‹ Œuvres de Georges Chastellain (volume 3)Chapitre 29 sur 54 · AU DUC DE BOURGONGNE · texte numérisé non relu

AU DUC DE BOURGONGNE

S'en treuve encore entremy eux trèstous Pour exempler tous mauvais et rebous.

Calais, depuis, Tespargne des Ânglois, Tu assiégeas et attemptas le prendre, En quoy combien que par desroy peuplois Fortune en fit venir povres exploits.

Au moins François onc ne l'osa emprendre:

Et fait autant & louer et comprendre Ton hardy cœur du poids y soustenu, Comme du plus s'il y fust advenu.

Quelle œuvre fis, ne quelle haute prouesse En estroit clos de Bruges ta rebelle, . Là où bataille et horrible compresse Te courut sus en très-mortelle aspresse Pour Renverser du plus haut de la selle.

De quoy ton cœur qui jamais ne chancelle Paya bien dur les facteurs inhumains Plus par les tiens que par les aultruy mains.

Trôvois, Ârdenne et Luxembourg, tannières

De gent sans foy, rapineuse et tirande,

Crouttes* de murtre, anciennes larronnières,

Soubs le desploy de tes rayans bannières

Tu réduisis à légale commande,

Et par puissance en armes fière et gprande,

Tu as conquis et asservis à toy,

Tant par bon droit que par divin chastoy.

Gens de Gompiengne, escorcheurs renommés, Tu reboutas fièrement à Lions*,

' Oroti^i cavernes.

* LUiODs-en-8anterre. Vo^e» tome II, p. 182.

188 itmTKE

Où les Anglok àm Pnoaçôfai f id ic mfa *

Vinrent en Mr bâAailléB et amen,

Grians sur toy comme aflTamés lions,

Mais oncq .pour eux, ne pour leurs «EfeSHons,

Tu ne branbB demie marche «ntière,

Ains les quis propre au bout de leur frontière.

Mais que diray dès hautaines merveilles Qu*en tes hauts jours as fait sur les Gantois, En longs travaux, en curieuses veilles D*armes, d^aigreurs et paines non pareilles, Pour expugner leur courage mentois, Lorsque repos mieux duisoit toutesfois A tes jours lors assez glori&és.

Mais non pour tant les maux purifiés Y

Cinc ou SIX fois en batailles rengies Tu as Vaincu leur criminel puissance , Là où tes mains sont tain tes et baingnies Dedens leur sang et durement vengies De leur souvent parverse obéissance, A quoy onc roy de françoise naissance, N'eôipereur nul ne pa^nt à si près :

Sy ontrils mis niaintè estudiô après.

Leurs M^mb et (ruineuses cohortes Par pluseurs fois cy et là assemblées, Par tes r^i^us Vàtereuses et fortes Tu as fait cheoir Jusqu'à devait léuis portes, Voyant les yeux de leuM tesitts troublées :

Donc, si possible eust esté que tremblées Eusséfit les tdurs p^ eepoentetneati Tremblé fust tout» miàraiUe et pavement.

> Il faut lire : od IM François des AngloU achmés. AtàMès i»i An* gloU, vainqueurs des Anglaii (à Querbigây).

AU DUC SB BOCRGONGNE. f S9

Trente millkm'* à Osvre en-envcmffB Toy au xniUeu, cUk miUe* à Bipkfmô&de, A Nicole* ciiiq, pnk au pays de Was Que tu premier par armes entamas Devant tous rois en vaillance parfonde.

Et par ton glaive y fis rougir mainte onde De sang effus constraint & ce dangier Par toy surquerre et ton nom desdaignîer.

La tienne main fu là de Dieu conduite Pour escarter tout tel mauvais plantage Bt pour verser rébellion construite Tout autrement, semUablement instruite, Conune tout sang de hautain parentage, Non seulement pour ton propre hériti^.

Ne pour garder ta gloire non périe»

Mais pour tenir noblesse en seignourie.

Des nobles, donc» tu y fus champion

Et le rabbat de villaines essourses.

Un vertueux aigre fier Scipion

Rongeant Torgueil de leur brayant lyon ,

Soy enfierant en ses ramages courses,

Dont les assaulx et horribles accourses

Luy ont rongîô tant maint ongle et maint dent :

Los en ait Dieu et toy de Taccident I

et depuis, chacun fait çy-après Coeur couronne de splendeur mille et mille, Quant le rapport te fut fait par exprès De la grant perte et du mortel comprès^

Vofi» tome II, p. aro.

SU miUe? Voyez tome II, p. 807. Nerele, «ojr^f tome II, p. 209.

Compris (de comprimer)^ oppression.

De Constantin, la noble sainte ville :

Certes bien digne et bien heurée Lille D*en avoir pris les vœux de mainte clause Que tu y fis à celle seule cause!

Mestier ne m'est d'en réciter les titres.

Modes, teneurs, coustanges, ne personnes.

Mais de si hauts et solempnels chapitres Je n'ay trouvé par lecture en registres Et tous royaux assemblemens, ne thronnes.

Certes ce sont les perles des couronnes Du monde viel et d'aujourd'huy, sy dis-je :

Si j'en dis trop, qui mieux scet, m'en corrige.

Donc, pour donner vertu à voix promise, Tantost alas vers le haut empereur.

Lequel voyant ta vaillante entreprise Et ta vertu si preste estre submise, Toy non quérant, te fit estre quéreur; Ainsy ton long mouveur et requéreur Te fit emprendre hauts et mortels péris * Et reposa mesmes ses esperis.

Lorsque tous rois au bien propre entendoient Froids et précheus au salut du publique, Lors tes désirs et tes veines tendoient En aigre ardeur et peines y rendoient D'y pourvoir par quelque voie oblique.

Dont il t'est née une gloire angélique Que seul tu as le monde desdormy, En povre abus par avant estormy.

prince auguste, et que diray-je plus?

Diray-je riens de tes œuvres nouvelles,

• PéH$, péril».

AU BON DUC lœ BOURGONGNE. 161

De tes valeurs, puissances et vertus,

Par lesquels sont restrains et rabatus

Les cœurs dTTtreclit malement fiers et felles ,

Avecques trois fortes cités rebelles

Que tu par siège as à ton ploy conquises.

Non jamais plus par autre effort surquises?

Ne me loist-il que je die et déclaire Ton fier arroy, ta triomphant entrée Qui aujourd*huy, sans à niilluy desplaire, Porte lueur, resplendit et esclaire Comme un soleil sur umbreuse contrée.

Et dont la pompe et la fierté monstrée Fut si haut prise et si très-exploitant Qu'à Rome à peine en entra oncques tant* ?

Et puis loist-il celer la frémison, Ha dure peur, la fraeur, les murmures.

Qu'en ce cas a le royame frison.

Par non sçavèir salut, ne garison, Pour eux sauver encontre tes armures, "Voyant au dos de toutes ses fermures X)anois par maints milliers multipliés , Offerts & toy contre luy allyés? '

Tous rois du monde et nations te quièrent,

Tout haut princier en ta faveur s'adhère,

I«es moins puissans pour renfort te requièrent,

Ct les tous forts en ta grâce ils acquièrent

Crloire et soûlas, qui joye leur confère.

Chacun tes faits et vertus considère» ^

Chacun perçoit tes gloires et splendeurs :

Sy en vont tous désirant les odeurs.

^ •iref tome m, p. 148.

les ÉPisiBE

Xay tourné Toeil en soeptre et en couronne^ Par TuniTera circuit de oestuy monde.

Les deux je perce et le sidde arironne»

Mais n'y congnoy siède royal» ne troiqie.

Qui prenne à toy ai^ourdliuy, ne responde.

Ce qu'en appert par vérité parfonde Ne peut jamais s'esteindre par envie :

Gloire en chacun prent mesure en sa vie.

Ifas-tu toy' le plus bel présentage De chevaliers de ce monde présent* Et là où gist si ample et grant partage Dlionneur» de sens et de tout haut fruitage Que terre et mer en font famé et présent!

Ce que Tœil voit ou que preuve s'asent»

Se peut très-bien parmaintenir et dire :

Tels n'en a nul, ne France» ne Empire.

Ne sont venus tous longtains voyi^urs Quérir vers eux oongnoissance et adresse, Soubs le péril dee armes assaSleurs, Pour les plus hauts esprouver et meilleurs Que terre nulle ou région adresse?

Dont oncques nul, tant fust aigre en aspresse, N^emporta rien de l'honneur des susdis.

Mais eux trëa-bien sur les autres toudis.

Nul emprès toy en ton gouverne estable, Nul plus entier, ne plus ferme en justice, Nul plus asseur en cas espoentable.

Ne plus ardant en la foy charitable, Ne plus enclin au saint divin service.

Nul plus amy, nul plus couvrant son vice,

> 0^, avec toi.

AU BON DUC DE BOUBGONGNE. leS

Nul plus aimé, w léalmeiii aorvy»

Ne plus IML où il 6Bt dMuwFFy.

Vive ton m>m à toujours mais oi ^rs, Et meure tout envieux et envie; Et soit où peut ma relation dure« Hais aujoufdliuy n*a vivant crtetaie Qui Boît ton per, ne ton semblable en vie.

Faveur, ne don, ne rien ne m'en dévie.

Mais raison vraye et saine vérité ITen sont piUiers comme à leur hérité.

Trompes, darons, orgues mélodieiiseSy Tubes sonnans, voix humaines et anges, PsaltérîonS) harpes dtMeusss, Engins floris, natures précimises, Sont aujourdliuy décantant tes kmenges.

Et par le siècle et jusques aux aichangss Vont espaidant leurs glorieux acoords , De tes hauts ftdts et de ton noblo ^rps.

Le ciel te quiart; la terre te fisveursu Papier vers toy s^espanist et délite; Yiel eeerit ployé et t'encline et hcmneufff ; Ton haut engin t^amiie et asseure; Bude et subtil, chacun s'y habilite^ Et oommo on quiert la perle très-^slito OomnM tm trésor précieux en aoqueme, Ainsy t*a festé homme, ciel et la terre.

Plus tost faudra de son droit cours nature.

Plus tost faudra le marbre dur en cendre.

Plus tost faudra gravée en fer scripture*.

Plus tost faudra la terre en fioriture ,

} ^ 1 ^ ^* dans les mss. de Florence et de Paile : çtaveur/èrescripture, ^9oti que nous publions, est empruntée an ms. de BrusaU^. Il serait

ia4 ÉPISTRE

FluB tost viendront les montaignes descendre. Plus tost seront tous engins sans entendre.

Plus tost n'aura or, ne métal, ne mine.

Que ton los faille ou ta gloire termine.

Vy, règne en gloire, en vivre te délecte.

Règne en triomphe et vy immortel homme, Choise^ et esly, demande et sy affecte • Llionneur du monde et son amour parfecte.

Tout est pour toy, et fortune fest promme; Ne crains Troyen, ne haut César en Rome, Règne emprès eux et monte en gloire égale :

Nul toy meilleur par sentence légale.

Meurs quant voulras, tes gloires ne mourront. Tu vivras mort et régneras sans estre; Les parfons cœurs par pleurs te raviront ; Les cieux, les aers, les voix feslèveront, Et tout transy^ vif te feront renaistre.

Tu seras rien, et sy seras en estre; Tu g^rras cendre en terre obscure et noire.

Dont la noirté resplendira de gloire.

Rends gloire %. Dieu; rends grAces glorieuses; Rends-luy haut los et dévotes cantiques ;

peut-être téméraire d'y trcaver une allaslon à la découverte de Timprimerle que Pontus Heateras fait remonter à 1440 (Ber, burffund.,lV, 8]. Cf. un passage de la chronique d'Adrien de Bat, déjà signalé par M. Gachet {Bull, de l'Académie, 1839), mais paraissant se rapporter toutefois à une date moins ancienne que ne l'a cru M. Oacbet. Chastellain art-il pu songer à désigner des caractères en métal servant à Timpression? C'est Molinet, continuateur de sa Becollection des merveitlee, qui nous dira:

J'ai vu grand multitude De livres imprimés. Pour tirer en estude Povres mal argentés.

< ChoUe,voiB.

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