TOI. TI
si Tacteur voulaist dire : c Je m'ose bien fier es escrits de € vos propres historiographes, que vous n'y trouverez c riens mal, non plus que nous. > Et monstre bien cela par la chose qu'il adjoint après :
L'on TOUS dit bien : Ciel et mer ont durée, Mais plus possible est demain tous deux rompre, Qae son haut oœur de mauvaisté oonrompre.
Là monstre-il bien qu'il ne vuide point de ses termes, et que toujours a son regard en un lieu , combien que la figure qu'il fait du ciel rompre avec son cœur, n'est mot évangéUque, ne article de la fôy; mais il le dit par une manière de confirmation de sa preud'hommie et léauté, en quoj il est résolu pour mourir, premier que les rompre.
Dame, doncques puisque une chose peut avoir deux entendemens, et que l'acteur en prend devers lui le meilleur, n'est pas de nécessité pour tant que celui qui reste, mauvais et poingnant, soit imputé à l'acteur à chaige, quand sciamment il désavoue et révoque tout mal dit, et souverainement en la personne royale.
Et que ceci vrai soit, l'acteur le monstre en son dnquante-huitiesme article.
Cecy met l'acteur notamment et tout de gré à rencontre de plusieurs clercs et officiers, non tous, mais aucuns hautement promus, qui non nobles, ne de sang, ne de mœurs, occupent les sièges et dignités souvent en court des vrais nobles en cœur et en fait ; et les accompagne naturellement plus volenté que raison, plus affection oblique que discrétion grave, par flatterie, par complacence, par regart à privé bien, et parce que la grftce du monde leur
SUR YâUTÉ UAL PRISE. 405
QBt plus quise que la glaire de Dieu par vérité eesourdie. EncGOitre telles gens doncques, met Taetettr ee qu'il dit : « Ne tous vus clercs» ne toutes vos eontreo^es» ne c sauront ri^is mettre avant, comme loii^, ne parfont ils c le voisent quérir, de quoy ils puissent ternir sa giojre,
< de qnoy ils pinssent noircir aa renommée, ne de quoy
< ils le puissent prouver avoir délenqm encontre Ânmoeur, € ne encontre devoir, ne encontre équité nulle. -» Sy te dis, dame, que sans que désormais tu ncie mettes guères plus en question, moy-mesme te veux mettre en tonnes les articles qui encore y restent scrupuleux, pour iitaxt plus abréger noetre procès, qui jà longuement a durer; et saillant de Tune clause en l'autre, viens au cinquante^oieuviesme urtide, là où Tadteur -arguë encontre Françoia.
Êb deux ^nremières lignes de cestui couplet;, l-aotaurt en confessant Tenvie des François et leurs haynes, re«> monstre la gràceque a de Dieu et du monde, son maistre qui est tenu et jugé à preudlionmie de tout le siècle et de ce qui est dedans, roys et empereurs, lesquels l'ont tenu et tiennent le coffire d'honneur et de haut los. Par quoy, condoléant en François et en larégnation d'aujourd'hui, dit suspirauunent :
Vous doacr hélas I qae la flSôoto tant aonupae Haulx et fbmeax, et le juste agravez ; O et pensez quel los propre y avez !
c Vous les François qui estes si haute et si glorieuse t nation que nulle vostre pareille, et agravez et chargez « le juste, l'avez en hayne et en despection pour sa glo- « rieuse fortune, ruez et machinez en sa ruine par envie, c qui riens toutesvoies ne vous demande, ne empesche.
404 Exrosmon
t mais fuit vos mains belliqueuses, vos extrêmes chevac leureuses puissances, et renonçant à fierté et orgueil « encontre vous, vous offre service et révérence hum- « blés : oh ! pensez quel los vous vous acquérez en vous • tenir en ces termes devers lui ; • comme s'il vouloit dire : « Vous vous en faites blâmer par tout le monde, et € en mettez vos âmes en grand péril. »
Or scai-jebien que cy-après, en son soixantiesme article, il y a un mot qui te cuit beaucoup, dame, et lequel par aventure tu notes estre assis en tout excès d'outrage et de fel orgueil. Sy désire bien, à t'en esclarcir im peu la fantaisie, comme qui sais bien que tu y muses beaucoup, et est un des principaux points sur quoy plus tu arrestes.
Et ne dit bien vrai l'acteur, dame, quand il dit : que mouvoir guerre à son maistre vous est bien possible, puisqu'il est en vostre franc arbitre; mais il dit après : que le proufit qui en pourra venir à vostre part , cestui-là certainement n'est point sçu , car il glt celé en fortune ;
Mais si la cause en est jaste oa loisible. Ou B*el1e est moins à faire ou plus taisible. Cela Bcet Dien qui règne sur la lune.
Droit-cy dit-il vrai aussy . Et n'est œil ai troublé qui ne voie bien et entende ceste lettre, qui n'a besoin d*exposi«> tion autre que telle que elle porte , parce que nul autre ne sepourroit donner plus claire. Mais dit après: € Soit « vostre querelle noire ou claire, soit juste ou telle que € peut estre, quand François vendroient pour confondre a son honneur,
Il est non roy, znais dac pour eux respondre. •
mais duc pour vous respondre, notent ] et prennent à aigre, je pense, et en grand ravalement,
Non roy, mais duc pour vous respondre, notent François j
StIK VÉRITÉ MAL PRISE. 405
parce qu'il semble parler pair à pair en compagnon, et que l'un ne donroit à l'autre avantage d'un chivot ' ; comme s'il vouloit dire : t Si tu me quiers, tu me trouves; je suis < homme pour toy. »
Dame, à ceste difficulté il convient respondre et donner l'interprétation saine qui y siet. L'acteur droît-cy, par les choses ainsi que les voit disposées, et que à tous lez on circuit subiillement pour avoir bras dessus ce prince pour le faire ployer , et qu'en icelle quisition pour venir à ses fins les moyens sont moult divers et de très-évident péril, si Dieu ne les contretient contre la volonté des hommes, suppose l'acteur et craint pouvoir advenir ce qu'il voit en disposition de non pouvoir faillir, qui aucun temps long y piersévère : c'est guerre et tribulation, dont nourrice aura esté envie, et nulle riens autre. Par quoy venu jusqu'à là, et que nécessité constraindra l'aignel de devenir loup, qui tousjours aura fui la meslée, toujours se sera monstre sage et souffrant homme de paix et de léaulté vive, et néanmoins lui voudra-on courir sus, le mordre et le mener à confusion en ses vieux jours, qui oncques ne fut humilié par force, jamais ployé, ne mis à subjection par menace, ne par hautement entreprendre : dit l'acteur de lui-mesme et en faveur de celui, lequel il congnoit invincible en courage et sans peur : € Il est non roy » ; comme s'il vouloit dire : « Il est celui qui n'a pas puissance d'un roy pour égaliser « la sienne à l'encontre des Frans, mais il est duc pour • deffendre son honneur, pour deffendre ses terres et ses € pays à rencontre de vous, quand vous le surquerrez de € desraison. » Et ne dit pas «duc pour vous respondre » , par entendement qu'il le veulle faire égal avec le roy, ne
*- Je ne sais pas ce que Chastellain entend par : un chivot.
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qu'il le die par orgueil» ne despection à TeiKïaBtre de aa très-noble personne, mais pur confession de vérité, qui est telle en effet : qu*il est non roy et non si bon que de Tesr tre, mais il est duc povre emprès lui, plein de courage toutesYoies pour oser deffendre son honneur et sa querelie* constraint, contre tous les François tous autres, réservé seul le roy* Donc, et si le fait est plus grand chose que parole, encore est plus permissible à homme de remoBstrer aigrement ce qui peut advenir, que n'est de faire de fiait ce qui peut porter dommage et danger.
Or autrefois, dame, ont princes non roys, comme cestui, donné des affaires beaucoup b ceux qui roys estoient très-puiseaaStf et n'ont point ressongnié, par la hauteur de leurs titres, à deffendre fièrement leurs querelles en moindres possessions de seigneuries. Exemple de plusieurs contes de Flandres, qui toujours n'ont pas esté concordans avec les roys françois, mesmes leur ont donné des vexations beaucoup et des répugnances très-dures et roides plus d'une. Entre lesquels Ferrand de Portingal, non de sang si bon que de France, se monstca moult felle, et soy exposant contraire à la couronne , en confidence 4e sa haute fortune, fut humiUé toutesvoies et vaincu par le pesché de son descongnoistre. Or n'est mie cestui un Ferrand de Portingal. Ce n'est mie oelui qui descong^oit la sève dont il prend estre. Ce n'est mie celui qui, rebeUe à la majesté glorieuse, se veuUe eslever contre elle à main ennemie. Non! Mais est celui qui assailli de tout le monde, et seulement son roy et son chief mis dehors, s'exposera à la fortune d'un jour pour soy deffendre. C'est celui figurativement que l'on peut dire saint Michel, qui championne avecques le roy de là-haut , à l'encontre du dragon; et n'est mie celui qui adhère au prince de rébel-
SUR YÉRrrÉ MAL PRISK. 407
lion, au prince dVgueil présomptienx. Mais puissant soua le bras de son roy plus que nul autre, plus que nul autre Toudioit soy exhiber déprimeur de ses contraires, là où comme non roy mais duc très-puissant se peut bien nommer justement prince pour respondre à tous ses ennemis françois mis en un tas, parce qu'entre eux tous, réservé la personne royale, n'a nul de si haute condition que par honneur et licitement il ne puist dire le mot et Texécuter parfait.
Âppaise-toy doncques de ce mot :
n est non roy, mais dna pour tous respondre.
car le respondre ne s'entend point au roy, mais s'entend à tout le remanant en dessous, lequel il veut revérender par amour, et non craindre, par le surquerre en main ennemie. Dit en outre l'acteur en son soixante-uniesme article, continuant sa matière selon les dispositions que voit tendre à péril:
Bien le pourrez molester et combatre, eto.
D]roit-cy l'acteur, soy arguant en lui-mesme et impatient des choses que voit couver bien douteuses, et desquelles ne peut traire fin autre, en son avis, que guerres et tribulations recommencées, là où les victoires sont incertaines tant au plus puissant comme au plus foible, mais prenant le pire devers lui, dit : c Bien le pourrez « combattre et molester, vous autres qui tant avez la dent c à lui, et à l'aventure le vaincre et humilier, si cela « vous est permis de fortune, ou que sa destinée le porte c ainsi ; mais ne saurez par tout vostre effort, diminuer
im EXPOSITION
« fion honnenr, ^ çtlorieuse renommée arnniae en # opérationa paswéea, laqueLe, rjuami le corps vieHart <r seroit imftcomhé en tos maina âoas honneste et aunsm- « genae rletfen.se, ne âeroit pourtant point axnauirâe:, ne « prosternée arec lai sons la clarté de Toatre TLctuôe; <r ain3 aeroit chn plna g'iorieux vaincu, ^ic voiis* à bas « deaenre, ne vona acrjuerriez gioîre vaincnera, parce « qn'en jtwte deffense, poaé qu'A y peut chetûr înfor- « tune, sy n y peut-il cheoir reproche; mais est titre ptiM « clair, cheoir coura^eiix en j'i^te querelLe, que estre « vaincueur en tyrannie. » Et ce conâiierant ractnzr, avec ce qui est méri par avant, moclt haut et moulr clair, et en qnoy sa famé attend glorieux diadème, dit : c^ie maugré Tona toua, ceux qui avez ainsi oivie de ce ^ ne vous grière, meure, vive, soit vaincu ou £1 aora son f^iége au plus haut du palais dliomieizr, t t(ms les meilleurs et les plus nets de la terre, s*en ses vieux jours, et contraire de ses mœurs et conditions, il ne se mue et change, et soulle et pollue tout volentiers ce que si curieusement a gardé jnsqaes-cy ; que l'acteur ne craint point. Et parle droit-cy Facteur notamment contre ses envieux égaux de lui et moindres, et non pas à autres. Dit en outre Facteur en son soixante-denxiesme article:
Montez, régnez, ampliez ▼os clostarei, etc.
Droît-cy Facteur présuppose le pire encore par devers son parti, comme tout reconforté du meschief, et concède que le bras des François se pourra tant estendre et soy eslar^ gir, que le monde et les nations voisines tremblent devant Iny-mesme, pourra faire humilier, si Faventure le doh *
' Lisez : lé donne ainst.
sinsi, cestui duc son maistre de quoy la Jiayne des Fran* oois seroit estancée alors : toutesvoies, dît l'actear après, quand François auroient tout ce parobtenu, et que TassaOli seroit chu à l'envers, ses pays trascés* et courus, ses hommes et subjets mis à Tespée, et dissippées toutes ses richesses et substances, toutesvoies y aril une chose à laquelle il leur deffend qu'ils ne atouchent, laquelle luimesme a conquestée et est inexpugnable et invincible : c'est l'honneur, la gloire et la bonne famé qu'il a acquises en son temps par léauté, par preudliommie, par int^iité et par noblement et chevaleureusement vivre avec tous les meilleurs de la terre, entre lesquels ne se trouvera nul plus clair, ne pins net. Donc, en conformant sa raison, il expose plus amplement ce qu'il y entend, et dit en son soixante-troisiesme article ce en quoi gît la custode de son honneur, la garde et conserve de sa splendeur et clarté, qui n'est ailleurs qu'en sept pieds de terre très-glorieuse, que honneur lui garde, et qui sont plus dignes et de plus g^rand fruit que nulle couronne , es quels tant plein de gloire et de bon nom, plein de mérites et de hautes reconuQuandationç, il gerra enseveli comme la précieuse pierre est assise en l'or. De laquelle fosse, posé que serpens et venins plusieurs y pourront cîrcuir autour, sy y pourront-ils mourir plustost que y atoucier, parce qu'en la précieuseté de sa famé ne pourra mordre venimeuse langue.
L'acteur, veullant conformer ceci : que ainsi en est, et que son honneur est si par très-clair comme il afferme, dit, en son soixante-quatriesme article, pour contempner'
* Trofe^f, envahis.
> Cantempner (da latin : contemno), mépriser, flétrir.
410 EXFosmœf
1^ ambitions et vaines gloires de ceux qui parent leurs coeurs autrement en la vanité du siècle :
C*eal cy Tacquest de ses longs jours félioes, etc.
cpmme si Facteur voulsist dire : c Gestui pouichas et a contendement qui est de mourir en nette famé et claire,
< non avoir riens fait, ne conseillé qui ait esté contrehon-
< neur, ne contre entière preudliommie, soy estre offert à « servir Dieu et la chose publique, avoir ensievi vérité et « xaison humaine, affecté bonnes mœurs et opérations « nobles : c'est ici Tacquest de ses longs jours; c'est ici la « chierté qu'il propose devant toutes richesses et possea-
< sions de seigneuries, l^esquelles mourront avecques lui,
< mais cecj ne lui mourra jamais. » — < Or lui r'ostez, ce « dit l'acteur, cestui acquest; r'ostez-lui ses villes et « cités; déprivez-le de toutes ses possessions, par tyrannie; € vainquez-le et humiliez .en bataille ; f aites4ui du pis que € VOUS pourrez; au moins cecy ne lui osterez-vous jamais, « et fussiez-vous cent empereurs; car il vous en fait figue, « quand, en la perdition du tout, cecy lui demourraadjoint^ « cecy lui demourra inséparable à toujours et non ravis-
< sable. Mais vous pourra bien tourner sa netteté en con- « fusion et en enlaidissement de vos faces, quand si juste « homme et si noble en tous ses faits, par envie, par dol, « par pure malignité de venin, aurez persécuté et mené à c sa fin, laquelle, vaincu au pis venir, lui sera glorieuse, c et à vous dampnable et confuse, vainqueurs. » Et droitcy l'acteur, compressé en cœur d'amertume, et excité à larmes par pitié du cas que parfondément a enfonsé, dit en son soixante-cinquiesme article :
< L'estrif m'ennuie, et me poise que né suis de telle
< heure, qoe traiter me ccmyient telle matière^ ne que les « pitiés conçues me sont occasion de baigner ma plume « en propres larmes, qui aimasse mieux avoir autre occu- « pation que ceste, qui est pleine de rumeur, pleine de « mérancolie et d*amertume, et fînablement tendant à « ruine et dampnation infallibles , par le conseil et pour- « chas de Tennemi, qui allume tout ce feu et tient les c cœurs de haute sorte, les cœurs des princes, si vicieux « et si frois, que honneur n'y a lieu, ne remors habita- « tion. > Donc plein d'ennui, de douleur et de passion, et voiant que dire n*y sert riens, ne change, ne ne meut les desvoiés, ains persévèrent plus et plus en leurs erreurs, en leurs dolentes et damnables entreprises, dit en son soixante^xiesme article :
€ Pour mettre fin, 6 vous François, en mon œuvre, lac quelle vous semblera plus aigre en son qu'elle n'est c toutesvoies en essence, j'ai peur, si Dieu ne vous œuvre fn les cœurs et vous nourrisse d'un autre avis, que la con- « séquence ne doie estre dure, et que les fortunes et « occultes destinées incongnues ne fassent rapt et exter* c mination finale de ce royaume, par vos péchés, par vos
< envies et divisions, en quoy chascun, comme pour soy, « doit le guet pour s'en parer et justifier. > Et dit notamment tapi; car, comme l'escouffle ' vient fléchissant des ailes au long de la terre, et ravit le poussin et l'emporte, ains ont esté les autres rëgnations de jadis emportées et transférées d'une main à autre et venues à leur fin; et pareillement pourra avenir, et ne sçaiton quand, de cestui tvès-glorieox et très-chrestien royaume, qui plein de gloire anciennement et de vertus, chiet à nos yeux et se renverse
' JSteoti04, milan, oiseau de proie.
ili EXPOSITION
& plénitude de vices. Laquelle chose Facteur regardant, et veullant mettre au front des François ce qui autrefois et tout freschement les avoit mis tout bas, pour leur donner hide du danger où passés sont, leur dit :
< Felle jadis division murtriëre mena presque ce « royaume jusqu'à finale termination, mais après que < gr&ce de Dieu l'en a déjettée, dont il a esté remis sus et « relevé assez glorieux, tantost arrière s'y est reboutée <c dedans; et l'ont repris par devers eux les hauts memc bres d'icelui, à leur piteuse et très-confuse attente. » Et dit Tacteur notamment division murtriire, non pas que par ce il entende nulles vilaines œuvres du temps passé, mais que division, en elle-mesme et de sa nature, est murtrière cause, et fait avenir murtres, homicides, ruines de peuples, blasphèmes de Dieu, et toutes choses inhumaines et dyaboliques, que le monde abhominer doit, et Dieu non tolérer.
Donc arrière, plein de regrets Facteur, et pour faire mieux apparoir que les choses touchées dessus ne lui pro* cèdent point tant de felle courage envers nul, comme de dévotion à la chose publique et honneste, jettant ses yeux au ciel, invoque Dieu et tout ce qui peut avoir puissance ou administration en humaine salut, et clame envers fortune et nature, envers toutes les puissances célestes de lasâus, et toute bonne et dévote créature d'icy en bas, priant que pitié leur puist prendre de cestes si douloreuses et dampnables questions et chétivetés, qui aujourd'hui se nourrissent, en dure attente et perplexité de l'univers monde chrestien et de chascune privée personne, par l'instruction de l'ennemi, qui les bons contend à faire perdre en tribulation, et les mauvais essourdre en règne et durée pour desrigler tout l'univers. Par quoy, en cestui
son soixante-huitiesme article, dit enfin : que ne peut percevoir riens autre en cestes rumeurs et tribulations présentes, que fin prochaine en vieilles prophéties, et que nous sommes sur la fin du monde, sur la venue d'Ânte- Christ, que nostre rédempteur Jésus nous a certifié de venir , et assez démonstre Teure et le temps par les circonstances que mises y a, et qui maintenant et de piëça appèrent et ont eu continuation longue; car foy et charité fallent par l'univers siècle, amour et cordialité entre parens, nature entre enfant et père, vérité en cœur des princes, honneur et vertu entre les nobles, vergogne et honnesteté entre les prélas ; se prisent vices et desrèglemens; se quièrent vanités et ambitions, flatteries et voluptés de corps; n'est cure aux princes des choses de Dieu; ne leur est cure de la chose publique ; ne leur est soin de félicité commune, moins encore à leurs nobles, moins encore à leurs conseilliers, moins encore à leurs juges et préfets. Mais tous au privé bien entendent; Dieu oublient; honneur ne congnoissent; de pitié n*accontent ; au salut ne avisent ; seulement au corps malheureux vivent et l'ennemi servent. Donc à ceste cause sourdent gens contre gens, peuples contre puissances, régions contre royaumes ; et les roys et les princes de la terre, par convoitise, par affection desriglée, par ire, par envie, par gloire vaine, par affection de régner, s'entre-ruent, s'entre-mordent, s'entre-confroissenten batailles et en effusion de sang, dont ne leur est ne que de bestes mues ; car pitié n'a lieu en eux, ne crémeur de Dieu. Et par ce dit l'acteur : que cestes choses considérées, n'y entend autre chose, fors fin prochaine en toutes vieilles promissions. L'acteur met en son soixante-neufviesme article icy la vision deMéronnée, de laquelle ne fait guères ample réci-
tatioD, parce qu'il la remet en la main des clerc8 Bt àe ceux qui hjstoriens "Bont. Et encore présentement moy n'en quiers faire autre déclaration que celle de l'acteur, parce que le quérir au lieu où il est escrit, pourra donner contentance aux affectans, savoir le mistère.
Sy met droit-cy l'acteur son dernier couplet, qui fait le soixante-dixiesme.
Cestui article ne besongne de nulle exposition atitre que la lettre lui baille, excepté que l'acteur donne plainement à entendre par icelui quel homme il est et de quel fons lui est mu son ouvrage, quand il requiert à Dieu pour amendement en tout cela où il fait besoin, et pour conservation en paix et en bien, ce qui est en bon train. Donc après il recongnoit la povreté de sa passion, qui a esté cause de son aigre escrire, et confesse que si le fruit peut estre povre qui en sera tiré, encore sera le délit moindre qui s'y assavourera par cause de son aigreur.
Dit toutesvoiés en sa dernière ligne là où il tout clôt, pour tant mieux pardon obtenir envers les mal prenans : que tel qu'il est, il Ta fait angoisseux et plein de larmes, en son lit. Donc, comme larmes procèdent de racine de charité vraie, présuppose et entend que son oeuvre doit estre prise et entendue comme £Eiite à bonne fin, parce qu'elle procède et est fondée en bon commencement.
Daiùe doncques, françoise FmagiTuUian^ vwsy le répatement que j'ai sçu faire présentement sur le mordant langage de l'acteur dont tu fes plainte , cuidamt y «voir cause plus juste à l'aventure que je n'y entends, si mes spéculations et parfondances de vérité peuvent avoir lieu et prévaloir sur mauvaises interprétations grosses et Bon bien attaintes en racine, comme ilslet considérer plus parfont maintes fois que le sens littéral, lequel en sapre-
miëre conception souvent est tout autre à Tintention de Tacteur. Siques, dame, si mes présentes exposition^ te peuvent suffire et donner contentement, j'en loue Dieu et en répute mon heur bon, sinon par ce toutesvoies que je ne puis excogiter réparation plus ample, ne plus vraie, Sy convient-^ que je m*en tienne à tant, et que j'en attende ton bon plaisir , comme qui ne puis désavouer l'ouvrage qui fait est, et que tu as par devers toy en nom de celui qui en est l'ouvrier.
Donc, jà-soit-ce que je redoubte assez que, non obstant mes solutions, il ne te doie demeurer tondis des soupeçons non bien apaisées, sy m'est-il espoir à l'autre lez, que tu, qui es concierge de tant de nobles et de haulx cœurs, pleins de science, pleins de vertus, pleins de bonnes mœurs, pleins de preud'hommie, pleins de grand sens et de prudence, seras trouvée aussi contentable avec eux, comme avec autres de perverse condition murmurant tousjours et doubtive.
Dame, le lieu de ton habiter, si le ciel a plénitude d'estoiles, sy aril plénitude aussy de cœurs nobles en son clos; et n'y fallent prudences et profondités graves, ne que au firmament le soleil, sur lesquels, en tout l'estroit parai- 1er, je me fonde et confie. Et ne m'est la difficultation des cœurs volages point tant crémue, que la saine conception des prudens hommes ne me soit plus potence de repos. Donc, et si aucuns non convertissables, comme Ton en trouve beaucoup, disoient : c Que nous est-il des solu- « tiens et des vestemens que tu trouves droit-cy pour < parer un injurieux livre, dont tousjours le venin perce « la couverture ? Et nous cuide entendement faire à croire <c que blanc soit noir, et que ce que nous voyons noir aux « yeux et au sentement, que par fallaces et par tour-