‹ Œuvres de Georges Chastellain (volume 3)Chapitre 7 sur 54 · HÉBÉ8IB · texte numérisé non relu

HÉBÉ8IB

Je seray là plus tost que vous :

Allez si tost que vous vouldrez.

BÉFOBICATION OU JUSTICE.

Cheminez, Paix; avançons-nous.

PAIX

Je seray là plus tost que vous ; Et qu^estKsecy? Veult devant nou»

Hérésie aller?

HBBÉSIB.

Vous errez; Je seray là plus tost que vous.

Allez si tost que vous vouldrez.

BÉFOBMATION.

Ne vous chault, Paix. D*elle pourrez Avoir raison devant le juge.

PAIX

On iroit en vain à refuge

Au Concil, si les maux ne venge.

BÉFOBICATION OU JU8TICB.

Le Saint-Esperit, le bon ange, L*a cy mis. Il ne fera rien Qui ne soit au gré de tout bien :

Autrem^t faudra dire lose.

PAIX

Je le croy bien ; mais quelle chose Yoy auprès de lui haut assise!

DIE BÂSLE.

Ce me semble nouvelle guise.

Il ne devoit, que pour nous trois Estre Tenu cy ; mais je crois Qu'il a vers lui une autre femme.

BÉFOBMATION.

Parlez bas : il seroit infâme

S'il faisoit fors que bien, ma sœur.

CONCILB.

N'ayez paour; non, ayez bon cœur :

C'est notre mère Sainte-Ég^, Pour quoy j'ay telle peine prise A convenir en ceste place.

PAIX

! Louée soit la Dame de gr&ce !

I Dame, bien soyez-vous venue.

L'éOLISB.

Nous nous verrons par plus d'espace.

XtéFOBHATION.

Louée soit la Dame de grâce !

HtaisiB.

Je ne sçay quelle chose fasse, Tant ay paour d'estre court tenue.

PAIX. -

Louée soit la Dame de grâce !

BJF0B¥ATI0lf.

, Dame, bien soyez-vous venue.

Mieux ne peut venir soub la nue.

BÉFOKKâTION.

Or allez, Paix, au oostô désire.

PAIX

Moi, je seray au senestre :

Béformation, c'est mon lieu.

BÉFOBIUTION.

Puisqu'il TOUS plaist, soit fait; adieu!

l'^glisb»

Yoy le doux maintien qu'elles ontf

CONOILB.

Justitia et pax osoulats iunf:

Justice ou Béformation

A baisé, par dilection,

Fdx, qu'elle ayme d'amour entière»

hAbésib.

Dieu mette en mal an la ma mère f Plust à Dieu qu'ils ne vissent goutte !

Et où seray-je sur le coûte ^?

On ne me assigne point de lieu , Mais [il] m'en chaut bien peu, par Dieu ; Je seray bien partout logée.

L'iausB.

EUe parle comme enragée..

i Conte, lit, siège.

DE BÂSLE.

CONGILH.

C'est voir : apejorirota Semper suntjwgia maia.

La pire roue tousjours brait.

Or çà, sans faire plus de plait.

Faisons pour moy : sommes ensemble.

PAIX

Concil, par congé il me semble Bon d'attendre s'il venra âme.

BÉFORMATION.

yous dites très-bien, belle dame.

Tel ou telle peut estre près»

Qui ne pourroit si bien après Estre cy, comme devant tous.

L'éOLlSB.

Je suis d'acort aveoques voua.

FfiANOB.

Deui, in quantU Animuê versaiur amantis !

OONCILB»

Qu'est-ce que j'oy?

HÉBBSIE.

Voof elamantis,

FBANCB.

Hélas, c'est une voix piteuse D'une Me désespérée,

iO LE CONCILE

Qui est huy la plus malheureusef Concques fu créature née.

A • c'est fol ou folle.

Qui ne scet que fait ne qu*un ivre.

Ne point n'arreste en une cole ' :

Tout lui est un, mourir ou vivre,

Je suis, que on appelle France,

La sage femme, au temps jadis.

A .... * suis sans doubtance,

Loué soit Dieu de paradis !

Bt s'amant par elle se complaint

De faulse amour qui le contraint

A dire mal de ses amours,

Qu'en peut mais, si point ne se praint

De plaindre *

De tous maux, sans avoir secours?

Je suis si fort au cœur navrée

Et en tous membres tourmentée.

Que je ne le sçay à qui dire.

Quand je cuide estre confortée

D'un lez, je me trouve cassée

De l'autre, tant que c'est tout ire.

Il a passé vingt-cinq ans.

Que depuis le pied jusqu'aux dents,

Je n'eus, ne santé, ne repos;

Et qui pourroit estre oontensT

Le plus sage y pert son propos.

Hé ! Dieu ! je ne sçay plus que faire

Pour les gprandes oppressions

Qu'on me fait : plus ne m'en puis taire.

1 Lacune. Il faut peut^-étre lire :

A vray dire, c'est fbl ou folle.

> CoU, accès de fureur, de désespoir.

* Lacune d*un mot.

* Lacune de quelques mots.

DE BASLE. il

•Tay tant d'ymaginations,

D'estranges cogitations,

Doux Jésus» mon frère et mon père!

Que si mes grans afflictions

Ne cessent, je me désespère ,

Combien, quant je viens à raison,

J'en suis cause par mon malice;

Car j'ay mis hors de ma maison, ]

Par mon orgueil. Paix et Justice.

Très-doux Dieu I soyez-moy propice, -

Sique ma tribulation

Puisse porter : c'est votre office

De donner consolation.

Dieu, pour Tamour de vous» j'endure

Ceste grant peine, en espérance

Que ce temps g^ères ne me dure.

Sy, par toy, je pry, com s'avance,

De moy aidier : le cœur me lance '

Puis çà, puis là, par desconfort.

Je ne sçay plus ma contenance;

Car plus vay, plus m'agrave fort.

Hé! bon chevalier Prancion,

Fils de Hector, de la nation

De Troye, quant me mis nom France,

Ce n'estoit pas t'entention

Que venlsse à subjection ,

Comme on voit, n'a telle meschance.

Chascun m'abandonne à oultrance.

Je porte sur moy ma chevance

Par la bonne provision

Des miens où dusse avoir fiance :

D'eux et moy, par leur gouvernance.

Se moque toute région.

Quand je pense à ma grant noblesse,

• J/e ($nu?

ii LE CONCILE

A moB honneurs, à ma richesse, Et à Testât où suis venue.

Le cœur me fault tout de détresse ; Ma joye se tourne .en tristesse :

Plus povre n*a dessoubs la nue.

Hélas! que suis-je devenue?

Je suis tant vile et mal vestue Que je ne sçay à qui m'adresse.

Je ne suis plus de nul cognue Par les miens : chacun me desnue ; Dieu leur doint recouvrer sagesse!

Hé! Dieu que pourray-je plus dire?

Plus pense à mon fait, plus ay d'ire.

Que ne me viens-tu quérir, mort?

Plus ne puis souffrir ce martire.

J'avoie envoyé à Tempire, A fiasle, pour avoir confort De conseil, mais tout semble mort.

Nul ne veille pour moy, tout dort.

C'est mon mieulx d'y aller de tire; Car, si là puis venir à port, Je croy que n'y aura si fort Franc cœur qui pour mpy ne soupire.

Sy eussé-je, à briève langage,

Ce voyage Voulentiers certainement Évité, mais nul message

Fol, ne sage Ne m'en vient aucunement.

Que font-ils si longuement,

Si humblement Ne procèdent d'un courage?

Durer ne puis longuement,

Yrayement.

Je yrai par quelque passage;

D£ BASLE. i5

Là devray trouver TÉglige

Haulte assise, Le Concile, Paix et Justice; Hais paour d*estre reprise

Quant m'ayise,- Deux, quatre, car comme nice Vais seule, et tout pour mon vice,

Le service Que j*ay, chascun me desprise :

Mal eus onques bénéfice.

Ne office.

J*en vois, et dusse estre prise !

Adieu, clercs, nobles, bourgeois :

Je m'en vois  Basic pour vos mesfaits.

Vous estes monstres aux dois.

Tous François, Que n'avez Justice et Paix.

Tels joyaux n'aurez jamais :

Je m'en tais.

Je les querray , saufs tous droits ; Peinez-y, comme je fais ;

Et mon fais Allégera de grant pois.

Priez Dieu à haulte voix.

Mes en£ans, pour votre mère.

Si je faulz à ceste fois.

Je mourray de mort [très] amère.

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