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806 EDOSmON
menaces et ooliortea» comme Olofernes et autres réeit^B an Vieil Testament, dont, pour brièyeté de conte, je ne Yeux faire résnmption aucune. LesquélB par humilité et douceur, par prestance de seryice et dlxonneur h eux exhibée, qui tous inhumains eatoient en cœur, descongnua enyers Dieu, non saoulés, ne remplables de sang humain, se rendoient par temps doux et traitahles, bénignes et estandés en leur orgueil , et complaisoient , fàvorisoient et temporisoient avec les hommes, par oongnoissanoe que euxmeanes se sentotent hommes. Donc, et si ceste majeure est ▼éritable, et que la mineure qui en ensieut, se peut approprier véritable aussi à vous autres, qui par nul bien fait ancien, ne nouvel, par nulle œuvre d'amour, ne dliumilité à^ vous impartie, ne vous souffrez ne accointier, ne apprivoiaier, ne tirer nul signe de grâce, ne d'affabilité, comme vraie expérience est preuve de l'opération , pourquoy ne s'en pourra faire conclusion honneste à remonstrer, quand la conclusion où l'acteur prétend, est plus plaintive et condoléant ceste povreté survenue en ce royaume, qu'elle n'est corrective, ne répréhenaive [de] la malignité du mésus? Et d'autant qu'en vous a plus clarté de foy, plus dignité de vocation , plus excellence de titre, plus décoration de progénie , plus conception de hautes doctrines, de nobles mœurs et de vertueuses œuvres, et que nulles générations ne passées, ne futures ne peuvent avoir approche au thrône de vous autres : d'autant aussi sont plus propres et plus appartenantes à voua toutes humanités et courtoisies, toutes douceurs et bénignités, toutes nobles et vertueuses opérations , toutes recongnoiasances et débonnairetés , toutes justes et condignes rétributions, et toutes productions honorables, salutairea et paisibles, tantàlachoaepuUique oommeàprivée aièctîaa.
SUR VÈBJTt MAL PRISE. Wl
Donc, et si le royaume en cestni endroit est trouvé au* jourdlim en désordre, les hommes nobles et anti^ en poTre acquit de leur deroir , et que le bien faire s'y trouve deecongnu et mis en oubli , payé par mal et par ingra* titude , ne doit un bon cœur qui a ses cogitations en les affaires du monde, oondoléant sur ieeux , mettre à la vé* rite les choses ainsi qu'il les trouve , sans avoir entende*' ment d'injurier nullui, et sans regarder h faveur, ne à flatterie , fors seulement à Téquitô du cas pour tendre à fin bonne? Certes oy 1 et n*y chiet point de reprise. Sy ne veux autre réparation faire sur le quatriesme point, là où tu parles des bestes féroces et espoventables, comme de lions, de dragons , etc. , parce que tous deux se vuident et purgent par une mesme solution qui droitK^y est tou* chée.
Procédant doncques à ton cinquiesme couplet que tu reprens, là où l'acteur parle de Dieu offensé tous les jours ; et toutesvoies luy, qui est si haut et si grand sire que ciel et terre lui ployent et s'enclinent , pardonne tou^ tesvoies au plus tost requérant, tant au plus povre comme an plus haut en vocation, se pacifie et contente tantost, s exhibe et se {Présente humble envers ceux qui lui ont Çsté rebelles, rappelle et révoque ses contraires, reçoit ses «onemis convertis, et à chascun monstre amour et bon semblant, leur départ de ses grâces et biens, en portions cha3cun de sa value, et si riens y a d'offense passée, prestement après le pardon fait , est mise derrière le dos : cestuy point, dame Ymaginotion^ te semble-il estre révocable, ne te semble-il soustenable en tout homme de bon entendement? Doncques^ et puisque il est vrai et que Dieu et vérité l'approuvent , pourquoy n'en pourroit l'acteur faire la figure pour venir toui^oars k sa fin
préentendue, encore quand parrinduction de ceste figoie, il contend taisivement réprouver les François du faire le contraire, parce que, non obstant paix et union faites entre eux et ceux de deçà de leurs vieux discorda, François demeurent encore mémoratifs des choses passées et en ont là haine en leurs yeux , et le souvenir en leurs courages, qui tous toutesvoies sont d'une région , tous d'une garde et protection souveraine, comme plusieurs membres en un corps, qui héent Tun l'autre, [ce] que l'acteur plaint. Et à ceste cause*, pour persuader les François en leur estrangeté, par la mer, effuriée souvent par orages et vents bouffétans, et se trouve toutesvoies rappaisiée à coup par un ventelet doux qui l'aplanit. Et dame, ceste figure est-elle malpropre? est-elle mal consonnant à l'intention de l'acteur , qui ne contend envers tous que à voir François reposés de sang et de conscience, paisibles et amiables, salutaires à autrui et à eux-mesmes; et que là où l'eau de pluye cave un dur marbre, toute autre rien dure se valut et maistrie par douceur et bon sens, que eux, qui sont fleur de chevalerie, spectacle d'honneur et de noble condition, aujourd'hui et plus qu'oncques mais, se doivent rendre raisonnables et flexibles à 'tout ce qui est vertueux et de prix, et eux prég^arder de tous titr^ non propres, ne honnestes à leur noble et très-haute nar tare.
Donc, et jà-soit-ce que le septiesme couplet que tu reprens, qui est de soj clair assez, et ne besongne de longue exposition, et moins encore de réparation aucune, parce qu'à nullui ne concerne, ne ne touche , fors que à vérité qui en approuve les sentences : toutesvoies, pour la
^ Phrase iaoomiaète. Ajouta ici : reprémk ce au.
SUR vâRiri Mal frise. soo
condnaion qui s'en ponrroittraire an plus près de la fiction deractenr,et que icelle pourroitestreîmpugnéè de langue ennemie, qui point n*y aùroit de lieu , il est convenable aucunement d'en ouvrir la matière et d'en parler un peu; car choses véritables et saines aucunefois besongnent aussi bien d'avoir aide comme les plus troubles. Et pour tant au point touché , il est vray que toute chose par loj générale et universelle sur tout ce que Dieu a créé, par affection particulière l'une envers l'autre, soit en une mesme espèce ou en diverses, trait à conjonction, à société, à amour et à prochaineté de son semblable, de ce * qui lui est consonnant à sa nature et condition ; et n'est nulle riens née qui faille en cecy. Donc toutesvoies un , ne deux exemples ne pourroient sufSre , mais mil et cent mil en sont congnus et expérimentés, qui droit-cy ne se peuvent entretistre.
Et veut l'acteur induire par ceci et remonstrer : que la très plus noble créature du monde et la plus précieuse, la perle de toutes splendeurs et vertus terriennes, le roy d'aujourd'hui , par ceste mesme raison et loy, voyant et considérant un autre, sa chair, son sang, son serviteur et léal ami, estre, en un autre degré au-dessous de lui , le plus honoré prince des chrestiens, le plus vrai et preud'homme, le plus noble en condition et en mœurs, des vivants, et le plus digne d'estre aimé, le doit et devroit aimer, chérir, honorer et le joindre au plus près de sa dilection, au plus parfond de ses repostailles, et non soy par flatteries, ne mauvais rapports souffiîr divertir de son amour, de sa gr&ce et amie inclination ; vu encore que entre deux si hauts et glorifiés princes, le lien d'amour, y doit estre double, et plus vrai et plus vif qu'entre mille basses gens non dételle réputation. Donc, si le contraire y
810 Eicposinoirt
66t| feat dire TacMnr que o'ert pitié : et est la choee lamentable et amère en qui est la faute.
Dame » et en outre il semble que tu as mutmuré en ton cœur sur la substance du huitiesme couplet, là où il parle que les payennes nations de jadis tirèrent fruits et respons de leurs dieux par offraûdes et sacrifices à eux fieûts » et par honneurs et services à eux exhibés « qui toutesvoies n*estoient que déables, dont nulle riens ne peut estre pire. Geste proposition est en soy vraie , et ne doit avoir contradiction nulle, parce que toutes histoires anciennes, * romaines et autres , sont pleines de cecy, tesmoin Titu* Live et autres historiographes notables « tesmoin saint Augustin en son livre de la Cité de Dieu, là où par leurs mesmes sacrifices et oblations faits à leurs dieux, il les reprent pour les réduire à la oongnoissance de la foy vraie. Et n'est besoin droit-cy d'en bailler exemple , ne un , en deux, quand ceux de ton parti, les nobles François, en ont les oreilles pleines, et en ont les histoires et les livres par devers eux, qui les en font sages.
Sy est l'intention de l'acteur tendant tousjours à fin de bieui de remonstrer, puisque les déables qui sont mauvais en nature et en opération et n'ont tache nulle de bonté, se souffirent vaincre et avoir par amour, par sacrifices, par oblations et révérences à eux faites et rendent rétributions et guerdons à leurs servans , que par plus forte raison hommes raisonnables, hommes chrestiens, hommes du noble terroir françois, là où honneur et le savoir du monde doit estre reclos, se doivent gagner et estre con» quis par cas semblables. Car Dieu en l'une extrémité se gagne et s'acquiert par l'aimer et servir; le déableen Tautre extrémité, jà->soit*ce que J'en reprouve l'csuvre, s'incline aux idolâtres, par sacrifice reçu ; donoques le
milieut qui est lliommei ii digne et si noUe de création qae riens ne s'y acompare , se doit gagner et estre conquis tant plus tost par le servir et honorer. Donc, parce que l'aoteur 8*e8t perçu du contraire » .passé a long temps» et que non pas amour mais toute froideur se trouve en François requis d*amour» dont il redoubte la fin pouvoir devenir plourable, il a mis cecy par manière d'induction, comme il fait toutes choses servantes à son prologue; et n'y a riens de quoy homme de bonne conception se doive troubler.
Tu fais une résomption aussi du neuviesme couplet, là où l'acteur remonstre comment Honneur, Noblesse et Baison admonestent toute créature noble et vertueuse d'aimer et d'honorer autre de condition semblable, que vrai est, et ne se doit répliquer de nullui; car plus est une chose bonne et noble, que plus est digne d'amour et de prix. Donc, pour cause que tu trouves la vérité claire droit-cy, tu n'y veux former nuls argumens, comme tu dis, mais entends bien, ce dis-tu, où l'acteur veut férir : par quoy, moy concédant et souffrant que tu l'entendes bien, moy-mesme te descouvrirai là où il férir veut.
L'acteur en cest endroit fiert ou à une seule personne ou à plusieurs. Si à une seule personne, ce peut estre le noble roy françois, le plus noble et le plus vertueux de la terre, et le plus digne d'estre aimé en soy ; lequel donc* ques, parce qu'il est le plus noble et l'aigle des vertueux, c'est celui aussi qui doit plus entièrement et le plus vraiement aimer autrui noble et vertueux» par loy telle : que le bon doit aimer et affecter le bon, le noble le noble, le vertueux le vertueux, par la consemUableté de nature qui est entre eux. Et par ceste raison devroit avoir une amour vive et vraie au cœur de ce très-noble roy envers
son humble parent le duc de Boui^ngne , de qui, après lui, en la terre n'a plus noble, ne plus vertueux, ne plus digne d'estre aimé et magnifié que sa noble personne. A laquelle amour, si le noble cœur du roy y pouvoit condescendre et soy humilier, comme juste loy lui requiert, de la part du duc n'y seroit jamais trouvée faute , car la sienne amour lui est preste en tous temps , et la lui présente à genoux.
Si l'acteur fîert & plusieurs personnes, il donne doncques à entendre que si les hommes de deçà présentent honneur et amour à ceux de delà, parce que ceux de delà sont nobles et pleins de haut los, sont au plus haut et plus glorieux roy du monde, sont du plus noble royaume des chrestiens, aussi bien quand ceux ne voudroient ne aimer, ne priser ceste nation basse', sy devroient-ils au moins aimer et honorer, extoller et essourdre ce noble prince de deçà, par cause de ses vertus, par cause de ses hautes gloires et bontés, par ses singulières grâces, et dons que Dieu a monstres en lui, qui oncques ne fit mal à nuUui, mais largement bien, qui oncques n'esmut guerre qu'en son deffendant, qui oncques ne fit lâcheté, ne cas de repreuve. Donc, parce que l'acteur se perçoit du contraire, et que les cœurs François en grand nombre sont clos à rencontre de lui, et les visages tournés en arrière, semble taisamment vouloir remonstrer : que loy naturelle fitult droit-cy , de quoy il a deuil.
Sur le dixiesme de ces couplets, tu fais une discussion aussi, et résumes la substance d'icelui, disant : que l'acteur, en fin de son prologue, semble vouloir fortifier sa conclusion par toute la fabrique universe du ciel, là où
* loi et aUleum, ChasteUain fldt alloBion par ces mots aux pajsd'A bas ou Pay8-l)a8.
anges et archanges, ordres et iérarcbies, infailliblement s'entretiennent en union et en paix, par amour et charité qui est entre eux, et parce que le prince de celui haut empire. Dieu tout-puissant, est mesmes prince et principe d'amour, et que là où il règne et réside, n'y peut avoir que paix et union , par l'amour mesme qu'il a h son ouvrage : ceste induction, mise par Tacteur et résumée par toy, dame, ne te tourne à nul contraire, en quel ploy que tu la puisses entendre, car est véritable et de grand fruit à l'interpréter bien. Et veut dire l'acteur que, d'autant que l'homme veut plus approcher Dieu, plus estre semblable et conforme & ses opérations, plus Tensievir en ses conditions et en mœurs, tant plus se doit disposer à }>aix, à charité, à amour vive, parce que Dieu, celui dont il faint estre imitateur, celui dont il prend foy, titre et renommée, est tel d'essence, de nature et de condition, et aime et honneure tous ceux qui tirent au mesmes, et qui establissent, nourrissent et procurent paix et union en terre ; et par contraire, hait et déboute tous cœurs frois et contagieux, cœurs séditieux et rumoreux, cœurs venimeux, mal charitables, mouveurs de guerre et de murmure ; car ne sont point de sa secte, ne de sa doctrine, mais de la secte de l'ennemi à qui ils sont serviteurs et enfans. Sy semble estre l'intention de l'acteur, de persuader les François à paix, à amour et union envers ce bon duc par la plus haute induction de figure qui se peut donner, qui est Dieu et tout son ouvrage, lequel par amour et union s'entretient infaillible et inremuable.
Sy viens cheoir de cestuy dixiesme en Tonziesme, où l'acteur inductivement allègue : que au droit cœur et centre de l'ouvrage de Dieu, qui est la terre, là où il a ordonné habitation aux hommes, là se congréent et
engendi^nt tempertèd» orages, turbatioiu dlumimw, el edpoveûtemèûê) guerres, tribulations, misères» calamités, et toutes autres menaces d'hommes et de fortune, et ce à cause et par ceux qui en ont saisi la seigneurie et possession ; lesquels , ou par querelle priTée« ou par vanité de la gloire du monde, ou par affection et ardeur en convoi* tise, ou par haine et envie de Tun à l'autre, tiennent et mettent la terre en trouble, les hommes en tribulation et eu peur; et par non entendre en vertu et en salut propro ignorent et oublient le desrèglement de leur peuple, qui eux et lui se perdent ensemUe. Dame, cecy tu as résumé de la bouché de l'acteur, qui point n'y voit cause de le désavouer, ne toy chose eu quoy tu puisses mordre, quand tout vrai et tout clair est que la chose va ainsi, et non de nouvel, mais de tout temps. Sy regarde toy^mesme et te pose un petit droit^cy, et tu verras quel chose en est. N'est pas la perplexité, par deçà et par devers nooa, de future misère prochaine, dont naguères encore le povre peuple, tant deçà comme delà, ne fait que vuidier; et cela à cause des questions et rumeurs sourses nouvellement entre ces deux princes, dont le peuple entre^deux ressongne amèrement la confliction, et souverainement cestui de deçà : que le puissant bras du roy, vol<Mitaire> ment ou mal instruit, se assaiast à vouloir comprimer un autre bras puissant, son serviteur humble , là oii l'attemptement toutesvoies donroit autant de blasme à tons deux comme à leur peuple infélicité. Sy n'est merveilles, ce me semble, que qui voit la maison pleine de fumière par ' dedans que par dehors, il ressongne le fou, et qui voit les princes entrer en question et en «rgu pour privées querellés l'un contre l'autre, que l'on ne doie craindre et ressongner leurs hauts et fiers courages pouvoir enfoUir
SUR VÉRITÉ lAL PRISE. SIS
jtuqueB à moaToit gaerre, sous laquelle toutes choses htmoestes et utiles ee désemparent et tendent à ruine. Et pour oeste cause» l'acteur tendant à prévenir par remons^ trances à tel inconvénient, pose et touche l'inoonvénient tel comme il est, et descend, particulièrement en son douziesme couplet, sur personnes particulières, estans d'une foy, d'un fons, d'un sang et d'une parenté, et qui dussent estre conjoins en amour, en confîdencei et en toute cordialité honneste et naturelle, comme chefs et principes de tous biens ou de tous maux, lequel qu'ils veullent. Mais dit l'acteur : que maie et perverse aventuroi froideur et division, se viennent fourrer entre-deux et les distraient d'amour et de confidence, en quoy les nourrissent par couverte hayne et envie, contraire à la loy d'honneur toutesvoies et de nature. Et fine l'acteur son prologue droit^là, et le complaint que tant y congnoist.
Certes , dame , ne te hesongne guères avoir exposition de cecy, parce que la matière en est plus claire que joyeuse , et qu'il n'y a point d'autre entendement que le littéral. Donc, parce que tu ne fais guères d'arrest sur ce prologue, comme tu as dit, et que sa matière aussi n'y est point forment scrupuleuse, tu t'en passes à petite et légière excusation, tendant h plus nécessaire et de plus grande profondïté. Siques, qui avons fait et expédié nostre prologue, venons à la matière principale. Et résume en icelle ce qui te plaira, et moi Je y paroffire l'ascout.
TMAOïNATioN. ^ Scigneur EMMiémefU, songneusement t'ay esoouté et volontiers, et n'ay pas voulu mettre réplique en tes paroles, parce que tes sentences sont assen concédahles, et que ce n'est pas le plus dangereux de nostre affaire que de ce prologue. Or, pour entrer donc« ques en matière plus avant, l'acteur droit^y que tudeffens,
316 EXFOsmon
condescendant nonunéement sur les François, donne à cognoistre que sur eux et à leur cause il a fait ce prolo» gue, et que eux et leurs faits sont la matière subjecte sur quoy il entend h ouvrer, là où il dit :
Pardonnei-moi, François, de oe pTologae, ete.
ENTBNDEMBNT. — Voiremeut condescend-il sur eux nom» méement, et applique prologue et matière subjecte tout à eux appartenir; et entre courtoisement en matière par requérir pardon du prologue fait , et adjouste que, s*il j a riens qui poigne, ne qui dérogue, qui toutesvoies riens n*y entend de tel, ils ont infinité de clercs et de gens sages qui en peuvent distinguer, [et] il s'en ose bien attendre à eux, par condition quevéritépuist avoir lieu. Mais, par intention de non les vouloir déprimer, ne en honneur vieil, ne nouvel , il confesse bien et leur descuevre que eux et leurs faits sont cause [foncière de son œuvre que fisire entend.
c Quelle cause et pourquoy? » penses-tu demander lors, àBJneFmagifkUian. Et je responds : que les froideurs et estranges termes tenus depuis un peu, et que les difficiles questions qui sourdent et naissent aujourd'hui pour fastras et choses de nient, et qui en cœur vertueux ne doivent avoir lieu , ne mansion, ont esté cause et matière subjecte à cestui acteur, lequel attribue l'ouvrage et l'ar dresse à ceux là où il voit les causes qui le meuvent.
YMAOïNATiON. — L'actour doncques voit les causes en François qui l'ont mu à ouvrer, bien il y pert; car prestement les commence à toucher de faute, disant : qu'ils vont la voie oblique, et que tout le monde se perçoit de leur venin vieil et moderne, qui, joints une fois pluâeurs
SUR YteRÉ MAL PRISE. 817
membres en un corps sous une diTÎne gouvernance, sous un roy pasteur temporel, vivent maintenant distrais et séparés l'un de l'autre, comme le tesmoigne le quatorziesme couplet.
Sire entendement, comment se veut entendre ceci, ne en quoy perçois-tu ceste obliquité de voie de quoy cestui acteur charge les François? Si tu Ty vois, sy le me le démonstre, et que j'en soye à ma paix , peut^estre que j'en retournerai à l'amende.
BNTBNDBMBNT. — Dame, uo fait besoin de te monstrer le chemin, qui mesmes congnois où il va, et ne te besongne faire ouverture de ce dont tu mesme portes la clef. Si tu as yeux et fains n'en voir goutte, n'es pas pourtant aveugle ; et si tu veux user de vertu visive, et icelle emploier là où elle doit estre tournée, il ne peut que tu ne voies et congnoisses ce que à l'œil se présente. Pourquoy me demandes-tu que je te donne l'entendement de ce que tu mesme entends et congnois et vois quel il est? Ou tu fais la nice et l'ignorant à plénitude de sens, ou tu fais l'aveugle et sy as claire vision et vive. N'as-tu peur que Dieu ne te juge , quand tu convertis tout au pervers ces nobles instrumens et oi^anes , contraire de leur nature, et que tu n'en uses en la réalité et devoir ainsi que tu dois? Tes chemins et tes voies, de par Dieu sont-elles justes? Sontelles droites, ne procédant à paix? sont-elles nourrices de bon exemple, ne de joyeuse expectation, quand il est tout clair et tout sensible que la généralité d'une cour, non pas d'unroyaume, ne sçavent à quelle cause, ne pourquoy, fors de pure malice, se boute et nourrit en envie; en hayne et en reboutance d'une seule personne, un haut glorieux duc qui oncques ne leur fit mal , qui oncques ne leur procura chose contraire, si n'a esté plus en honneur et devoir qu'en
SIS mosmoH
injiiste titre; et sjn'y a rien en hiy qm doÎTe movfoir nid de seB contraires, s'il n'est envie de sa flfficHé etde la grâce qne Dieu Ini enroie. Car il aime et honnenre toat le monde par degrés, chasenn en sa valeur; fl est hnmUs vers là où il doit; fl est reoognoissant dn bim reçn; il est Mal là où natnre l'oUige; il est entier là où honneur loi conseille ; il garde antrai Iionneor et lésion; il s*ex* pose à servir Dien et son souverain; fl se ptfoffire à aimer ou à craindre celai là où fl doit obéissance. Mais parce qne, à Tappétit de divers cœurs non graves, n'est de l^er ploiable par les manières qne l'on y a qnises, on le rebonte et déprime ; lui ferment yeux et courage les François, et à sa cause à ceux aussi qui l'aiment et soustiennent. Dame Fmaginatian^ ne m'enquiers plus des chosesque tu mesme cognois, et que je sais bien que tu les entends semblaUement comme moy : traveiUe-moy en choses difficfles, et là je te descouvrirai vérité, si tu y mets doubte, et me dnstelle tourner à contraire.
TMAOïNATioN. — Bcau suTo BntendemMi, et je m y accorde. Mais toutesvoies ton acteur continue de plus en plus aigre tousjours; et maintenant dit en son quinzième couplet : que si guerre et tribulation ont esté de maie aventure entre ces deux princes, entre cestes deux nations, François et Bourguignons, la souvenance en doit estre endormie désormais, par la paix qui y a esté trouvée divinement ; en quoy fl dit vray , mais fl adjoint, par manière de repreuve : que par ceste paix faite et trouvée de leur part la gloire et salut des François sont augmentées , comme principalement venans de là; et conclut par ce point que : tant peu et tant grand qu'il y a de gloire, ne de félicité, procède de leur main , et, ingrats ou non, François tout le tiennent d'ioelle; et tourne eed en vantiae
SUR rkUTi MAL PRISB. 5(»
en IHin endroit, et en Vautre à reprQiiTe» paur qnoy je te prie pour exposement, d loisible est.
^NTiNDBMBKT. ~ Dame» tu me surquiers tousjour»; et semble que tu me veux traire à amples paroles, dont les sentences pourroient estre bayneuses par trop les ouvrir. N'est besoin toutesvoies de donner h nullui occasion de courroux, ne de parfbnder nulle matière qui envis se esooute. François sont ceux à qui bonneur et service sont dus, et à qui toute félicité et gloire sont bien appartenans plus que à nation autre. Donc, si guerre et ennemistié a esté entre eux et ceste nation de deçà, qui toutesvoies sont une mesme cbose et doivent estre, et que ainsi qu'entre frère et frère, débats se meuvent souvent mortels. Dieu non obstant y a pourvu par gr&ce et y a mis paix, tant qu'à celui endroit toucbe. Donc , si l'une main a lavé l'autre, et que qui a mieux pu, il est allé au secours de Tautre, certes n'a fait que son devoir. Mais est bien cas aussi de recongnoissanoe; car ne fait nul bien, tant soit petit, qui faire ne le veut, et ne peut-on constraindre les coura^ ges de donner amitié, s'ils ne s'y consentent* Les gratuités-des amours et bénéfices reçus obligent les recevans. Donc , s'ils faUent et toumoieut par ailleurs, ce leur est blasme d'ingratitude.
L'acteur entend grossement la cause et la met grossement en lettres, cuidant et entendant vraiement bien dire, parce que vérité, où qu'elle soit produite, ne mise avant, n'entend nulle bonté, et se confie bien à estre vue et congnue. Et ainsi, jugeant vraysemblaUe que ce royaume, persécuté durement par l'envaye de trois, est dit avoir esté relevé, parce que Tun des fors y a laicbié la main et lui est venu à secours, arguë aussi : que le royaume et les bconmes le doivent recongnoistre, quand vérité l'arguë
390 JOFOSITION
et Tafferme estre tel, ou autrement le vice d'ing^titode ombroie les non faisans. Et n*est pas merveille qi^ qui veut tendre à haute et difficile conclusion, qu'en ses prémisses il mette hautes et aguës matières, par lesquelles on veut venir cheoir en Testroit, qui est affectation de paix et de tranquillité par deçà , qui semble à Facteur bien difficile à obtenir, ne à conserver longuement , si telles difficultés et questions misérables ont aucune durée. Or venons doncques au seiziesme couplet.
Sur cestui couplet, dame Fmagination, ne te souffre faire demande. Mais mesme t'en veux mettreà tapaix, premiers que tu l'expètes ; et ce pour cause que la substance dépend de l'autre et est une mesme chose avec le précédent, excepté que plus fermement encore il approuve et avérist ce que dit a premier : c'est que , laissant propre querelle par pitié et compassion de l'autre, un cœur est allé au secours de ce qui lui donnoit pitié ; c'estoit ce très-noble royaume, ceste très-glorieuse maison de France qui périssoit toute et chéoit à l'envers, en laquelle jettant yeux de compassion demi divine, vainqui querelle de nature et triompha sur passion humaine.
Et ne le dit pas l'acteur, ne remonstre tant par intention de repreuve, comme il fait par ostention de vérité, pour parattaindre à ses fins, et pour faire revenir cœurs desvoyés à leur dû train , comme il dit bien en son dix-septiesme couplet subséquent, là où arrière je te coupe la demande.
L'acteur recongnoit ici que la gloire et félicité des François est icelle des Bourguignons, et que la nation de deçà vit et emprunte de la plénitude de l'autre, et par contraire languit et mendie en son infélicité; et semble monstrer taisamment que l'exultation et haut règne des François est
SUR YÉRITÉ MAL PRISE. 52i
un hQur grand et jocundité aux Bourguignons , et leur décadence et ruine, cause évident de mérancolie.
Mais parle un peu aigrement Facteur en la fin de ce couplet, là où il dit que : jà-soit-ce qu'il ne parle, ne ne repreuve par jactance, sy parle-il parce qu'il perçoit les bienfaits et bontés de son maistre estre mortes et estain* tes, là où elles dussent ^stre recongnues hautement et relevées, et l'en ensieus de ma part, sans intention d'en desplaire à nuUui , par ce que vérité m'en a fait comprendre pièçà.
YMAGiNATiON. — entendement, tu dis rage ; tu es malement baut et hardi parleur; et te semble, par vérité que tu fains avoir emprës toj, que tu ne crains ne moy, ne autrui, et que tu ne ressongnes si tes sentences vuident aigres ou non, parce qu'il te semble que vérité n'a point d'impugnation.
Déa! entendement, Vériié est \éniA. Mais n'est jà besoin de la faire si précise, ne si trenchant comme tu la veux maintenir droit-cy. Parfois il convient temporiser et supploîer au temps et aux personnes, car vérités souvent trop de près touchées esmeuvent les courages à passions, comme vecy tout prestement, là où ton acteur touche en son dix-huitiesme article : que Dieu et amour furent forme et titre à ce duc bourguignon de faire paix et con- * corde livec son roy, par miséricorde, non pas à lui seul, mais à la généralité de France, laquelle, jà-soitK;e que oubliée est et non recongnue, sy ne la souflWra Dieu perdre; disant encore : qu'en un cœur seul et en un estomac, de nuUui instigué fors de Dieu, ceste œuvre de compassion a esté forgée à longue traite.
Beau sire, et quel besoin fait tant redoubler et florir une mesme chose , quand à trois mots tout s'y entend ce
TOH. Tl. 21
32i «KVOSm(»î
%u>i^ y {^eut coi^pr^xulre? H aeig^le que ce pqit vwjdm^iit vantise tQpfyours ^t impfopà^tio^ à la piM^e. t^afiieUe ck(m tu. enteads biea qua ce n'eat ini^ Tc^t pour pairvenir à ce- qi^e ton acteur prétend, OQiaïQe t|i dis; aipa eet plus rapide d'ayr qui ap?ès ee peut ^e^omûr taut au parfait
BNTSKUSMBNT. — Dame, à brief parler, ne convient jà longuement arreater droit-cy. Prends droit-là où tu Tas, et le maintiens bien; et là où ^u aâ le tort aussi, joge-toy légièrement. Je ne prise vantise, ne jactance, et sy ne approuve point impropàre» ne reproche. Et si Vacteureoiitendoit à ce et le sçuase. moy-mesme Tea UasmoreÂe. Tu me demandes pourquoi, ne s*il est besoin de taAt redoubler une chose par diverses circonlocutions, qui, en deux mets ou en trois , se peut comprendre en toute sa substaiice. Dame Fmagination, plus sont les œuvres des hommes hautes et solempnelles, plus o^t de circonstances et de diverses circuitionspar lesquelles se décodent* Or est oeste œuvre de quoy est parole maintenant, eommeneement de toute félicité françoise; et ne pouvoit estre nulle plus digne au monde, ne plus sainte, ne déplus grand fruit, parae qu'elle tiroit plus à condition divioe que humaine. Doncques, si Tacteur la redouble par diverses récitations, il démonstre qu'en elle a diverses ^tendeurs, lesquelles toutes à une fois, n'en un seul regard ne se peuvent clorre, ne comprendre ; non pas qu'il la fasse par repreuve, ne par jactance, dont je l'excuse, mais par affection d'w imprimer vivement à vous autres la bpnté de l'œuvre.
Donc, et s'il dit, comme il entent : que les bienfaits sont ignorés, mais que Dieu , qui est juste rétributeur, ne les souffirira perdre ; quel tort dit-il à nuUui, ne injure, quand il arguë que Dieu, qui est imp^asiUe et invariaUe, et
SUR VimÉ MAL PRISE. 815
touijawss juste et yéntaUo> supploiera le âeffaul den hownes, qui de nature sont inconstans et pleins èo diversée passions? Est-il homme françois qtd se ddye tenir injurié eq œ? nenny voirt s'en lui a raison enluminée d'aucune saine conception véritable.
THAOïNATiON FKiLNçoisB. — Déai FnteHékmMt, vecy maintenant bien plus fort que meshuy. Tout ne sont que roses et violettes que tu as maniées ; et aprimes viennent les espines et chardons très-dangereux. Vecy ton homme qui dit en son dix-neuviesme article : que François essours en leurs hautes montées, après maintes honneurs et amours reçues, maintenant en font la bée ou la moue à leurs bienfiiiteursy et les regarde Ton d'uns yeux pervers eiagus.
Dit en outre en son vingtiesme couplet : que ce ne sont pas honnestes rendanges, ne justes fruits tirés d'humble service ; et que si François estoient dieux immortels ou auges de paradis, les cœurs de deçà se sont tellement exposés en les servir et honnourer, que impossible est à office d'amour d'en faire plus; mais tout redonde en mespris à iceux et en reboutance. Doqc, le cœur ingrat qui ainsi l'accepte, n'y acquiert gt^res de louenge; et semble qu'en ce cceur ingrat ne veuUe toucher une singulière personne.
BNTXBmBiffBNT. — Damo, ne te arguë qu'en raison, et ne trouble ta paix, là où tu ne vchs chose qui te doie mouvoir. La fortune voirement des François est jà haute, la roue chevillée de clous de longue duration, si Dieu plaist^ dont l'aeteur ne parle point comme marry. Mais n'entendstu que libéralité de nouvelle fortune cause nouvelleté aussi d'ealèvement de cœur, et que ampliatien de puissance et de roideur engendre élation en contenement et en
5t4 EXPOSITION
manière? Cœurs exaltés en hant siège, à durregardent en leur dessous ; et là où ils voient riens qui les approche, là jettent-ils leur contemption. Ceci n'est pas nouvel, ains est ancien, mais non pas en cœurs bien pondéreux ; car ceuxlà, ne pour fortune amie, ne pour restive, ne escharce, ne se meuvent; mais de chascuneàravenantdutempsfontleur bon et leur preu. Ne s'enfiérissent non plus pour ses flatteries et haut promettre, qu'ils ne se descpnfortent en son dénier et restraindre; car congnoissent fortune [estre] variable et pleine de déception, et souverainement à ceux qui, non eux pourvoyans de vertus, se confient en ses faveurs là où ils sont déçus; car ceux-là coustumièrement fait trébucier confus,et leur seroit plus félicité lors non avoir esté eslevés si haut, que réputation de malheur d Savoir esté tenus en dépression basse ; car nulle 'infélicité si grtmt que souvenance d'avoir esté félice. Doncques , en ensieuvant la lettre de l'acteur, où tu le accuses charger François en leur exaltation, disant qu'ils font les bées ou les moues à leurs bienfaiteurs de jadis, leurs firëres et voisins, et leurs serviteurs très-volontaires, et que avecques ce ils monstrent uns yeux felles sur eux : dame, si les premiers articles sont vrais, là où l'acteur les a monstres frois et non fort affectés à l'amour de deçà par avant leur haute exaltation, plus encore se peut prouver vrai cestui article présent, quand libéralité de leur haute fortune leur engroissist à cent double leurs courages, lesquels, avec froideur première, s'ainsi est, légièrement causent despection dont ils ont pris racine. Mais ne le dit mie l'acteur par volonté de les reprendre, mais par condoléance qu'il a prise en ceste douloreuse manière de faire , tant dommageable et de si doloureuse attente que les yeux en pleurent, et les cœurs des bons preud'hommes et des sages en
SUR VÉRITÉ MàL PRISE. 525
souspirent, et les séditieux courages etlégiers à mal faire s'y aguisent et enfellissent.
Et là où tu dis, daïQe, que l'acteur repreuve en la personne de sa partie les humbles services et honneurs que a faits aux François, disant que ce ne sont pas honnestes rendanges, ne justes fruits tirés de bien aimer et servir, et que, si François estoient dieux immortels ou anges de paradis, les cœurs de deçà se sont tellement exposés en les honnourer et servir, que impossible est à office d'amour d'en faire plus , mais tout redonde eu mespris et en reboument aux faisans, dont le cœur ingrat qui ainsi l'accepte, n'y acquiert guères de los ; et te semble qu'en ce cœur ingrat il veuille noter une singulière personne. Dame, soies raisonnable droit-cy et ne prend pas les choses en leur pire entendement, quand amender toutes choses et les traire à bon terme est œuvre de grand vertu. Tu sçais bien, dame, que autre chose est de celui qui parle et de celui à qui on parle. Celui qui parle, c'est l'acteur en la personne de son parti, lequel présuppose au très-noble roy françois et à son haut baronnage estre dû toute honneur et révérence, toute humilité et service, comme du subjet au souverain, et ne met difficulté nuUe que ainsi ne doit estre. Mais considérant qu'entre faire et devoir faire il y chiet un franc arbitre en l'homme, qui peut causer le non faire, comme la plus part des hommes ou beaucoup pourroient estre repris aujourd'hui en non faire leur devoir et appartenir, tant envers Dieu comme envers le monde, comme tu sçais et que besoin n'est d'en bailler exemple, là où toutesvoies ceux qui devoir font, sont à louer et priser beaucoup envers ceux qui y fallent, arguë l'acteur et dit ainsi :
€ Vous, seigneurs françois» nous vous servons et hon-
3M EXPOSITKffi
c nourons ; nous nous humilions en terre devant vi» faces c et dominations ; nous vous présentons et avons présenté € nos affections et bons eourages; et ne vous pouvons c gagner, ne convertir devers nous, voire en lagénëralité, € que tousjours il ne se monstre une froideur, une indic gnationestrangesur nos personnes. > — < Et certes,» œ dit l'acteur, «cenesontpashonnestesrendanges, > comme s'il vouloit dire : t Le bénéfice d'amour et d'honneur reça, c et ce bon acquit que nous mettons en nos devoirs, vous c dust causerde nous aimer etprendre en grâce. Et , beaux c seigneurs, mettes un peu de vostre .recongnoissanœ c envers nostre bonne volonté. Lerecongnoistre vous sera c honorable, et lebienfaire, ce nous sera vertu. Nous nous c y sommes tellement portés et acquittés, que si vous c estiez anges ou dieux immortels , sy n'en pourrions maïs € plus faire. Et beaux seigneurs , ne siet-il point reconc gnoistre envers gens de si bon vouloir, et lesquels, avec c bonne volonté, ont puissance de la mettre à effet? Certes, c seigneurs, règle faut droit-cy , eft n'y ont point de voye t équité , ne raison. Mesmes tout ce que nous faisons à c intention de bien, nous redonde en mespris. Et seigneurs, c est-ce chose humaine, ne qui se puist respondre? Vraic ment il semble que l'ingrat droit-cy, vu nos bons et c loyaux acquits, n'acquiert guères de los à fiaire ainsi. » Et n'entend point l'acteur, par ce nom ingrat^ une singulière personne, jà-soit-ce qu'il mette le nom eu singulier, mais il entend plusieurs personnes qui peuvent participer en sa signifiance, parce que le nom est adjectif. Aussi, s'il disoit ingrats au pluriel, il tiôteroit tous et semMéroit qu'il n'y auroit riens excepté que tout ne fnst ingrat. Maintenant le met-il en singulier adjectivement , donnattt à entendre qu'il y en peut avoir de ûon ingrats.
SUR VÈUTÈ MAL PRISK. 917
Parquoy, dame, le bien enquérir les taiatières les donne bien à entendre; et les interpréter bien à leur vray vaîde souvent beaucoup d'erreurs. Et n*y a riens mespris Tac* teur droit-cy encore, si ce n'est que vérité ne peut estre ey^. Toutesvoies, pour continuer sa matière, dit en son vingt et uniesme couplet :
Au fort, |M^ nous mettre ea nos devoirs Justes, ete.
FRANÇOISE TMA6INAT10N. — Ah çà, siro JffiUenddment, il y a bien plus fort droit-ey . Vecy un passage que je ne sçay comment tu fera5 passer ton acteur parmi, sans estre brouiUié beaucoup, car il est mouH estroit; et est une or(^ère où cent contre un il demOurra enraquié. Tousjours se confie ton homme en ses œuvres , et dit en son vingt-uniesme article que au fort, par soy mettre en juste devoir envers ceux où honneur leisonseille, tant plus à ceux qui ainsi feront, seront leurs fortunes robustes, leurs aventures meilleures, leurs noms plus clairs, et toutes leurs besongnes de plus grant efficace et de plus ^aât vertu enconta» tout chaacun qui les pourra traveillier ; et met avant qiM ainsi faisant et gardant devoir et vertu devers lui, n'jr a point de perte un bouton ou une petite fiourette, ai eoeur ingrat ne prend en gré la bonne opération. Que veut dire Ce cœur ingrat, là où il condescend arrière à particulière personne, et met en aon chaloir le mal prendre en gré des François, comme s'il vouldstdire en la personne de son parti : c Ne me chault de t vous un oignon ; prenez-le en gré si vous voulez, ou t le laissez si vous voulez : tout m'est un. >
SNTBNDEMCNT. — Dàmo, bcau chemin lasge et ouvert est de léger passable, et est d'jane meâme psestance et
aidbleté à un idyot comme à un sage, parce qu'en cheminer dessus n'a point de maistrie, ni d'avantage plus pour un que pour autre. Mais là où l'ignorant et le sage, le subtil et ridyot voudroient tous deux ou devroient passer parmi un destroit, parmi un creux ou fossé frémissable^là certes y auroit honneur de s'y savoir conduire; et y auroitle sage et subtil homme grant avantage par dessus l'autre, et le passeroit à son honneur là où l'autre y demourroit enraquié.
Au propos de ce que tu m'as dit maintenant de l'acteur, que mal se pourra sauver en cestui passage» tant le saché-je deffendre, qu'il n'y demeure brouillié : dame, le brouillis n'y est pas jusques tu le y vois. Donc , et si je le puis tirer parmi et ramener net, au moins faudras-tu à tes ententes. La première partie de son article est honorable et digne de grand los, et la seconde partie est véritable et digne d'estre soustenue, car là où il dit au premier :
An fort, par nous mettre en nos devoirs justes,
l'acteur, comme sage et recongnoissant ce qui est de devoir et d'honneur, présuppose tousjours son parti infailliblement vouloir faire bien, l'avoir fait à son pouvoir, et avoir intention tousjours d*y continuer; car lui-mesme recongnoit que ce qu'il fait, il le fait par devoir, comme il appert par propre escrit : Auforty par %ous mettre, etc. Présuppose aussy que faire justement son devoir, pour ce que plusieurs y fallent, est une chose honorable, et qui est moult agréable à honneur. Donc, par cbngnoissance qu'il a du cas, et que devoir faire et honneur ensiévir est vertu et une chose qui attend mérite, dit par manière de confidence, en la personne de sou parti , pluriellement :
c Au fort, plus nous mettrons en nos devoirs justement c et vertueusement, tant plus nous seront nos aventures < bonnes et vigoureuses , tant plus seront nos personnes c claires et mieux recommandées , tant plus seront nos c œuvres pleines de vertu et de bonne expectation, contre ff un chascun qui d*aventure nous voudroit traveiller ou « mordre en nous. > En quoy disant et maintenant, Facteur parle bien et ne fait à reprendre d*un mot jusqu'à ce point; ains dit chose si vraie que contradiction n'y auroit point de lieu. Mais là où il dit après : qu'il n'y a point de perte une vermeille qui devoir fait et se cœuvre de vertu, si cœur ingrat ne le prend en gré : là convient-il entendre l'intention de l'acteur, et le parer de ce qui sonne aigrement ; car n'est pas son intention si mauvaise que léger jugement y assied sa sentence.
L'acteur, dame, espoir' est homme de bon vouloir, est homme de bon fonds tout entier et tout franc,. aime honneur et preud'hommie, aime vertu et vertueuses gens, affecte tout bien, ressongne tout mal, hait toute perversité, toute descongnoissance, toute présomption, toute iniquité et malice ; et soy congnoissant quel il est et quel il désire devenir, et voyant quel est le monde aujourd'hui, quels les hommes, frères à frères, amis à parens, affins à voisins, pleins de fautes, pleins de rancœurs, pleins d'envie, pleins de suspections, pleins de mautalens et d'ingratitude, et que ceux qui dussent estre vertueux et raisonnables, justes et honnestes en cœur, ensiévir équité et droiture*, et que ceux qui le mieux s'y acquittent aujourd'hui et le plus honorablement besongnent, sont les moins congnus,
• Espoir, peut-être, ici plutôt: sam doute.
' Ajoutez ici, poar compléter la phrase : sont les plus à reprendre.
350 Biposmoi»
impstteat de €e et courcié, lerdant en hoftoettr ht boa vouloir, dit, deiqplsisainmeiit en géûéml à tout le monde : « Puisque ainsi va, et que bien fait ne peut estre re- « congnu, au fort qui bien 8*y porte et s'y met eh son < devoir, ne peut chaloir, m cœur ingprat ne le prend en « gré.»
Et n'entend pas l'acteur par ce cœur ingrat une sioguiière personne sans plus, ne un singulier cœur tel on tel» mais un cœur qui est distributif à tous ceux qui peuvent estre entachés d'ingratitude. Par quoy je dis que eesle clause que tu prises tant, dame Fmagination, n'est pas si dangereuse pour l'acteur comme tu pes8(nes; mais est excusable et réparable honnestement et en vraie équité , parce que le parler aigre lui est mu par ardeur à bien et par impatience du mal perçu, non pariant toutesvmes ne aux François, ne aux autres, fors que à toute la généralité du monde entier.
YMA6INATI0K. — FntCTidement, tes solutions sont mooli belles, mais ne sont pas de nécessité à croire, qui ne veut. Donc, si tu es passé par cestui destroit, qm me sembknt assez fangeux, vez-en cy encore un autre aussi mauvais ou plus que celui-là , où il y a bi^i mystère, ce me semble, de passer parmi pieds nets. Ton homme va toujours de pis en pis, et de felle en plus aigre : il 'se vante en son vingtdeuxiesme article, que Dieu et hommes congnoisBent bien leurs vies et leurs manières de faire, et que par oria riens ne se peut ne celer, tie estordre, que tout ne soît sçu une fois et vienne à congnoissance ; mais en nos hanteun et exaltations , l'on y perçoit nos ceuvres ai clairement que tout le monde y peut mordre. Donc , si le faire ainsi nous vient de faute d'ordre et de bonne raison, ce poise lui, mais le vice en redonde en nood-sieemea. Que veux-tu
SUR YÉiMTÉ MAL PRISE. 551
îd i^eqHmdre, Ewtmdemtnt, ne quel esclaircissement m'y sauTa»-tu donner, qui me éuffiàe ?
BNTBNDBHBNT. — Dame, de peu menace, de peu espovente; et n'est digne de soy exposer au péril, qui ne l'ose attendre. De ce que tu m'as résumé droit-cy, fust aussy aigre et aussi dangereux comme tu le me fais , j'en dusse moult craindre la solution et le destroit par où je le Tondroie parer ; mais entends 1)ien que aussi peu crains-je cestui que Tautre passé. Pourquoy ? par ce certes que je n'y voy riens kors de voie, ne riensà répugner, ^elon te pourpos de l'acteur qui agrément a commencé sa matière à bonne intention ; sy convient que par là mesmes il la déduise pour venir à ses fins , non que ce soit néces- * site 9 mais il peut estre utile.
L*acteur dit voirement et parle en la personne de son maistre en pluriel , pour couvertement parler de lui : que Dieu et les hommes congnoissent bien nos vies et nos opérations et toutes les bonnes intentions qui sont en nous, c'eslrà-dire en sa noble personne^ et que icelîes ne se peuvent ne céler, ne estordre au paraller, que une fois toutes ne viennent et redondent en frtiit et en rétribution, en l'équité divine et du monde. Et parlant ainsi de sa noble personne, il le glorifie en ce qu'il y sçait et perçoit de bon; en quoy fiiire ne fait tort à nullui, mais fait son devoir d'exalter celui qui le vaut. Mais retirant ses yeux d'ensus lui et les rejettant en vous qui le vexez et à qui il lui convient avoir à faire et respondre, dit affirmativement : que les Buvies que vous avez dessus lui , sont si claires et «i manifidstes que tout le monde les peut percevoir. Donc, s'a y a faute de taisôn en vous ou de bon ordre, ce poise lui ; mais il dit que le venin de vostre envîe redonde en vous-mesmes, comme il dit vray; car envie ne peut faire
mal à nul qu*à celui-mesme qui la porte , comme dit le grand Âlain^ en ses paraboles. Or, belle dame, puisque ta me quiers de si près, je te résume arrière la protestation que a fait Facteur ici devant, et te renouvelle que je n'entends, non fait l'acteur, comprendre, en nuls de mes termes, ne en nuls de mes argumens, la très-noble personne du roy, comme qui nulle part ne s*y trouve touché; mais lui seul réservé, je me contente que tout s y puisse comprendre , qui s'y voudra joindre. Venons au point doncques : ce qui est, il est, et est impossible que ce qui est, non soit. François sont bons, ou ils ne le sont point ; bons sont et tu les prononces. Mais s'en contraire de tout, ailleurs ils se desvoient devers nous, et envers nous ne usent point de bonté , n'est-il loisible de leur remonstrer ce en quoy nous nous dolons , et de les toucher en celui vice propre où nous les sentons desvoyés? Nous ne touchons point à particulières personnes, ne telles, ne telles. Nous réservons par exprès la majesté inviolée; et notons que ceux qui abusent de vertu et de noble condition, répugnent et reboutent celui du monde que plus dussent honorer et chérir après le souverain. Certes , il me semble que gens de bon vouloir, voyans autrui avoir envie ou despit en leur félicité, peuvent bien remonstrer ce qui est visible et percevable de lui-mesme et que à eux touche. Car, quoy qu'il soit de toute chose et de toute opinion, veulent gens ou non veulent, la vue descouvre les faits. Quand doncques les veuillans bien faire voient desvoiés ceux dont ils voudroient traire amour et grâce et se dénient de leur aucune imperfection , ne peuvent-ils , pour les mettre en la perfection où ils désirent, dire : < Vous estes tels ou tels envers
1 Alain de LiUe. Ses paraboles ont été reprodaites dans diTenei éditions de ses œntres. •
SUR ViRITÉ MAL PRISE. 353
c nous. Ce nous griève el nous est dur, et à vous ce ne c vous est point honneste d'ainsi faire; et tant plus y c continuerez, tant plus en redondra le meschief en vous-
< mesmes. > Certes 07 1 et n*y a riens en ceste réparation, dame, que tu sçusses nyer par raison, sinon que tu pourrois maintenir et nyer que le vice d'envie ne fust point là où l'acteur le descrit, es nobles françois. Sur quoy jeté répliqueroie tant et tellement, et te donneroie tant d'exemples , que les probations y seroient évidentes assez. Mais n'est heure encore, et peut estre que autre part pourroie estre constraint de les alléguer.
TMAGiNATiON FRANÇOISE. — Or çà, loug arrost sur une chose, là où il y en a plusieurs entre mains, donne fatigue aucune fois et fait perdre temps. Nous sommes en matière odieuse, ce me semble, et en difficile transaction, dont encore ne voy fin de long temps; et me vient férir à l'œil présentement une esparque de bien aigre sentence que ton homme met en son vingt-troisiesme article.
Droit-là il arraisonne les François incrépamment et leur dit : c Si vous régnez en grant exaltation et triomphe, et c qu'en vos bras glt fortune endormie, comme s'elle fust
< toute pour vous, régnez si bien et si sagement que ce c régner vous demeure durable, et que la fin n'en retourne c triste, car cela né nous griefve point. Mais à l'autre lez c aussi, si fortune nous est amie un peu et qu'elle nous c faveure, n'y prenez point de desplaisir non plus que c nous, car cela ne nous vient point de vous, ne de vostre c cœur. » Laquelle chose sonne au Commencement en manière de correction , et en la fin en descongnoissance despite.
BNTBNDEMBKT. — Damo, sl tu salnemeut entends, tu sainement jugeras. Cestui article que tu as relevé
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maintenant, n*est pas vicieux, et le te pfonverai tellanent, ce me semble, que la solution t'ép ciemldera honneste. L'acteur droit-cy npte trois choses et lea déclare, n note premièrement la glaire, l'exaltation de fortune , la liante tnojnphale régnation de^ François, dessus lesquels, lui, son maistre, ses suppqs ^ subjects il leur convient vivre et temporiser; et est un des pointa qu'il note et confesse estre ainsL II note secondement et doniàe à congnoistre Tamour qui est en lui et en tout son parti envers vous les François , quand voyant vo^tre régnation si excelse, il la contemple et s'y délite; et de pçur qu'elle ne puist tourner par aucun meschief à décadence, dont il auroit deuil, vous advertit en titre de charité, et requiert que vous régniez si bien et si sagement que vostre haut glorieux règne ne retourne en triste fin, vu que les choses humaines ne sqnt estables, fors d'autant quelles sont accoutrées de vertueuses soUicitudes; et est le second point lequel il déclare.
Tiercement, il donne à congnoistre taisamment, en faveur de son maistre, qu'il y a gbire aussi en haute fortune en icelui , et que comme ceux de deç4 ne sont courciés de leur haute félicité et régnation, mais très-joyeux , que eux aussi en celle de deçà ne veullent prendre murmure ; car ce que nous en avons, ne vient point détour lune, ne de leur avancement.
Au pren^ier point, là où il glorifie François en tour haute régnation qui se voit à l'œil, ne fait à reprendre, car vous est tos et gloire quand tel il vous juge comme il tous voit Au second point, là où il démonstre Famonr qu'il a envers vous par contempler vostre bonne fortune et par avoir soin et peur de vostre stabilité, n'est à reprendre aussi, car }ui vient de dilection cordiato et de noble
SUR YiMEk MAL PRISE. 335
▼onloir, quand i} youa «vartit et seqiiiecli que Yona mettiez msk et poaiTYisÎQBL que la roue ne tourne; et le devez &i eeetft qualité chérir fi aimer^ qufmd il vous adverth de watre salut et de chose qui est digne d'estre tous jours devant l-œil, quand les plus h^uts aucunesfois du monde et les }dua eslevés ont esté déçus par non y entendre.
Au tiers point où il parle taisanunent en la faveur et vérité de son maistve, disant que si fortune lui est amie, n'y prenies point de desplaisir aussi, non plus que nous de la vostre, car de voua ne lui vient point ceste haute luAeison : dame , si bien Tent^odez , ne dit riens mal et encore mpina de desplaisir à nullui, comme vous fierai bien entendre; et n'y cherra difficulté nulle, qu'en ceste deniiàre clauœ, qui est que nostre bonne lunoisoa, nostre boDne aventure et félicité, ne nous viennent pas de vous. Et aembleroit paor ce, que noussearions ingrats, deseoagBoiuaans et tous essours et eslevés en présomption et orgueil, dont je te monstrerai tout le contraire et apaiserai ton cœur.
Cestoi {urince voirement, puisque l'acteiur taîsamment le note, est plein de haute fcwtune et de glorieuse régnation. Et ne convient point longue démonstration pour ce faire apparoir, quand ce qui en est de lui-mesme, le juge. Il est prince parti de la très-^noble maison de France, de laquelle comme les autres, en mesme degré de rang, il prend gloire et titre, et avec ce en emporte les biens grans et Icurges que point ne descongnoist, mais s'en répute atout gsant et puissant entre tous ses semblables. Mais, avec ceste félicité et gloire que tirée a et produite %Ym lui du noble ventre de sa mère, et en laquelle il a lonfi^ueneot régner prince puissant et renommé , sy lui a
Dieu multiplié encore sur vieille grftce, nouvelle gloire et exaltation ; et qui Tavoit fait naistre duc par nature et succession de père, pour estre égal aux autres ducs plusieurs, Ta tellement pourvu de fortune, qu*en terre maintenant n'a duc son pareil. Donc, comme Dieu Ta pourvu de multiplication de seigneurie nouvelle sur la vieille qui estoit haute , a mis peine aussi de multiplier à Tavenant sa famé par multitude de vertus et de hautes opérations, par lesquelles il espère mérite. Et comme cestes chosescy ne viennent point du tronc de France , ne viennent de donation, ne d*acquest, ne viennent point d*achat, ne de tirannie, ne viennent par aide, ne secours de main forte , mais viennent nuement du don de Dieu , de haute amie juste fortune , de vraie naturelle succession légitime du tronc de Tempire, du sang tout autre de France, d'autre condition, d'autre tenement, et qu'en icelle il resplend et règne glorieux et vertueux prince : ne peut dire l'acteur de luy-mesme et en faveur de la vérité, qui souvent n'est congnue là où besoin fait , que ceste haute superlative lune , ceste haute gloire et exaltation particulière ne procède point, ne ne vient directement et sans moyen de France, dont il porte nom et gloire connaturelle, quand ceste-icy est accidentale et lui procède de Dieu par nouvel don , lui procède de fortune par singulière faveur et lui procède de ses propres vertus et conditions, lesquelles il a appliquées à son pouvoir à toutes glorieuses opéra^ tiens? Donc , et quand ainsi seroit que terres et possessions tous venroient du royal tronc françois et que de là les tenist, sy ne peut-il tenir les vertus que de Dieu et de son bon cœur, lesquelles font l'homme promptement glorieux, non pas les hautes seigneuries, quand icelles souvent se possèdent sans glorieuse renommée ; mais ne se
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peuvent acquérir nuls glorieux titres jamais, sans glorieusement vivre.
Or regarde, dame, si tu as cause de toy contenter droit-cy, ne si tu as cause d'imputer à Facteur, ne à autrui, vice en cestuf endroit, comme d'avoir descongnoîssamment parlé ou trop en arrogance , quand je te déclare distinctement que veut dire ceste lune qui ne vient point de vous autres. Et bien dis notamment tous autres; car quand tout viendroit du royal tronc , sy n'y a le pied de vous autres, lui seul réservé, qui doie entendre part en ceste contribution; car n'y ayez mis ne doy, ne main, ne donné faveur, ne confort , ne vestu baubergeon, de son temps , en son avantage. Et par ainsi, posé que lui, en sa noble personne qui est toute bumble, ne se vante, ne ne glorifie, et ne se veut extoUer ne en ce, ne en cela, l'acteur toutesvoies , qui procède à l'équité des cboses, peut bien remonstrer quels dons il a de Dieu espéciaux, quels de nature et de succession légitime, quels aussi de fortune et de glorieusement vivre , et dont tout vient et de quel lieu, sans estre réputé arrogant, ne descongnu, ne disant injure à autrui.
FRANÇOISE TMAGiNATiON. — Quo tu trouvcs d'cstraugcs vuidanges, EntendemerU, et de subtiles perçures pour vuider un destroit! N'y a trou si grand que tu ne trouves cheville pour le boucher, ne pertuis si estroit que tu ne passes parmi. Or çà, n'est rien fait, qui ne fait plus fort. L'acteur vrière, en son vingt-quatriesme article , se présume, et pense bien que cela se veut appliquer à son maistre; et dit qu'en lui a gloire , honneur et resplendissance qui l'air parvolent et font fendre les cieux. Mais ce n'est pas, veut-il dire, qu'il ne recongnoisse dont ce lui vient, car le tient de la haute puissance et faveur divine,
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laqu^}ljB, comme il sul)joint, ^en pour le deffendre au besoin, et lequel Dieu, si François le craignoient h offenser, ils se tiendroient à ce qu'ils ont de gr&ee et de bénéfice de lui , et souffreroient. de la félicité de Tautre. Icy semble , à l'entendre , qu'un François doit avoir descongnoissance premièrement en leur haut régner, et secondement que ne redoubtent à offenser Dieu, dont ils put tous leurs bénéfices: laquelle chose porte de soy injure et ramponne*.
BNTBNDEMEKT. — Quo plust à Dieu, dame, que le thrône des François jamais ne dust estre touché de plus grant injure , que de telle que droit-cy; et je croy toIt que jamais ne recevroit tache dont on le pu3t juger souillié, car droit-cy n'en y a nulle. Bien est vrai que l'acteur, en yuidant de son autre article et là où il parloit de cesteJune dessus touchée, maintenant spécifie un peu au clair ce que avoit mis par devant en termes obscurs; et rendant grâces et louenges là où elles sont dues, dit : qu'en son maistre a gloires et exaltations qui parvolent les airs et les cieux. Donc, pour donner exemple à tous glorifiés hommes comment ils doivent user de leur fortune , dit : que ce n'est pas en descongnoissance, ne en aveuglissement que icelles possède, mais en crémeur et rétributions de louenges à son Créateur, dont il les con* gnoit avoir reçues plus que à son mérir , confiant de sa miséricorde, qu'en icelui bon vouloir et regart qu'il a envers lui, il le deffendra et secourra en temps opportun. Belle dame, ici y a-il vilain? y a-il riens droit-cy pour mordre, ne en quoy courage françois se dust mouvoir, ne troubler, quand ce que l'acteur dit de son maistre , il le
< Bamptmne, raillerie, insulte.
baille à tous autres pour faire pareillement, et ne réprime, ne ne corrige nuUui de cas contraire, mais remonstre par son maistre : que de haute prospère fortune glorieuse est due haute singulière rétribution curieuse à Dieu , quand par décongnoistre, par non entendre à son devoir, par non vaquer et veiller en œuvres vertueuses, en diligences et sollicitudes, en choses de stabilité et de fruit, et souverainement en crémeur et louenge de Dieu, maints royaumes, maints 'rois et monarques, du plus haut de la roue, non bien gouvernés, sont jettes confusément misérables en basse poussière, là où ils voitfroullent *, tristes chétifs par leur démérir? Sy croy que aujourd'hui Dieu ne fera pas une nouvelle fortune pour la nouvelle régnation de présent, et [ne croy pas] que ayant eu mis tout le monde passé Bubjet à la vieille, doie exempter de sa loy et puissance la génération d'aujourd'hui nouvelle ; ains souffrira que qui en vertu et sens règne , que celui pardemeure, et que qui défectueux et mal sage possède le haut siège, que celui mérîtoirement trébuche, ou son équité seroit autre maintenant, que n'a esté trouvée en nos vieux pères. Doncques, et si l'acteur voîant que son maistre a esté surquis en plusieurs voies et ramponné autrement que ami à ami, et ce en doubte que crémeur de Dieu n'estoit point pleinement là où elle devoit bien estre, et que, par faute d'icelle, les deux hautes félicités, tant de l'un comme de l'autre , pourroient tendre à diminution et cheoir toutes deux ; fait^il mal s'il subjoint que, si François craignoient offenser Dieu , ils se tiendroient aux grâces et bénéfices qu'ils ont de lui , et souffireroient de l'autrui, à qui Dieu a telle liberté de donner et chérir comme à eux? Certes,
' VouirtmUetU, se vautrent.
il m'est advis que nenny, et n'y a chose qui en mal se doive entendre.
FBANÇoisB YMAGiNATioN. — Plus parles, EfUendemeni, que plus tu me crois mes admirations ; et plus te baille matières estroites , plus tu m'eschappes, et ne sçay comment ; et te trouve hors de mes mains telle heure que je te cuide tenir à tenailles. Mais vecy où ton homme injurie terriblement nous autres François, là où, après confesser que nous avons un haut glorieux thrône par dessus le leur, et que icelui portant sceptre et couronne est tout plein de gloire ancienne, et que la clarté du siècle s'y resplend à l'entour, si vertu estoit en cour, comme soloit, mais nenny ; de quoy nous donnant reproche et mespris il dit : que vanité et présumption nous ont tellement abuvré les cœurs que la hantise en est fière et sauvage. Dit en outre en son vingt-cinquiesme article : que nostre oi^efl et hautaines manières, nos élations en nos nouvelles fortunes, avec le mespris que nous faisons d'eux, tous c^ points cy lui ont esté cause d'entrer en ceste aigre tractance, et voudroit bien que la cause y fust moindre : par quoy il me semble qu'en ces deux articles le vingt-cinquiesme et le vingt-sixiesme il y a publique injure.
ENTENDEMENT. — Jo te rcspouds, dame, et concède qu'en aucun des points récités droit-cy il y peut avoir assiette de rigoureux termes sonnans aigrement, mais non injures proprement injurians et blessans, parce que injures sont choses faites et dites torcionnèrement* et sans nulles occasions précédentes, qui procèdent de felle villenneux estomac délibéré et proposant blesser en famé ou en corps; de quoy oncques Tacteur ne fut en talent', ne jamais ne
* Toreionnèremeni, à tort, i^jastement.
' Taleni, intention.
sera trouvé tel; mais bien confesse que, selon la portion et qualité que voit les hommes et les conditions de ce royaume en présent, et en quoy ils se desvoient et desmesurent, souverainement endevers ceux dont il est de la multitude, il les ose bien descrire et nommer tels comme à son jugement il les trouve par expérience. Par quoy , s'il les trouve et congnoit estre fondés en vaine gloire, et que de cela se paissent et abuvrent, il n'y chiet point de grant meschief à dire : qu'en celui endroit la hantise aujourd'hui en est fîëre et sauvage , quand eux-mesmes se sont assauvagis de sauvages conditions non à eux appartenans, parce que lui-mesme les juge avoir leur thrône plein d'anciennes gloires par leurs anciennes glorieuses vertus: lesquelles, comme tu peux bien entendre, n'estoient pas fondées en vanités, n'en présumptions outrageuses, mais estoient fondées sur sciences, sur nobles mœurs et conditions, sur équité et bonnes consciences, sur preud'hommies et félicités sous recognoissance et crémeur de Dieu, sur regart à la chose publique, sur honnesteté de propre personne, sur amour et charité à son prome, sur courtoisie et bénignité envers chascun, sur Tespargne du peuple et de humain salut. Sur ces points-icy estoient fondées les vertus anciennes des François. De cestui grain remplissoientils anciennement leurs granges, de tels splendeurs décoroient-ils et enluminoient leur thrône, non pas d'orgueil et de jactance, non pas de confidence et de présumption en propres vertus, non pas de menaces et contemptions de leurs voisins, non de rigoureuses et roides tractations sur ses amis, par fierté, par envie, par despection, par dol, ne par fraude, comme font les mauvais, qui ne sont dignes de nuls titres, qui jamais ne parattaignent à glorieuse fin, ne jamais ne persévèrent à glorieuse durée, car seroit