) on plutôt loutre (du latin : luter).
iU L'OULTRÉ D*AHOUR.
Je ne oongnoîa, ne je ne sens.
Vous iHiveas bi^ en quel assena Mon cœur se peut abondonner :
Prenez ce qui s'on peut donner.
L*B8CUIBB.
Je ne puis prendre, ne conduire Biens tant soit peu de vos pensées, Si Yous-mesmes, par droit déduire.
Ne voulez maistrier et duire Le frein de vos douleurs passées, Et que par vertus ramassées Mettez peine à vouloir revivre.
Homme heureux, franc et délivre.
LB CHBVALIBB.
Quant à bonheur, ne à franchise.
Que jamais jour ne les requière !
Je vous jure en ma foy promise :
Je n'y ay d'espérance assise Qui ne soit foible et bien légière.
Aussi y faut-il bien manière Pour restablir le nom d'heureux En corps si povre et douloureux.
l'bsouibb.
La manière de ce royame, Plus proffitans je vous recors.
Vous avez perdu vostre dame :
Il faut prier à Dieu pour Tàme Et non plus regretter le corps ; Car pleurs, ne cris, ne desconforts
LOULTBÉ IVAMOUR. 115
Ne vous y peuvent servir en xi&oA^ Mais nuire assez en trop de biena.
LB OHBVAUBB.
Comment pourroit un cœur loyal Qui a sa foy à Dieu offerte, Passer ainsi un aigre mal Et vivre par espécîal, Sans regretter sa haute perte?
Dieu me donne de ma desserte Ce qu'il luy plaist ! je Fàttendray, Hais jamais jour ne le feray.
l'ksouibb.
Je ne sçay pas que vous ferez N'a quoy le cœur vous est enclin ; De celle fois vous en tiendrez Tant et si g^nd que vous vouldrez»
Hais vous en viendrez ik déclin Et trouverez en la parân Que toutes les plus sages femmes Vous en tendront h fol vous-mesmea.
LB CHBVALIBR.
Ou fol ou sage, il faut td estre, Comme fortune un homme escrie.
. Je ne suis pas de mon cœur maistre; Dieu m'a fait de telle heure naistre Que mon cœur mesmes me maistrie.
Donc, si la douleur assegrie ^
' A$i€gri€, apaisée ; amoindrie, ms. de la Bibliothèque impériale de Paris.
; i!6 l'oultbe d^amour.
N*68t pas si tost après reffbrt , Qui m'en dit blasme, c'est à tort.
l'bscuisb.
n n*y chiet de blasme autrement , Fors ce que tous vous en donnez; Vous pouvez vivre heureusement Et avoir des biens largement Si vous ne les abandonnez ; Mais vos regrets désordonnés Vous font cuider d'amour jadis, Qu'il n'a qu'un saint en paradis.
LB OHBVALIBB.
En paradis a saints et saintes, Ce sçay-je bien, maint et mainte une : Aussi sur terre en aril maintes Qu'on sert mieux et honore en craintes Que sainte en paradis nesune ; Hais si Dieu, par gr&ce et fortune.
M'eussent sou£fert la mienne au monde, Je n'en quisse point la seconde.
l'bscuibb.
Sur l'ordonnance ainsi divine.
Il ne chiet point d'avoir murmure.
Dieu veut qu'en terme chascun fine Et tourne à riens et à ruine Jeune, vieil, toute créature.
Quelle doncques bonne aventure Vous fait tant plaindre morte amie Qui pleurant ne vous aime mieî
VOULTBÉ D^AMOUR. ii7
LB GHRYALIBB.
Hélas ! je pleure et plains sa hce Qu'à bien dure heure j'ay tant vue, Quant Dieu , après Tacquise grftce, Sans avoir £edt qu'à blasmer face, L'a de mes yeux prise et toUue, Et a la terre despourvue, D'honneur et de prospérité , Si bien que moy déshérité.
l'bsoxjibb.
Qui pert icy et la recœuvre, N'a pas tout cause de se plaindre.
Il convient que mon cœur vous œuvre Ce qu'en luy se nourrit et oœuvre ; Car plus ne m'en pourroit feindre. Il faut l'amour passée esteindre Et se garnir d'une amour neuve ; Car belle et haute là vous treuve.
LB CHBVALIBB.
A haute amour, ne qui soit belle, Mal digne suis d'y aborder, Aussi d'y faire amour nouvelle, Qui en ay pleine la cervelle ; Mal peut l'un à l'autre accorder D'amour: me doy bien recorder Quel homme c'est, hélasse ! moy, Ne quel attente il a en soy.
l'bscuieb.
Ne reoordez jamais du blasme.
Ne faute qu'amours vous ait faite ;
H8 rOULTRÉ D^AHOUR.
Mais en llionnèur de Nostre-Dama Regardez-moy sur ceste dame Qui est si gente et si bien faite.
S'il en est une plus par£edte Dessoubs le ciel, j*en veux mourir.
Sans jamais merci requérir.
LB OHSYALIBB.
Hélas, je Tay tant avisée
Et tant jugié plaisant son estre
Que nature qui Ta visée
Et à droit souhait devisée,
N'y pourroit plus de beauté mettre;
Mais que pour tant s'osast soubmettre
Mon cœur au sien ou que voulsisse,
Ne cuidez pas que je le fisse.
l'bsouixb.
S'il ne vous tient qu'à mal vouloir, De tout honneur vous vous deffaictes; Mais si vous craignez non valoir Pour l'aimer et bien luy vouloir, Je vous asseure que si faites Chassez-les sur ces entrefaites Et les boutez dehors trestoutes :
Sy n'a mestier de nulles doubtes.
LB CHBVALIBB.
Je ne suis pas en l'accordance, D'aimer encore si avant Que doubte en un peu d'espérance Me peut porter grief ou avance,
L'OULTRÉ D'AMOUR. IW
Dont je me suis aperce^iB&t.
Il faut délibérer devant Et avoir cœur de soy bouter Avant rien craindre de doubter.
l'bscuibb.
Je ne sçay quel délibérer, Il fault, ne duise à vostre oœur.
Vous pouvez bien considérer Qu'un roy la pourroit désirer Pour estre son vray serviteur, Et vous avez comme un seigpneur Le choix du monde emprès vos lez.
Vous Taimerez si vous voulez.
LB CHBVALm.
Ha! que veoy raison notable :
Cause my, cause! Tout est mien,
Tout m^est conquis ou conquestable.
Tout emporté ou emportable.
Le monde est fait seul pour mon bien :
Par Dieu, compains, tu parles bien
A qui auroit Toreille sourde
Pour non comprendre cette bourde.
L*B80UIBB.
Si j*enten8 bourde ou moquerie En cest endroit, nulle envers voua.
Ne si je pense à flatterie, L'âme de moy en soit périe Et ravie en enfer dessoubs; Mais j*ose dire devant tous
190 L*01ILTEÉ DAMOUR.
Qu*en vous a beau temps pour servir Et en elle beau desservir.
LB CHSVALIBB*
Hélas ! fay trop porté service Pour en tirer si povre fruit.
Servir bien et servir en vice ITest tout compté pour un office, Qui en servant bien suis destruit.
Sy ne doy plus vouloir le bruit D'en servir nulle soubs les cieulx Pour non pouvoir de servir mieulx.
l'bscuibb.
Si vostre cœur s'accorde à ceste Et qu'il se vueil abandonner»
Je vous afferme grâce preste, Amour, chierté, joie et conqueste» Tant que honneur en seuffre à donner ; Et ne vous pourrez adonner Si tost pour vivre en son lien Qu'amour ne vous pourvoie bien.
LB OHBVALIBB.
Tant congnoy d'amour les paroles Qu'à fol tiens qui si tost s'y accorde. Ses mots sont proprement ydoles Pour hommes fols et femmes foies Qui croient tout ce qu'il recorde ; Mais qu'il y ait miséricorde.
Ne regard à son serviteur.
Par la mort bien, il est menteur.
KOULTRE D'AMOUR. 121
l'escuibb.
Ha sire ! vostre gr&ce saulve.
Amour n'est pas de tel atour ; Ce n'est pas, non, la beste fauve Qui trompe Tun et Tautre sauve ; Mais pourvoit chacun à son tour.
Sy voit parmy et alentour Plus cler que nul humain regard Et paie bien ou tost ou tard.
LB CHBVALIBB.
Or maudit soit de tous les anges
Et de toute la kirielle
Qui meshui croirra ses losenges,
Ses beaulx rapports, ses haulx louenges,
Ne qui Feslève de tel esle.
S'amour est si loyal, servez-le
Et vous tenez à sa bonté ;
Mais moy j'y ay assez esté.
l'bscuibb.
Vous ne savez que d'un malheur Que fortune vous a brassé; Mais sur amour n'avez couleur De luy charger vostre douleur, Touchant le corps du trespassé; Car tousjours vous a pourchassé Grâce et maint honneur sans remort :
Donc, si faulte a, c'est par la mort.
LB CHBVALIBB.
Doncques, quant amour n'est pas ferme De pouvoir accomplir ses vœux,
m LOULTBÉ B*ÂMOm.
Et que mort par fortune inferme Luy toult pouvoir et le defferme.
Donc Buis-je là où estre veux, Et tiens plus seur de vivre seulx Atout les maux que j'en ay d'une.
Que plus s'en mettre à la fortune.
l'bscuibb.
Hélas! quel perte et quel dommage Si vostre cœur tient ceste adresse.
Tout se pert en vous^ force et eage.
Honneur, bon los, vertu, courage Et renom entre gentillesse; Et ne voy hens qui vous radresse Jamais, ne qui vous liëve en hault.
Si le vouloir d'aimer vous fault.
LB CHBVÀLIXa.
S'a l'un endroit me convient boire Souffraite* et perdre saison bonne, Ma loyauté me fera gloire A l'autre lez au moins notoire, Et me donra dlionneur couronne ; Car plus est vertu qui bien sonne De non l'avoir voulu changer.
Que pour autre vivre en danger.
l'bscuibb.
Vous va si prés l'honneur du monde, Ne vanité de gloire humaine
■ 8imf^»tt$, misère, maUiear, soufflraiMe.
L*OULTRÉ D*AMOUR. 123
Que pour Iob qui sur vous iredonde , Aimez mieux vostre cœur qu'il fonde Que luy changez foy primeraine, Encore qui est casse et vaine.
Comme d*un corps par mort conquis»
Dont nul bien ne peut estre acquis ?
LB CHBVALIBB.
Hélas et quant mort d'aventure ITaora payé de paye ^;ale.
Que porteray-je en aépultun, Des biens de fortune ou nature, Fors renommée bonne ou maie?
Au moins par foy garder léale, J'auray gagné gloire assouvie, Selon desserte de ma vie.
L*B80UIBB.
Or, je vous prie au nom de Dieu, Croyez conseil s'il est possible.
Et vous rendez en cestui lieu Qui vous peut rendre jeune ou vieu.
Trésor de richesse infaillible.
Riens ne vous sera invincible Devers amour grand» ne petit, Si vous y prenez appétit.
LB CHBVALtBB.
Quelque appétit , ne plaisant signe Que jamais puisse en amour prendre»
Tousjours le bout de la racine.
Qui premiers a conquis la mine, T demourra jusqu'au cœur fendre, Et n'en devroit nul m'en reprendre,
124 L'OULTRÉ D'AMOTÎR.
Ne donner nom de niceté, Ains los de plus grand loyaolté.
l'bsouibb.
Vous parlez tout ainsi au vif, Comme le cœur le vous desgorge.
Je vous accorde vostre estrif , Beau sire, et vueil d'un cœijr naïf Que vous Taimez de par saint George, Mais qu'il en viengne un autre en forge Qui vous soit plaisance et lumière Jusqu'à recouvrer la première.
LB OHBVALIBB.
Long parlement qui n'a retraite.
Rend souvent pris les gens en termes.
Chasteau qui parlemente et traite, Reçoit volontiers quelque attraite Qui le fait amollir aux armes; Mais je demeure en propos fermes Afiin que nul ne s'y abuse.
Et sy n'accorde, ne refuse.
l'bsoxjibb.
Ha ! il faut accord et issue Finablement en ceste chose.
Telle œuvre sy n'est pas tissue Pour en partir sans estre sçue La fin que vostre entente y glose.
Doncques, si vostre casar propose D*aimer ou d'amour escondire * Je vous requiers : veuillez le dire.
> Bsamdire, refuser.
rOULTRÉ D'AMOUR. 125
LB CHBYALIBB.
Si VOUS ayez bien entendu Mes cas, mes dits et mes deffènses, Besponoe assez vous ay rendu Et ne me suis condescendu A titre où je congnoisse offenses.
J'ay en très-humbles révérences Yostre rapport; mais j'ay discorde Souvent de bouche, ne Taccorde.
L*BSGUIBB.
Honneur est en raison fondée, Et est Tune à Vautre amiable.
Chascune est de sens abondée Et de vertu improfondée; Ce qu*est raison, est honorable.
Sy croy et tiens à véritable Qulionneur de raison avertie Vous jugera de ma partie.
LB CHBVALIBB.
Tay un honneur, un corps, une âme; Des troys, les deux saulves voudroie.
Le corps s*en aille après ma dame, J*en suis content; mais tout infâme De perdre mon honneur seroîe.
Donc sachent tous que ne pourroie, Pour nulle part m'avantager.
Mon peu d'honneur mettre en danger.
L*BSCUIBB.
Dieu vous garde de déshonneur, De mal d'infamie et grevance !
426 L OULTRÉ D'AMOUR.
Mais pour vous tirer h bonheur, Je feray tant qu*autrui honneur Vous donrra de vostre asseuraooe; Car n'y aura hostd en France Que je n'enquière à vostre nom Slionneur vous seuffre aimer ou um.
LB OHBVALIBB. .
Je suis dlionneur serf homme et lige, Tant que vie me durera, Et envers luy mon cœur s'oblige De non comprendre, encor le dis-je, Shose que ne m'ordonnera.
Donc, aussi tost qu'il vous plaira, liTadvertissez de son devis Et lors je diray mon avis.
Ainsi fut pris l'appointement Devers ces deux qui estrivoient, Et cessa tout leur parlement Jusqu'au savoir le jugement D'honneur sur qui leurs yeiix avoient; Mais les dames qui ne savoient De leur débat un mot qui touche.
Les ont surpris los en la bouche.
Lors me sembloit que l'escuier, Esmu comme à soy mettre en queste, M'aperçut emprès un figmer La main fournie de papier Et pleine d'escripture honneste.
Et vint par forme de requeste Très-douce et aimable aussi M'arraisonner et dire ainsi :
IIOULTKÈ P*AMOUR.
Yoicy le doulouieux traitié, Frère, que je meta eu yos mainfii.
D*un chevalier plein de pitié Et d*un qui par vraie amitié Luy veut bailler resconforts maints; Maia chascun veut poy plus ou mains Avoir pour soy querelle et droit Sans supplier* en nul e). droit.
Or faut-il pour savoir eslire
Qui aura la raison meilleur,
Cause la plus parant ou pire,
Que honneur leur cas retourne et vire
Affin d'en estre vray jugeur.
Sy faut qu*en court de grand seigneur,
Il soit cherché partout et quis
Et justement sur ce requis.
Doncques, s'il vous plaist et aggrée, Vous en irez dès maintenant Monstrer ceste œuvre enregistrée Es plus haulx lieux de la contrée, Là où vous serez survenant; Et lors comme bien souvenant , De tous iceux qui le liront, Voua entendrez qu'ils en diront.
Et au plus près de vray honneur Que jamais cœur pourra penser.
Priez aux dames de valeur Qu'il leur plaise & y mettre cœur, Sans à nulluy favoriser.
Et puis selon leur deviser
■ Sa^0 supplier, BHXxs céder.
1» L*OULTBÉ iria0UR.
c Venez moyarertir de tout:
c Vous aurez bon loyer à bout. >
A tant de mots me laissa lors , Et tout ainsi je m^esyeillay.
Et trouvay tout joingnant mon corps Les ai^'umens et les records Dont devisé icy vous ay.
Sy ay promis, et le tiendray.
Que je les mettray en avant :
Aussi feray-je. Dieu devant.
Pour tant, seigneurs et nobles dames, Et entre vous mes demoiselles ', Qui savez par tous les royames Juger des vertus et des blasmes Et bien débattre des querelles.
Je vous envoie par nouvelles Ce livre dont le titre porte :
L'Oultré d'amour pour amour morte *.
I JStàvous, toutes demoiselles, ms. de rArsenal. * Le ms. 5311 de la Bibliothèque impériale de Paris offre quelques bomies variantes :
Page T^, ligne 17, Hse% :
Ne parvint à un si haut heur.
Page 89, ligne 26, il faut choisir entre ces deux leçons :
Et le hamas dont la substance Estoit un riche et cher cattel
Ou bien :
Et le hamas dont la présence Valoit un riche et cher chastel
Page 82, ligne 4, variante :
Afin que plus tîto à son aise.