‹ Œuvres de Georges Chastellain (volume 5)Chapitre 13 sur 43 · TOM. TI · texte numérisé non relu

TOM. TI

50 LB PAS DE Là lORT.

Du premier jasques au derrain»

Dieu Favoit faite de sa main Pour toutes vertus y adjoindre.

Que faulse mort voulut desjoindre.

Peu paravant de son trespas Et en son derrenier parier.

Les yeux couchiés encontre bas.

Voulut que moy, dolant et las^ La visse pour désespérer ; Car elle me fit appeler Et me dit basset à voix casse :

c Mon amy, regardez ma &oe.

< Voyez que fait dolantj^ mort « Et ne Voubliez désormais;

« C*est celle qu*aimiez si. fort; c Et ce corps vostre, vil et ort, c Vous perderez pour un jamais; c Ce sera puant entremais

< A la terre et à la vermine :

« Dure mort, toute beauté fine. »

Quant je vis ce dolant ymage, Ceste piteuse ramembranee, Ce taint et appaly visage.

Je n^eus ne vouloir, ne courage Qui n'en f ust en désespérance ; Tombay envers par desplaisance.

J'eusse moy voulu estre rien, Ou mourir avec tant de bien.

Celle qui congnoissoit mon cœur, Chargea qu'on me portast dehors, Tantost après, par grant douleur.

LE PAS DB Ui MORT. «I

Oongnoissant son vrsy Giéatetur; Son esperit partit. du corps; Et est mis au nombre des .morte La chose la plus assouvie .

De tout ce qu'au j(mr dHuy a viet.

De raconter mon infortune n est force que je m'6n passer C'estoit douleur non pas commrune; Dieu en gard chascun et chaseunel Combien que c*èst la droite passe.

Ce n'est point jeu de passe-passe ; Car on s'en va sans revenir : Dieu nous y laisse bien venilr!-

Las ! il faut mourir une fois.

Et ne sçait-on quant, ne comment^ Et faut porter le fais et poix De ce dont on a pris le choix, Pour attendre son jugement Qui sera de joye ou tourment.

Dont Tun et l'autre est pardurablè :

Joye mondaine est peu durable.

Sy faut hayr ce flattant monde Dont la doulceur est annemie.

Le plus haut bien qui y abonde.

Est aussy tost passé que Tonde Qui est de haut tost abaissie.

Geste chose m'estoit muchie Et ne l'eusse sçu percevoir; Mais ma dame m'en fut miroir.

Pour quoy, pour mirer les monâsinSf Congnoissmit ma fragilité» ,

S2 LE Pas DE LA MORT.

Comme celui qui sçait le mains, Ay fait et escript de mes mains, Ainsy comme je Fay trouvé, Ce traitiô que j'ay compilé Et nommé le Miroir de Mort; Ohascun en doit avoir remort.

Pour au miroir de mort mirer, Penser y £aut en remirant.

Et sy nous faut tous amirer De ceux que nous veons miner Par la mort qui nous va minant.

Rien n'y vaut donc nom dominant; Il ne luy chault, pour abrégier.

Non plus d'un roy que d'un bergier.

Comme au miroir, y est la glace Là où on voit sa ramembrance; On y choisit et corps et face.

Mais de légier elle s'efface.

Car elle n'a point de souffrance; Elle ne peut avoir grevance, Que de légier ne soit cassée ; Nostre vie est plus tost passée.

Mirons-nous donc et remirons; Veons où est le premier né, Celuy de qui nous tous venons, Où sont les vaillans champions.

Ceux qui depuis luy ont esté.

Où est le Troyen aduré Qui faisdt les autres mourir?

Il ne fut né que pour pourrir.

Où sont les princes de la terre!

Où est Alixandre d'Allier,

Celuy qui tout voulut conquerront Où est le bon roy d^Ângleterre, Artus, et son couraige fier?

Et Lanoelot, bon chevalier.

Qui fut garde de son honneur?

Ils sont morts comme un laboureur.

Gharlemaine» roy des François, Qui les Espaignes reconquist, Roland et Ogier le Danois Qui soustinrent le fais et pois, Avant ce qu*à la foy les mist.

Ils [ont] logis aussy petit Et aussy bien par dedans terre Que celuy qui va son pain quen^.

Et le grant renommé Pompée, Qui aux Bomains fit tant de biens^ Que par fureur de son espée Leur subjugua toute contrée.

Que vingt et deux rois furent siens, Après tous ses haulx faits terriens,. Il fu tué piteusement A coup ainsy qu'en \m moment.

Celuy qui les Alpes passa, Hannibal, le duc de Cartage, Doulereusement dévya Par le venin qu'on luy donna A boire, dont oe fut dommage*.

Samson, qui de force fit rage, Il est comme un foible passée Car depièça est treepassé.

> Voyez le roman d'Alewandre, publié par M. Miohelant.

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