‹ Œuvres de Georges Chastellain (volume 2)Chapitre 6 sur 45 · LE -CONCILE DE BASLE · texte numérisé non relu

LE -CONCILE DE BASLE

MYSTÈRE

CONOILB.

Qui e8tes-vou8?

L*feLI8B.

Hélas! bon juge.

OONCILB.

Approchez-vous : point ne vous voy.

l'églisb.

Saint concil, je viens & refuge, A vous, ami : parlez à moy.

< Publié d*apTè8 une tranBcription du ms. 206 de la Bibliothèque de Berne, faite avec beaucoup de soin et malgré de nombreuses difficultés par M. le docteur BasUe Hidber, professeur d'histoire.

TOS. Tl. 1

CX)NCILB.

Que vous voye : en bonne foy.

Je ne tous recognois pas bien.

L*ÉaLI8B.

Je ne m*en esbays en rien; Car Tiellesse, de sa nature»

Fait devenir la vue obscure»

Pardonnez-moy d'ainsy parler :

Femmes ne seèvent riens celer. Sy croy-je, pas ne yéez trouble.

Car vous représentez un noble Joyau, pour qui faut bien veiller Et bien penser à conseiller Des affaires, par bonne guise.

OOMCILB.

C'est vray : je suis çy pour l'Église.

l'éolisb.

Bien la devez cognoistre doncques.

CX)NCILB.

Sans faute, je ne la vis oncques, .

Au moins pièca, si bien ensemble.

Comment elle est cy, ce me semble.

L'iGLISB.

Et que vous semble-il que je soie?

OONCILB.

Je ne scay, mais si vous véoie, Plus k plein au vis, par mon âme.

J'en diroie : ha! ha! Notre-Dame, Mère-Dieu, pardonnez-moy :

J'ay trop mespris en bonne foy.

Que ne vous ay fait révérence.

l'église.

C'est du moins*. Levez sus; car en ce, Estes déçu, comme autresfois Fut un saint convers, je m'en crois, En un lieu, c'on dit Glèrevauz, Auquel je remonstray mes maux.

Comme je pense à faire cy.

L'acteur de Fœil moral ' cecy Raconte, là puet-on lire, C'estoie-je, je le puis bien dire.

Qui me monstray au saint preudomme.

En pareille figure.comme On me voit cy, vous m'avez vue Devant, et m'avez mescong^ue.

Or me regardez par derrière :

Suis-je la mère de lumière.

Qui est sans tache et toute belle?

Qu'en dites-vous? Me ressemble-elle?

Elle n'est pas si vermolue, [Si] povre et villement tenue.

Comme moy. Non, je suis l'Église, Qui suis gouvernée en tel guise Comme il appert. Je vous dy voir, Chascim scet, au moins doit savoir.

Qu'en mon premier estât jadis.

Les benois saints de paradis Me firent belle et bien ornée.

> Cesi-à-dire : Vous ne pouyez pas faire moins. ' J'ignore quel est ce traité.

Je fus par leur sang coulourée Et par lears vertus embellie.

Moururent pas, je vous en prie, Pour moy appostres, confesseurs, Martirs, vierges et saints pluseurs, Qui si grant beauté me donnèrent.

Par ce que pour moy endurèrent.

Que pardevant* ne me cheut puis?

Mais quant est orendroit, je suis Vielle et fade. Tout mal me sourt.

Je vous dy, pour le temps qui court.

Par ceux qui me dussent accroistre.

Tant c*on ne me scet recognoistre.

Les vers m*ont ma beauté tollue.

Comme on voit. Pour ce suis venue A vous pour y remédier.

Concil, vueillez estudier Pour mon fait, et c'en me pardonne Si j'ay çy riens dit qui mal sonne ; Car je parle d'affection.

Dame, c'est bien m'entention D'y mettre brief amendement, Et vous mercie g^ndement Qu'il vous a plu venir deçà.

J'en suis très-bien joyeux. Or çà.

Pour ce que vous estes l'Église, Vous serez là premier assise, Moy emprès comme lieutenant.

Et puis vous verrez maintenant La manière que j'ay tenue,

* Përdivant, depuis lors.

D£ BâSLE.

Avant que soyez cy venue, Pour votre restitution.

Vous verrez Béformation, G*on peut dire autrement Justice, Et Paix qui font bien leur office Pour bouter dehors Hérésie, Qui a gr&nt voix, je vous affie.

Ce sont trois points où je procède A quérir de vos maux remède.

Sur lesquels je mande tout homme Subgect à Téglise de Rome, Pour recevoir correction.

PADL.

Il est tard. Béformation, Allons besongner, llieure passe.

BÉFOBHATIOM OU JUSTICB.

Paix, c*est bien mon intention.

PAIX

Il est tard. Réformation.

HÉBÉSIB.

G*est tout pour ma destruction :

Dieu scet quel brouet on me brasse î

PAIX

Il est tard, Réformation.

BJFOBHATION OU JUSTICB.

Allons besongner.

PAIX

Llieure passe.

HÉBÉSIB.

Je seray là plus tost que vous :

Allez si tost que vous vouldrez.

BÉFOmULTIOM OU JU8TICK*

Cheminez, Paîx^ avançons-nous.

PAIX

Je seray là plus toet que vous ; Et qu'estcecy? Yeult devant nou»

Hérésie allerî

HBBÉSIB.

Vous errez; Je seray là plus tost que vous.

Allez si tost que vous vouldrez.

BÉFOSKATIOM.

Ne vous chault. Paix. D*elle pourrez Avoir raison devant le juge.

PAIX

On iroit en vain à refuge

Au Concil» si les maux ne venge.

SÉFOBHATION OU JU8TICB.

Le Saint-Esperit, le bon ange.

L'a çy mis. Il ne fera rien Qui ne soit au gré de tout bien :

Autrement faudra dire lose.

PAIX

Je le croy bien ; mais quelle chose Voy auprès de lui haut assise?

Ce me semble nouvelle guise.

Il ne devoit, que pour nous trois . Estre Tenu çy ; mais je crois Qu'il a vers lui une autre femme.

BÉFOBMATION.

Parlez bas : il seroit infâme

S*il faisoit fors que bien, ma sœur.

OONCILB.

N'ayez paour; non, ayez bon cœur :

C'est notre mère Sainte-Église, Pour quoy j'ay telle peine prise A convenir en ceste place.

PADL.

Louée soit la Dame de grftce!

Dame, bien soyez-vous venue.

L'éOLISB.

Nous nous verrons par plus d'espaoç.

siFOBMATION.

Louée soit la Dame de gr&ce!

HÉBÉSIB.

Je ne sçay quelle chose fasse, Tant ay paour d'estre court tenue.

PAIX

Louée soit la Dame de grftce !

BJFOBMATIOM.

Dame, bien soyez-vous venue.

PAIX

Mieux ne peut venir sous la nue.

BÉFOBMATION.

Or ailes. Paix, au coeté destre.

PAIX

Moi» je seray au senestre :

Bôformation, c^est mon lieu.

BÉFOBlCAnON.

Puisqu*il TOUS plaist, soit ûdt ; adieu !

L^ÉGLISB.

Voy le doux maintien qu^elles ont!

CONCILB.

JustUia etpax oseulata sunt :

Justice ou Béformation

A baisé, par dilection.

Paix, qu^elle ayme d'amour entière.

BÉBÉSIB.

Dieu mette en mal an la ma mère !

Plust & Dieu qu'ils ne Tissent goutte ! Et où seray-je sur le coûte *?

On ne me assigne point de lieu , Mais [il] m'en chaut bien peu, par Dieu : Je seray bien partout logée.

L'iOLISB.

Elle parle comme enragée.

> CotUe, lit, siège.

C'est voir : apejorirota Semper suntjurgia mota^ La pire roue tousjours brait.

Or çà, sans faire plus de plait, Faisons pour moy : sommes ensemble.

PAIX

Concil, par congé il me semble Bon d*attendre s'il venra âme.

BÉFORMATION.

Vous dites très-bien, belle dame.

Tel ou telle peut estre près.

Qui ne pourroit si bien après Estre cy, comme devant tous.

L'iOLISB.

Je suis d'acort avecques vous.

FBANOS.

0 Deus, in quantis Anmw versiUur amantis !

CONCILB.

Qu'est-ce que j'oy ?

HÉBÉSIB.

Vo0 élamantiê.

FBANCB.

Hélas, c'est une voix piteuse D'une folle désespérée,

Qui est huy la plus malheureuse, CToncques fu créature née.

A * c'est fol ou folle.

Qui ne scet que fait ne qu'un ivre,

Ne point n'arreste en une oole' :

Tout lui est un, mourir ou vivre.

Je suis, que on appelle France,

La sage femme, au temps jadis.

A .... * suis sans doubtance.

Loué soit Dieu de paradis I

Et s'amant par elle se complaint

De faulse amour qui le contraint

A dire mal de ses amours.

Qu'en peut mais, si point ne se praint

De plaindre ^

De tous maux, sans avoir secours?

Je suis si fort au cœur navrée

Et en tous membres tourmentée.

Que je ne le sçay à qui dire.

Quand je cuide estre confortée

D'un lez, je me trouve cassée

De l'autre, tant que c'est tout ire.

Il a passé vingt-cinq ans.

Que depuis le pied jusqu'aux dents,

Je n'eus, ne santés ne repos;

Et qui pourroit estre oontens?

Le plus sage y pert son propos.

Hé I Dieu ! je ne sçay plus que faire

Pour les grandes oppressions

Qu'on me fait : plus ne m'en puis taire.

* Lacune. Il faut peut-être lire :

A vray dire, c^est fbl ou folle.

^ Cote, accès de fureur, de désespoir.

' Lacune d*un mot.

* Lacune de quelques mots.

D£ BASLE. li

J^ay tant d'ymaginations,

Festranges cogitations,

Doux Jésus, mon frère et mon père!

Que si mes grans afflictions

Ne cessent, je me désespère ,

Combien, quant je viens à raison,

J'en suis cause par mon malice;

Car j'ay mis hors de ma maison.

Par mon orgueil, Paix et Justice.

Très-doux Dieu! soyez-moy propice,'

Sique ma tribulation

Puisse porter : c'est votre office

De donner consolation.

Dieu, pour l'amour de vous, j'endiu»

Ceste grant peine, en espérance

Que ce temps guères ne me dure.

ây, par toy, je pry, com s'avance,

De moy aidier : le cœur me lance *

Puis ç&, puis là, par desconfort.

Je ne sçay plus ma contenance ;

Car plus vay, plus m'agrave fort.

Hé! bon chevalier Francien^

Fils de Hector, de la nation

De Troye, quant me mis nom France,

Ce n'estoit pas t'entention

Que venisse à subjection.

Comme on voit, n'a telle meschance.

Chascun m'abandonne à oultrance.

Je porte sur moy ma chevance

Par la bonne provision

Des miens où dusse avoir fiance :

D'eux et moy, par leur gouvernance.

Se moque toute région.

Quand je pense à ma grant noblesse.

< Me tance?

^2 LE œNCILE

A mes honneurs, à ma richesse, Et à Testât où suis venue, Le cœur me fault tout de détresse ; Ma joye se tourne en tristesse :

Plus povre n'a dessoubs la nue. Hélas! que suis-je devenue?

Je suis tant vile et mal vestue Que je ne sçay à qui m'adresse.

Je ne suis plus de nul cognue Par les miens : chacun me desnue ; Dieu leur doînt recouvrer sagesse!

Hé! Dieu que pourray-je plus dire?

Plus pense k mon fait, plus ay d'ire.

Que ne me viens-tu quérir, mort?

Plus ne puis souffrir ce martire.

J'avoie envoyé à l'empire, A Basle, pour avoir confort De conseil, mais tout semble mort.

Nul ne veille pour moy, tout dort.

C'est mon mieulx d'y aller de tire; Car, si là puis venir à port, Je croy que n'y aura si fort Franc cœur qui pour moy ne soupire.

Sy eussé-je, à briève langage,

Ce voyage Voulentiers certainement Évité, mais nul message

Fol, ne sage Ne m'en vient aucunement.

Que font-ils si longuement,

Si humblement Ne procèdent d'un courage?

Durer ne puis longuement,

Vrayement.

Je yrai par quelque passage ;

Là devray trouver FÉglise

Haulte assise, Le Concile, Paix et Justice ; Mais paour d'estre reprise

Quant m'avise, Deux, quatre, car comme nice Vais seule, et tout pour mon vice,

Le service Que j^ay, chascun me desprise :

Mal eus onques bénéfice,

Ne office.

J'en vois, et dusse estre prise !

Adieu, clercs, nobles, bourgeois :

Je m'en vois A Basle pour vos mesfaits.

Vous estes monstres aux dois,

Tous François, Que n'avez Justice et Paix.

Tels joyaux n'aurez jamais :

Je m'en tais.

Je les querray, saufs tous droits ; Peinez-y, comme je fais ;

Et mon fais Allégera de grant pois.

Priez Dieu à haulte voix, Mes enfans, pour votre mère.

Si je faulx à ceste fois.

Je mourray de mort [très] amère.

HÉBéSIB.

C'est bien raconter sa misère.

Pour une fois, avez oy La voix, sire Concilel

Ouy;

14 LE CONOLE

C'est grant pitié» par bonne foy.

L'éaLiSB.

Nous deux pouvons bien, elle et moy , Ensemble, car elle se plaint Encor plus fort.

BâF0BUA.TI0N.

Point ne se faint :

Sans faulte, c*est piteuse chose.

PAIX

Quoy que ce soit, je croy que n'ose Venir yci et se hontoye.

L'âQLlSB.

Je croy qu'il est bon qu'on envoyé Au devant, pour savoir que c'est.

Je le vueil bien, je suis tout prest D'y envoier : allez-y. Paix Et [aussy] Réformation.

BéFOBMATION.

Nous ne voulons désobéir.

FBAKCB.

Hélas ! je me doy bien haïr, Car je ne sçay que je feray, Ne à qui je m'adresseray.

Dieu, ayde-moi, qui tout cognois !

PAIX

Dame, qui tant piteuse voix Avez, cessez votre manière.

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