‹ Œuvres de Georges Chastellain (volume 5)Chapitre 14 sur 43 · IS FIS 0B LA · texte numérisé non relu

IS FIS 0B LA

Où sont les preux du temps jadis»

Qui f ériient imt oovq^ fespéel La rqyne Sémiitmis, La renommée Thamaris, EtlabeUePftnfliasfléet Certes toute !k plus doublée, A eu dolante départie Et dure mott eu sa partie.

Et la mère du trèsJiaut roy, Olimpias, noble rpyne.

Qui mourut en trèe-graot desroy^ La plus dolante que je ¥oy , Fors Tempereys Af^rippine, Que son fils, pour veoir le signe Et le lieu où il fîi porté, Le fit ouvrir, q[ui lut pité?

La bonne royne Hécuba, Femme du noUe rey Priant, Laquelle vit et regarda Que mort tous les siens luy esta.

Qu'elle n'eut rien de demourant.

Elle choisit Troye brûlant Avant le temps de son termine. Et puis elle devint vermine.

Où est d'Hélaine la beauté Sur toutes autres nott pareille?

Où est rhonneur et la durté De Lucrèce et sa chasteté.

De quoy un chascun s^esmerveiUe?

Heureux est celuy qui y veille Et qui connoist qu'il faut finir !

Hélas ! nous ne pouvons fuyr.

Nous ne pouvons fuyr, faôlas!

Ne recouvrer le temps passé.

Celuy est bien chétif et las»

Qui ne craint le dokreox lis De Tesperit qui fut dampné, Qui par orgueil fut enversé.

Et tous tes siens du ciel là sus :

Bien y devons penser fà Jos^

Quant ceux si noUement créés Et en leurs beautés tant louables^ Furent pour jamai» condempnés Et soudainement traïuonués ; Quant d'anges devinrent dyablee,.

Et par orgueil espouventables [Sont] en supplice étemelment Et douleur sans amendements '

Gardons-nous doncques de péchié Qui est à Dieu tant desplaisant.

Si nous en .sommes entechié^ Faisons qu'il soit desembuschié; Yeons dont nous venons naissant Et que devenons en mourant.

Et après que nous serons morts :

Ce nous sera humble rexuQrs.

Prenons doocques tiumilité Et laissons ce péchié d'orgueil; Pensons à notre humanité; Yeons bien nbstre povreté.

Et nostre cœur en aura deulL Souq>irons et plburons de TœiL Contemplant nostre povre vie :

Sage est celuy qui peu s'y fie.

Ayons fiance au Créateur Qui pour nous la mort endura En telle amertume et douleur.

Que luy pensant dedans son oosur Abondance de sang sua.

Le poyre pécheur que fera.

Quant son Dieu tant doubta la mortt n a mestier de son confort.

6y faut avoir celle souffiranoe Et très-amère passion A llieure de sa doléance, En doulereuse ramembranoe Et piteuse compassion.

Afin qu'elle soit champion Contre Sathan et sa malice :

Il ne nous est rien plus propice.

Quant nous cuidons estre plus haut.

Plus subitement déchéons ; n ne nous faut guères d'assaut; Un petit de froit ou de chaut Nous fait avoir les trenchisons*.

Ou les mulles à nos talons.

Ou tout subitement mourir Sans regarder, n'avoir loisir.

De ceux que tu vis en jeunesse.

En ton eage premerain.

Si tu vis jusques en viellesse, Tu trouveras que mort ne laisse Ne vieil, ne jeune, ne mondain ; Un en santé mourra demain;

> Trettquisonê,txmohéoB,dou\eonBigfi^.

Tu en vois souvent et assés Plus de morts que de demeurés.

Regarde où sont allés nos pères Qui ont eu vie comme nous.

Nos parens, sœurs et frères.

Ils ont laissié ces misères Esquelles nous sommes trèstous.

Ce monde qui nous semble doux, Est décevant et tost passé :

Heureux est qui Ta bien passé !

Car c*est un passage de mort Doloureux et tantost failly.

Tu n*as donjon, chasteau, ne fort, Qui te puisse garder au fort, Que tu ne soyes assailly.

Tu auras bien de loing sailly, Quant ton esperit s'en yra Et ton corps cendre devenra.

C'est grant folie de parer Ce qui sera viande aux vers ; Ce que mets peine d'amasser.

Il te faura tantost laissier.

Et prendre habillemens divers.

Tu n'auras pour tous tes blés vers Que ta dolante sépulture Et ta puante pourreture.

jouventé de belle dame I Et que dites- vous à ce point?

Cuidiez-vous la mort si infâme Qu'elle voulsist avoir ce blâme

58 LE PAS DE LA HmT.

De TOUS assaillir en ce point!

Certes ¥ous nV ayez uù point Plus d*ayantage qu'un porder*, Et TOUS aye» qui vouldra» cbher.

Il faut laissîer vos hàulx «toiirs Et Yos robes à longue queue.

Et vous faut onldier les tours Que vous içrenoE à œsYxmrs Au temps que vous faites la reoe.

Vostre frescheur devenra bleue, Vostre regard fera horreur, Hesmes à yostre serviteur*

( noble arroy de die'indier.

Qui est osé pour ^assailErt Tu es oultre mesure ift^, Quand tu es dessva toii boursier.

Chascun veut devant toy frémir; Toy qui fais les auti^à drémir, Tu devenras' abhominable :

Ce monde n*est point pardurable.

Vous qui estes vôstus de oèurt^ Gentil homme du temps p^^ésent.

Pensez que vous le téHfez wust^ Ne vous ne sçavéz tour de éouH Qui y sçust mettre empeschement.

La beauté de vostre jôuVént Ne vous sauvera pas tousjours; Vous finerez i6lm% vos jours '.

* Var : Qu'un bergier, ms. de \t^ Bibl. imp. de Paris. ^ Tu demourras, ms. de 1* Arsenal.

* Var : Quant auriez Jbrcc de cèiM àurs, ûks. de BrtUelles.

LE Pis m lA MORT. 59

Damps abbés ne sera laissié Avec la dame de ses biens; S*il est estuYÔ ou baigné.

Il sera en terre plofngié Et ne sera son corps que fiens.

Nostre YÎe ne duita lietn Que pour avoir deuil en la fin :

Dieu s$ait qui esfbon peUetin.

Le bourgeois 4td boit du meiBeur Et fait à tous chière commune.

Mort ne luy fera plus dlionneur Comme à un povre laboureur Ou à autre de la commune.

Il ne lui chault où elle plume, A grant, au petit, au moyen :

Encontre elle, n*y a moyen.

Lors qui veut bien mourir, bien vive Selon Dieu et sa oonsdenoe, Et ses commandemefnts avive, Congnoisse sa vie ftiutlve Et prende tout en patience.

U fera tant par sa science Qu'après sa moit il vivera :

Envis meurt, qui appris ne iVi.

Mais ce n'est pas merveille grant S*on craint chose si très-amère.

Celuy que Dieu fist revivant A qui il fit de grâce tant.

Le ladre à la Marie firére Oncques depuis n'eut que misère Et toute douleur à penser, Crémant ce qu'il devoit passer.

LE PAS DE Là mort.

Lliorreur de la mort fut emprainte Tellement au devant ses yeux.

Qui luy donna pensée mainte.

Tant que tousjours il fiit en crainte.

Combien qu*il espôroit son mieux Et qu*il eust son entente es qreulx. Que fera donques le pécheur, Quant le juste en avoit si peur?

S*il n*en prent moyen et refuge A la trésorière de grftce, Quelle moyenne vers le juge Qu^en son très-angoisseux déluge»

Lorsque la voix sy sera casse Et la vie dolente et lasse, n puist estre lors secouru.

Et Sathan maté et vaincu.

Lequel en horrible figure Se démonstra en son regart, Qui est trës-amère pointure Et dolour angoisseuse et dure A Fàme qui craint le départ; Le corps travelle à Tautre part, Tremble, tressault, est sans vigueur Par abondance de douleur,

Qu*est oultre pouvoir de nature Car elle Tabandonne lors.

Il n*a ne membre, ne facture Qui ne sente sa pourreture.

Avant que Tesperit soit hors.

Le cœur qui veult crevier au corps Haulce et sousliève la poitrine Qui se veult joindre à son eschine.

La face est tainte et apalie.

Et les yeux treilliés en la teste.

La parolle luy est faillie* Car la langue au palais se lie.

Le poulx tressault et sy halette.

La vie fuit, la mort est preste.

Il a doleur à démesure* En attendant sa sépulture.

Les os desjoindent à tous lez ; Il n'a nerf qu'au rompre ne tende. Assaillis est par tous costés Et congnoit tous ses faits passés.

De quoy il faut un compte rendre.

Et n'a plus loisir qu'il s'amende; Car l'heure est briefve et doloureuse, Dont sa pauvre Ame est crémeteuse.

Lors le veult mettre en désespoir L'adversaire de nostre foy.

Qui s'amonstre hideux et noir, Espoentable oultre pouvoir, Disant : c Pécheur, tu es à moy ; € Te souviengne de ton desroy ' c Et du temps que tu as perdu, c Car tu es à ta fin venu.

c Et sy n'as dame, ne mignon, < Â qui guères de toy chaulra, i Joyau, tant soit riche, ne bon, c Chasteau, palais, fort, ne donjon, € Ce qu'à toy fut, autruy aura, c Et ton Ame en tourment sera c Pardurable tison d'enfer c En la présence Lucifer.

es

Il te faut laissier tes oifl6ftiix« Tes chiens, tes bracqueSy.ies lévrieis, La pompe de tes beaux chevaultt Qui soubs toy fiaisoieni les aaidx, La route de tes escuien^*.

Les moindres de tesoffiotens^ Auxquels tu laisses de tes biens.

Ne te tiennent jà que pour fians4

Bien est changiô ta fierté Et aussy ta gloire mondaine.

Le temps que.Bieu favoit presto, Tu ras perdu et dégfMStô,.

Dont pour jamais seras en pai|ie« Et chascunjour de la sepinaine Raige de tourmens et sana^ fin :

Tu fus subtil, mais moy plus fin*

Ne f attens plus aux Ëvangilles, N*à messe qu'on te fasse dire :

Tu n'as parens, ne fils, ne filles^ Ne tous ceux qui sont de tea YÎlles^ Qui se puissent tenir de rire;.

Il ne leur chaultide ton martire, Ne si tu t'es dampné pour eux.:

Tu en es seul le malheureca.

Car tu t'en rêvas ainsy nu, Sicomme en ce monde tu vin»; .

Il t'est par trop ^ésadvenu.

Quant tu as si très^nud vescu' Que tu n'es plaint de tesryoisinB; Et n'auras pour tous bieiMS et vins Que ton tombeau et ton suaire Et Termine pour toy deffaire.

Pourquoy fus-tu donc né de mère Pour si dolentement mourir* En doléance si amère Et-insupportable misère Que pour jamais te faut souffrir?

Tu doibs bien trembler et frémir.

Et ton âme doibt bien maldire L*ocquoison de ton grant martire.

Tu fus doloureuse portée

A la mère qui fei^fanta.

Ta folie désordonnée

A ton âme désespérée

Mise en tourment qui ne fiauldra,

En laquelle vivant mourra.

Et par tes puans faulx délis

Tousjours auras de mal en pis.

Plus que nul n'oseroi^penser.

Ne que langue ne pourroit dire.

Par crier et par souspirer.

On y ot Dieu désaourer Et souvent sa vie maudire; Il n'est cyrurgien, ne mire, Pour allégier xxUe souffrance, Seulement d'une surséanoe. •

Et puis luy dit : c Je suiç.des princes « Dé Tinfemale mansion.

< Il te faut laissier tes provinces, i Je t*enmenray povres et minoas c Au lieu de tribulation. • Le pécheur qui sent Taiguillon De la mort qui le serre et point.

Ne sçait là riens penser, à point.

Car il est en désespérance

Et en faulte de vraye foy.

Alors le bon ange s'avanoe

Et sy le met en souvenance,

Disant : c Lasl chrétien, reoongnoy Ton Salveur qui mourut pour toy, Qui est prest de te pardonner Si tu luy daignes demander.

Son pouvoir est incomparable.

Sa miséricorde infinie.

Fay-luy honneui» et honte au diable.

Rends-toy de ton péchié coupable

Et humblement mercy luy prie.

Tu auras pardurable vie,

Qui es sa povre créature

Pour qui la mort luy fut tant dure.

Il fa chièremeni racheté, Pour quoy il ne te veut laissier ; Tu luy as grandement cousté; Pour toy fut ouvert son costé.

Et sy se fit crucéfier Et de clous pieds et mains percier, Estendu douloureusement Et battu très-piteusement.

Sa tendre chair fut deschirée, Et son vierge sang espandu Par les grans coups de Tescorée.

On veoit sa chair détrenchée Sur le pavé dru et menu; Ses os se monstroient au nu Et en divers lieux descouvers ; Sy faisoient veines et nerfs.

4 Le chief fat coHrontié d'espine « Poingnant jusques à soiï cerreàu; >< Sa face glorieuse et digne ^ En qui resplend beauté diyine, « Fut ressemblant à uû méseau; * Luy qui devant estoit si beau^

< Fut en cet estât reneontré

<t De la Vierge qui Tôt pofté.

( Que put lors dire celle mère

( De si grande amertume plaine,

■i S'elle ne dit : < Mon Dieu, mon père,

> Que je souffre celle misère ^ Afin que f allège sa paine.

<( Ha ! Gabriel, tu me dis plaine ■i De grâce, en me nommant Marie.

•> Las ! je me trouve bien changie.

> ma très-atoée portée,

i créateur de ton aneelle,

< fruit de celle désolée

>i Qui te transporta de Judée, « Lorsqu'elle estoit jeune pueelle; a Fay-moy qiae plus je ne canœlle 4 Et que je puisse soustenir 4 Geste croix qtii te fait faillir !

4 mon enfant, escoute-moy ;

4 Je vueil à ta dotileur partir;

4 Mon Dieu, mon Seigneur et mon Roy,

4 Fay tant pour h mère de toy,

« Qu'avaM ta mort, puisse nwurir;

< Car je ne te puis secourir, 4 Et sy te voy tant désolé :

4 Hélas ! à quoy t'ay-je porté?

TOI. n. 4*

Qui suy ta serve très-indigne.

Non suffisant à tel honneur.

Elisabeth, ma cousine, Tu me monstras honneur et signe Qu*en moy estoit ton Créateur; Et je le voy en telle horreur QuHls le tiennent comme une beste En paine horrible et déshonneste.

croix, engien de grant tourment, Tu es chose bien inhumaine.

Quant ton Créateur innocent.

Plus pur que n^est le firmament Tu me laisses et tu Teumaine.

Génération inhumaine.

Comme ton rachat couste chier.

Lequel je ne veul empeschier !

Et quant elle le vit en croix, Où il rendit son esperît, Les élémens, à une fois, Firent si doulereux explois.

Pour le Créateur qui les fit, Pensez qu'en soy elle souffrit De sa passion grant pitié, Quant vit son fils crucefié;

Et^tngoisseusement percie Avec le costé de son fils, Ceste vierge sanctifie, Ceste mère tant esplorie Souffroit trop plus que je ne dis.

Par le premier péchiet commis Du père de Thumain linage :

Qui ne le sent, il n'est pas sage.

•< Mets au secret de ta mémoire

« Et au clos de ton souvenir

« Geste très-pitoyable histoire

« Et celle angoisse si notoire

« Où fut ton Dieu jusqu'au mourir,

• Et le très-doloureux souflFrir

« De sa tendre et piteuse mère :

< Ta paine n'est pas si amère,

< Laquelle tu as desservie ' Et ils estoient innocens^

« Et fut pour te rendre la vie, ^ Toy qui n'es heure, ne demie^

< Que tu ne pèches en tes sens :

« Si tu n'as ses commandements « De près gardés à ton pouvoir, t Desplaisir en vueilles avoir.

Et en grande contrition Recongnois que tu es pécheur.

Requiers-luy que sa passion Te soit escut et campion ; Si vray qu'il est ton Créateur,.

Ne te boutes en folle erreur ; Croy qu'il est le pilier et masse Dont sourt abondance de grâce.

Un monde ne sauroit comprendre Que c'est de sa miséricorde :

Puisque ce vient à compte rendre.

Il te faut à mourir apprendre.

Avise bien et recorde Qu'il n'est pécheur qui ne s'accorde Vers luy, s'il luy requiert pardon i Exemple par le bon larron,

Par la trôs-eainte Magdalaine, P&r autres tant que sans nombrer.

Tu ne dois avoir poulx, n*i^alaine»

Vertu de norfs, pouvdr de vaine, Qu*il ne faille tout eslever Envers le del et aourei , Afin que Jhésus te vegarde Et te baille sa saulvegfode.

Il te donra son paradis.

Et sera le diable vaincu.

Tu feras peur aux annemis Qui se trouveront esbahis ; Car tu auras sur eux vertu Puisque tu seras eslu ; Tu auras choix de ton souhait Et de ton désir le parfait.

En la vue de notre Sauveur En quoy se délitent les saints. La présence du Créateur Leur donne souffîsance au cœur.

Dont ils le loent, jointes mains ; Et sy sont de joye si plains Que les anges en leurs salus Chantent : Te Deum laudamus.

Us ont gloire sans terminer Et lyesse parassouvie.

Ils ne font sinon Dieu loer; Car ce qu'ils veulent demander.

Un chascun jour leur multiplie, Et voient la Vierge Marie Auprès de son fils couronné.

Après luy la plus honnourée.

« Souvent dient en leurs accors :

« Af>e cœlorvm regina ;

« Benoît soit le ventre et le corps

<< Qui sçut comprendre les trésors

(t Où la Déité s'aombra;

« ave gratia pUna,

« Royne de béatitude,

« Fort resjoyst ta plénitujie.

et II n'est chîel, ne terre, ne mer, H Ne clercs tant lettrés en estudes, « Qui sçussent de toy comparer, « Ne qui suassent pour nombrer « Les noms de tes b^titudes.

« Ce sont de grâces plénitudes, « Obscures à lliumanité « Comme choses de déité;

« Lesquelles sy sont invisibles •( Par la fragilité du corps ; « 11 n*est pas hystoires, ne bibles, < Qu'elles te soient compatibles t Jusques que Tesperit soit hors.

« Pry Dieu qu'à l'heure de lors * Il te donne sa gratitude a Et de sa gloire plénitude*

« L'heure est briefve de ton trespas ; « Il t'en faut faire ton proffit. > Le pécheur qui se voit au bas, Combré de si doulereux las, Et ot ce que l'angle luy dit, Ne peut sonner mot tant petit.

Lors le dyable dit qu'il est sien :

L'ange soustient qu'il n'y a rien.

misérable créature, Quant vient à ceste extrémité Et à ceste amère pointure !

Où est la force, tant soit dure.

Ne sens, qui ne soit oublié?

Nostre œil devroit estre moullié.

Et devrions trembler frissons , Toutesfois que nous y pensons.

A grand paine se saulvera Le plus juste, qui au monde est.

Eh! donc, le pécheur que fera.

Quant ce terrible jour vendra Que Dieu jugera le parfait?

Mieux luy vaulsist non estre fait Qu'estre en telle dampnation, Où est justice sans pardon.

 toy donc, créature humaine, A toy est l'heure de trembler, A toy qui quiers joye mondaine, A toy qui délayras en paine, A toy qui ne fais que passer, A toy qui en dois soupirer, A toy je dis que tu n es riens, Toy et ta vie, fors que fiens.

Bien sera ta chançon muée ; Bien tost ton corps deviendra cendre.

Bien tost sera ta vie oultrée, Bien tost ton ame séparée; Bien tost te faudra compte rendre ; Bien tost mourras comme le mendrc.

Bien tost seras en pourreture; Bien tost fabandonra nature.

Combien que tu soyes gentil,

Combien que tu soyes mondain,

Combien que tu ne crains péril,

Combien que tu ne doubtes exil.

Combien que tu soyes humain, ^

Combien que Ton crainde ta main,

Combien d'honneur que on te face,

Comme le vent, tantost se passe.

Doubte et crémeur tu doibs avoir, Doubte de Jhésus couroucier»

Doubte de tant de biens vouloir, Dont tu te puisses décepvoir*.

Doubte qu'il te faut trespasser, Doubte qu'il te faut tout laisser, Doubte que tu ne sçais comment, Doubte du jour du jugement.

En Dieu soit ta ferme espérance.

En ce faux monde peu d'arrest.

En vanité et en beubance, En pompe et en oultrecuidance, En orgueil qui à Dieu desplait, En luxure qui tout deffait, En irp, paresse et envie.

En avarice et gloutonnie '.

Fors seule satisfaction.

Force d'obéir en constance,

* Doubte ton âme à décevoir, ms. de Bruxelles. « En envie, paresse et ire, En avarice, et n'y amire.

» Ms. dp la Bibl. imp. de Paris.

En envie, paresse et ire,

En avarice et en gloutire.

Ms. de l'Arsenal.

G48 LE PAS m LÀ MORT.

Force contre temptation, Force de reqoerre parâon.

Force et vertueuse aiiepEiipranee, Force contre foUe igmyranoe, Force quand on se troore bas, Force de conguoisti^ ses cas.

Qrande pitô eo avenra, Grant paine pourra mieux souffrir, Grant povreté convoitera, Grande soufferte ^ portera.

Grande dolour jusqu^au mourir, Grande patience et désir.

Grande craiiïte et drémeur de Dieu, Grante doubte où sera son lieu.

Vivons en Dieu et en bienfaits; Vivons errant le droit chemin ; Vivons en redoubtant nos faits ^ Vivons pour régner à jamais ; Vivons ainsy qu'un pellerin; Vivons pour partir au matin ; Vivons pour tantost deslogier ; Visons où nous voulons logier.

Mirons-nous au grant jugement ; Mirons-nous en la passion ; Mirons enfer et dampnement; Mirons la mort et son tourment; . Mirons nosti^ indination ; Mirons le monde et sa façon ; Mirons nostre fragilité ; Mirons-nous pour estre saulvé.

* Sotifreté, ms. de la Bibl. imp. de Paris.

* Bn douhiant nostres faits, ms. de la Bibl. imp. de Paris.

Prions à Dieu qu'il nous pardonne, Prions qu'il nous donne sa grftce.

Prions qu'il ne nous abandonne, Prions que sa gloire nous donne, Prions que nous véons sa face.

Prions que nos péchiés efface ; Prions qu'il nous veulle garder Et nos deffaultes pardonner.

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