AMEN
m i« JULT -^
L'OULTRÉ D'AMOUR'.
Pensant, songeant à demy trouble, Ne trop joyeux, ne peu de hait, Sique par plus de trois fois double L'un pensement sur l'autre double, Malgré tel fois que Ton en ait Ou par douleur ou par souhait Ou par plus de mille autres points, Comme les divers cœurs sont points.
Dessoubs un pavillon de soie.
Entre deux draps flairans la rose.
L'un de ces jours veillant gisoie.
Et faignant de dormir, visoie Sur mainte très-diverse chose.
Que la clarté du jour reclose Ne me pouvoit tollir des yeux Pour m'en faire estre pis, ne mieux.
La terre avoit le jour couvert :
Sy n'avoient mes yeux puissance
* Pablié d'après le manuscrit 120 de la Bibliothèque Lanrentienne, de Florence, coUationné sur le manuscrit de Paris, Bibliothèque de TArsenal, IV, 192, et sur le manuscrit de la Bibliothèque de Rouen, 0,33/13.
Ce poëme a été inséré dans le Conservateur du mois de mai 1758 , p. 190.
I rOULTRÉ D^ÂMOUR.
De choisir rouge, blanc, ne vert ; Mais le cœur de tous lez ouvert Yeoit par clère congnoissance :
Donc, fust ou joie ou desplaisance, Qui le venissent courir seure, il ve^it looAet % toute henre.
Le jour devant de son malheur ' S*estoit complaint un autre h moy ', Qui par semblant de sa couleur Portoit d^annuy et de douleur Assez pour en mourir h poy, Et luy mouvoit par un envoy Que felle fortune adressoit Là où sa paix se nourrissoit.
Yescu avoit neuf ans ou plus Joyeux le plus qui fust sur terre, Et de son temps tout le surplus S*attendoit et estoit conclus Pour un passebien cent acquorre ; Mais fortune qui mène guerre Souvent à ce que Ton devise, En disposa d'une ^utre guise.
Car comme ainsi faut que mortelle Soit toute humaine créature.
Sa dame dont une autre telle N'a pas sur terre, ne si belle Pour toute beauté de nature, Estoit de plaisant nourreture, Yenue à doulereuse issue Que mort cruelle avoit tissue.
I S*estoit UH autre plaint à may, manaBcrit de rArsenal.
vcmmi
Pour tiret de deux corpe la lie Par mettre à fin piteuse Fuae^ Mort avoit Tune part mw Pour faire Fantre par enrie Triste la plus dessoubs la hane^ En quoy tout For de Pampehiiift, Ne du monde pour abrégier.
Ne sufflroit pour Dalég^.
En peu de mots pleins de substanoSi.
Sentans pure douleur nayre Et proprement suraboodanee D'insoustenable des^laisiuiQa En cœur qui n'a ne fons, na rive, Sa vie ainsi triste et ohiétive Me devisoit trèatout au loDg, Séchant sur terre ooxoiie^ uo joog.
Donc par pitié qui me prit tendre De si perçans et piteu:^ teimes, Ne moy ne le vueil plus entendre.
Ne luy ne se pouvoit dépendre De mouiller ses regrets en leço^ee ; Mais comme deu?^ d'un mal wkiism^ Chacun f uyoit plourant à part»
L'im çà et Fautre une autre part
Ainsi laissay ce complaigiMuit Faisant de tristes chères maintes, Lequel, plus Festoyé eslongnant.
Plus alloit ses mains estraignant En renforcement de complaintes, Dont les pointures et attaintea Prirent en mon cœur tel séjour Que je n*eus bien de tout ce jour.
70 L'OULTRÉ D'AMOUR.
Mais desplaisant plus que nulle âme D'un mien si très-parfait amy  qui fortune a fait tel blasme Qu'autant luy senroit rendre lame Que vivre en vivant à demy, Par tant de fois disoie : c Ay my ! i Qu'onc ne me veult souffrir ce deuil Que je dormisse gfoutte d'œil.
Sy estoit jà my nuit passée Et presque une heure davantage, Qu'oncques la dame trespassée Ne pouvoit faire sa passée Dehors de mon veillant courage ; Et puis de mon amy la rage Me cuisoit tant qu'ainsi gésir M'estoit plus force que plaisir.
Plus m'efforçay d'en estre hors De ceste essoigne tant musable Et mettre en amoureux accords Le cœur avec le grevé corps, Comme pour le plus convenable.
Que plus trouvay non profitable Le grand labeur que j'y mettoye, Et moins d'effet y acquêstoye.
Mais en la fin, quant estranée S'estoit par soy ma douleur toute.
Et que nature à l'estrivée Se douloit d'estre tant grevée Par faute de non dormir goutte.
Alors après si longue escoute, Je pris un peu à sommeillier.
Droit entre dormir et veillier.
LOULTRÉ FIMOLR. Tl
Sy n'estoient mes yeux à peine De tous poins bien fennés encore»
Quant une advision soubdaine, La plus de grant mistère pleine Que je vis oncques jusques ore, Me vint lentendement desclore Et susciter mon esperit.
Sans que le corps bougeast du lit.
Lors de ma vision rentrée, C'estoit de voir un territoire Dont si grand beauté de contrée Ne fut jamais enregistrée* En livre nul, ne en histoire, Et sy estoit de roche noire Fermé à merveilleux destroit Partout, fors en un seul endroit.
Place avoit léens gracieuse Oultre créance à recorder.
Flairant*, fertile, spacieuse Et la trop plus solatieuse Où corps humain pust aborder; Et pour tout ensemble accorder, Tout y estoit de beauté part ' Que Dieu mist oncques nulle part;
Repaire n'y avoit quelqu'un.
Ne habitation civile
Et n'y pouvoit entrer nesun,
Fors par le creux d'un rocher brun.
D'un deflfensable contre mille;
Donc il est vray comme évangille,
* Flourant, manuscrit de TArsenal.
An&ODi' de ce]
Camjepoiim
Aiwt un pKnDoB <
De fin or lîdKBMBt bniAii»
Mn/mi, nuuiaerit de T
Bleu d'un costé et d*autre noir ; Mais qui estoit dedans, pour voir.
Je ne pouToie apprendre alors, Qui n'en vy riens que le dehors.
Mais par semblant, comme nature Souvent en soy estime et prise, Léens se logeoit créature, Quelque homme attendant aventure Et adonné à haute emprise; Sy sembloit qull avoit emprise La garde de ce digne lieu Par droit adveu de quelque dieu.
Et certes quant je mis Tentente A bien regarder bas et haut, Je vis au sommeil de la tente Grosse escripture d*or patente, Lisable à tous comme il le faut; Donc, pour estre non en deffaut D*un seul mot que mon onl lisoit, Véez-cy que Fescript disoît :
c Pour estre au nombre des loyaux, c Amour, par ses pouvoirs royaux, c M*a mis en ceste roche brune i Pour m'essayer contre Fortune c Si j'ai cœur d'endurer ses maulx.
c Jamais dehors de cy ne saulx, c Sinon quant les cas fortunaux
< Requièrent que je les impugne,
c Pour estre au nombre des loyaux; i Et combien que petit je vaux,
< Sy ay-je souffert des assaux
L'OULTRE FâMOUR.
c Plus que corps dliomme soubs la lune.
« Donc seulement Tattente d'une c M'a donné force et vouloirs haulx « Pour estre au nombre des loyaux. »
Sy m'aperçus encore après, Droit au devant de ce passage.
D'un pilier qui estoit là près Et contenoit par mots exprès Titre d'un autre grand langage Qu'une d'or reluisant ymage Monstroit d'un doy bien agensy, Et aux lisans disoit ainsy :
Vecy l'estroit' de fortune' très-dure Auquel Amour promet à tous et jure Qu'ils y pourront gagner joyeux salaire Que nul vivant ne leur pourra fortraire , Sinon la mort ou perverse aventure.
Le dieu d'Amours, frère à dame Nature, Remaint lassus en plaisant envoisure :
Donc, qui voudra son voyage icy faire, Vecy l'estroit de fortune très-dure.
Douleur, soucy, danger à desmesure Y survient maint. Donc, qui plus en endure, Mette tousjours plus peine à mieux parfaire.
Car en la fin fortune l'adversaire Souffre aux vaillants venir à leur droiture : Vecy l'estroit de fortune très-dure. »
Ayant tousjours sur ceste emprainte L'un de mes yeux et l'autre non.
Tant suis allé léens par fainte Qu'en la parfin j'ay toute attainte
L'estaû, manuscrit de Florence.
L'OULTRÉ D* AMOUR. 75
L'embusche de ce pavillon.
Dont, en guise d*un champion, Je vis qu'un chevalier sailloit, Prest h combattre s'il falloit.
Armés estoit de toutes armes, L'espée ceinte, hache au poing.
Et par nom de fier homme d'armes, Sur luy portoit sa cotte d'armes Pour en valoir mieux au besoing ; Mais, par semblant, douleur et seing L'avoient trop plus décoppée Que coup de dag^e, ne d'espée.
Sur luy n'avoit pièce nesune Qui ne fust soudé de temprure Et avoit propre nom chascune, Portant signifiance aucune, Chascune selon sa nature.
Dont d'Amour mesme la main pure Jadis avoit esté forgeur Pour en armer son serviteur.
Emprès luy, sy avoit sans plus Un gracieux jeune escuier Non point armé, mais au surplus Il portoit tout couvert dessus Un petit coffinet légier; Mais pour le compte en abrégier.
Quel chose il y pouvoit avoir.
Ne convient pas icy savoir.
Lors par mesure et par compas.
Tristement à visière ouverte S'en aloit contremont ce pas, Et son escuier pas à pas
76 LXMJLTRi D'AMOUR.
D'encoste luy, sur Imberbe verte ; Mais point ne me fut desconverte L'emprise qui estoit sur mains , Dont pensers m*envâlrent' maints.
Mais, par ce que Ton voit à rœil, Souvent juge-on autruy pensées ; C'est pour luy que ce dire veuil.
Qui aperçus sur pieds son veuil Par les voies' qu'il a dressées ; Car par emprises pourpensées, Je vis qu'il se boutoit au temple Pour là pleurer sa douleur ample.
Ce temple estoit un lieu sacré, Fait pour refuge aux doulereux, Jadis fondé et consacré Pour aourer mieux en secré Le puissant dieu des amoureux.
Dont, sur un autel glorieux Et en siège resplendissant, Séoit l'image reluisant.
Devant les pieds de cet autel, Avoit pompeuse sépulture Faite à effort et pouvoir tel Qu'il n'a sur terre un cœur mortel Qui en prisast la couverture.
Et croy que noble créature Gisoit dessoubs cest appareil.
Ou roy ou reyne ou leur pareil.
» M'en advinrent, manuscrits de Florence et de Rouen. * Les vues, manuscrit de V Arsenal.
L OULTRÉ D'AMOUR. 77
Un velours noir, de toutes pars Bordé de perles et d'orfroises, Ëstoit dessus la tombe espars; Et cuide, et point ne m'en dépars.
Qu'il trainoit bien de quatre toises Comme si la fleur des Françoises, Voire du monde seule dame, Deyoit gésir soubs celle lame.
Dedans la croix qui estoit perse, D'un figuré velours couchée, Avoit en forme moult diverse.
Si bien du long qu'à la traverse, Grosse escripture d'or brochée En quoy estoit assez touchée Du mort la cause et vertu mainte.
Qui conmiençoit par tel complainte :
Pour savoir en lisant ces vers Qui gist en oeste sépulture.
Je suis im corps viande à vers.
Rué par Fortune à l'envers Contre vray humeur et droiture ; Car sans titre de forfaiture J'ay eu le cœur fendu parmy.
Avant qu'avoir vescu demy.
Nature qui m'avoit nourrie.
Avant mes jours m'a délaissée Et en fleur de jouvent chérie, Amour m'a occise et périe Piteusement par foy faulsée.
Qui m'avoit fort affiancée De longtemps faire vivre heureuse.
Et m'a pris jeune douloureuse.
L'OULTRÉ D'AMOUR.
Mais ne déplaise à vivant &me Si d'amour titre m'attribue ; Car j'ay aymé de corps et d'âme Autant que ût onc noble dame Jusques mort m'a Tamour tollue, Et sy n'en cuide avoir value Moins envers Dieu, ne en honneur, Si Dieu est juste pardonneur.
Honneur de raison impartie Me fit choisir dès mon enfance Excellente et noble partie A qui Dieu avoit impartie Mer de biens et surabondance ; Donc , quant Amour fit l'octroiance D'aimer corps de si noble sorte, Ce m'est honneur d'en estre morte.
Désir sans villain pensement M'a le cœur ars noir comme meure , Dont tout l'entier rapaisement C'estoit qu'à mon définement Je l'eusse vu au moins vme heure.
Or a voulu Dieu que j'en meure Sans blasme avoir au demeurant.
Car Dieu mesmes aimoit mourant.
Donc luy qui est mort en douleur Vray amoureux, le benoist sire Me soit piteux au dernier jour; Car par l'excès d'ardent amour Je suis morte en amour martire.
Donc, si j'ay encouru son ire Par plus aimer que je ne doy , Luy plaise avoir mçrci de moy. •
L'OULTRÉ D'AMOUR. 79
Après autour de ce tombeau Avoit encore quatre ymages, Portant chascune à un rouleau Un ardent cierge riche et beau, Très-somptueux en ses ouvrages ; Et comme si par doux langages La voulsist haut louer chascune, Voicy leurs mots, une après une,
La première.
« Icy, soubs ceste froide lame
« Repose digne de mémoire
«( La plus vaillant et noble dame
« Qui puis mil ans a rendu Tâme
« En ceste vie transitoire,
« Dont la vertu haute et notoire
« A déservi en plusieurs lieux
H Qu'en accroissance de sa gloire «
x Son nom soit mis haut en histoire
« Et qu*on Teslève jusqu'aux cieux. »
La seconde.
« Quant tout le beau parler d'Omère,
« De Tulle ensemble avec Virgille,
« Et de tout homme né de mère
« Seroit sans mixtion amère
« En une seule âme subtille
« Et tout le haut sens de sybille,
« Sy fauldroit-on bien à eslire
« Si propres mots, ne si beau stille,
t Comme il affiert par raisons mille,
a Pour en son épitaphe escrire. »
80 L'OULTRÉ D*A110UR.
Za Heree.
« Le nom de femme est honoré c En ses vertus et œuvres belles, 1 Et ce beau temple bien heure, f Là où le corps gist enterré 1 Dont tout le monde quiert nouvelles.
• Sy n*en desplaise à nulles celles 1 Qui sont au livre de Bocace ;
c Mais d*autant comme les estelles 1 Luisent plus cler que les chandelles, « D'autant son nom Tautrui efface. >
Za quarte.
• Noble de mœurs, noble en lignie
f La plus dont on se peut enquérie, 1 D'excellent roial progénie,
• En maison de gloire infinie,
c Née, nourrie et morte en serre,
« Dont qui vouldroit le nom requerre,
« Qui peut ou sçait, sy Tadevine ;
c Mais fust de France ou d'Angleterre,
« L'honneur du monde est mis en terre ;
c Pardon luy doint l'amour divine I >
Que vous diray-je du mistère.
Ne d'un si merveilleux merveille.
Comme il affiert à la matière D'un si précieux cimetière Où l'estre jamais ne traveille?
Je n'ay ne sens, ne yeux, n'oreille.
Que tout n'en fust si plein après Que j'en fus aveugle auques près.
L'OULTRÉ D'AMOUR. , 81
Donc, si le conte est déliteux Pour lire ainsi qu'un temps se passe, Quant j*ay escript le plus coiteux, Il faut venir au cas piteux Qui est des piteux Toutrepasse, Et est celuy en qui j'amasse Plus de soucy, pour dire voir, Comment j'en feray bon devoir.
Le chevalier dont j'ay conté.
Armé de tous hamoys de guerre,
D'amères larmes surmonté
Et par angoisse si dompté
Qu'il n'est cœur qui n'en fust en serre,
Lors du visage contre terre
Se laissa cheoir devant Amour
Et forma telle sa clameur :
« décepveur, flatteur dampnable , « Brasseur d'envenimé poison, « Faux prometteur, amy faillable, « Traître riant, bourdeur finable,
< Trouveur de toute langoison, « Si Dieu ouit oncque oroison
< D'un cœur rempli de doléance,
« Je luy requiers de toy vengeance.
« faux abuseur de jeunesse, <i Murdrier du noble sang humain , « Robeur d'honneur et de léesse, « Vain en parler, vain en promesse, « Changié pour tourner une main, 4 Doux aujourd'huy, despit demain,