‹ Œuvres de Georges Chastellain (volume 2)Chapitre 31 sur 45 · EXP091TI · texte numérisé non relu

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contre nature, et contre loy et ordre de toute équité et raison.

Doncques l'acteur voyant François en mespaa, et souverainement en tant qu'il lui touche, les peut bien nommer tels comme il les conçoit en son entendre. Et est vraisemblable que leur nouvelle fortune, laquelle je appelle nouvelle par rénovation, non pas par origine, leur peut avoir extollé les cœurs, parce que leurs mains ont esclard leur thrône de ce. qu'en trois cens ans paravant oncques ne se put purgier par main nulle. Sy en peuvent estre leurs cœurs plus grandis, leurs natures plus ensoufflées de vanité, et leurs conditions plus hautaines et moins humbles. Mais pour parattaindre encore à plus hautes fins, comme je leur garde une fois, dussent louer et glorifier Dieu, à lui attribuer l'honneur de leur victoire, mettre peine à y perâévérer longuement, et de non riens emprendre qui pust estre contraire à Dieu, ne à conscience, et gardans propre félicité, propre honneur et l'autrui, soy exposer et paroffrir en toute choae honneste et utile.

Vecy l'appartenir des François, vecy l'appartenir des vrais glorieux hommes, des baux victorieusement régnans, qui désirent mérite emprès Dieu et gloire du siècle. Donc, si l'acteur se deult par y sentir contrariétés, lesquelles il plaint et les frémist, comme il monstre bien en la fin de cestui vingt-siiiesme article, quand il dit que toutes cestes aigres manières et conditions lui sont cause de procéder en aigreur contre eux ; mais n'en fait mie pour tant à reprendre si fort, comme font ceux qui sont cause de l'aigreur; lesquels ne sont que une petite part de gens à l'aventure, et non pas toute la généralité, car seimt dommage; et envis Facteur la y voudroit comprendre, mais seulement il note et entend aucuns particuliers.

SUR VÉRITÉ HAL PRISE. dtë

sur I6dqti6l8, sans ûammèr nullui, sa doléanôé esiMtiiséd.

TXAC^iNAtiON. — Et que dites-vous maintenaint doncques du vingt-septiesine article de vostre homme, là où il dit et repreuve aux François : que leur orgueil maixrtes fois les a punis, et a fait passer et traverser toute infortune parmi leur royaume, en quoi autrui quelque estranger s'est glorifié en leur propre infélicité ; mais ce poise lui que constraint il le leur convient remonstrer pour y résister et mettre pourvîsion. Eepreuves, tu sçais bien, sont injures.

ENTENDEMENT. — Damo, tu dis merveiUes, et ne puis tant dire, ne tant faire que par devers toy tu misses une fois le bon bout , et que de toy-mesme tu te contentasses, quand de toy-mesme il te convietit estre juge. L'acteur droit-cy, pourquoy ne peut-il mettre ce que dedans Paris, le nombril de France, les petits enfams qui vont à la moustarde, savent bien raconter l'un à l'autre, par lè report qu'ils ont oy de leur père : qjiè les péchés, les orguelx, les desrèglemens, et les envies des François ïun à l'autre par maintes et diverses fois les ont punis ; et en ce mesme en quoy prenoient plaisir et délectation^ en ce mesûié ont esté battus et prosternés confuséntent, 6omme leurs, inteu'^ tions et fins quiseis estoient confuses et mauvaises. Se délitoient en envie et division l'un avec l'autre, et en envies et divisiôitô' sont esté morts. Se délitoient en orgueil et vanités excessives, aujourd'hui tirans, deniain pleins de mauvaises intentions; et par nation orgueilleuse et excessive, rapace et convoiteuse de sang, pire que eux cent fois et plus inique, ont esté humiliés ; et y sont en« très roys et ducs, tirans et gens crudèles, et les ont calamités et persécutés, fait devenir misérables et recrans, vaincus en batailles et en sièges, et tout avieuti et pollué

leur thrâne ; dont eux-mesmes volontaiFement avoient esté. caas6, et en avoient produit la verge dont autrui les chastioit.

Et, belle dame, si Facteur remonstre cecy et le leur met à l'oeil affin que cecy plus navienne, et que par gravité et prudence, par longue pondération des matières, ils mettent pourvision, fait-il mal? fait-il chose contre honneur et loyauté? Certes nenny. Mesmes est une chose que les histoires françoises récitent et recordent, que ainsi en est, et que toutes conditions d'hommes, jeunes et vieux, recongnoissent aujourd'hui et jugent estre vrai. N'entends-tu que si division et envie ont pu autrefois esbranler les François, les faire cheoir et perdre honneur et salut, que aujourd'hui ne leur puisse procurer ce mesme, et les faire perdre et exterminer conune lors? Certes oy ! Et en seront les périls aussi prochains, comme ceux qui les aiment et quièrent, sont prests de les nourrir.

Or va avant, dame, et nous délivre de ton résumer; car la matière m'est contre cœur durement, et voulsisse bien en estre hors, si honneur me pouvoit permettre de non tant y respondre. Mais tant m*est près l'acteur, et son œuvre que je connois partir de meilleur fons que n*a esté prise, que à très-envis et à très-dur l'abandonneroie. Siques, ou déport&-moy de tes difficultés et interrogations maintes suspicieuses, ou me abr^ mes peines et langueurs, là où envis je tire au collier.

TMAGiNATioN. — Sire Entendement, ce ne m'est joie nulle de te vexer, et ne me délite point forment en l'occa* sion qui droit-cy nous assemble. Je t'ay mu des questions et difficultés aucunes droit-cy, dont maintenant un peu je te donrai déport, en tant que interroger touche ; et te requiers seulement que [tu me expliques les] huit artides

ensièvans, lesquels huit articles ne sont pas si reboutables en sentence, comme ils sont dignes d*estre mis en question, pour quoy ils y sont mis. Siques prend le papier mesme, s'il te plaist, et les regarde ; et de chascun à ton plaisir fay une petite déclaration pour suffire aux François, tant de Fun comme de l'autre.

BNTBNDBMBNT. — Dame, à le te faire brief et selon la lettre, laquelle est claire de soy et non disetteuse d'exposition : quant au premier où tu veux que je parle, qui est le vingt-huitiesme, et allègue l'acteur : que vous, ne nous autres, c'est à dire nullui, n'avons de propre force, ne de propre fierté nulle certaineté, il dit vray l'acteur. Et en ce disant, il glorifie Dieu de qui tout vient, force et vertu, et recongnoit propre fragilité, propre insuffisance dont l'humain genre est plein. Lors quand il dit que là-haut au ciel, glt le bras et la trenchant main qui coupe et détaille cy en bas ; donc si les hommes composent et ordonnent les batailles. Dieu envoie les victoires là où il lui plaist, et règne la main là sus invisiblement qui mène l'œuvre : de ceci ne te faut autre exposition que teUe qui se prend à la lettre, quand toute vraie et non répugnable est approuvée et exemplée réalement et de fait par toutes saintes Escritures , que vous autres nobles et sciencieux François savez par cœur toutes.

Quant au vingt-neuviesme, là où l'acteur dit :

Puissance humaine est une povre chose, Qui est fondée en vanité légère ;

ne dit vray l'acteur, te semble-il? N'est-ce pas une povre chose et très-petite que de vanité et présumption qui se mettent en puissance et en confidence humaine? Certes, sy est. Et tu sçais mesmes que l'Église reboute

celle confidence qui est seulement en homme, et atoùe et autorise celle qui se pose en Dieu et non pas en princes. Dit en outre : « que millions et cens millions de gens, là « où péché et orgueil, descongnoissance de Dieu et préc sumption régnent, ne sont en comparaison que un « voirre de fougiére qui se casse à la main et se froisse à c deux dois en mille pièces ; > là où il vrai dit, et professe les œuvres et les merveilleux jugemens de Dieu estre à craindre, lequel coustumièrement vient en aide et secours à petites routes de gens humbles, à gensespeurés et craintifs, à gens traveilliés et vexés par mains de tiran ; et à ceux-là baille et pourvoit de victoire et de régnation, pour réprouver l'orgueil des autres et la confidence qu'ils prennent en l'infinité de leurs multitudes. Si on me demande nuls exemples, ne alléguemens, quand trop me seroit peine de y prendre recours, et que tous livres et tous bons sentimens françois et autres en sont pleins , et que François mesmes, par ce qui leur en est avenu en leur temps, présentement et de vive mémoire peuvent juger estre tel, quand cent mil des leurs sont chus , hélas ! par cestuy meschief devant un petit troupeau , non pas par la bonté des autres, ne que Dieu les aimast mieux, mais pour rompre leur orgueil et corriger par leurs plus meschans. De ceste déclaration du vingt-neufviesme, se passe légièrement et tout à net l'exposition plus avant du trentiesme, là où il dit :

QuEQS a-Von vu de si faits haats mystères, etc.

Car tout est dit cy-devant ce que de certui-là se ponrroit dire ou déclarer plus.

Pareillement est du trente-et-unieStte , excepté que

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cestui-là fait mention en la fin : que Dieu vent donner à cODgnoistre aux hommes, que plus en lui qu'en nulles puissances humaines gisent la paix et le salut des royaumes et des rojs.

Donc après, au trente-deuxiesme , il amplie un petit sa matière et dit : que Dieu souffre assez aux hommes faire grans apparaux heaucoup de proposements et de machinations , mais quand tout a esté proposé et mis sus , tout entrepris et délibéré de faire ainsi et ainsi, sur le clin d'un œil fait-il tourner tout et fait tout avenir et cheoir au rebours de leur intention ^ au contraire de leur entendement. Pourquoi, certes? pour ce que les intentions à layenture n estoient point justes, ne saines, n estoient fondées en regart qui regardast Dieu , ne qui demandast sa gloire, ne sa louenge, mais tout le contraire d'humain salut publique et de propre, comme maintenant de vous' antres se peut dire : que les proposemens, les machinations rumoreuses et diverses qui se préparent couvertement à rencontre de ceste maison , les alliances et renforeemens qui s'y quièrent , les substractions qui s'y essaient et espreuvent, pour et à fin de suppéditation, à fin de vendicatif appétit, pour povres causes, pour particulières privées passions dont les racines ne sont ne justes, ne honnestes , au tour d'une main, au clin d'un œil peut-estre, tout se tournera ce dessus dessous, par mort de personnes, par pitiés et compassions divines, par maintes autres diverses divines pourvisions, qui font contretenir les roys et les princes malgré eux, et des* quels souvent les légières, malsaines, mal causées, mal méditées, très-povres et petites causes, me sont abhominables et me* donnent terreur et espoventement de leurs grosses, larges, desvergondées et immiséricordieuses

conacienoes, ësquelles si peu ressongnent et poisent persécution de peuple, et de respandre et calamiter sasg humain.

Par quoy sainement adjoint l'acteur ce qu il dit en son vingt-huitiesme article : que pour cestes et telles causes , besoin fait bien que la main de Dieu retienne devers lui le frain des roys volontaires et ireux , parce que leurs passions et fragilités humaines , non veullans vivre de conseil, ne de raison, seroient maintesfois préjudiciables et de grand grief au povre innocent peuple qui ne peut fair leurs mains , sinon en tant que Dieu les préserve et garantit en leur innocence. Et vous met conséquemment un exemple l'acteur, du vertueux et très-puissant victorieux roy, le roy Henry d'Angleterre darrenier, lequel, après que Dieu Tavoit souffert calamiter et corriger son peuple françois, et non pas tant seulement le peuple, mais tout le thrône avec son contenu, Dieu le fit révoquer de son contendre plus avant, et par son propre message le fit rappeler et lui enjoindre que plus avant il ne persécutast son peuple, né attemptast outre en conqueste, parce que la clameur d'icelui montoit jusques en son regard ; et vouloit convertir ses hautes vertus et diligences que lui avoit données, en plus hautes et glorieuses fins et opérations. Mais ledit roy, embuvré de convoitise, pessu de vaine gloire et de élation en sa haute fortune, proposant le sien fait devant celui de Dieu, et contempnant le message divin et son avertissement, ne voulut obéir à conseil; et proposant à bouter outre ce que avoit empris, continua en son erreur. Donc, dedans l'an, de la mesme main qui l'avoit fait vivre et régner jusqu'alors, fut perçus et exterminé en terre, et perdu et esvanui entre les hommes, comme une nuée qui droit^H^y vole et là prend sa résolu-

tion en plaie. Ainsi fut-il de lui; et ainsi peut-il advenir des autres roys et princes ses semblables.

Donc après , pour encore plus ouvrir sa matière, dit : que Dieu, qui voit tout et tout sçait, congnoit et entend les cœurs de tous ceux qui contendent à bien et à fruit et disposent et ordonnent leurs cogitations à publique salut, et pareillement entend et congnoit aussi ceux qui par contraire n'entendent que à la vanité du monde et à propre privée affection, en quoy labourent et veillent; desquels tous, ce dit après, comme il voit et congnoit leurs cbemins et proposemens divers, l'un cy, l'autre là, tout en ce point les conduit et fait prospérer en leurs voies, par plus, par moins, selon que leurs affections plus ou moins tendent à utiles et louables fins.

Dame, et que dis-tu droit-cy ? N'est vray et soustenable cestui article? N'est Dieu sur les roys et princes terriens? N'est-il celui qui voudroit tout le monde estre paisible, les hommes estre justes et raisonnables, les choses humaines estre gouvernées establement , les vertueux et les bons régner, et les mauvais exterminer jusqu'à non estre? Donc, si sur princes peut avoir un regard singulier, les bons doncqaes et ceux qui contendent à bien publique doit faire prospérer en leurs voies, et les présumptieux et remplis de vanité réprimer en durée. Sy a bien mis et notamment l'acteur l'exemple de ce roy Henry, lequel, par les vertus et singularités créées en luy, pouvoit estre instrument du bras de Dieu esmerveillable à l'encontre des Infidèles et autres rontures et plaies de la chrestienté, dont il pouvoit estre répareur; mais lui tout plein de sens, plein de prudence et d'activité, plein de labeur et de diligence, plein de vertu et de condition séant à conquéreur, à prince belliqueux, batailler, jeune et robuste de corps, riche de

finance sans nombre, puissant de peuple et de chevalerie, s'exposa tout au traveil des chrestiens et de propre querelle, à vanité de privée gloire; et là persistant et désobéissant à Dieu, qui à plus grand chose le vouloit convertir, fut en fleur de ses jours précipité de mort.

Et dame, n'est-ce pas un exemple bel aux autres roys et princes terriens , lesquels peut-estre sont instrumens, ou seroient, à Dieu pour grands besongnes faire, si leurs ' vertus et nobles conditions vouloient convertir en choses de gloire publique, en choses d'expectation méritoire, dont Dieu et la foy sainte sont matière subjecte? Certes sy est. L'exemple y est bel et séant. Mais aujourd'hui fuyans icelle voye, et ignorons quels dons ont de Dieu, quels instrumens ils sont ou pourroient estre , s'aguisent et s'escharnent en l'un l'autre, s'entregnongnent et s'entremenacent ensemble pour privées affections, pour particulières querelles non nécessaires , pour causes et subtilités non bonnestes, ne saines; et parvenus à la gloire du monde, par gr&ce de Dieu , se disposent à la remettre en branle et danger, par conseil de l'ennemi. Et belle dame, qu est-il aux François, qui avec le divin bras ont purifié maintenant leur thrône des vieilles bruynes qui , passé a trois cens ans, y ont courues, et ont les bras au desseure de leurs ennemis anciens, ont bouté guerre hors de leurs metes pour avoir paix, et maintenant en dedans eux vont quérant une nouvelle, lune main contre l'autre? Que est-il à eux, si titre n'ont juste en leur propre région, de la quérir illec ou mouvoir, de la venir quérir à Luxembourg*, hors de leur congnoissance, hors de leur dition et appartenir, pour mouvoir et exciter celui qui

' Vofn t. III» p. a^.

jusqu'à la darnière et toute extrême constrainte fuit la mellée? Est-ce chose honneste à eux, ne respondable qu'en ce qu'en glorieuse vertu et main forte est obtenu victo*rieusement et conquis, et jà si justement possédé que oncques nuls d'eux, fors depuis peu de temps en çà, n'y réclamoit riens, que maintenant on traveille, par couvertes subtiles voies non honnestes, de l'atraire hors de la main du possessant, qui chevalereusement et à juste titre y a exposé son corps , y a mis son exercite, donné soin et labeur, et tant fait que triomphamment a fait d'une spe« lonque de larrons, pays de justice et de tranquillité.

Et dame, Luxembourg, qui n'est de la concemence de France nullement, ne des François, qu'est-il aux François, en qiii main elle soit? Doivent François, qui ont paix maintenant et gloire, en extrémité aller quérir droit-là guerre qui leur baillera ignominie, et laquelle, quand l'auront mue en dehors leur royaume, la retireront arrière malgré eux en dedans leur gyron, et se retrouveront en pestilence et en malédiction jusqu'aux yeux , dont jamais n'auront fin.

0 sens de France et proud'hommie ! ô haute glorieuse noblesse et vertu ancienne, que estes-vous devenues? ô salutaire et utile crémeur de Dieu t ô haute circonspection et prudence royale d'équité et justice de conscience ! et où sont vos natures? où sont vos habitations aujourd'hui? et où sont vos salutaires et fructueuses opérations et doctrines qui de vous procèdent et naissent, quand aujourd'hui visitant et quérant les anguelets des haulx royaux palais, ne vous trouve nulle part, ne me perçoy de vos conditions, si peu non, dont à Dieu prenne pitié, et au monde puist-il non tourner à dommage !

A ce mot s'avança dame Flatterie, une dame faiiite en

condition, ce sembloit, et déceveuse; et faisant signe aucun comme pour vouloir restraindre Enteniewient de tant parler, dressa mesme sa parole envers lui et lui dit :

Entendement ^ trop tu es aigre et précis; et ne sont point à desvelopper toutes choses lesquelles on voit; et convient supploier aux temps et aux hommes parfois. Donc, si les yeux, que tu as clairs et subtils, voient des choses beaucoup , dont les unes sont claires en nature et les autres troubles, ne fait besoin pour tant tout descouvrir, ne respandre, quand beaucoup d'icelles peuvent estre odieuses; car, jà-soit-ce que tirent à vérité, sy sont-elles indignes et mal acceptables, parce qu'elles infèrent plaies aux escoutans. Sy ne dois, tant pour ton bien propre que pour autrui paix, tant te descoudre, quand indignation des princes fait moult à craindre, et que leur gr&ce est une haute félicité pour ceux qui se sçavent avoir autour de leurs personnes; car fait icelle monter l'homme en autorité, avoir faveur et portage, entrée en Festroite fermeture de privante, là où autres maints, crians à lliuys, bien notables, se pourmainent non appelés, s'acquièrent droit-là dons et offices, promotions et haulx estats, dont la vie leur est pourvue contre indigence, et leur indigence rasseurée par pourvision.

Sy te dis bien, sire, que bon fait vivre avec les vivans, et savoir tourner son voile avec le vent qui avance. Vivre est dôlitable, mourir, horribleté extrême ; et n'a mort que une seule amertume pointue, là où vie misérable a mille similitudes de mort. Siques, obtempère et donne cours aux choses que tu ne peux destourner, et n'expose point de peine en quoy tu ne peux mettre remède. Roys sont roys, princes sont princes. Si bien font, c'est pour eux ; si mal, ne les siet à reprendre : le repreneur n'y a jamais

bien. Qui les loue et prise, et sçait complaire et ployer, celui règne et monte.

BNTBNDBMBNT. — Dame FlotteHe, ne sçay comment jà si longuement tu t'es sçu contenir de parler et de me remonstrer ce que tu ores m'as dit, quand jà en beaucoup d'endroits j'ai usé de termes bien aigres, dont, comme bien sçai, tu as eu hide des sentences. Mais comme ton propre est de décliner de vérité par malice, le mien propre est de la maintenir roide par vertu.

Ta condition, dame, sy est molle et vicieuse, et ne regardes que utilité propre ; et la mienne est invincible en courage, et considère équité universe. Tu ne peux, comme dit Nostre Rédempteur Jésus, servir bien à gré deux seigneurs de contraires natures, que tu ne haies l'un, et l'autre tu aimeras ; ou que l'un tu ne soustiennes, et l'autre tu contempneras. Vérité, c'est Dieu droit-cy, laquelle tu contempnes parce que tu aimes la fausseté du monde; et ton monde je le contempne parce que vérité n y est point aimée. Vérité, dame, de soy est aimable; et comme Dieu est à aimer de soy, aussi est vérité; car vérité est Dieu» et Dieu, vérité. Si ne penses que pour les bienfaits et menaces du monde, je me voulsisse estordre de ce que j'ai du don de Dieu, si noble et si pur, ne que je voulsisse changer ma propriété en perverse opération contraire à ma nature, qui est de concevoir les diverses choses du monde telles que les sens extériores les me présentent, et icelles enquérir et méditer songneusement et parfondement en dedans moy, telles comme je les ay conçues par vue ou par oye ou autre sentement. Lesquelles choses, à qui que elles touchent, ne quelles que puissent estre en réalité, bonnes ou mauvaises, ne peuvent changer, ne varier le concevant, ne elles ne se peuvent ne changer, ne muer

3Sé sxFosmm

que, telles que ont esté présentées et conçues, que teUes ne demeurent. Si doncques les faits du monde se présen* tent à moj, et je les conçois tels comme ik sont, et que d'iceulx longuement médités et tractés en la lumière de raison saine, je suis constraint d*en parler et faire cou» clusion, ne les dois-je manifester tels comme en la réalité je les ay conçus, sans que je soie repris pour ce, ne redai^ gué d'offense? certes oy. Mais non pas que je le fisse à intention de grever, mais à intention de me vouloir tenir incorfompu en ma nature.

Dame, aussi peu que les montagnes et les arbres des champs, aussi peu que le ciel et les élémens se peuvent mucier de la vue des hommes, aussi peu se peuvent macier, ne celer les faits des roys et des haulx princes devant les humaines conceptions, que tout n*y soit logé et incorporé, tout compris et mis en estuy, par plus et par moins, comme les choses par plus et par moins se présentent aux sentemens, et comme les entendemens aussi, plus et plus, s'appliquent à les concevoir beaucoup ou peu. Entre lesquels ceux qui beaucoup en conçoivent, en ont largement congnoissance, et ceux qui en ont conception estroite, n'en peuvent faire que eschars jugemens. Si hommes osent faire, hommes osent bien regarder. Donc, comme les faits n'espoventent point ne n'esvergondent les facteurs, le vivement parler aussi n'espovente point les regardans, ou en couvert ou en publique.

Qui est-ce qui fit mettre une royne de France *. . . . . . . estre traynée à Paris entre quatre chevaux, fors celui qui le vit aux yeux, dont toutesvoies les enfans se fussent tenus à injuriés, qui leur en eust fait record?'

' Lacune.

* De Hranehaut étaient issus lea rois d*Aa8trasle.

SUA Viwn M^li PRISE. fiS^

Non Qïptmt toutenTO}^ oeU^ crémf^ur , ^y f uMl mis p^jp eticvit, Qt t^l|emQ^t que ftujovd*huî eQcorç tbrône fr^iiçpis en ft rempreiute de l'ombra, Qui e9t*oe qui, ^e ce glorieux conquéreur Banybfd, eu récitation de ses prppiiétés et vertus, fit ajoiudre au^i ses pluaeups déteptaUe^ conditions et grans vices par lesquels dénigf oit la dignité de s^ famé? Qui est-ce qui au conquéreur du monde, César, a mis l'escart ténébreux en sa clarté, par lequel, tout assis au siège des meilleurs, est regardé souppeçonneusement de maints yeux contraires? Qui au meilleur de^ Grieux, Achiles, vainqueur sur le pieilleur di; siècle, lui a doi^né note dont ternie est à tousjours sa renommée? Qui à maints autres chre^ens et payens, ayecques dignité mainte de haulx titres, leur a donné taobes en leurs manteaux, doAt moins ils resplendent? sinon ceux qui, parforciés àq vérité dire, ont proféré ce que vérité leur a fait coqcevoirr Claire famé, que tu Tentendes, procède d*estroite contre? garde. Donc, posé que les cboses ne se plaquent aux visages des délinquaqs et se cèlent du temps de leur règne, ne se cœuvrent point tqutesvoies es livres qui après eux s'espandent en diverses n^ains, et là où se trouve, veur lent, non veulent, ce qui est de l^ur fait. Mais ne dis pas cecy h nul titre, fors par advertissement que qui glorieux est et clair, se contregarde de polluant œuvre, et qui mort désire non impugnée de famé, se abstienne de igoomir nieusement vivr^.

TMAOïNAtioN FBANçoisB. — EfU^^ment, %xji relièv§[} des chofses beaucoup, et te boutes, ce me semble, en une haute théologie dangereuse, et h toy non moult néceisksaire. Te pourroit bien su^re si tant seulement tu réparer pouTples et sauver les aigres et qiùsantes paroles de pe9tui hpoope que tu deffenda, sans y ripns adjou»ter du

Zm EXPOSITION

tien, ne de nouvel, quand ce qui est au principal mesmes y est trop. Beau sire, ne te descous pas tant, et ne nous quiers nulles matières nouvelles, qui en as assez devant toy bien difficiles, lesquelles, premier que tu les sacbes bien soudre, te donront à souffrir; et tout premièrement droit-cy, où l'acteur dit : •

François, François, remitiges vos ires, etc.

Que veut dire ton injurieux homme droit-cy : t Fran- « cois, François, remitigez vos ires et ramodérez vos « passions? » Nous veut-il corriger, ne reprendre^ en nos mœurs? nous veut-il donner règle, ne discipline en ce qui nous siet à faire quand il dit que nous nous remitigions, que nous ramodérions nos passions? Où, ne en quoy est l'esmouvement dont il se est perçu en nous, et par quoy il peut avoir cause de nous enseigner? Et puis : t gouvernez « vos haulx nouveaux empires ! » Nos empires sont-ils nouveaux? nos régnations et puissances sont- ce choses d*huy et de hier, venues nouvellement en vivant d'homme et à coup esvanouissables? comment Tentend-il ? Où sont les sauvetés que tu trouveras sur cecy et par lesquelles tu le penseras à parer, qui semble, nous vouloir corriger, qui semble nous vouloir assagir et préaviser de nos meschiefe, et avec ce nous réprimer en nostre ancienne clarté, disant: que nos empires sont nouveaux et que mestier nous fait de les gouverner bien.

ENTENDEMENT. — Damo Fmaçination , moult certes t'est bien séant ce nom, et moult es proprement baptisée en icelui, quand proprement il est tout tel que ta nature. Tu as des fantaisies beaucoup en toy et des ymaginations que tu estimes de grand poids, lesquelles, revisetées par

autrui main, se trouvent de très-poyre effet. Et, belle dame, en ce présent article qui est le trente-sixiesme, que tu maintenant eslièves si haut, quel chose a dit, ne escrit l'acteur de quoy toy, ne autrui se doive troubler? Il a dit c François, François » notamment par deux fois pour donner à congnoistre la fermeté de l'impression qu'il a en son cœur touchant vous, et par considération des choses précédentes qui ont esté cause de son*escrire, et parce que mu de bonne âme, il vous a donné exemples et figures, remonstrances et allégations salutaires pour fuir propre péril et à autrui donner paix et salut. Il vous requiert que, si vous avez aucunes ires ou passions , comme possible est, que vous les veuilliez amodérer et remettre en douceur, par ardeur et affection qu'il a grandes de vous voir en vostre paix envers ceux souverainement où il affecte.

Donc, par povre confidence qu'il a en fragilité humaine, qui de tant légier est desvoiable par diverses passions et à coup encourue en' péril grand, adjouste et prie : que vous gouverniez tellement vos nouveaux empires que vos noms et titres enfin ne vaillent moins. Et en tant que François s'arrestent beaucoup sur ce mot « nouveaux em- € pires» , et qu'il semble parlerrepréhensivementen devers eux, outre l'appartenir : belle dame, je laisse l'adresse de ma raison envers François, et en toy seule je tourne mon parler. Tu as uns yeux pour noter le mal, et non pas pour percevoir le bien là où il est. Si l'acteur dit que l'empire des François est nouvel aujourd'hui, entends-tu que ce il doit avoir dit par ignorance, et qu'il ne sçust que c'est de ce royaume, ne de son très-glorieux triomphe ancien? Certes, tu le tiens à plus simple qu'il n'est, et plus ignorant. Ains le congnoitet entend ; et par si bien le congnois*

tre et etiteïidr^, le glorifie et prise eur toute twa ftatre. Mais) quant Âu présent touché, là où il dit c nouTeaux é empires » , ce nouvent ne s'entend mie pour commencement de royaume entrant en régnation nouvelle, mus pour commencement d*hommes piurvenus k règne en nouvelle amie fortune; liesquels encore, par regard au vieO infoiliune dont sont vuidés* sont en Teschelle de régnation glorieuse tout freschement remontés sus, de laquelle, si d*aventure^ par union désordonnée ou par autre accident, il leur convenoit rédescendre et estre tresbuciés ^i bas, ce leur seroit faute grande et reproche en leurs haulx noms, quand n'auroient sçu gferder en vertu , ce qu'en vertu et haut sens avoient parobtenU et acquis. Sy n'en est pus la sentence si mauvaise, daïne, comme tu la fais; mais e^ saine et honneste, et n'en est la r^no&strance que véritable et utile.

Donc, là où tu Viens à la conclusion de cestoi article^ là où l'acteur dit : qtie il siet avoir sens pour garder edtable ce dont on a acquis pleines ses granges, l'acteuf dit bien ; car V(Hrement y a bien mistëre et vertu de savoir biens acquérir ; mais encore y a-il mislère trop plus d*en savoir bien user après l'acquisition faite.

N'entends-tu que, tant que lliomïne laboure et contend à une fin aucune, que^ pour parvenir à icelle, il y snbtîlle et expose tous ses esprits, et y emploie sens et vertu, soin et diligence pour y attaindre ; et là en icelui estât estrii actif et songnevix, prompt et inouVant tousjouiB, m désarme des choses grevables à son intention » et ee resfbrée de celles qui lui soUt utiles et vaiUables; lequd, parvenu à ses fins, prend gloire et exultation grandes en son acquest. Mais alors, ^oomme Idngû^nent traveSlé ih son txmtesdre^ en la tranquillité de eim oœ^r aussi se

repose, donne quoieté à ses membres, donne scias à Bes esprits et vertus, lesquelles s'endorment et s'apparèssent tous ensemble avec le corps , parce que n'ont mais en quoy eux exercer. Donc , comme huiseuBe est mère de péché, nourrice d'orgueil et de voluptés, extinction de lumière et d'entendement, devient à estre cause aussi de faire reperdre à l'homme son acquest et de le foire recheoir en celui estât povre, là où constrainte de sa dure fortune, lui fit aherdre vertu pour monter avec elle. Sy appert droit-cy quelle différence il y a entre le conténdant et le possessant. Le contondant, par constrainte, est tousjours soUiciteux, plein de labeur ; et le possessant, par nature, plein de délis et de vanité de courage.

Ne te recordes-tu que les Bomains , tandis que labouroient en amplier leur seignourie, ou que par autres rebelles à leur empire se trouvoient invadés et vexés, que alors vices, ne voluptés nulles n'avoient lieu avecques eux; mais quand et sitost que se trouvèrent bras au deseure, et que n'avoient en quoy exerciter leurs dohortes 'batailleresses, tantost tous vices, toutes lascivetés , toutes envies et divisions, toutes mumrares et privées affections se boutèrent entr'eux, et visans à convoitise et à particulier bien, laissans commune et générale félicité, se mirent en parties et en tumultes l'un contre Tautre , en guerres et en tribulations ensemble, et en sourdirent les cradèles et inhumaines batailles civiles, lesquelles depuis, peu à peu, venans d'un meschief en un autre, les menèrent jusques à périr et redescendre en toute povreté et affliction de cœur, en toute confuse décadence et servitude, là où aujourdlini encore sont spectacles d'avoir esté les plus glorieux de la terre, mais par contraire de moindre réputation à oefte beufe «t les plus misérables.

Dame, que tu Tentendesl Bégnation n'est estable à nuUuiy et n*en fut oncques nulle si longue que Tenue ne soit à tennination. Celle des Assyriens prit fin en son période. Sy fit celle des Cartagiens ; celle des Macédoniens pareillement ; et la damière et la plus haute, qui fut celle des Romains, et la plus prochaine à nous autres, jà a mil ans que elle est terminée aussi ; et en est esvanouie la gloire, sinon d'autant que les hommes en prennent par les escrits. Sy est venue depuis larégnation des Francs, qui n'ont leur certaineté ne que les autres, combien qu'il y a plus* apparence de durée que ailleurs, pour cause que la foy y est en son giron de repos. Toutesfoîs à doubter fait que , après avoir duré jà mil ans, luttans et Tnilîtana contre fortune, maintesfois chus et maintesfois relevés, finablement ne puissent venir au terme de leur période aussi, et que, comme les autres sont venus à tennination par aucun si, eux aussy, par un H non congnu, parvendront au semblable, et tant plus tost comme plus s'eelon* geront de ce qui plus les pourra faire durer : c'est union et amour en dedans leur clos l'un avec l'autre, et justification de leurs personnes par beaux exemples pour autrui mettre en règle et en ordre par noblement vivre.

Or sçai-je bien, dame, que tu me veux remouvoir question nouvelle ; et contondant tousjours à recharger cestoi povre acteur, lui imputer plus et plus cuisance de paroles et d'injurieux mots ; et ce à cause de son trente-septiesme article. Car pourroient dire François : que despitement leur repreuve icy et ramentoit leurs aventures passées, disant : « Trop. a esté de vostre part cousteuse, et vous devroit « estre chose annuyeuse rentrer arrière en sa grippe » , comme si l'infortune f ust trop plus par devers eux que par devers le parti de deçà, en quoy se peut noter injure et

reprenve non véritable. Dame, tontesvoies, pour non te donner peine de y arguer dessus , moy-mesme je y viens au devant et contends d'y donner l'appaisement qui y est séant. Uacteur considère deux choses : Tune sy est le très-victorieux bras des François que fortune a eslevé maintenant, et lequel en sa haute exaltation se peut pré* sumer de plus avant emprendre ; l'autre sy est, que les couvertes haynes longuement portées se devront plus tost montrer en temps de forte triomphante main que de foible. Sy craint tant l'acteur ces deux points, que veuUiuit avertir les François, que choses qui pendent en fortune, ne sont point certaines en nulle main, souverainement celles de guerre et de bataille, dit que : c guerre à ce lez (pour

< ce que ailleurs ne lui touche), ne vous est besonc gneuse, sinon que vous soyez jà lassés d'avoir esté en

< paix » ; et allègue la raison, disant que : c guerre vous c a esté trop cousteuse de votre part» ; non pas cousteuse que le coust vous soit venu de ce lez dont il parle, mais que à vous-mesmes elle a esté trop cousteuse en ruines de terres, de seigneuries, d'édifices, de hautes glorieuses possessions, et de peuple innombrable comme les estoiles du ciel.

Cestui-là est le coust que l'acteur y entend et pour quoy vous devroit estre un merveilleux dur ennuy rencheoir arrière en la grippe de celle malédiction qui n'a pas esté terminée en vos pères, mais en vous-mesmes; et y sont morts et terminés vos pères misérablement. Et alors l'acteur, affectant que demourissiez félices et paisibles, et lui avec vous, vous remonstre et dit : c Au fort, si vostrecœur c ne se peut adonner à nous bien vouloir, veuilliez du

< bien à vous-mesmes, et flattez et baisez vostre propre « fortune présente, affin que, moqueresse de nature et

3M Exposmoii

c pleine de falfaicœ, [elle] ne vous paye de sa desriaioii et « de ses vieilles constnmes. »

Dame, n'y a riens de mal, qui mal ne l'entend. Car, puifr* queœuvres autrefois bonnes et honnestes peuvent estre interprétées mauvaises et de mauvais effet, plus tost encore paroles doubles, qui peuvent avoir deux et plusieurs entendemens, se peuvent prendre en l'interprétation pire par les cœurs moins sages. Exemple : tu sçais qu'en la propre et mesme fleur là où la noble mouche prend son miel, lyragne' vient après et y quiert son venin. N'est toutesvoies la fleur mauvaise en soy, ne de riens pire du venin quis. Mais est sa bonté nourrissement à deux con« traires natures, dont en Tune elle est convertie en bien, et en mal en l'autre.

L'acteur après, désirant monstrer la fin de sa ontendance, vdre en la personne de ceux dont il parle, dit :

Noos, quant à nous, nous désirons à vivra, etc.

Il démonstre assez que riens ne quiert, fors paix et amour avec ses voisins, avec ses plus grands, avec ses moindres, et que riens n'a en lui en quoy il se fie, ne surcuide, par quoy yvresse ou abondance de félicité le fist mespasser contraire de devoir, comme s'il désirast que François fissent ainsi, et toutes autres nations. Donc, pour plus les y attraire et vaincre, leur adjouste : t Si amour « d'un sang, d'un ventre et d'un linage, peut ouvrer det vers vous de son devoir et naturel appartenir. » Quantest de par devers lui, jamais n'en rompra ce que nature y ordonne & estre. Sy seroit le salut à tous deux quand

* r^rogne, l'araignée.

SUR VÉRITÉ HiL PRISE. 9«5

ainsi le feroient. Aprte condescend à douceur et retire son cœur de longs argumens en spécifiant les parties de sa bonne affection :

Nous TOUS Toadriona aimer, servir, deffendre, etc.

Dame, quantes fois s'y est-on offert à vous vouloir servir, honorer et aimer, vous François? quantes fois s'y est-on courbé humblement à vous vouloir faire toute assistance, tout humble et loial service, que oncques offre n'en a esté reçue, ne bon vouloir à peine remercié, pa'rce que là où les personnes ne sont guères bien voulues, à tart leurs présentations se reçoivent agréables. Et pour ceste cause , dit-il : < Nous le voudrions faire ,

< iHais qu'il vous plust l'accepter agréable et récom-

< penser amour par amour, comme de nature requiert. » Donc, parce qu'il congnoit et s'est perçu de tant de malignes courages qui n'enfoncent nulle bonté , qui ne congnoissent nuls vertueux, ne leurs œuvres, mais jugent légèrement sans assavourer leurs paroles, pour et encontre tds gens> l'acteur soy enfiérissant, dit : qu'en usant de leurs fiertés et hautaines, disant : « Vilain, tu le feras > , on y est sourd, et ne les ccmgnoit-on, comme le commun vulgaire langage porte : t Si tu ne mecongnois, non £ay-je c toy » . Non pas que l'acteur le die par abnégation de foy et ûe recongnoissance là où il la congnoit appartenir, mais par improbation de l'orgueil de telles gens qui si follement se présument.

YMAeîNâTioN FRAifçoisfi. — No sçay, JEntendemênt , que c'est de tes gloses; mais tout sonne rudement ton texte que plus ne pourroit. Et ne me peut sosibler vokr que l'acteur y soit si «ovréais oecBsne tu le y pares, parce

que tonsjonn plus et plus il se boute ou en jactance de son fait propre ou en dépression du nostre, comme fl appert en son quarantiesme article.

Il se vante d*estre fier et puissant , d^avoir Teschine roide et robuste, et bras pour conduire grand fait, comme s'il Youloit dire : € Si tu en as faim, sy en prends » . Lesquelles choses sont hautaines et demi deffiemens. Donc, pour nous plus enaigrir , dit outre : que, pour effort nul que nous saurions mettre avant, nous ne pourrions desraciner la puissance qui y est, et que Tassai n*y vaudroit riens, car la folie en pourroit bien rendre un grand grief à l'assaiant. Comment pourroit-on plus aigrement parler à hommes, ne si cuisamment, sinon à intention de les vouloir mouvoir et provoquer au débat? Et que cela soit vrai, vecy le quarante-et-uniesme article après , qui le déclare tout et outre.

Icy veut ton acteur dire : que ce que vous nous sentez roides et puissans, non craignans vostre effort, c'est ce qui vous cause et donne vostre envie sur nous, et que si nous fussions Fun borgne et l'autre louche, ainsi qu'on pourroit dire deux tigneuK et un pelé , meschans et chétifs sur qui on pust avoir commandement, lors serionsnous prest à vous vouloir du bien comme aux autres communément ; mais il se conviendroit garder après de la cachoire par laquelle on fait saillir avant les compagnons. Ne sont-ce pas beaux mots, sire, et bien amiables, pour venir à bonne conclusion et pour mettre p^x entre deux débattans; qui encore loue Dieu et lui rend gr&ces de ce qu'il lui a preste prince et tel champion que le saura bien garantir et deffendre à rencontre de nos estraignans grippes, lequel ne feroit par menaces, ne craintes, riens tant soit peu, jà-soit-ce que nous le cuidons; mais Fat-

tempter y seroit périlleux. C'est assez courtoisement menacer et assez couvertement mespriser son compagnon. Entendement, doncques que voudras-tu dire droit-cy? nous sauras-tu faire de ce venin, qui droit-cy est, sucre ou miel? ou quelle confection nous en feras qui nous soit bonne?

ENTENDEMENT. — Dame, cuvis meurt qui appris ne l'a; et envis se rend mat et vaincu, qui a en soy vertu suffisant à deffence. Tu m*as droit-cy proposé trois articles, dont du premier tu te plains, disant : que Facteur use de jactance en la personne de son parti, soit son maistre ou autre ; et secondement use de dépression en François par hautes sures ' paroles dépressives, comme la lettre le tesmoingne. Pour quoy , pour t'en mettre & ta paix et sauver l'acteur en son équité, d'autant que j'en comprens, avis m'est que si tu as entendu la distinction que j'ai faite en l'article devant, des hommes françois dont les uns sont pleins de savoir et de bonnes mœurs (et ne chiet nullement les impropérer), les autres sont gens partiaux, adonnés à diverses affections non bien & raison concordantes, non bien discutant parfondément une matière, légers en leurs mots, présumptieux en cœur, avancés par fortune mal juste, qui, avec autorité non mérie, conseillent et proposent souvent choses non méritoires; lesquels l'acteur congnoissant estre non profitables çà envers, non fort affectés, ne délibérés à y vouloir aucun bien, ains du contraire largement, et que toutes les chétivetés des questions qui régnent aujourd'hui, d'eux procèdent: l'acteur adresse son langage & eux et à nuls autres , et en telle qualité comme il les congnoit estre par deçà envers, en telle qua-

< Sures, tentes, amères.

lité proprement il lee arwsoime et re<Urguë , et leur reiDonstre hardiement : que par deçi^ on est tout autre que peut-estre ils ne penaent, oe entendent; car n'en congnoÎBBentnele parti, neles marches, parce que oncquee ils n'y furent. Sy leur dit Taoteur, et dit vray :

Cœur ayons gros Qt aypna rQid^ eschine, etc.

comme s'il vouloit dire : < Ce que vous ignorer, je le yons c remonstre, non au très-noble roy très-cbrestien, le bras « souverain du monde à qui nous sommes suppos et bien ff veullans comme vous, mais h vous autras, beaucoup t de gens descongnus, enfiéris en vos aveuglées fortunes, € gens de petite estoffe, qui vous vantez et présumez de c cecy et de cela, et ne quérez que discordes et divi* < sions, pour continuer en vos vanités en quoy estes c nourris et parcrus. »

A vous, telles gens qui ne prisez nullui que vous, on vous remonstre, que par deçà est roideur et puissance, savoir et hardement, que tous vous, la seule personne royal soy tenant quoye, ne sauriez miner, ne mettre à fin; car y est telle la roideur, qu'encontre toute région autre, fors France, pourroit mettre pied ; et y seroit l'attemptement périlleux pour vous autres d'y vouloir faire escart.

En quoy l'acteur entend deux choses : l'une sy eet, touchant la nature des pays et du peuple qui n*^t pas mol, mais a esté assez examiné autrefois, et congnu, p^ssé a mil ans, dont la recordation ne lui est pas remèee obscure; l'autre point que l'acteur y entend sy est* que la nation de deçà a un prince belliqueux, tel en gloire et en pris, comme ses maintes hautes et glorieuses œuvres ont

SUR VÉRlTi MAL PRISE. 367

méri maintes f(»s, et à qui Dieu oncques encore n*a souffert qil^ morsure lui ait esté faite, ne en sa très-noble personne, ne en sa très-haute non entamée seigneurie, pour laquelle deffendre il exposeroit Tàme et le corps; et sur la confidence d*icelui et de ses hautes chevaleureuses vertus non oncques subjuguées, l'acteur, en la personne de son parti, dit ce qu'il y congnoit, non pas à ceux dont il pourroit traire repréhenaion de mesdit, mais à ceux qui valent et sont dignes qu*on leur monstre barbe, et qu'on leur paye semblable par semblable. Sy dit bien vrai Tacteur, quand il dit en son quarante-et-uniesme article : que ceste puissance et roideur qui est tant en la personne ^du prince comme de ses subjets, est cause à vous et nourri*turede vostre envie, quand tout clair est que envie jamais ne se congrée contre un meschant, ne jamais ne s'envenime en une chose basse, ne foible, mais en une chose qui l'approche en égalité ou en surmontance, comme* vous, qui infélices à vous-mesme avez envie de la félicité de vos prochains; lesquels, s'ils estoient si mois et chétifs comme vos fiertés affectent et volontiers verroient, souffreriez estaindre envie à l'aventure et monstreriez en ce lieu une fainte amour, dont la fin seroit servitude et suppéditation.

Déal dame, sans que l'acteur ait renouvelées droit-cy cestes manières de faire, sy sont-elles trop et trop longuement congnues. Par quoy, si vérité avoit lieu d'estre oye, la narration aussi en seroit bien utile et convenable ; car pitié est et une chose désolable, qu'en un royaume et sous un mesme chef à qui tout respond, cestes envenimées rumeurs et envies régnent et durent, et que Dieu visiblement ne punit les uns et les autres, par lesquels tant de périls s'attendent en la chrestienté.

Et comment I dame, n'entends-ta que haine et envie sont deux tisons de Tennemi, par lesquels autresfbis il a fait cheoir ce noble royaume en sa grippe, perdre tout et anichiler jusques & âmes innocentes par millions ? Et comment doncques, si tii congnois tels ces deux tisons, et par science et par espreuve, les y pense-on tenir par héritage? les y quiert-on à faire régner possesseurs par nature? C'est bien doncques une dure malédiction pour les hommes, et finablement petit espoir de salut. 0 dame, si tu savoies ce que Mémoire m*en raconte» et sur quoy je prends pied ferme en mon parler, bien diroie que assez suis expert de caste hayne et envie de vous autres, quand seulement maintenant Mémoire me prie d*en réciter un cas que longuement a tenu reclos : c'est que un noble homme de ton parti, ayant charge de cent lances autrefois, parfois aussy de plus grand nombre, soy trouvant enmy aucutfs de la nation de deçà , desgorgea en publique , si Bourguignons et Sarrasins estoient en bataille l'un contre l'autre, il se tireroit de la part des Infidèles contre les Bourguignons ; et s'il convenoit faire l'un, ou aller sur les payens ou sur les Bourguignons, plustost iroit en la désertion des Bourguignons que des payens*. Cecy m'a ramentu Mémoire droit-cy , comme celle qui l'a conçu vivement une fois et le bouta en coffre/Donc, par l'exemple allégué, l'envie et hayne de vous autres qui tels estes, est bien à redoubter, et juste plus et raisonnable d'estre remonstrée, puisque si clairement est congnue, non pas en celui seul homme, mais en plusieurs autres, de quoy le conte se tait.

Donc, si l'acteur voyant et considérant vos natures

> Cf. tome V, p. 442.

enfellies desraisonnablement encontre un homme innocent, un prince juste et preudliomme qui ne quiert que paix et amour, équité et droiturièrement vivre » aimer là où il doit, et servir, garder et deffendrece à quoy Dieu Ta conunis, et que les expectations fînablement de telles racines mauvaises sont guerres et entreprises de Tun sur Tautre, confliction de puissances contraires, notamment loue Dieu, quand il lui semble que encore vit celui en cui baston si vous contendez à mordre, qui se saura bien deffendre, et lequel véritablement, comme dit Tacteur, et comme se trouve par expérience de sa nature bien examinée autrefois, ne feroit rien par menaces, ni crémeur, si le faire ne lui procédoit d'autre plus noble racine de cœur. Car est celui qui oncques ne conçut peur, ne qui oncques ne fléchi l'oeil sous main fière; de quoy ceux dont il trait origine, le doivent honorer et priser, et plus encore quand Texécution y est avec le couragQ.

Y a aussi un autre point droit-cy, qui excuse l'acteur, et qui lui peut estre cause de parler un peu haut, non pas en la personne de son maistre, mais de ses subjets; car iceux subjets, dont il en y a de divers pays et de diverses conditions, sont de diverses natures aussi et de diverses affections anciennes, qui ne sont point du royaume, ne oncques subjets à icelui, et desquels, it l'aventure, les affections anciennement ont plus tiré ailleurs que envers les François , et encore aujourd'hui feroient , ne fust la bonté du maistre , qui les tire devers vous joints avec lui. Donc, ce qu'ils vous honneurent et faveurent, n'est pas par loy de nécessité, mais par révérence et obéissance faites au maistre, avec qui sont contens de prendre toutes querelles, comme avec leur roy et souverain, dont TOI. n. 2i

autre ne recongnoissent, jè-aoit-ce que roy ne soit point, sinon en leur estime.

Donc, et si un tel peuple qui est si grant, et qui oncques ne s'est trouvé joint là où il est aujourd'hui, posé qu'il veulle bien recongnoistre et honorer la trës-noUe personne dont il sçait bien que son pair n'a en la terre, n'est pas affecté pour tant, ne constraint de ployer envers les autres membres dessous celui, lesquels il perçoit et congnoit estre rudes et pleins d'argus envers leur seigneur et prince, et par chascun jour pleins de nouvelletés et de hautaines trës-despites , comme non mie les nobles et royales personnes des seigneurs du sang, mais povres gens de fortune, compagnons de sauvage venue, mesmement et par coustume ceux du parlement, qui non faisans poid», ne pris de lui, ne diffèrent à l'injurier et de lui faire ou faire faire rudesses , là où semble avoir faute de prudence, et encore plus de noble et saine raison , qui db le principe du monde conseille de traiter les hommes selon leur qualité. Déa! dame, entends bien : oncques ton royaume ne reçut un tel suppos , oncques nulle telle branche partie de son tronc, oncques nul tel subjet, ne tel serviteur, oncques nul tel ami, ne si propice, oncques nul de tel poids, ne de telle roidêur. Sy ne devroit pas estre traitable avec les communs membres, qui, passant toute puissance et ancienne production, se trouve traité mainte nant à la corgée ^ par ceux dont lui-mesme se est plaint souvent, et qui n'en sont ne de valeur, ne de prix , là où hayne se descouvre et envie, et se cachent volontairement honneur et preud'hommie derrière l'uys , comme qui n y aeontent. De quoy plusieurs je donroie bien exemple, ai

* A Is tar§é9y aa bâton.

SUR VÉRITÉ HâL prise. 371

je vouloie, qui mésmes au très-noblé eft prudent cœtir du roy ne sembleroîent ne justes, ne honnéstes, et ne fust ^ue celui de Lille, une fois, là où un sei'gent de parlement vint rompre à marteaux de fëvre la prison de ce duc, lui estant joignant à six maisons près , pour toutesvoîes un garnement le pire des autres, dont il estoit sujBlsant assez pour en faire justice et raison. Sy procéda cestui exploit, non pas de la très-noble personne du roy, mais de ceux de son parlement qui si peu prîsoient sa personne. Et, dame, ne penses-tu point que telles et sf faites beâongnes animent le peuple et le retirent ffatfection envers vous, quand vous, si peu prisans un tel prince leur duc, aguillonnez par si faites pointures et rudesses, qui tant leur est parfont en leur dilection, comme nul roy autre à son peuple dont aimé est et obéy-

FRANÇOISE TMAGUNATïON. — Ènteniemtnt , ne sçay si ta cause est juste, comme tu la couleures de divers paremens, mais ne puis entendre quelle di^Térence tu peux mettre entre le roy et ses subjets, entre la royale majesté et ceux qui l'adestrent, ses princes et barons , enseïnble ceux de sa justice et de son conseil, quand ce que son conseil est, le roy est, et ce que ses nobles princes et barons manient ensemble , ce mesme se conçoit et retourne en la personne royale, par tel m', que qui l'un honneure, hônneure l'autre, et qui l'un injurie, l'autre il blesse. Sy m'esmerveille comment tu penses choses de si grant poids et de telle aigreur parer par argumens de si povre effet et qui ne sont pas suffisans à la substance du cas, entendu encore que cy-après ton acteur, en continuant son œmrrë plus et plus , continue tousjours en dures pài'oles ;

» Par tel si, par telle condition.

lesquelles, jà-«oit-ce que tu les polies * et racles icy et là. Guidant les nettoyer, demeurent toutesvoies pleinesde neux et de superfluîtés bien rudes, par lesquelles elles donnent à entendre leur nature silvestre ; et prestement droit-cy arrière, en son quarante-troisiesme article, là où il affirme et dit : que c'est chose claire et fort congnue de chascun , qu'en ce royaume n'a rien que un homme trop, lequel, si Dieu l'avoit mis à l'envers par mort, François auroient les bras au desseure alors, voire ce leur sembleroit; mais sachent bien toutesvoies qu'en celle heure quand il définera, qui leur sera bien dure, l'honneur du siècle mourra avec lui.

0 Fwteniement, icy a moult de haulx langages que je ne sçay à quoy ils servent; les uns sont advinemens et portent charge à 'aucunnuy, les autres sontsupposemens qui n'ont point de fondation, les tiers sont vantiaes et exaucements qui autrui dépriment^ Donc, pour amplier encore plus cestuy article et raccompagna par sentences plus couvertes, dit conséquemment en son quarante-qu»> triesme article :

Affectes foit sa mort et aa niine, elo.

comme s il voulsist dire que ce f ust l'honneur et le soustènement de France et l'estoile tremontane dont tout se gouverne; et sy ne savons qui il est, car nous n'avons que un roy , et autre ne nous loist congnoistre.

BNTBNDBHBNT. — Damo, si à toy cuisent paroles que to littéralement entends , et n'encherches point les racines dont elles procèdent, à moy ennuient aussy les déclarations,

■ PoiUr, ôter le poil, mettre û nu.

lesquelles, si j'en veux user bien, flottent tousjours et se plongent en matières odieuses, parce que le fondement de nostre matière présente est odieuse en soy; et ne s'y peut faire édifice , tant soit juste en compas, que l'ouvrage en plaise, ne d'une part, ne d'autre. Toutesvoies, je t'avoie prié autrefois, que tu-mesme misses la raison devers toy , et qu'en escrutinant les matières en leur parfont, tu en fisses le jugement au plus près du sain. Or n'as ce fait ; mais me vas impugnant toûsjoursenmes solutions, comme si tu me voulsisses prouver menteur ou homme sophiste qui n'a que apparence de couleurs et point d'existence; de quoy toutesvoies les solutions bailliées sont preuve du cas et de ce qui en est, et de quoy la réalité mesme de nostre matière radicalement me donne assistence. Mais, comme j*ay dit, sur mauvais fondement ne peut-on faire édifice bon. Encore le redis-je, car nostre matière à tous lez est fondée sur hayne et çnvie, repreuves et accusemens; sy n'«a peut estre l'ouvrage que contentieux, plein de rumeurs et de desplaisirs, tant aux arguans comme aux voians, non obstant que faire en convient son profit, chascun endroit soy, le plus bel que pourra. Donc, moy pour la part de l'acteur duquel je congnoi le bon vouloir, ay entrepris de le deffendre à l'encontre de ses indignans; et toy, pour la part des François qui se deullent de ses escrits, de le mettre en question sur l'entendement de ses clauses, comme maintenant, après en avoir jà fait grand nombre, tu lui reproches ses aigreurs qui toudis se continuent et vont en montant; et lui imputes charge de adeviner sur l'honneur des François, quand il affirme et juge estre tout clair que l'on désire en ce royaume la mort de ce duc sur tous autres hommes, avec les autres clauses qui y sont. Dame, combien que ce langage-icy est dur pour en

374 EÎPOSmOll

tenir question, et que mal se peut vuidiçr saos ronger an çhanteau* de quelqu'un, sy dois-tu entendre : que les fins de tous ouvrages doivent estre du mesmes de leurs prin* cipes, et que les moyens qui sont entre-deux ne peuvent estre autres que de la nature des extrémités. Si Tacteor eust enconunencié une œuvre de douce et agréable ostention, il eust quis les moiens tels que servir pussent à Texécution de sa ^n, comme autresfois a fait, à la haute exaltation de vous autres que maintenant il déprime. Mais pre aril esté point de matière de rigueur; il a esté vexé m courage de passion conçue; et pour icelle vuidier à intention de fruit , il a composé son œuvre à la mesure et qualité de sa conception, là où présentement en cestoi article, en ensievant son proupos, il maintient et déclare que lliomme de ce royaume qui y est trop, c*est le duc son maistre, lequel toutesvoies est le prince du monde en qui le plus a d'honneur et qui mieux y est séant vivre. L'ao* teur, dame, parle par mauière d'induction qui naist des prémisses; et lui semble que, selon les choses alléguées dessus, que vrai dit. Il parle aussi apiès autres asaes plus d'un, qui ce mesme racontent et maintiennent. Il parle aussi par expérience dès choses faites et dites, qui ce mesme cas vérifient et appreuvent. c Donc, ce lui est < douleur, ce dit , et passion que ainsi en va, et que une « si noble génération, comme est celle de France, se souille « et se ternit en une si noble nature d'homme. » Et est voirement cas de pitié et de triste effet, quand, par envie ennemie de tout clair titre, haulx et nobles cœurs d'hom* mes abusent de leur devoir, et que ce que dussent aiair et honorer , ils lei contempneut et dépriment, et quiè-

' CUm/mm^, morceau.

rent vrâes et moiens de le persécuter. Donc» ce n'efit mie merveilles si beaucoup de meschiefe adviennent et escan* dres, quand si fledtes et si plorables en sont les causes et racines.

Or doncques, pour venir à l'intention de Facteur que tu accuses, dame, de adevinemens sur les François, l'acteur rapond que non ; mais est son dit fondé en vérité et en preuve, parce que tout clair est que d'amour n'y a-il nulle envers lui, mais envie grant, et par conséquent hayne, de quoy la fin est mort. Donc, si vrai est qu*il y a des conspirateurs à rencontre de sa personne, y a aussi des souhaideurs de son*meschief , qui est fin ultime d'appétit mauvais. Sy ne ment mie l'acteur, combien que cela griëve à cœurs ennemis, quand il dit, que < l'honneur du € monde faudra avec lui quand il mourra; » mais dit chose véritable, quand ton roy mesme, l'aigle du monde et le plus haut prince , autrefois par ci-devant a confSdssé propre, là où en parlant de lui par humilité, plus que par son mérir, le jugeoit le plus vaillant chevalier de sa maison, et en qui plus avoit d'honneur qu'en tous eux; en quoy soy amendrissant en dessous de son moindre, se fit exalter tant plus comme plus se humilioit en devers celui dont il estoit plus grand. En est demeuré toutes* voies le mot en la terre , qui jamais n'en part : non pas que par tant, l'acteur le juge meilleur de celui qui le loue, mais bien il conferme son honneur et appreuve par dit de si noble bouche , et par ce aussi que vraisemblable est, que un si glorieux mot ne fust parti jamais de bouche de roy, qu'en vérité et précédent mérite, Sy en maudis bien fortune et les mauvais hommes, qui ont mis Tobstacle entre-deux, qui jamais, à leur haute félicité, à leur merveilleuse joye et consolation , à leur perpétuelle

Irr

s: EX

VOS fautes ne fussent; non pas pour amendement de sa fortune , non pas pour ampliation de sa seigneurie, mais pour ostention de sa très-ardente, charitable et toute humble affection de sa nature, noiée toute et plongée en léauté, liée et restreinte en honneur et en toute condition séant à noblehomme. Par quoy , non sans cause dit Tacteur : que quand on le perdra en ce royaume, il s'estaindra en son tiir6ne l'estoile qui plus clair y luit et de qui plus tost on se percevra de la faute emprès le soleil, qui est le roy dont les autres prennent lumière. Dame , doncques contente-toy de cestui endroit, et ne te arguë à rencontre de ce povre acteur, jusques en plus aigre et plus estroite cause que ceste n*est. Tu le trouveras à but; car ne dit chose que raison ne te fasse congnoistre mesmes, et qui bien entendue ne tourne à ta grant joye propre.

YMAQiNATiON. — Sire Entendement^ j'entends bien ton cas.' Tu fuis toujours et recules arrière du danger ; et ne veux bouter ton doigt, ce me semble, au pertuis estroit, de peur que tu ne l'en retires non sain. Tu fais sens, si par ce moyen tu ainsi peux évader le péril, et si estroites et cuisantes matières parer par telles eslonges. Or çà, si vraies sont et justes, vraies soient; et si autres, tu demeures en la fange de ton mesdit, et nous en la lésion. Appert bien toutësvoies que tu redoubtes forment tes escrits, quand par si subtiles voies et circuitions foraines tu viens à l'atouchement de la plaie, et nous fais à croire qu'elle est nette et curée, et y sentons toutësvoies le romain de l'ouverture, et ne nous semble pas que tes ongnemens suffisent pour icelle curer, parce que nostre lésion est trop parfonde, et la plaie trop meurtrièrement faite d'un poinchon merveilleusement agu et délié. Sy me semble que, quelque chose que désormais je te propose, jà

578 EXPOSmON

n'en tirerai autre fin. Tousjours tu te sanveirag en tes saV tilités, et ne venras jamais à regéhir nulle offense : sy me vandroit mieux taire que de maintenir cestuy estrif , là où tondis tu yeux avoir droit. Au fort, voise comme il peut , et je te parorrai jusqu'en la fin, puisque si avant sommes, et tu me assouffiras en mes difficultés autres qui encore restent, les plus périlleuses de meshuy. Mais maintenant, sire, à quel conte vient l'acteur droit-cy faire une grant héraudie des louenges de son maistre, si ce n'est à intention couverte de vouloir déprimer autruy et donner à congnoistre que riens n'est qui l'approche? Tu sçais, non obstant ce, que toutes comparaisons entre personnes inégales sont odieuses, et cuist au plus grand ce qu'est donné à son moindre outre mesure. Ton homme nous en fait cy, ce semble, un dieu immortel, et que les neuf preux à peu ne sont que ses pages.^ Dont lui procède ceste haute glorification, ne dont meut à ton acteur de lui baillier ces haulx titres, après nous avoir dit des injures beaucoup, si ce n'est à entendement de nous faire obscurs et noirs emprès sa splendeur? Déal nous créons bien que ce soit un gentil chevalier et un vaillant prince, mais non pas de si haute exaltation comme il le fait, c C'est, dit-il, l'honneur « du trésor du monde. C'est, dit-il, le miroir des roys et < des princes. C'est, dit-il, la perle des régnans, l'aigle et c soleil qui survole tous les bons de son temps. » N*y met exception nulle, mais dit que nul n'y peut estriver au contraire. Qile diras-tu. Entendement» de cecy? Est-ce cas qui appartienne à faire? Est-ce chose qui duise, d'extoller tant un homme, que autres s'en peuvent sentir foulés? Beau sire, que tu m'en apaises un peu, et que tu me donnes l'entendement de ces quatre couplets, qui font, tous mis ensemble, quarante-huit articles.

StJR VÉRITÉ MAL PRISE. 579

tMTBNDBiiEHT. — Dame, ne m'est g^reg de résumer les argum^is que tu m'as fait présentement, touchant eslonges et fuites que tu m'as imputées, car je n'en quiers nulles. Je quiers solutions véritables et claires de cestuy povre homme-icy , qui grossement et sans viser à mal, a produit, à intention de bien, ce qui en est, imaginant en luy-mesme que hommes raisonnables, tant fussent-ils houlx, ne grans, pussent et dussent ojr et souffrir dire vérité, vu esncate que vérité procède de Dieu; et n'en est nulle, tant soit aigre, ne estroite, qui de Dieu ne prenne sa dépendance. Donc, par considération que tous sommes h Dieu, et tous conjoins et unis en une foy, pensant que vérité reboute erreurs, comme le soleil, les bruines, se est bouté cestui homme en spéculations véritables, lesquelles matérialement conçues, les a mises en escrit au plus près du vif, espérant que par la clarté d'icelles beaucoup d'erreurs se purifieraient, et en deviendroient les yeux et les entendemens des hommes plus sains , lesquels, par contraire de son espoir, en sont devenus tous indignés, plus empeschés et plus ténébreux que par avant, comme Dieu souffre, et veulent, espoir, les aventures du monde, qu'ainsi en soit. Dame, doncques, puisque vérité ne quiert nuls angles, ne absconsemens, ne lui est besoin aussy, pour estre soustenue, de quérir nulles fuites sans venir à réale response ; ou autrement vérité auroit honte de celui dont elle part et en qui est tout son retour, ce que non a, mais elle est bande et fière de soy comme lyon, et de sa nature victorienne et confonderesse des cœurs doubles.

Pour venir doncques à la matière en son continuer, tu me demandes qui meut Facteur d'avoir fait ces hautes louenges de son maistre, qui a beaucoup de plus grans de lui et de meilleurs régnans? Donc, pour solution de ces-

tui point, et je te redemande à toi-mesmes , qui est-ce qui a mu vous autres François prendre et congréer Tenyie et la hayne à rencontre de lui de si long temps ?Contentemoy et me donne solution de cestui cas, et je te donraî promptement après la solution du tien ; ou si tu ne veui: respondre, moi-mesme ferai les deux personnages, et je responderai pour toy.

Vostre envie ancienne, dame, et nouvelle, n'est causée en vous fors de sa béatitude, de la grâce et superéminence de gloire que Dieu lui a donné en terre, dont courciés en courage couvert, autrefois avez quis à restraindre icelle par rudesse et comprimer par hautaines bien estranges, comme dame Mémoire, au commencement de nostre con* vention droit^cy , a suffisamment donné à congnoistre. Doncques , si tu veux solution de ta demande, quiers-la en la racine de ton vice; car Tenvie que tu as, ne te procède qu'en la perception que tu as de sa gloire. Bi^i entendu que envie jamais ne se congrée contre un meschant.

Donc, et si plus avant tu quiers solution, et que tu ne te contentes de ceste-icy seule, vez n'en cy une autre qui moult est vive, et qui te pourra suffire si tu entends raison. L'acteur droit-cy a regardé à deux choses : l'une sy est que François contempnent ceste noble personne de prince, comme feroient une chose vile qui est digne de contemption, qui en lui toutesvoies n'a riens qui soit contemjma* ble ; l'autre sy est que François lui donnent et imputent charge qui lui touche à l'honneur, et lequel lui est plus cher que sa vie. Pour la première considération, l'acteur veullant remonstrer ceste contemption estre mal causée, met les causes par lesquelles fait à extoUer. Pour la seconde, veullant rebouter leur erreur, afferme et publie les

hautes conditions et clartés qui y reluisent , tout en contraire de leur maintenir. Non pas que ce il fasse en ravalement d'autres, non pas que ce lui provienne par hayne en nulles glorieuses personnes, ou pour flatter les oreilles de son maistre en son vivant ; mais par vraie et vive vérité en lui congnue: que la personne de lui est nette, pure et incorrompue envers honneur, et claire et glorieuse entre tous autres en toutes nobles et excelses vertus et bonnes volontés, dont maintes a monstrées et donné à congnoistre par œuvre et par effet, ignorées peut-estre ou non recongnues. Par quoy, si l'acteur lui baille excellence de titrer, ce ne m'est point estrange, quand il y perçoit les singularités qui les mérissent, et qui en autres lieux beaucoup ne sont pas communes. Donc, comme ses envieux contendent aigrement à le déprimer, il , par contraire, contend aigrement à leur en ronger l'ongle, et le mettre en haut siège, tendant tousjours à telle fin que de réduire, par vertu de vérité, les cœurs errans à congnoissance de leur salut et de propre honneur.

Sy ne faut exposition nulle sur ces quatre couplets % autre que la littérale ; car ne sont que exaucemens et louenges de sa personne, qui toutes s'entendent sans y exposer riens, réservé seulement, comme la protestation porte au premier : que l'acteur ne comprend nulle part la personne du roy, à qui il congnoit son maistre non vouloir estre équiparé. Non fait-il à nuls autres; car se humilie envers tous, jà-soit-ce que l'acteur de soy-mesme nulles autres n'en excepte que la seule une de qui il ressongne les comparisons. Par quoy, là où il dit : que c'est l'aigle et le soleil des bons; que c'est la perle des régnans; que

» Le XLV«, xLvi«, XLvii» et xlviii*.

58S EXPOSITIOll

c*est le miroir des rojs et des princes ; que c'est rhonneiir de France et de l'empire; que tout noble cœur devra pleurer et complaindre à son décès : l'acteur l'entend si précisément en termes d'honneur et de devoir, que riens de ce qui au noble roy françois touche, n'y est déprimé, ne compris, mais lui redonde en aide et confort de son glorieux thrône, qui tant plus sera clair et luisant, comme plus il recevra décoration de précieuses pierreries.

Dit l'acteur toutesvoies, en la fin de son quarantehuitiesme article, un mot cuisant que je sçay bien, dame, que tu l'as noté; et est, qu'en lui donnant l'issue de ces louenges, il dit : que c'est celui du monde qui plus prend cure et soin de l'honneur et félicité des François, mais ne le peuvent aimer, ne lui bien vouloir.

Quant au premier point, l'acteur dit bien, et sy dit vrai , car il en prend et a pns soin et cure, voirement de tout temps ; et ce a bien voulu monstrer, non pas en un endroit, mais en cent, comme le plus léal vrai François qui vive; et a fait son devoir en ceci, et ouvr6 de noblesse de cœur et de nature.

Mais là où il dit : que aimer ne le peuvent; cela dit-il impropéramment, parce que telle rétribution est injuste, et que autrement devroit estre recongnu comme preud'homrae et léal, qui, seul après le roy, peut mieux monstrer sa franchise et libéralité quelle elle est, et quel escart aussi il pourroit faire, quand voudroit , es ennemis de ce royaume, desquels il n'aconte guères, si ce n'est que constrainte et compression de vous autres, forcéement lui en donnent cause , qui dur lui seroit. Mais mort est plus convoitaUe à homme glorieux que foulure.

FRANÇOISE TMAGiNATiON. — Voiromeut moustro bien ton homme que las n'est pas encore de mordre, et non pas

tant seulement par ce que tu as dit maintenant» mais par ce qui ensieut et naiat de celui après, là où il dit :

Alns par doleor de ea béatttade, etc.

Peut-on plus manifestement reprendre gens, ne les corriger de mésus? Avis m*est que nenny. Or respons cy. Entendement» et y sauve ton homme, s'il y cliiet.

BNTENDEMBNT. — Dame, quel sauvement y quîers-tu, fors celui qui mesme se tire de vos faits? une chose est ou non est. Si vos gens ont fait chose qui fasse à reprendre, pourquoy se veulent-ils doloir de répréhension? Pense homme oser faire aucun mal, que homme autre à qui ce mal touche, ne s'en doie oser doloir et réciter le cas quel il le voit? Les alliances que autrefois avez quises et prises, et que Dieu sensiblement a rompues et cassées en équité de son jugement, et n'en estes de rien convertis pourtant, ne sont-elles évidentement procédées de hayne à rencontre de ce noble prince, et par volonté de le grever par celui que vous sentiez estre son contraire, en la querelle de Luxembourg dont la concernence ne venoit jusqu'à vous, sinon en tant que vous l'acceptiez de volonté, non de raison/ , et que ce vous estoit plus agréable de porterie fait d'un estranger, vostre très-lointain non bien aidable, que celui d'un vostre prochain, à vous autres tous en un mesme desgré de sang, qui avoit droit pour lui, et vous peut venir, au son d'une trompe, contre le remanant du monde.

Semble-il doncques aux François que l'acteur ayant cecy considéré, n'ait dû avoir hardement de vous blâmer

» rojre* tome m, p. 391.

en ce en quoy il vous a tu avoir le hardement de faire cas blâmable et trop plus notoire que ne voukist ; car n'est vivant homme qui autrement l'ait voulu interpréter. Donc, ce poise moy, dame, quant à ma part, que constraint suis de maintenir estrif droit-cy en cestes ruineuses et corrosives matières, qui mesmes me font frémir quand je les touche. Mais toutesvoies, afin que l'acteur ne demeure enraquié en ses propres escrits et que la justification appère que riens n'ait fait sans cause et à bon titre, je le pare et excuse, par ce que je y puis percevoir honneste et véritable. Donc, si après il adjoint :

Boutez avant, mais ne soyez ignares, etc.

ne fait chose contre honneur , quand toutes les choses du monde qui se font publiques, bonnes ou mauvaises, sont toutes conçues es humaines visions et escrites en livres, là où en quérant les précieuses pierres et margarites, l'on trouvera qu'il y aura maille ou macule, lors où celles qui se seront contregardées nettement, seront les plus exquises.

FKANçoisE TMAGiNATioN. — Déa ! entendement, combien que je me passe de répliquer sur toy, ne me accorde pas pourtant à estre payée de telle monnoie que tu m'offres; mais la reçoy au fort, à tel prix qu'elle vaut. Mais que diras-tu cy-après de ton homme, qui en son cinquantiesme article met :

Lni seul vous put, lui seul vous est àhayne, etc.

ENTENDEMENT. — Haï damel paix, droit-cy. Je t'entends bien. Je ne te veux souffrir faire question en vain,

là où je pais prévenir & ton demander. Quiers-tu contentemens de ta demande? va et t'en retourne à Venddme, là où tu trouveras vivement escrit le contenu de cestui article, et les causes et raisons sur lesquelles est fondé, quand oncques ambassade de prince ne fut si froidement traitée comme estoit lors celle qui y estoit de par lui, et par la réception de qui se pouvoit percevoir clairement quelle amour il y avoit envers elle, ne envers celui de qui estoit trammise; et là où le procureur royal, présens tous les princes et pairs, touchant plusieurs articles graves et pesans, chargea icestui duc de désobéissance, et lui imputa plusieurs grans cas, cuidant le confondre, et faire animer contre lui toute la congrégation des seigneurs, avec très-froid et très-povre exploit en autres matières, après la demeure de six mois'. Par quoy, si l'acteur dit après, par pitié et compassion du cas, qui est de si mauvais espoir :

Or Dieu gart tout, et les sains et malades ! etc.

dit bien, car il entend que : jà-soitrce que droît-cy on se seuffre du plaisir et vouloir des hommes, qui tel fois est moult sauvage, ailleurs toutesvoîes se convendra-il trouver, là où compte sera rendu du tout, et du bien fait et du mal fait, qui est la dernière et certaine expectation des justes et innocens, d'avoir droit et bon jugement de leur tenu tort. Et belle dame ! et ne dit bien l'acteur après, en son cinquante-uniesme article :

Cest en ce monde un empereur en gloire, etc.

L acteur met sa haute exaltation glorieuse qui est tant en fortune comme en nobles opérations ; et puis met sa

> Foy^^ tome m, p. 466.

TOX. Tl. 25

très-parfbnde humilité, qui est en sa vertueuse exaltée personne. Et veut donner à entendre l'acteur : que icélle parfonde humilité, monstrée en lui , vous doit estre tant plus de haute réputation, comme sa personne est plus haute et plus grande et plus occasionnée d'estre fière, non obstant que, pour nulle fortune terrienne, ne pour joyr de sceptre impérial sur le monde, son cœur ne se peut, ne ne veut enfiérir devers vous, ne se voudroit exalter, ne roidir à rencontre du thrône où il prit estre, mais ployer et décliner en terre, envers le giron dont il prend titre et gloire.

Et donne bien à entendre cela Facteur, par ce qu*il dit : qu'il a mis peine d'essourdre et faire voler la gloire de ce royaume par dessus les cieux, non réputant riens son povre fait emprès le vostre très-exoeUentement reoordable. Doncques, n'y a point de présumption en lui, qui vous cause indignation; n'y a point d'orgueil qui le juge soy descongnoistre ; mais y a parfonde humilité, par laquelle il contend de tout temps de vous vaincre et gaigner, pour mesmes se parer de vous et faire glorieux. Pour laquelle chose moustrer encore plus distinctement, dit en outre en son cinquante-deuxiesme article :

Non serf à nul, tout subjet se présente, etc.

Et n'est vrai ceci, dame? Recongnoi, te prie, en un prince chrestien ce que demain ou après tu recongnoistroies en un payen en pareil cas. N'est-il non serf à tout honmie, par loy de franchise à lui accordée sa vie durant, et laquelle chose tu ne peux descongnoistre? Et toutesvoies, non serf par possible et honneste, se présente et paroffre serviteur et subject, de libéralité cordiale. Grand emprès

SUE YÉaiTÉ MAL PRISE. 387

tous autres du monde, se répute humble envers vous ; vous offre corps, bia:is, pays, peuples et possessioos; n'a rien qu'il ne députe et abandonne à vous servir, et à astre converti tout et exposé en vos haulx glorieux affaires ; soy*mesme il se ployé et appelasse, il se ravale et confute devant là où il honneure ; et roide à tout autre du monde fors à vous seul, il se prosterne devant vos yeux pour glorifier soy-mesme. c Quérez, dit l'acteur, un autre ailleurs, € qui si bien s'y acquitte ; » ccmmie s'il vouloit dire : € Vous n'en trouverez point. »

FBANÇoisB THAGiNATioN. — Los mots soût beaux, mais les excusations sont povres. Sy est peu de fait de parole, là où l'opération se monstre si froide. Quoique dient les hommes, les œuvres approuvent les courages. Tu m'as cy donné de mots emmiellés, de paroles farcies de sucra, dont tantost après et en l'instant le venin se desoœuvre tout clair ; car tout si tost que ton homme, que tu tant prises, vuide des termes que tu as dit droitKjy, il rechiet arrière en repreuves et en arrogans parlers tous contraires des autres devant. Et dit en son cinquante-troisiesme article l'acteur : que jà-soit-ce que son maistre se monstre si humble et si entier envers nous, toutesvoies ne le fi^t-il point par crainte qu'il ait de nos personnes, ne que envers lui nous ayons desservi de soy monstrer si humble, ne si lige comme il a dit; mais le fait seulement en vertu de noble courage dont il est maistre et vaincueur, pour nous monstrer, par vive opération et exemple, que sang, nature et raison sont en lui , non pas orgueil et venin. £n quoy semble vouloir dire Tacteur : « Ce qu'il en fait, il le « fait comme bien ; mais sy est-ce de sa vertu et franehise, « mais non pas par crémeur de nuUuy, ne par devoir € aussy, qu'il ne s'en passast bien s'il vouloit; » qui est

povrement ensievir les paroles ici devant remonstrées, qui servent plus à injure que les autres à bonne acceptation. ENTENDEMENT. — Dame, à ce que j'entends, encore n'est pas ta suspicion bien résolue, quand, après tant d'esclaircissemens faits sur un cas, tousjours tu t'arrestes sur choses légières. Donc il convient, partes scrupules qui n'ont point de lieu, réitérer deux fois une chose jà dite. Dame, n'y a point icy d'arrest ; et n'y a riens qui répugne aux beaux mots de devant, si tu veux parfonder à demi ce que tu ne regardes que superficiellement par dehors. Tu t'esmaies arrière et te semblés troubler encontre cest homme, qui mettant humbles langages et savoreux, tantost refiert d'une queue poignant pleine de venin, comme tu dis, et ayant monstre manières de dévotion extériores, descœuvre le fiel de son ypocrisie secrète. Et lui imputes charge de repreuve et d'arrogance parce qu'il dit :

Non pas poartant que crainte à ce TobUge, etc.

Dame, droit-cy je te veul respondre par ordre contraire à l'assiette de l'acteur ; et laisse la crainte dont il parle premier,' et viens à la desserte qui se touche en la ligne seconde. La desserte dont l'acteur parle, est tout évident quelle elle est. Si les choses devant mises par l'acteur sont vraies et réalement avenues, les dessertes aussy touchées droit-cy sont de tel efiFet comme l'acteur les y entend. Mais les entend-il petites et non dignes de grand rétribution, quand les choses de dessus alléguées sont de petite et sobre amour, et encore de moindre mérite. Sy ne convient point aller de deux à trois. Mais pour férir au vif, ains tost que tard, dame, prends ton retour h la journée de Vendôme, et considère droit-là quelle desserte il y peut avoir, qui doie

causer ce duc d'en faire haute rétribution. Betoume après à Théonville, là où François lui envoyèrent menaces en barbe, pour luy r'oster ce que glorieusement a conquis à Tespée. Retourne arrière à l'alliance faite avec le roy Lancelot en son contraire, de qui main encore vous, François, tenez enonglée la querelle de Luxembourg. Betourne après au roy des Danois , lequel , lui faisant offre de cinquante mil hommes, à son siège de Deventer, pour entrer en la conqueste de Frise, vous François , vous lui avez soustrait maintenant; sans autres encore grans cas sem- Uttbles que Je cèle pour l'heure, et n'en veux faire poids, pour ce que à très-envis je me boute en ce destroit par la pitié qui y est. Toutesvoies, dame, combien que toutes ces choses icy alléguées soient de povre mérite, de povre prix, et de piteux effet, ne veut toutesvoies ce bon prince rendre mal pour mal, austérité pour orgueil, ains remettant tout en la main de Dieu, et dispensant en humaine fragilité le plus que souffrir en peut, veut rendre bien pour mal, devoir pour mauvais acquit, honneur pour desdain, service pour menace, et donnant voie et auctorité à noble nature, se humilie et supploie à raison vertueuse, là où il voit que honneur l'oblige de le faire, et que nature l'en semont. Donc, s'il ne vous honnouroit et servoit qu'en la qualité que vous le desserviriez envers lui, n'y auroit point de mérite, car ne seroit que eschange d'une chose pour autre, tant à tant ; mais, en ensievant l'exemple de nostre rédempteur Dieu et homme, il vous affecte et honneure en celui point, où gît le vrai mérite ; c'est en celui estât où il vous perçoit non estre guères affectés envers lui; et dit : c Là il espreuve sa vertu, il monstre € sa vraie bonne inclination et ne desmeut point sa noble c ancienne nature, que prise a au tronc là où il affecte.

c comme yenllant sievir tousjours honneur et léal devoir, « et mettre Dieu en toute équité par devers luy. >

Or venons à la crainte. Dame, n'entends-tu que crainte se distingue en deux parties : Tune 87 est une crainte aer^ vile par laquelle les moindres redoubtent les princes ti* rans» et nest pas icelle méritoire au portant, ne fructueuse aussy, ne contemplative à qui la reçoit, car elle est sans amour; Tautré crainte sy est, qui se appelle filiale, et est celle qui procède devrai cœur aimant, envers l'autre que l'on répute digne d'estre aimé. 3y est ceste fondée en racine d'amour vraie, en ardeur de dilection comme qui toutes deux ne peuvent estre l'une sans l'autre, ne icelle des deux se desjoindre de sa compagne , que l'autre ne perde son efficace.

Ceste-cy est la crémeur, dame, dont Dieu veut estre crému des hommes, quand, par icelle congnoistre en eux, il y perçoit ce qu'il y quiert : c'est vrai amour. D'amour servile, ne crémeur ne tient compte, parce que ceux qui de ce le servent, ne l'aiment, ne ne doubtent que par peur qu'ils ont de sa puissance, de sa rigueur estroite, de sa vengeance droiturière ; car autrement se passeroient de lui, ce leur sembleroit, pour ce que vraie amour n'y est. Or, dame, quand l'acteur dit que ce n'est point par crainte de vous qu'il s'oblige ou présente si avant, il dit vray certes; car en lui n'a nulle crainte servile, par laquelle il redoubte nullui. Il ne craint ne tirant, ne tirande; il ne ressongne ne menace, ne main mise, ne estroite compression, ne estràinte; il craint par amour non servile et sy aime par amour filiale. Oncques ne se trouva en crémeur vers homme, que telle que a envers Dieu. Mais pour ce qu'il a en lui amour radical, que Dieu congnoit et que les hommes ont pu percevoir assez, il a une crémeur aussy

filiale, de laquelle ne se veut exempter, parce que connatorelle est avec Tamour de sa racine, que toy, dame, de par Dieu I et vous messeigneurs les François aussy, avez assez pu congnoistre 8*il vous a plu, et laquelle, quand la voudriez ignorer, n'est pas ignorée pourtant ailleurs, ne faite en vain. Donc, et si vous les François affectez à savoir la vérité de ceste crémeur, si elle est filiale ou autre, enquérez-vous et revisitez ses œuvres recommandables, là où il a monstre quel est son amour entre vous, ou filiale, ou servile, car là congnoistrez-vous sa crémeur u^aintenant, dont il parole.

Sy pourrez mordre aussy, et sais bien que le ferez, sur le cinquante-quatriesme article, là où il dit en après :

Soa fons,son cœur, son intention tonte» eto.

De cestui article, dame, je te veux prévenir en response, premier que tu m'en boutes en argument. Or entends bien, te prie, à ma solution , comment d'une chose qui mal sonne à cœurs non parfons, je te feray sentir le gemon d'une favoreuse sentence non repréhensible. Quant au premier point,là où il dit : « Son cœur, son fous, il met « tout en Dieu » ; l'acteur ne dit chose à reprendre, mais dit chose méritoire à tout prince de faire ainsi. Mais là où il dit :

Mais ne tous craint^ ne toute votre route;

là est le point où il sembleroit qu'il y eust assez parler arrogant et despiteux, par le semblant qu'il fait de non craindre nuUui. Mais, dame, il convient droit-cy avoir plusieurs regards : Premièrement, que l'acteur icy ne parle en personne de nuUui, fors en la sienne j»ropre, qui.

de maintes prémisses touchées dessus, fait ces conclusions telles qui en ensieyent, es quelles, s*il 7 chiet avoir aigres, ne précis termes à la nature du cas, n'est pas cela à imputer à autre nul que à l'acteur, dont toutesvoies il se parera comme en propre personne, sans en laisser charge à nul autre. Convient regarder aussy que, comme le temps se juge par les vents et disposition du ciel, que les choses futures aussy de ce monde se prévoient et conjecturent par la disposition et gouvernement des seignouries auxquelles le monde est subjet ; et préavisent les hommes Tun l'autre, en celui endroit, de leur prochaine infélic;té ou salut. Comme maintenant l'acteur droit-cy, considérant les misérables difficultés, les douloureuses machinations et contendances qui appèrent, qui se mettent sus et visiblement se monstrent, juge en lui-mesme icelles devoir venir à tribulation, tourner à batailles et à mortelles rumeurs, et non pouvoir vuidier autrement, sinon par contre-nature par inopinable, par seule gr&ce de Dieu et par mort de personnes, en quoy toutesvoies ceux que congnoit iniquement vexés, innocens mesmes et justes en leurs œuvres, mettans Dieu en leur titre, équité pour leur appuyé, honneur et vertu pour leur deflfense, iceux, quand ce viendra en temps de tribulation , il prononce fortifiés de la main de Dieu, asseurés à rencontre de fortune, et évadables naturellement les périls apparens, trop mieux que ceux qui, pleins d'apostumes en cœur, se trouveront mouveurs du meschief ; car lui semble que divine équité devra estre pour eux, là où elle devra tourner en contraire aux traveilleurs des bons.

Dame, doncques, pour venir à la lettre de l'acteur et à l'entendement d'icelui : ne dit-il vray quand il remonstre que le cœur, le fons et l'intention de son maistre, tous gis-

sent en l'aspect de Dieu qui tout voit et congnoit ce qui y est ; et sur icelui regard, qui par riens nulle ne peut avoir empeschement, il se confie et s*y ose bien attendre, car sent en lui-mesme que tout y est bien, tout y est net et léal, tout de nature et condition de preud'homme qui ne quiert nuls brouillis , nulles couvertes fins cauteleuses , nulles fraudes, ne déceptions, rieiis seulement que paix, amour avec chascun, non quérant Tautrui, gardant le sien propre, non voulant grever et non estre grevé de nullui. Ceci est le fons de son cœur sur quoy il se confie ; ceci est le secret de ses repostailles sur quoy il met son attente, et par quoy l'acteur dit, en justifiant sa personne : que ne vous craint, ne toute vostre route, que le doiez trouver autre ; mais le gardera Dieu et le conservera à Téquivalent de son mérir et de son bon vouloir. 0 Fmagination françoise! icy ouvre ton œil ; icy regarde et encerce la profondité de ceste parole, s elle n'est juste en soy et véritable, s'elle n'est raisonnable et bonneste pour estre maintenue, quand riens n'y a en terre subject à Dieu, que tout ne soit conduit et prospéré de la main de Dieu de lassus, par plus et par moins, selon que par plus et par moins les bommes tendent à bonne équité et à bonne fin. Laquelle chose considérée, l'acteur dit pour fin de cestui article ;

Cœur net et bon n'a besoin qu'on le farde,

non, n'a besoin qu'on lui baille pointure, ne décoration nouvelle ; non ; car il est net et clair de soy-mesme, et tel en son dedans que ce qui s'en monstre dehors, lui suffit. Mais tels ne sont pas, ce dit l'acteur, les cœurs qui sont doubles et vicieux; car là sont les neux et superfluités, là sont les frondes et les apostumes, dont se tirent les suspicions, dont se traient les périlleuses et doubteuses attentes.

59i EXPOSITION

Et met ce» non par repart à nullui qni peut avoir coeur tel, mais par contraire de celui qui est net et tout vray, pour le monstrer plus luisant emprès son contraire , comme s*il vouloit dire : « Qui que soit non net et infect, « mon maistre est clair et sans reproche. »

TMAOïNATioN. — Déal Efittendômewt^ j'entends bien tes excuses et les évasions que tu quiers par fentes terriblement estroites, mais aucune fois tes paroles répugnent Tune à l'autre et se contredisent, comme droit-cy en présent, là où tu dis : que ton acteur, parlant des cœurs infects et vicieux, ne le met point par regard à nullui qui puist estre tel; et tout prestement après, en son cinquantecinquiesme article nomméement, il accuse les François; et comme il a voulu justifier son maistre et le juger de bon fous, tout au contraire il accuse et juge François estre pervers et iniques, et non avoir fons, ne occasion que tout ne soit contamineux, malsain et reboutable.

Gomment donc, JEntendemefU, n'est-ce pas répugnance droit-cy à ce que tu as dit, que ton homme n'avoit r^art à nullui qui eust cœur infect, quand tout prestement, en vuidant de celle sentence, luy-mesme te desment par confession propre, lors où il dit : c Que ne avons fons, ne «^ occasion juste, fors seule envie ardant, qui nous dampne « et diffame par tout le monde, et en cui brassin et sau- « ces que nous broyons, tout chascun se pourra percevoir € clairement quelles espices il y aura en la mixtion. » Il semble que c'est assez noter que nous avons cœur infect, et que l'accusation y est toute volontaire et délibérément faite endevers nous, comme la justification endevers son maistre y est produite à nostre impropère.

ENTENDEMENT. — Dame, et que puis-je mais, si aucunnui t'approche de blâme, là ou je ne puis réparer l'œuvre

qui lui en est cause. Jà ne puis prévenir aux choses faites, qu'elles ne demeurent en leur qualité telles ou telles ; mais je puis bien justifier personnes en leur innocence, non contaminées de faute.

Ce m'est dur, voir, que la lettre de l'acteur. a besoin de mon réparer;' mais encore m'est-il plus amer de la cause qui l'a mu à escrire. Je n'ai, grâces à Dieu i cœur gros à rencontre des nobles François, par quoy je doie adhérer à nullui qui les déprime. Mais je désire bien à parer les aigres- paroles de cestui escrivain, qui aux François ne sont bien agréables. Sy me pardonne, dame, si je parfai ce que j'ai commencé, car ne tends, moy^ que à fin bonne, à fin de paix et de transquillité en ta conscience, et que les murmures qui maintenant, à cause de ces aigres escrits, te troublent en courage, soient applaniées un peu et mises à néant, par bien donner entendre. Dame, n'en soit à toy tout le tort, ne à l'acteur aussy ; soit myparti cestui fardeau, et en porte chascun sa portion, tant du bien comme du mal. Peut-estre qu'en prestant main à l'un l'autre , le poids en sera moins dangereux et la charge moins grevable chascun.

Pour gouvernement des choses humaines ne convient mais que discrétion : peser les matières, parfonder les causes , déterminer gravement et vertueusement exécuter, et que chascunes privées personnes, pour parvenir à la congnoissance et distinction de toutes choses, mettent peine premièrement à congnoistre ce que c'est d'euxmesmes, ne quel jugement ils en pourront donner véritable entre Dieu et leur &me; car là glt la racine première de sapience, le fondement de bien entendre et le commencement de bien savoir filire à mesure; par lesquelles choses toutes choses estables et bonnes se peuvent parmaintenir

en estre, et toutes ruineuses et déclinatoires de salut relever et ressourdre.

Dame, qui emprendroit à faire d'une terre arbuste , d une espaisse forest, terre pour semer grains, ne convendroit-il avoir divers engins de fer pour tirer dehors et essarter les racines, et puis, icelles tirées à diverses labeurs, replanier la terre arrière, et remettre en disposition arable? certes sy feroit. Pareillement est-il droit^y, dame. L'acteur perçoit aujourd'hui la terre françoise estre arbuste, durement pleine de superfluités nemoreuses, non bien cultivées et moins encore proufitables à commune salut. Sy a quis ses crocs de fer et havès, pour aUer quérir les racines dommageuses qui empescbent la semoison, et les faire mourir et sécher au ventre de la terre qui les produit, affin que la noble semence y vienne qui y est dû de nature. Sy ne le peut faire que par fer, parce que le fer rude et de rigoureuse matière est tout propre à la rigueur de l'ouvrage, et que vaincre et rompre convient fort pas fort. Qui est la chose, dame, qui plus s'aguise que le fer? ne qui est la chose qui plus perçant soit, ne plus aguë que parole? L'acteur doncques, faindant parler familièrement avecques François, non pas par contention, ne repreuve, mais par argumentation proufitable, tendant à salut, et considérant eux non avoir occasion juste, ne titre honneste d'eux animer en contraire de ce prince le duc, ne de lui monstrer, ne procurer ce que lui procurent et monstrent, est allé quérir ses crocs de fer trenchans, ses havès pointus et parfons, pour tirer dehors le fons de leur cœur les racines mauvaises qui y croissent, et dont les arbres et ramures qui ennaissent, sont ombrages de mort et de malédiction qpii s'y embûchent, que pitié est, quand si noble terre n'est arée et disposée au

fruit tel que nature y demande. Et ce voyant l'acteur, et tendant à y vouloir devenir essarteur, vient hardiement férir au vif des racines, pour essay s*il en pourroit nulles eslocier ; et remonstre aux François ce qu'il perçoit radicalement en leur fons, disant : « Vous n'avez fons, ne occa- € sion nulle, fors seule envie ardant, laquelle il vous € convient jeter en voie et souffrir extirper. Pourquoy? « pour ce certes que avec le grief que elle vous fait « mesmes, elle vous dampne, diffame et recule par l'unic vers monde. Et pourra cognoistre chascun, quand tout • aurez fait et brassé, et longuement persévéré en ceste « manière de faire, quelle raison, ne quelle cause vous y € pourrez avoir, ne quelles sont les fins et conclusions t que vous y quérez. » Ne dit pas ceci toutesvoies par repreuve, mais par advertissement de vostre honneur et salut, et pour vous donner à entendre ce que la généralité du monde vous impute en darrière. Dame, si bien que paroles flatteresses coustumièrement sont agréables, si bien sont réprébensions aucune fois de grand fruit; et est langue de corrigeur médecine au prudent, lorsque venimeuse est et tacëre celle du flatteur. Congnoit bien toutesvoies Tacteur qu'il ne lui appartenoit soy bouter droit-cy, ne de prendre une correction si aigre sur une si haute et glorieuse nation comme est celle des Frans, là où vertus et bonnes mœurs sont comme en rivière poisson; mais ne peut estre la chose autre. Il convient ou réparer ou nier. Nier ne peut ; car l'ouvrage accuse l'ouvrier. Donc il convient réparement aucun honneste et véritable, là où le nier ne peut donner à l'ouvrier sauveté, ne fuite. Et pour tant, dame Fmagination, si comme tu posés sur les aigres mots droit-cy, pose-toy un peu aussy sur le bon vouloir de l'acteur, qui, par aigres voies parties de bonne ùme.

tend à fin de salut et de félicité, non pas à intention de injurier, mais par affection de remonstrer en vérité estroite, ce qui à hantes glorieuses personnes blesse et me»siet. Adjouste après encore l'acteur chose laquelle jepenâe bien, dame, que tu lèves bien haut, parce que arrière il accuse les François donner charge à son maistre, là où il dit :

Voua imputez ohaige et blÂme importables, etc.

FRANÇOISE TMAOnfATiON. — Holà, entendement, tu me préviens de cestui et m'en romps la parole ; mais je te préviens maintenant d'un autre, et la te rendrai telle. Tu as dit voir 1 Certes, ton homme charge François comme il sçait bien faire ; et dit que eux le chaif^nt et aggravent par paroles piteuses et de grand poids durement, qui toutesvoies est le prince du monde là où reposent plus de vertus et de nobles mœurs, et qui, pour Dieu, ne pour nulle rien créée, ne voudroit faire chose laide, ne contre honneur.

Entendement^ cecy il convendra bien que tu exposes, et que tu preuves en quoy François le vont accusant contre vérité. Mais quand tu auras fait cela, et que, à bien venir, ta raison y seroit bonne, sy te trouveras-tu au pins haut péril de meshuy, en un passage dont moy-mesme prends hide d'y jeter l'œil ; car n'a suffi à ton homme, parer son maistre et le nettoyer de toute laideur ; mais vient, en son cinquante-^ptième article, férir à gorge béant sur François généralement, et ne sçait-onsur qui.

N'est pas droit-cy reproché vilainement tout le thrône françois? n'est pas droit-cy la généralité de France reprochée de faute et de grand charge? Où est la vertu en

homme, ne constance, où est la tempérance et fortitude, qui droilrcy conseille estre patient, comme de sentir telles flacqoes vilaines ruer au visage de nobles gens, dont onc* ques nul, et fussent-elles démènes, ne fut si constant que de les porter?

EKTBXDBMENT. — Damo, si je pouvoie faire que ce qui est fait fut non fait, tu n'auroies occasion d'entrer en cet argu, ne moy de me mettre en tes dangers, là où tu contens de me tenir clos. Me poise bien toutesvoies, et le t'ai dit assez, que à dur et regret je me trouve droit-cy, parce que nulle solution, tant pust estre véritable, ne pourra estre délitable à l'oye. Et pour tant en aimasse-je mieux le déport, et que l'acteur, entre toy et moy, fust demeuré cause de nostre non arguer. Or n'est-il autrement, et ne se peuvent paroles révoquer, qui tant sont amples et ma^ nifestes partout que cbascun les porte conçues. Sy con* vient passer par cestui destroit que tu dis, ou y laisser l'acteur enfbndre ; car de fuite, ne d'eslonge n'y a-il point» n y convient ou pendre ou rendre. Constraint, dame, et contre cœur je me dispose à y passer parmi, en toy requérant que, à si léger que tu me verras passer outre, que à si léger tu te veulles contenter de moy, sans moy y faire rentrer coup après autre ; car ne me plait point le longuement y arrester sus, parce que l'activité courte t'y doit estre aussi agréable comme à moy propre.

Voirement accuse l'acteur François de charge que donnée ont à son maistre à tort, de quoy marri, comme raison veut, le justifie et le profère celui du monde où moins a de reproche et plus de nobles conditions, par contraire de la charge que à lui imputent. Donc, et qui voudroit avoir spécifié quelles charges : on regarde et preigne-on recort quelles on lui a données à cause de

monseigneur le dauphin, dont ne mors, ne vivans, ne angels, ne hommes, ne le sauroient rattaindre. Car qui a mangé son pain, jusquà un petit chanteau', en honneur et proud*hommie, et qui a mené son jeune fleurissant eage volage et léger jusqu'au terme de hauts glorieux vieux j

jours, tous nets et impoUus, est vraisemhlable et digne de croire, qu'envis temiroit la clarté de si longue régnation glorieuse, sur le bord de sa fosse ; combien que vous, seigneurs François, souventesfois et assez, dont c'est pitié, lui avez donné des occasions assez légitimes pour le des- j

passer, qui toutesvoies s est contenu méritoirement en vertu, là où. excusablement et à titre honneste ppuvoit traire à la voie oblique. Mais plus s*y est porté bien, plus y est esprouvé bon ; et en tire tant plus gloire, quand, ne en dur, ne en foible, oncques légèrement n'a obéi aux passions, jusqu'au dernier, là où constrainte d'honneur ou de péril le perforçoient de soy deflfendre.

Sy a bien dit l'acteur voir : « que pour tout l'avoir et « seigneurie du monde, non pas pour Dieu mesme, ne « pour son paradis, ne voudroit faire faute » ; entendant ,

que Dieu ne l'en requerroit jamais, et que paradis n'est |

point à obtenir par ce mesmes : mesmes sont fautes et |

teUes opérations contraires à Dieu et à salut. Donc, après l'avoir ainsi justifié par vos causes propres, il tourne le visage envers vous et dit :

Tournez, Tirez, perquérez ses légendes, ,

Le droit, l'envers de sa vie honnorée,

comme s'il vouloit dire : < Vous n'y trouverez riens qui * Chanteau, morceau. Vopet plus haut, p. 874.

< à reprendre fasse ; mais en fouillant ses fautes et amen- « des, quand vous aurez tout.quis et riens trouvé,

« Retoumez-voas sur vos propres kalendes, c Là dont lecture est assez proférée. »

Veci l'estroit point, dame, où tu dis que l'acteur chaire évidamment François d'honneur mesfait, pour ce qu'il dit : « Retournez-vous sur vos propres kalendes, sur vos

< propres faits qui sont escrits et enregistrés, car ceux-là c vous feront taire d'autrui. » Or, dame, ce qui escrit est et tant publié, il convient bien qu'il demeure ; et plus est possible de le réparer par bonne interprétation, que de l'anéantir tout et estaindre par désavouer l'œuvre. Kalendes, tu sçais bien, dame, est une diction qui signifie mesure de temps générale sur tous les mois de l'an, et sous laquelle les mois se distinguent l'un de l'autre. Or dit l'acteur : « Retournez-vous à vos propres kalendes, aux c beures, aux jours, aux mois des années passées, où

< choses diverses sont avenues en ce royaume, et dont la « lecture se peut trouver es livres. Retournez-vous vers € icelles, comme en qui vous devez avoir vostre confi- « dence; car sont faites et escrites de ceux de vostre « parti, de ceux qui vous faveurent et magnifient, et qui

• a vivent de vos gages et bienfaits. Prenez vostre recours c à icelles et les visitez ; mais vous n'y trouverez rien qui « blâme lui soit, ne qui le repreuve de nul mésus. » Et n'entend point l'acteur, dame, blâmer ne un tel, ne un tel, ne ramentevoir, ne relever rien du vieil temps, tant soit peu ; mais seulement que devez avoir recours à vos propres escrits et escrivains, qui sont devers vous, dont la lecture, par ceux qui en ont vu tant de deçà que delàj est assez proférée, est assez publique quelle elle est, comme

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