BAN0B
Haa! Paix, haa ! Réformation Que je vueil appeller Justice, Autresfois, m'avez fait service ; Mais puis que de vous ne tins compte, Je n'eus bien et vis à grant honte :
Je me rens coupable à genoux.
PAIX
Haa ! mère France, levez-vous :
Vous ne devez pas ainsi faire.
iC LE CONCILE
BÉFOBMATION.
Estes France la débonnaire?
Je croy que ouyl; ha! France, France!
FBAMCB.
Je vous pri que j'aie audience
Par votre moyen au concil :
J'ai esté et suis en exil,
Tant que ne sçay plus que je fasse;
Mais, si je puis avoir espace
De parler tout en général.
J'ai espérance que mon mal
Allégera, et pour ce suis
Gy venue, car plus ne puis
Celer mes maux ; Us sont trop clers.
PAIX
Vous y trouverez de bons clercs Et mesmes de votre pays.
BEFOBMATION.
' D'une chose trop m'esbays :
Que ceux qui veulent dominer i Sur vous, ne scevent terminer ' Vos maux, et non à vous attraire.
FBANCB.
\ C'est pour néant, il s'en faut taire.
Chascun fait à sa voulenté, Sique ne puis avoir santé :
Pour Dieu, menez-moy au Concil.
PAIX
Youlentiers, aussi nous a-il Envoyés pour vous y mener.
DE fiASLE. 17
CommaDdez, nous voulons pener A vous complaire, sur nos vies.
Combien que nous ayez bannies; Mais je croy que n*en pouvez mais.
BÉFORMATION.
Ha! ma sœur, n'en parlez jamais.
Elle en a assez à souffrir.
Présenter la faut et offrir Au saint Goncil et à TÉglise.
Saint Concil, nous avons tant quise La voix, que nous Tavons trouvée.
C'est France, jadis bien nommée.
Qui tant est serve, et en vil point.
CONCILB.
France, je ne la cognois point; France n'a point si laid maintien.
EDSKiSIB.
Pourquoy non? je les en croy bien ; Elle a si bien fait parler d'elle Comme moy qu'il est grant nouvelle Far tout le monde de nous deux.
Elle est en ce point, ce m'aist Dieux !
Comme on voit, par les tiens vassaux Qui pour moy ont fait maints assaux, Aux Boesmes et Pragiens Que j'ay tenu en mes liens :
C'est guerre, famine et la mort.
FBAMCB.
Hélas ! vecy petit confort
Pour moy mettre le cœur asseur.
TOI. Tl.
iS LE CONCILE
H^BÉSIB.
On m'a cuidé faire grant peur Pour dire, que si France eust paix, Je ne rég^eroie jamais.
Dieu mercy, enoor n*ay-je garde D'elle, car quant bien la regarde, Je ne la craing, ne ne la double.
Tant que soit ainsi. Somme toute, Ainsi la veuille Dieu tenir !
l'iéqlisb.
On ne scet qui peut advenir :
. Tu parles bien trop. Hérésie.
PAIX
Ne vous chault de riens qu'elle dye ; Vos bons amis vous aideront.
F&ANCB.
Hélas! Paix, m'amie, feront?
OONCILB.
Bien soyez-vous venue, France.
Puisque c'estes vous, prenez place.
FBANCB.
Église, à vous soit révérence !
L*ÉGLI8B.
Bien soyez-vous venue, France.
BâFOBlfATION.
Elle vient à obéissance, Â secours.
PAIX
Prenez-la en grftce.
OONCILB.
Bien soyez-vous venue, France.
Puisque créâtes vous, prenez place.
FRANCS
Puisque TËglise voy en faoe.
Je prens en gré ce que j'endure.
Elle est douce de sa nature Et pleine de miséricorde, Sique pécheur qui se raccorde  elle, ne périra point.
Chascun reçoit. Je ne plains point Riens qu'elle ait eu de moy jadis ; Car grâce à Dieu de Paradis Il me semble qu'elle remploie Très-bien, supposé que j'en oye Et ay ouy plaindre pluseurs De mes subjets. Oncques couleurs Ne rendirent chose tant belle.
Ce semble une douce pucelle ; A son vis, c'est toute plaisance.
l'éqlisb.
Vous vous décevez, fille France, Et savez mal ma maladie.
Pour ce faut que je la vous die : Yray est que pardevant 0uis belle, Hais par derrière, je chancdle; Regardez : j'ay jà dit pourquoy.
FaANOB.
Pour Dieu, Dame, pardonnez-moy; Certes, je n*en savoie riens.
L*iaLI8B.
Vray est que j'ay eu de vos biens.
Dont bien me souvient; car TÉglise Pluseurs fois avez sus remise.
Sans les autres qui sont sans somme.
On les scet assez bien à Homme , Mais tout s'en va comme il vient; J*ay grand deuil quant il m*en souvient Comment j*ai esté gouvernée ; J'aimasse mieux n'estre oncques née, Si brief remède n*y est mis.
OONCILB.
Vous avez cy de bons amis, Créez» chascun labourera Si bien que vous amendera.
Si Dieu plaist, ains que je départe.
PAIX
Haï ce seroit trop grosse perte.
Si je ne suis remise sus; Tout le monde seroit déçus D'estre venu yci en vain.
BâFOBMATION.
Je y ay mis et mettray la main.
C'est raison ; car en bonne foy , Vous ne pouvez régner sans moy ; Pour tant en vyeil-je prendre soin.
DE BÂSLE. 21
FRANCE
Hélas ! il en est bien besoin :
Certes, tous avez tout attaint.
HBBÉSIB.
Oomme chascune se complaint !
Je ne vy oncques celle galle.
Mal seroie venne à Basle, S*il advient ainsy oom pourpense.
Or faites, faites, car je pense Que partie en demourra.
Je brairay si hault com morra*.
Je ne vueil riens dire en secret :
11 n'y aura par Dieu déciret Contre moy, qui suis Hérésie, Ne contra ma sœur Symonie, Ne contre les concubinaires, N'autres, ce croy, qui durent guères S'ils ne sont à chaulz et à sablon.
Ne cuidez pas que nous fàblon :
Fols et folles dient paroles Souvent qui ne sont pas frivoles.
Je vous en dy ma râtelée'.
Et ne puis-je qu estre brCdée :
On en verra Texpérience.
l'église.
Concil, si par votre science, Moyennant Béformation,
* Je ne comprends pas ce vers. Y a^t-il ici ane allusion au chant broyant des Morabites, dont le nom serait exprimé par abréviation? Faut-U lire : e^on morra pour qi^on mourra?
' Ma raUUe, ce que j'ai réuni avec mon rftteau, ce que Je sais.
Ne m*est faite provisiou
Telle que Paix soit bus remise.
Il n'est plus riens dé moy Église.
La douleur que j'ay, trop m'altère.
Quant je regarde et considère
J'ay de mal tant en tous estats :
Quaniam a planta pedis usque ad ^erticmm
Non est in me mniios '.
Je sens partout le corps malade ;
Sans riens excepter, je suis fade;
Mon corps est partout diffamé
PerfilioB qnos enntrivi et eaaltavi :
IpH autem spuevmmni me*.
Ghascun, soit clerc ou séculier.
Tend à son prouffii singulier.
Plus n'ay enfana qui tiennent compte
De moy, par quoy je yIs à honte.
Je perds, entre les autre» choses.
De pièca, deux tfop belles rosée.
C'est assaToii Boesme et France,
Dont trop me doubte». car sans doubtance^
Bien reparoient mon ehapeau.
Perds-je pas aussi de noureau
Partout mon principal domaine?
Quant je y pense, je me domaine
Tellement que j'en perds mon sens;.
Et tout ce vient par mes enfans
Qui ont bannie charité,
Justice, paix et équité,
Et se sont du tout empeschés
En tous vices, en tous péchés.
En moy laissant à la volée
^ Cf. Deuteronom. xxvm, 35.
* Isaie, 1, 2.
DE BÂSLE. 85
Comme yeave descoofortée,
Dont fort me dueil, n'en doubtez mie.
Bien pour moy diaoit Jérémie :
Fada est quoH tidva, domina gentium :
PHnMpt ffimnctatum faeia est sub tHbuto';
Celle qui estoit la princesse
Sur tous christieïis et maistreasoY
Est devenue tributai^.
FBANOB.
Moy aussi, ne me puis plus taire Que, comme TÉglise, ne die  TOUS, Condl, ma maladie; Car je souffre en espécial Ce qu'elle dit en général, Tant qu'à moy peut toucher et touche.
Nul ne sauroit dire de bouche Les maux que j'endure à grans cas Soubs elle, par mes trois estas'.
Par eux, je n'ay jour de repos.
De heure «n heure mue propos Et souffre du pied jusqu'au chief.
Tant et tant, que c'est tout meschief .
Toutefois, je les nourrissoie Es temps passés et eslevoie.
Tant que chascun estoit contens.
Or sont-ils tous en tels contemps^ Par leur orgueil, par leur envie.
Qu'ils m'en feront perdre la vie.
Ce que je dy, c'est à ma honte, Ne plus ne tiennent de moy conte.
■ LamenL Jerem. I, i.
* Une assemblée des trois États du royaume de France, tenue à Paris, ratifia le 6 janvier 1420 (y. st.} le traité de Troyes.
8* LK œNCILE
Car j'estoie bien renommée Partout en chascune contrée, Sique chascun venoit apprendre De moy. On ne pourroit comprendre Que c'estoit, quant je m*en remembre :
J'estoie soubs TÉglise membre Qui les corps moult embellissoie; Mais on m*a bien mis jus ma joie.
Car il me convient mendier.
H^ÉSIB.
N'y a-on sceu remédier?
FBAMCB.
Sy eust bien, mais on n'a voulu.
HâiùâsiB.
ITaist Dieux I orgaeU vous a toUu Votre honneur, comme a fait la gueule A Prague. Vous n'estes pas seule :
A elle et vous, ce les enporte.
FBANCB.
Cecy guères ne me conforte.
Dieu amende les Pragiens !
France et Prague, entre christiens, Estoient jadis comme l'œil*; Mais par leur gresse et leur orgueil Ils ont &ut de leurs vertus vices, Sique [ont] par leurs soubtils malices Aucuns d'elles moult hault levée,
• Yojfez t. m, p. 372.
Non pas des miens. J'ay renommée De tous temps estre catholique ; Ifoncques ne nourris hérétique.
Ne jà ne feray : sy m'ait Dieux î
HSBÉSIB.
Et de combien valez-vous mieux?
Jà-soit-ce que ne soyez pas
Venue jusqnes à mes las,
Sy avez-vous de la semence
Dont je viens, qui voit Tordonnanoe
Des filles d'orgueil que descript
Saint Grégoire, en un sien escript.
Aussi, qui voit ad Chdathas
Saint Pol, au quint' : il met grant tas
Des faits crueux où on en peut
Trouver, et autre part qui veut;
Mais pour brief cy fais mémoire
Des filles que met saint Grégoire,
Qui, pers' qu'à moy, vous ont servie
Par très-long temps de votre vie.
Je les nomme inobédience,
Noise ou contention, vantance,
Pertinaxité et discorde ;
Mais devant ce, bien me recorde.
En ordre va ypocrisie.
Et puis moy, qtd suis Hérésie
Mets à la queue en la fin ;
Car en moy gist le fort venin :
FUÙB, inquit^ inanis gloria sua
Superiia, sunt inobedientia^
Canteniio, jadaniia, fpocrisiê.
' Au quint, au cinquième cHapitre.
* Péri [pariter] lemblablementi audsi bien qu*à moi.
Pertinada, diieordia, nontaium
Prasumptio. «
Or me dites : que signifie
De nouveautés présomption,
Autre chose, fors hérésie,
Selon sa définition?
Quia notUatum prasumptio est,
Cum quis nova vel dicii vel
Invenit %t laudetur.
Puis donc que vous estes fournie
De racines dont me vient vie
Et dont je descens par lignage,
Il me semble, qu*& brief langage,
Entre Boesmes et François,
Moy ostée, n'a pas chois.
Je dy : quant au gouvernement ;
On le voit assez clôrement.
Et c'est ce que dire vouloie.
FRANCS
Ne me sçais-tu faire autre joie ?
Ce que les autres ont meffait, Ne m'alége guôres mon fait ; J'ai failly, je n'en doubte mie.
En ces dits, au moins en partie.
Mais les Bougres se sont soubsmis A toy , et hors de la foy mis ; De tant se doivent plus haïr.
Quant à moy, je vueil obéir, Et ay tousjours, & Sainte-Église.
Qui eust pris garde aux dits Moyse, Qui sont en son livre, c'en nomme En vulgal : Deutéronome
DE BÂSLE. 27
Au vingt-huitiesme chappitre \ Point ne chussions à ai bas titre.
Bien Bçay que par oultrecuidance Et faute d'obéissance A Dieu et ses oommandemens, Ayons-nous tant dénombrement.
Et tant de grans d'afflictions :
Toutes les malédictions Qu'à eux et moy sont advenues, Et enoor sont plus contenues Où j'ay dit, qui y veult garder Les dix commandemens de Dieu.
Quant à moy, je suis en tout lieu Maudite, aux champs et à la ville.
Il n'est créature plus vile Que je suis, mais c'est de grant pièce.
On m'a destruite pièce à pièpe, Sique ne me puis soustenirp On n'ose aller, ne venir Par tout mon pays à la ronde ; Toute iniquité cy abonde; Je ne sçay lequel me fait pis :
Ils sont tous tant faulx et despis^ Que je ne le sçay à qui dire.
^ Ils n'ont pitié de mon martire, Ne qu'ils auroient de pourceaux.
Ils s'entretuent à monceaux, Sans pitié, sans compassion ; Si Dieu n'en a rémission, Ils y perdent et corps et ftme.
A brief parler, j'en suis inf&me.
On ne sauroit compter en brief
I CTest dans le vingt-huitième chapitre du Deutéronome que Moïse annonce les malheurs qui frapperont les transgresseurs de la loi divine.
Ce qu*ils font, les maux et le grief;
Tout est perdus, empersonné * ,
Destroussé, pendu, rançonné ,
Ou au mieux venu à pastis ' ;
Et qui n'est de partir hastis.
Dieu scet quel meschief on Ty fait.
Jusque au bouter le feu de fait.
Plus n*7 faut quérir labourage
De tout; n'y a pas un village:
Tout est le pats régalle ' ;
Ne n'y a chante^, ne balle,
Ne croi, ne calice en l'église, .
Où on devroit avoir francise.
Encor pis, femme, enfant ou prestre,
N'est espargné où que puist estre ;
Les églises sont violées
Et les filles dépucelées ;
Brief , tout est plein de mauvestié ;
Plus n'y a douceur, ne pitié,
Ne foy aussi, ne loy gardée.
Ainsi suis partout gouvernée :
Ils ne cuident jamais mourir;
Je ne sçay plus où recourir.
Dieu ait l'âme des trespassés !
Il a plus de trente ans passés.
C'en me commença ceste dance ;
Mais, or peut-on dire : t Adieu, France,
« Le doux pays, la bonne terre!
< Tu fineras tes jours en guerre
I Non obstant quelconque famine
* Bmpwrsonné, pour emprisonné,
•- Venu à pastis, mis à contribution.
' Tout est le pats (ou pasf^ régalle, tout est dévoré par la régale?
* Chante, chanterel? livre d'église? peut^tre. Chaule, bille. Ni bille, f?i balle Bénit en ce cas une locution proverbiale.
DE BÂSIJS.
< Qu'auras par vengeance divine ; »
Car cruelle mortalité ,
Sy n'ay-je ville, ne cité
Qui nagaires ne Tait eu grande ;
Toutesfois nul ne s*en amende,
Ne ne corrige ses excès.
HÉBÉSIB.
Vous avez fait bien long procès ;
Sy n*avez vous riens icy dit,
Que eux n'aient sans contredit
Et pis d'assez, je vous affye,
Car ils m'ont par long temps nourrie
Et feront encor, si je puis.
Si Dieu plaist, toutesfois je suis
Bien contente, car, comme il me semble.
En maints points convenez ensemble.
Cest grant bien d'avoir compaignie:
Vous serez, quant Boesme guérie,
Qui pour moy a cy audience.
fbànob.
Concil, ayez pitié de France :
En cest estât ne puis plus vivre.
BâFOBMATIOM.
C'est grant fait d'oyr sa meschance.
PAIX
Concil, ayez pitié de France.
HÉBéSIB.
Aura-elle si tost délivrance De ses maux?
CONCILB.
Tay-toy, rote', et yvre.
L*ÉGLIBB.
Goncil, ayez pitié de France.
En cest estât ne puis plus vivre ; Vous avez ouy à délivre La garant douleur et le meschief Que j*endure et ay tant eu chief Et en membres : je péris toute; Qui ne le voit, il ne voit goûte.
Pour Dieu, ayez de moy mercy,
CONCILB.
Et pour ce suis-je venu cy.
C*e8t toute mon entention
Qu*ayez par réformation
Paix avec vous en général
Et aussi en espécial ;
A mon pouvoir, n*en doubte nuls,
En vain seroie cy venus
A ceste &n, par monts et vaux.
Sont cy arrivé cardinaux,
Patriarches et arcevesques.
Aussi multitude d^évesques,
Abbés, prélats et clercs sans nombre.
FSANCB.
Je vous requiers 6 sans descombre Afin que m*en puisse sentir.
BÉFOBMATION.
Vous diray-je voir sans mentir?
Certes vous n'aurez jk remède ,
< Bote (du flamand : rot), pourrie, gfttée.
Au moins en tout, 8*on ne procède De bon vouloir en charité.
Sans vouloir par subtilité Quérir cinq pieds en un mouton.
PAIX
Je vous prie, ne nous bouton En matière qui nous délaye.
Je croy et tiens pour chose vraye :
Chascun est bon ou il périt ; C*est le fait du Saint-Esperit :
Autrement dire, c*est errer.
RiCFOBMATION.
Si chascun se laisse ferrer.
Tout ira bien, je le conclus.
Toutesvoies, je ne puis plus Moy taire contre vous, ma sœur ; Il semble qu*ayez jà le cœur.
Sans coup frapper, du tout failly :
Bien défendu, bien assailly, Laissez-moy faire mon devoir.
Chascun peut bien appercevoir Que nulle part ne régnerez Sans moy; j*ai cy grant intérestz.
Pour .ce ne me faut-il plus faindre.
J*ay ouy TÉglise à plaindre Devant nous tous piteusement.
Et France aussi semblablement, De quoy Hérésie se moque.
Qui de riens ses mots ne révoque.
Hids tout quique a, pent à soy hache :
Sy vueil-je bien que chascun sache.
Ce qu*elles ont, c'est par leur vice
Et par le mien, car mon office
J^ay exercé mauvaisement.
Je le TOUS dy publiquement ;
Je m*en confesse, il m*en desplaist.
Le saint Concil, s*il lui plaist.
M'en absoldra, il a puissance ;
Dieu m*a donné reoognoissance
De mon mesfait, je Ten mercie.
Faites tous ainsi, je vous prie.
Car nul n'y a qui n'ait mespris
Envers Dieu, dont sera repris
S'il ne s'amende ainçois qu'il meure.
Mourir conyient quelque demeure.
Nous véons les plus g^rands mourir;
Pour tant Tueillons tous recourir
A celle très-sainte leçon:
Medicey eura te ipsum.
Toy qui veux autrui corriger,
Yueillez avant tes faits juger :
Ce doit tout catholique faire.
Et s'aucuns dient le contraire.
Je vous promets ipropterea
Etaginabo glaiium meum
Et interjlciet eos manus mea\
Pour ce c'on a dissimulé
Au temps passé et reculé.
Et encores c'on dissimule
Au temps présent et c'on recule.
En tous estats, moy la première.
Est l'Église, en telle manière
Déserte, comme elle raconte.
Je ne sçay comment on n'a honte :
Chascun doit avoir conscience.
Mais tous appliquent leur science
» Exod. XV, 9.
Dfi BASLE. 33
A vouloir autrui surmonter.
Quoy gagne de si haut monter , Puisqu^à la fin faut tout laisser?
Il convient chascun abaisser Envers Dieu par humilité.
Par bonne amour, par charité, Qui voudra que sa voix profite :
Au saint Concil, je m*en acquite.
Ainsi les appostres faisoient, Ce scèvent ceux qui leur fait voient :
Brat eis cor unum et anima tma \ Je promets qu'à Basle n*a Qui sache si jamais verra Le temps que Goncil» sera, Si Dieu ne lui a fait savoir.
Pour ce fasse chascun devoir, 8*il peut, de remède quérir Pour l*Église, c*on voit périr; Et se elle eust esté assemblée Plus souvent depuis qu*elle est née, Par bonne réformation Et sans dissimulation, Je croy que tout fust chrestien. Que nous dit le bon ancien David : Quibui est forma morum, In omnem terram exivit sonus eorum ^ Les appostres partout preschèrent Quant la foy ceux commentièrent' :
A quoy tient donc, que tout n'est un, Fors que, les temps passés, chascun Ka, pas du tout fait son devoir, Pour quoy dy» com peux percevoir,
' Cf. Aei. Apost. IV, 32.
» Cf. Psàlm, XVni, 5 eiBpist, B. Pauli ad Botn. X, 18.
* Commentièrentf commentèrent.
TM. Tl. 5
34 LE œNCILE
Que par ces fautes, Sainte-Église
Est aujourd'ui ainsi bas mise.
Elle a voulu à tous complaire.
Et par ainsi je ii*ay pu faire
Mon office, par quoy languist
Paix, et chrestienté périt.
En général qui Tosast dire
Et quoy qu*en soit, en ont du pire
Aucuns pats, à part : c'est France
Et Boesme, qui sans doubtance
Ont grant besoin d*aToir secours.
On le crye cy tous les jours :
Plaise à Dieu qu'à temps en souyiengne ;
Car s*il advient (que jk n'aviengne I)
Qu'en ces choses on ne pourvoye
Je ne voy point par quelque voye
Que homme revoise en sa maison
Honnestement, s'il a raison.
Et qu'il ait pu cy prouffiter.
PAIX
Si chascun se veut acquitter Comme vous, au moins oomme il me semble Encor demourrons-nous ensemble Soubs rÉglise nous deux et brief Il ne me chaura plus de grief Comme m'ait, aine je vous supplie ; Quelque chose que je vous die, Pardonnez-moy, ne vous desplaise.
OONCXLS.
Chascun en dit bien à son aise.
Qui n'auroit vu nuls vents venter, De peu le vouldrie^ contenter.
Femmes dient ce qui leur plaist.
Quant est de moy, il me despkist Des maux qui coure&t, mais je tien Que tout sera pour notre bien A la fin et laissons Dieu faire. Qui bien regarde saiat Hylaûe' En ces dits de la Triiuté Au livre un, en vérité, L*Église reconfortei fort, Quoy qu'elle endure en droit pu tort :
Hoc, inquit, propriim e$t eeeUii^, ui Tune vincat eum laditur, tune InUlligat eum arguitur, tune OUineat eum dwritur.
L'Église est de telle nataire Que s'on la blesse, d*ffvcmture.
Lors elle vaint, et s*en lYurguOv En mieux son entendement mue, Et quant d'elle toute on ne tient Et c'en la kisse, lors obtient.
Ainsi le dit le saint preudliomme; Et pour tant si l'Église de Borna Et autre part en pluseurs lieux Souffre, je croy que c'est son mieux Que le dit saint Hylaire a^visew
L'ÉGXaSB.
C'est petit confort pour l'Église Si vous ne dites autre chose.
OOMOILE.
Vous semble-il que je me repose?
n y a des gens hors et ens
* 9eiiil Hili^re, év^ue de Poitiers, a composé un traité eu douze Itwm sur la THnité.
36 LE œNCILE
Qui sèment que depuis trois ans Et plus, le Concile n*a riens fait :
Qui considérast bien mon fait Et les destourbes que j'ai eus.
Tel en parle qui se fust tus.
Est-ce riens d*aToir fait venir Les Boesmes et convenir Tellement qu*au plaisir de Dieu, Ains que je parte de ce lieu.
Hérésie d'eux sera hors?
H^BÉSIE.
Oyez par la foy de mon corps :
Pluseurs ont garant faim com notre este ; Mais je croy qu'ils comptent sans Toste, Me cuidans ainsi débouter.
Tout fut perdu, n'en faut doubter Par tous pays, pour abrégier ; Le peuple croit trop de légier, Mesmes en France', qui se vante Conques n'issi de droite sente.
Tant que notre foy peut toucher Ne lui vueil riens reproucher ; Elle a assez d'encombrement, Et en fièvres dernièrement N'ay-je pas eu à luy herson ■?
Du Pape, cel conclusion En concil telle ne fu faite, Ce me semble, qui bien y guette.
Mais c'on avise la besogne
> Y a-i*il ici quelque allusion à Jeanne d'Arc? Cf. tome II, p. 20S et la ReeclUdion des mereeilles que nous publierons dans le tome Vn. ' N*ai-Je pas eu aflkire à elle?
Sans fainte et sans quérir eslongne Et que chascun Toit droite voie.
PAIX
Concile, vous me faites de joie Trèstous les esprits remuer; Dieu vous donist bien continuera A ce coup seray-je remise.
Si Dieu plaist, par toute TÉglise, Dont je me doy bien resjouir; Hais plaise vous un mot olr Que j*ai dessus le cœur, bel sire.
Nous ne cessasmes huy de dire Une chose que je ne puis Oublier» c*est que je ne suis En estât, sinon par justice, Felle aussi sans moy, que son office Est tout réformer, sans esloingne.
Saint Augustin cecy tesmoig^e Assez sur les mots que dits sont :
Justitia et Fax aseulata sunt.
. Dua 9uni arnica Justitia et Fax.
Tu forte unam vis et alteràm Noufacis : mu enim est homo Qui uau vellet paeem, sed uon^ Veilet operarijusticiam, Interroga Omnes Aomines : vispacem? uno Ore respondet tiH geuus humanum:
Opto, eupio^ amo^ tolo, amo Justitiam. Q^ iua amicm sunt, Justitia et Paso oseulantur. Si Amieampacis non amateris, non Te amabit ipsa PasOy née veniênt Ai te. Auçustinus super psahnum
Octogerimum qpartwm.
Desquels dits «n brief vueil i«tfwtfe Que nul ne me peut attraire S*il ne se laisse réfonner :
Je le dy pour vous informer De mon pouvoir; en vérité Pour ce ait de vous miitorité Béformation sur diascua Ou Justice, ce m^est tout un.
De rechief «'«ne n'en a asaee.
OONCILB.
Paix, pour néant, vous vous lassez.
De ce m*osé-je bien vanter.
Toutesfois, pour vous contenter Et d*elle donner cognoissanee, Sachez qu'elle a telle puissance, Je ne vueil qu'elle «spargne homme.
Tant soit le saint père de Rome, Cardinal, patriarche, évesque, Abbé, prélat, clerc, n'arcevesque,, Advocat, procureur, notaire.
Juge ou autres, et laissez braire.
Je vueU c'en réforme la court, Chascun en droit lui, bref et court,.
Et généralment tous estas Depuis le chef jusques au bas :
Autrement tout ne vaudroit rien.
Sans faute, vmis dites trè9-bien.
Par ce moyen ràgnent paix.
Qui est plus gmxt bien «que jamais Homme en œ monde puisse mvoir.
DE BASLB. 53
Chascun le peut assez stiroir
Par ce que saint Augustin dit
En un lieu, et vecy son dit :
Taie bonum est bonum pacis
Quoniam in rébus creaiis
NiehU gratiosius solei àudiri,
Nil ielectàbilius coneupisoi, et
NieAil utUius possideH. SpirUus enim
ffumanus nunguam timJtciU fnembra,
Nisifuerint unica. Sio Spiritut Sandaê nunquam
Vivijleat ecebsia membra, nisifkerint
Inpaee imica, Augitstinus de Cititate Dei.
Le bien de paix est un tel bien
Qu*en ce monde mortel n^a rien
Plus gracieux, plus délitable,
Kk posséder plus profitable ,
Et met une sollicitude
Que nul n'ygnore, 8*il n'est rude;
Sioonmie Tesperit humain
Ne vivifie pied, ne main,
N'autres membres, si bonnement
Ne sont unis : semblablement
Le Saint-Esprit qui fait vivre
L'Église, la laisse à délivre
Sans donner à ses membres vie
S*ils ne boutent d'eux hors envie
Et ayent paix eu unité
Par bonne amour et charité.
C'est en brief mon intention.
BÉFCBIIATION.
Parlera Béformation Un mot sur ce, ne vous déplaise.
Sans doubter, je seray bien aise Si paix par moy peut estre asseur
Et règne, mais j*ai trop grant peur
Par fausse paix ne vienne enjeu.
J'ay vu saint Bemart : en un lieu
Het de fausse paix trois manières ;
Dit ainsi com je vi naguères
Falsm pacis très su/ut species :
Seilieet paa œstimata.
Fax HgiUata et pax imperata ;
JSstimatur a nescientibus; iiffUlatur
A non hàbentibus; imperatur a wm tinentibus.
Ces trois paix sont : paix estimée
Et paix fainte et paix commandée»
La première ont simples qui oient
Parler de paix et de fait voient
Les grans aultrement à paix fiûre»
Et souvent advient le contraire.
L*autre paix qui est dite fainte,
Bègne huy en compaignie mainte ;
Car pluseurs font.de paix manière
Et ils traXssent par. derrière.
L*autre paix ont les souverains
«Qui mettent loys et font.
De telle paix, nous ga. . . .
Sy règnent-elles en
En siècle et en
PAIX
CTest bien.
Mais . . .
Se ... .
Par. . . .
' Ici et dans d'autres parties du manuscrit quelques feaiUets sont incomplets.
B£ BÂSLE. 41
HJBlSSIB.
Vous dites ce que bon vous semble, Mais certes, vous n'aurez jamais Quoy c'on die, parfaite paiz.
Tant que deux points seront sur terre Qui souvent renouvellent guerre.
UÉglise pièca Ta cy dit; Elle Ta pesché en un dit De Sénèque; aussi ai-je. De moy le n*en disse rien, mais je voy bae chascun sy parle latin; /Je décliqùeray un tatin '.
QuietUsimam vitam agerent Aoinines, Si Aac duo a natura omnium rerum Tolkreniur, meum et tuum. Sbnboa^ In libro : moralibus.
Si mien et tien fussent ostés, Fdx pust régner de tous costés ; Mais je vous jure et vous afferme.
Tant que durront, ne sera ferme.
Je le vous dy pour autruy.
GONCILB.
c'est yci à meshuy,
sans rien besongner,
• . eslongner.
PAIX
Commençons au plus nécessaire.
CONOILB.
Dieu nous doint en tout bien préfaire!
JTous avons des cas bien pesans.
' Je tepperai un coup.
KiFOBlfATION.
Gommençonâ au plus nécessaire :
Despèchons ceux qui sont présens.
HÉBiSlB.
Je proteste que je me rens Devant tous sans aller plus loing Au cas qu*il en seroit besoing.
Je croy bien votre intention.
Oyez-vous, Réformation?
Laissez-moy et despôchez France.
BéFOBICATION.
As-tu peur de mener la dance»
Qui ainsi brais à la volée?
Pièca, dussez estre brûlée, Car tu ne fais que te moquer.
Si te voulsisses révoquer De bon cœur, tu eusses mercy.
HinisiB.
Attendez que reviengne cy L'ambassade qui est en Boesme, Et, foy je doy Dieu et mon proesme, S'ils se rendent, je me rendray.
S'il vous plaist, je les attendray.
Vous savez qu'ils eâtoient défendeurs.
Je suis en mains de revendeurs; Je ne leur sçay comment leur complaire.
BÂFOBHATION.
Regardez que vous voulez faire ; Vous oyez ce qu'elle respont.
DE BÂSU. 43
CONOILS.
Si ne fust pour rompre le pont Par où les uns dolyent venir, Je la fisse bien court tenir ; Mais il leur faut garder passage.
FRANOB.
Sans faute, c'est dit d^homme sage :
MiUm est ignoBcere Quam post fAUoriam fœmt$re.
Mieux vaut estpe doux, suis mentir, Qu'après rigueur soy repentir; J'approuve très-bien votre guise.
PAIX
Scelle est en la main de l'Église Qui est miséricors et bonne Tant qu'elle n'exœpte personne, Tous prent à mercy, bons et mauvais.
héfobmahon.
Vous dites ce qui vous plaist, Paix, Mais encor ne l'ave^vous mie.
Vous estes trop douce , m'amie ; Je le vous ay dit autresfois.
L'ÉaLUSS.
Vous dites bi^, mais toutesfois, Quoy que dit Réformation, Je me tiens de l'oppinion Du Concil : c'est le mieux d'attendre Afin c'en ne nous puist reprendre De justice trop rigoreuse.
rmÀNcm.
mercy ; tu es heureuse
en soyez pas digne.
BÉEÉBIB.
Grans mercys.
CONOILB.
L'Église est bénigne, Elle te laisse en espérance Que viengnes à obéissance, Mais garde bien c'on ne te voie En ville, en champ, n'en quelque voie, Jusques j*aie en ton &it pourvu ; Car si le contraire estoit sçu, Il te vaudroit mieux estre à mais.
HÉBtelB.
Non feray-je, je vous promets, Si je ne viens à mon entente. .
BâFOBHÂTION.
Sainte Église, estes-vous contente?
l'église.
Ouyl, puis c'en ne peut mieux faire.
CONOILB.
Je n'ay cure c'on vieng^e braire Après moy : entendez-vous bien?
L'âOLISB.
Ce que j'ay dit, j'ay dit pour bien, Ce semble.
CONOILB.
C'est quant à ce point, Aux autres tost.
BéFOBMATXON.
Je ne voy point Pour le présent, voie ou manière
D^entamer nouvelle matiôre, Fors pour France qui attent cy.
FRANCS
grantmercy;
à vostre plaisir,
avant par loisir,
y retoumerez-vousî
OONCILB.
... ou bien il vient vers nous
soustraire
.... doit à tous desplaire.
. . . elle a dit : c'est par elle.
FRANCS
me renouvelle
trop amèrement.
L*éQLISB.
.... le plus doulcement . . . vivrez, je vous en prie.
RéFORMATION.
. . i . . vous pas c'en die
dont ce mal lui vient
bien me prévient
qu'elle a souef nourris.
PAIX
maints en y a pourris,
mène ceste dance.
ma mère France
ils m'ont bannie,
fait trop grant folie
fols n'y prennent garde
qui y garde
les autres n'ont fait