ÂU BON DUC PHILIPPE DE B0UR60NGNE
Lyon bandé de riche lyoison D'or et d'asur, qui de lis reflamboye, Non seulement en paroles foison', Mais en splendeur d'extrême luison Dont rœil s'esteint, qui regard y employé, Tymbré au front d'excellente monjoye.
Du noble cry, dont le haut ciel résonne : Ycy entens à moy qui t'araisonne'.
Entends à moy, lyon de trois vestures; Lyon fameux, entens à moy, te prie; Donne à ton sens ententives pointures Et à tes yeux soingneuses ouvertures.
Pour prendre en toy ce que ma bouche eacrie. Plus a en toy règnon et seigneurie
' Publiée d'après le ms. 120 de la Bibl. Laurentienne à Florence, collaUoDné sur le ms. 5311 (ancien 9687*^ La Mare), de la Bibl. imp. de Paris, sur le ms. ISB de la Bibl. roj. de La Haye et sur le ms. 21^8 de la Bibl. roy. de Bruxelles.
* Var. : non en clarté, non en gloire foison.
* Toute cette première strophe offre une allusion aux armes de la maison de Bourgogne, qui étaient bandées d'or et d'azur, mais qui rappelaient aussi la royale origine de ceux qui les portaient, par les fleurs de lis dont éUes étaient écartelées, et par le cri : Monijoie-Saint-Denis !
Et de haut sang de royale origine.
Et plus en doit raison y estre affine.
Les divins dons et les hauts faits louahles, Dont en toy voy si extrême excellence, M*ont fait mouvoir mes désirs charitables D'en faire icy aucuns recors notables , Servans en los à ta bénévolence ; Mais, regardant ta gloire et précellence. En foible engin certes je me ravise, Car n'ay pouvoir, ne sens qui y suffise.
Mon œil regarde en ce que cœur admire ; Amour me trait là où peur me reboute ; Honneur m'astraint de parler et d'escrire Ce dont le poids me condampne et retire, Et juge en moy de non y voir goutte ; De propre sens je me deffie et doubte Et suis en guerre ainsy en dedans moy, Pour contempler ' les hautesses de toy.
Donc et affin que Dieu premier ait gloire De toy, et toy que tu-mesmes y vises Sans toy bouter en vanité, j'espoire, Ton corps produis et te mets en mémoire. Dont tout le siècle en tient tant de devises, Où lea clartés et splendeurs sont assises; Par plus, par moins, là voit-on qui esclaire. Rends grâce à Dieu : du plus je me veul taire.
Nature en toy a esté ententive D'y mettre estor et pouvoir et faveur; Ce qui s'en voit, n'est pas chose doubtive; Santé, longs jours, vie consolative,
> Pour contenter, ma. de La Haye.
T'en ont sieuvy en joyeuse saveur, Dont moy qui sçay que tu n'es réprouveur Vain, ne ingrat ayant grant bien reçu*. Je parle ainsy comme je Tay conçu.
Et posé or que tu-mesmes supposes' Par grant vertu peu estre ta personne, Et à mes dits gaires tu ne reposes, Ains aigrement argues et proposes Le droit envers de ce que j'araisonne, Le bruit qui court toutesvoyes et qui sonne Parmy les aers touchant au firmament, Celuy en fait le certain jugement.
Grâces d'en haut te sont administras , Mœurs et vertus en telle multitude Que s'en ton cœur ne sont enregistrées , Au moins les tient ce monde à si monstrées Que tu assers* à toy sa plénitude, Et va jugeant toute béatitude.
Tout divin don, estre infus en ton corps : Ce sont d'autruy, non pas les miens recors.
Loy a en soy et veult que chacun prise Ce que peu est et de tarde advenue.
Et que de chose en coustimie et apprise, Ne doit jamais merveille estre comprise, Ne cheoir grant part d'aucune survenue.
Donc, si j ay bien ma leçon retenue.
Très-peu eschiet, et sy n'avient pas moult, Qu'estre un haut prince et bien compris en tout.
* jyun si grant bien reçu, xûB, de Ptaia, ' Apers, ms. de La Haye.
Souvent en un ou en autre deffaillent.
Posé qu*en biens et substances abondent.
8'ils sont puissans, à vanité se baillent.
Et s'ils sont beaux, petit de bruits ' en saillent.
Leurs noms, leurs temps, leurs régions confondent;
Très-peu en a, à qui toutes respondent
Gr&ce et vertu, titre de ma matère :
Donc, s'un en vient, c'est bien cas de mistère.
Pépin le roy, prince chevalereuz. Plein de vertus et de notables flEdts, S'en Tun endroit. Dieu le fit valereux. De Tautre lez le laissa dolereux D'estre en la forme et petis et deffais. Sy ne dy pas qu'il n'y ait des parfais Princes beaucoup, et des Pépins assez.
Mais tout exquis ils sont cler entassés.
Seul le recort d'Octavien Auguste De toy tout seul m'est figure et exemple. Lequel, tout bel, tout vertueux, tout juste, Tout sage et bon, tout vaillant et robuste, Hit tout en soy ce dont le monde s'emple; Et tant avoit de grftoe enmy son temple, Et de hauts dons si très-plénière somme. Que plus sembloit divin que mortel homme.
Fortune à luy se rendit toute serve :
Largue et prodigue en toute sa puissance,
Et luy submit en paix et en conserve
Le monde entier sans quelconque réserve,
Ycj par sens, et là par redoubtance.
Ses mœurs, ses yeux portoient l'attrayance
• Fruits, mai. de Floienoe, de BnizeUes et de Paris.
De tout regard, de tout humain courage, Cuidant qu'en luy eust divin quelque ombrage.
Josne , il régna haut et victorieux, Tousjours donné à louable exercice; Et viel vesqui en soin laborieux Pour trespasser plein de jours glorieux Soubs le record d*aucun haut bénéfice.
Vertus aimoit et déprimoit le vice; Il quist honneur pour sa royal vesture : Honneur aussy le mit en sépulture.
Et si le vray m*est souffert maintenir. En approuvant ma figure certaine, A toy seul donc, j*ose bien soustenir Sur tous régnans devoir appartenir Ceste excellent comparison hautaine.
Et qu'il n'est prince en région longtaine. Ne d'aujourdTiuy, ne de longs jours devant. Qui tel titre ait, ne gloire si avant.
Si je mets haut la matère que j'œuvre,
Jà nul pourtant contre moy ne a'esmeuve;
Ce qu il en est, la vue se descœuvre
Quel est l'ouvrier et de quel pris son œuvre :
Il se perçoit par ce que l'oû y trouve;
Non les hauts mots mais les faits donnent preuve
De ce de quoy le monde parle et dame:
 hautain fiait sieut glorieuse famé.
Où est celuy qui aujourd'hui s'appère A toy, 0 haut très-glorieux noble homme? Qui est ton per en fbrtune prospère?
Ce ne fu pas le trave* de ton père,
< U trave, triaaTeol ; on lit : Vattatfe dans les mss. de I«a Haye et de Bruxelles.
Ne roy régnant, ne empereur, ne promme. Gaires nuls tels ne prent Troye, ne Borne, Par ses escrits, quant de tous me recorde : Ce n'est pas gas, quant preuve s'y accorde.
Que diray* je des dons et des hauts offres De ta riant longue amie fortune.
Qui en ouvrant Fespargne de ses coffres, T'a tant complu, que de bon droit tu offres, Grâces à Dieu, plus qu autre soubs la lune. Par donnoison reçue non conunune.
Mais singulière entre tous les régnans , Voire et sur tous tes hauts appartenans.
T'a présenté le royal déadème.
Le sacré sceptre impérial du monde.
Et mis trois fois ceste gloire suprême Devant tes yeux à grant prière extrême Pour l'entier bien de la fabrique ronde. Lors qu'en vertu de constance parfonde, Pour amirer et faire gens confus.
Content du tien, tu en fis le refus*.
Ta donné grâce et vertu préférée Au siège saint des pasteurs de l'Église, Sus royal titre et majesté sacrée ^ Non regardant personne, ne contrée.
Fiant peut-estre en gloire vielle acquise. Mais en mérite et vertu propre exquise, Par mesmes toy et en propre vertu , Exempt sur tous , gr&ce t'a revestu.
■ Vope%, dans le t. vn, ISLDéeîaration des hauts /àifs du due Philippe.
* Au coneile de Mantoue, le duc de ClèveSf envoyé du dao de Boargogne, siégea aa banc des rois. En une autre circonstance. Simon de Lalaing usa, en présence du pape, de privilèges réservés à rempeieur.
AU DUC DE BOURGONGNE. i53
Roc as esté des pays non muable, Prest exploitant de leur toute exigence, Secours, confort de la foy charitable.
Lorsque tous rois, en leur force doubtable. Ont endormi leurs cœurs en négligence, Et au regard d'affaire et d'indigence, Touchant pité et publique salut, Oncques nul fut, qui autant y valut.
Quel œuvre a fait jadis en ton contraire Le roy des Francs , si offenseur parent, Â qui fureur et sang te devoit traire Pour terre* honneur et vie luy soustraire Et au party son dampnable adhérent?
Mais par pité du cruel différent Trop ayant cours, vainqueur de propre annuy, Tu propre en toy remédias en luy.
Ton prochain sang longuement fortuné Abandonné de toute main amie.
Après ravoir par armes impugné Et saintement ton yre refréné, Tu Tas jeté de prison ennemie'; Lorsque pité estoit toute endormie Partout ailleurs et peu cœur d'y entendre. Lors as voulu piteuse main luy tendre.
De tes vertus ne vueil plus faire histoire. Qui sont de nombre et d'excellence pleines. Quant par recours au vray du répertoire J'y trouve tant de haut fruit méritoire. Qu'à jugier sont plus divines qu'humaines. Donc et si Dieu en gloires et demaines
Ttrre (du latin : tero), écraser, broyer, fouler aux pieds.
Ton noble estai sur tous augmente et oœuYfe Avec bon heur, sy Yient-il de bonne œuvre.
Mais n*est â*oubly le haut eslèTement De la Toison, haute et divine emprise.
Que pour confort, ayde et réparement De notre foy, en long proposement.
Tu as mis sus, divulgée et emprise, Soubs autre grant religion comprise Touchant honneur et publique équité.
Pour estre mieux envers Dieu acquité.
0 cy-après, que diray-je en ton los, 0 haut prince, qui par n'as en la terre? Ton los emprendre, à moy est un deslos, Quant plus f esliève, et plus te prise et los, Que moins suy sceur de los propre y acquerre, Pour ce qu'en toy il fault si haut enquerre Et vouloir tant d'entendement subtU, Que quant je vueil, dur beaucoup sy m'est-il.
Si j'ay recours à tes chevalleries, A tes hauts faits d'éternelle mémoire.
Et dont les cours des hautes seigneuries Sont résonnans, décorées et flories Sur aujourd'huy toute autre neuve histoire, Certes j'y voy tant de gloire sus gloire. Et de splendeur ton thrône si remply.
Qu'en y pensant l'œil m'en est affoibly.
Quels armes fit ton bras chevalereux.
En ton jeune eage, au circuit d'Abbeville, Là où par titre amer trës-dolereux, Comme un lyon triumphant valereux.
Mis à Tenvero tes ennemiB par mille, Vainquis l'estour, c'est humaine évangille , Et s'y trouva ton fer plus redoutable, Qu'ours ou dragon, pour mort espoentable *.
Ârrest ne fay sur les guerres françoises Que tu maintins mortelles et longëves.
Ta gloire y crut de haut plus de cent toises ; Aussy enfin, par tes bontés courtoises.
Dieu t'en donna les fruits de nobles sèves; C'estoit amour, paix, union et trêves, Gloire et honneur en haut los salutaire : C'est un grant don, mais c'est cas solitaire.
Les fiers Escos, aspre gens bataillière, Devant Crevant, fis cheoir en ton espée; Le dire est peu, mais l'œuvre non légière D'avoir acquis victoire avantagière Sur la fureur d'une telle troupée.
Fortune y fit une horrible grippée.
En ta faveur, jeusnes armés encore.
Qui est un cas non digne de forclore.
Tenant l'espée empoingnie en la dextre, Contre les Francs joins aux Englès crudelles, Tu pris l'escu sus Tespaule senestre.
Pour envair l'anglois duc de Glochestre, Far tout effort de batailles mortelles.
Là où tes faits et aigreurs furent telles Que ton acier sa route termina, Et mise à mort sa hauteur domina.
Peuple hoUandois, fière gent maritine, Zélandois forts, robustes et terribles,
Vi>9ez tome I«', p. 262.
A juste droit et équité divine.
Tu les submis en ta franche saisine.
Par long travail en armes très-pénibles,
A quoy pluseurs rois, nations horribles,
Ont contendu en y quérant victoire,
Dont nul jamais fors toy n eust celle gloire.
Barrois, Lorrains, AUemans un grant nombre. Le duc Renier, Barbasan de haut pris.
Joints en bataille en ton mortel encombre Tu desconôs et en ûs brief descombre, Barbasan mort et leur duc mesme pris Que puis long temps, à son chier coust et pris. Devenu roy, tu tins en ta prison A son grant dur et à grant marison.
Liégeois après, peuple très-furieux.
Drus et puissans, orgueilleux et doutables , En armes durs, aux champs laborieux, Pour embarber un haut roy glorieux Par luy donner encontres redoubtables, Soubs le pouvoir de tes bras non portables Tu les fis cheoir vaincus^ humiliés.
Par ton jadis haut père ainsy ployés.
Chastelois*, peuple espris de félonnie.
De sang rebelle et de vouloir inique.
Pour résister à telle vilonnie , A peu d amas de noble baronnie Tu corrigeas leur erreur hérétique.
Tant qu'aujourd'huy confusion publique
> Il fiBLut lire : Casselois, habitants du pays de Cassel. Sur les faits auxquels Chastellain fait allusion, vojfet Lefebvre SaintpRémy, 164, et le récit fort intéressant de la chronique manuscrite de La Haye.
S'en treuve encore entremy eux trèstous Pour exempler tous mauvais et rebous.
Calais, depuis; Fespargne des Anglois, Tu assiégeas et attemptas le prendre, En quoy combien que par desroy peuplois Fortune en* fit venir povres exploits, Au moins François onc ne l'osa emprendre: Et fait autant à louer et comprendre Ton hardy cœur du poids y soustenu , Comme du plus s'il y fust advenu.
Quelle œuvre fis, ne quelle haute prouesse En estroit clos de Bruges ta rebelle, Là où bataille et horrible compresse Te courut sus en très-mortelle aspresse Pour t'enverser du plus haut de la selle, De quoy ton cœur qui jamais ne chancelle Paya bien dur les facteurs inhumains Plus par les tiens que par les aultruy mains.
Trèvois, Ardenne et Luxembourg, tannières De gent sans foy, rapineuse et tirande, Crouttes* de murtre, anciennes larronnières, Soubs le desploy de tes rayans bannières Tu réduisis & légale commande, Et par puissance en armes fière et grande. Tu as conquis et asservis à toy, • Tant par bon droit que par divin chastoy.
Gens de Compiengne, escorcheurs renommés, Tu reboutas fièrement à Lions',
■ Crouttes, CAvemen,
* Libon8-*en-Santerre. Voye^ tome II, p. 132.
Où les Ânglois des François achemés*
Vinrent en fer batailles et armés,
Crians sur toy comme affamés lions,
Mais oncq pour eux, ne pour leurs millions.
Tu ne branlas demie marche entière,
Ains les quis propre au bout de leur frontière.
Mais que diray des hautaines merveilles Qu'en tes hauts jours as fait sur les Gantois, En longs travaux, en curieuses veilles D'armes, d'aigreurs et paines non pareilles, Pour expugner leur courage mentois.
Lorsque repos mieux duisoit toutesfois A tes jours lors assez glorifiés, Mais non pour tant les maux purifiés ?
Cinc ou six fois en batailles rengies Tu as vaincu leur criminel puissance , Là où tes mains sont taintes et baingnies Dedens leur sang et durement vengies De leur souvent parverse obéissance, A quoy onc roy de françoise naissance, N'empereur nul ne parvint à si près :
Sy ont-ils mis mainte estudie après.
Leurs légions et ruineuses cohortes Par pluseurs fois cy et là assemblées, Par tes vertus valereuses et fortes Tu as fait cheoir jusqu'à devant leurs portes, Voyant les yeux de leurs testes troublées : Donc, si possible eust esté que tremblées Eussent les tours par espoentement.
Tremblé fust tout, muraille et pavement.
1 II faut lire : où Us François des Anglois ackemés, Aekemés da An* gïois, vainqueurs des Anglais (à Ouerbigrny).
Trente milliers* à Oavre en enversas Toy au milieu, dix mille* à Riplemonde, A Nieule • cinq, puis au pays de Was Que tu premier par armes entamas Devant tous rois en vaillance parfonde.
Et par ton glaive y fis rougir mainte onde De sang effus constraint à ce dangier Par toy surquerre et ton nom desdaig^ier.
La tienne main fu là de Dieu conduite Pour escarter tout tel mauvais plantage Et pour verser rébellion construite Tout autrement, semblablement instruite, Comme tout sang de hautain parentage, Non seulement pour ton propre héritage, Ne pour garder ta gloire non périe , Mais pour tenir noblesse en seigneurie.
Des nobles, donc, tu y fus champion
Et le rabbat de villaines essourses,
Un vertueux aigre fier Scipion
Rongeant Torgueil de leur brayant lyon ,
Soy enfierant en ses ramages courses,
Dont les assaulx et horribles accourses
Luy ont rongié tant maint ongle et maint dent :
Los en ait Dieu et toy de Taccident !
0 et depuis, chacun fait cy-aprës Coeur couronne de splendeur mille et mille, Quant le rapport te fut fait par exprès De la grant perte et du mortel comprès^
< Vofez tome II, p. 375.
3 Six miUe? Vo^ez tome II, p. 307.
* Nevele, f^«E tome II, p. 269.
* Compris (de eotnprimer), oppression.
De Constantin, la noble sainte ville :
Certes bien dig^e et bien beurée Lille • D'en avoir pris les vœux de mainte clause Que tu y fis & celle seule cause !
Mestier ne m'est d'en réciter les titres, Modes, teneurs, coustanges, ne personnes, Mais de si hauts et solempnels chapitres Je n'ay trouvé par lecture en registres Et tous royaux assemblemens, ne thronnes. Certes ce sont les perles des couronnes Du monde viel et d'aujourd'huy, sy dis-je : Si j'en dis trop, qui mieux scet, m'en corrige.
Donc, pour donner vertu à voix promise, Tantost alas vers le haut empereur.
Lequel voyant ta vaillante entreprise Et ta vertu si preste estre submise, Toy non quérant, te fit estre quéreur; Ainsy ton long mouveur et requéreur Te fît emprendre hauts et mortels péris * Et reposa mesmes ses esperis.
Lorsque tous rois au bien propre entendoient Froids et précheus au salut du publique, Lors tes désirs et tes veines tendoient En aigre ardeur et peines y rendoient D'y pourvoir par quelque voie oblique.
Dont il t'est née une gloire angélique Que seul tu as le monde desdormy.
En povre abus par avant estormy.
0 prince auguste, et que diray-je plus? Diray-je riens de tes œuvres nouvelles,
» Péris, périls.
De tes valeurs, puissances et vertus,
Par lesquels sont restrains et rabatus
Les cœurs d'Utrecht malement fiers et felles ,
Avecques trois fortes cités rebelles
Que tu par siège as à ton idoy conquises ,
Non jamais plus par autre effort surquises?
Ne me loist-il que je die et déclaire Ton fier arroy, ta triomphant entrée Qui aujourdliuy, sans à nulluy desplaire. Porte lueur, resplendit et esclaire Comme xm soleil sur umbreuse contrée.
Et dont la pompe et la fierté monstrée Fut si haut prise et si très-exploitant Qu'à Rome à peine en entra oncques tant ' ?
Et puis loisi-il celer la frémison, La dure peur, la fraeur, les murmures.
Qu'en ce cas a le royame frison.
Par non sçavoir salut, ne garison.
Pour eux sauver encontre tes armures.
Voyant au dos de toutes ses fermures Danois par maints milliers multipliés , Offerts à toy contre luy allyés?
Tous rois du monde et nations te quièrent. Tout haut princier en ta faveur s'adhère, Les moins puissans pour renfort te requièrent. Et les tous forts en ta grâce ils acquièrent Gloire et soûlas, «qui joye leur confère. Chacun tes faits et vertus considère, Chacun perçoit tes gloires et splendeurs : Sy en vont tous désirant les odeurs.
* Vojfez tome III, p. 143.
«W. TI. il
103 itoSTRB
J*ay tourné Tonl en sceptre et en couronne. Bar Tunivers circnit de oestuy monde.
Les cieiiz je perce et le siècle avironne» Mais n'y congnoy siècle royal, ne tronne. Qui prenne à toy aujourdliay, ne responde. Ve qu'en appert par vérité parfonde Ne peut jamais s'esteindre par envie :
Gloire en chacun prent mesure en sa vie.
ITas-tu 0 toy' le plus bel présentage De chevaliers de ce monde présent.
Et là où gist si ample et grant partage D'honneur, de sens et de tout haut fruitage Que terre et mer en font famé et présent! Ce que Tœil voit ou que preuve a'asent. Se peut très-bien parmaintenir et dire : Tels n'en a nul, ne France, ne Empire.
Ne sont venus tous longtains voyageurs Quérir vers eux congnoissance et adresse, Soubs le péril des armes assailleurs, Poucles plus hauts esprouver et meilleurs Que terre nulle ou région adresser Dont oncques nul, tant fust aigre en aspresse. N'emporta rien de l'honneur des susdis.
Mais eux très-bien sur les autres tondis.
Nul emprès toy en ton gouverne estable, Nul plus entier, ne plus ferme en justice, Nul plus asseur en cas espoentable, Ne plus ardant en la foy charitable, Ne plus enclin au saint divin service, Nul plus amy, nul plus couvrant son vice,
I 0 tof, avec toi.
AU BON DUC m. BOURGONGNS. f «9
Nul plus aimé, nô léalment B&tfyy Ne plus léal où il est dâssenrjr.
Vive ton nom h toujours mais et dure.
Et meure tout envieux et envie; Et soit où peut ma relation dure»
Mais aujourd'hui n*a vivant créature Qui soit ton per, ne ton semblable en vie. Faveur, ne don, ne rien ne m*en dévie. Mais raison vraye et saine vérité M'en sont pilliers comme à leur hérité.
Trompes, clarons, orgues mélodieusesi Tubes BOTmans, voix humaines et anges, Psaltérions, harpes délicieuses.
Engins floris, natures précieuses, Sont aujourfhuy décantans tes lotLenges, Et par le siècle et jusques aux archanges Vont espardant leurs glorieux accords , De tes hauts fidts et de ton noble corps.
Le ciel te quiert; la terre te &veure. Papier vers toy s'espanist et délite; Yiel escrit pl<^e et f encline et honneure; Ton haut engin f amire et asseure ; Bude et subtil, chacun s'y habilite, Et comme on quiert la perle très-eslite Comme un trésor précieux en acquerre, Ainsy t'a festé homme, ciel et la terre.
Plus tost faudra de son droit cours nature, Plus tost faudra le marbre dur en cendre, Plus tost faudra gravée en fer scripture'. Plus tost faudra la terre en fioriture ,
< On lit dans les mss. de Florence et de Paris : ffrawurfir ueripturt. La leçon que nous publions, estemprontée an ms. de BmxéUes. Il serait
Plus tost Tiendront les montaignes descendre. Plus tost seront tous engins sans entendre» . Plus tost n'aura or, ne métal» ne mine, Que ton los faille ou ta gloire termine»
Vy, règ^e en gloire, en vivre te délecte. Règne en triomphe et vy immortel homme, Choise* et esly, demande et gy affecte Llionneur du monde et son amour parfecte. Tout est pour toy, et fortune t'est promme; Ne crains Troyen, ne haut César en Rome, Règne emprès eux et monte en gloire égale : Nul toy meilleur par sentence légale.
Meurs quant voulras, tes gloires ne mourront. Tu vivras mort'et régneras sans estre; Les parfons coeurs par pleurs te raviront; Les deux, les aers, les voix feslèveront. Et tout transy , vif te feront renaistre. Tu seras rien, et sy seras en estre; Tu gerras cendre en terre obscure et noire. Dont la noirté resplendira de gloire.
Rends gloire à Dieu; rends grÀces glorieuses; Rends-luy haut los et dévotes cantiques ;
peut-être téméraire d> trouver une allaBton à la découverte de Timprîmerie que Pontus Heutenis Ikit remonter à 1440 {Ber, burçund., TV, 8). Cf. un passage de la chronique d^Adrien de Bat, déjà signalé par M. Gsr ehet {Bull, de l'Académie, 1839), mais paraissant se rapporter toutefois à une date moins ancienne que ne Ta cru M. Cachet ChasteUain a441 pu songer à désigner des caractères en métal servant à Timpression? C'est Molinet, continuateur de sa BeeollteiUm dei fHerveilUs, qui nous dira:
J ai vu grand multitude De livres imprimés.
Pour tirer en estude Poires mal argentés.
« Ckoise,TOk».
Rends-luy ton cœur, tes veines curieuses; Joings vers le ciel tes mains laborieuses De tant d'honneur et de gloires publiques. Quant sur tous rois et princes catholiques, Tu es celuy qui plus en as reçu :
Or, luy rends donc ce qu'il en est dû.
Betray ton cœur de oe régne &nable.
Dont la douceur est flattant ennemie ;. Quiers à régner, prince non terminable,. Après mortel régner tout permanable.
Trouvant partout la grftce- Dieu amie.
J'espoire aussy qu'elle ne vouldroit mie T'avoir donné tant de grâce fertile»
Pour te vouloir faillir au plus utile.
Tu as esté un certain duc paisible.
Bien exploitant sa commission sainte; Et au plus près de ton juste possible, Tu as esté vers ton peuple entendible, Pour le mener à salutaire atteinte.
Encontre toute entreprise et empainte De Pharaon parmy la rouge mer :
Sy t'en doit bien remérir et aimer.
En ta valeur et vertu singulière,
Dieu a béni ta terre et tes suppos^
Et y tramis gr&oe particulière,
Transquilité, paix, gloire séculière.
Trop plus qu'ailleurs et de plus long repos.
Los en ait-il en ton noble propos.
Qui par ton heur nous fait bien heureux vivre.
Mais toy faiUy, peur dure nous eny vre.
Honneur du monde et parement de France, Salut greigneur du peuple chrestien.
m ÉPISTRE AU BON DUC DE BOUB€K)nGNe.
Miroir j<Qr#ux de nontre ramemlmuticet Or -vy eut Dieu ot meun eu espirance* Quant tu moumuii oertes tu yru bien ; Tu as régu^ uoUe duo terrien ; Sy régneras, fespoire» en tes vertuB« Prince étemf 1« tout glorieux saint.
Là tu auras o toy, noUemaisnie, Ton Rolin sage et ton noble Oroy, Soubs qui haut sens et vertu infinie Ta gloire humain» a esté parf umie, Ferme tousjours tant qu*il en ont joy , Je requiers Dieu que j*en puisse estre oy. Et doinst la grftce à Oeoi^, o haut lyon f D'estre à tes pieds humble tabellion 1
LA COMPLAJNTE D^HECTOR'.