LXI
Bien le pourrez molester et combattre»
S'ainsi le veut fortune ou destinée; Mais ne saurez, pour tout vostre débattre, Son honneur pur infecter, ne rabattre.
De quoy sa vie en terre est couronnée ; Mais maugré vous, aura place ordonnée Tout au plus haut du triomphal paroir, Là où honneur Tasserra son miroir.
Montez» régnez, ampliez vos dostures; Estendez mains en terre et en mer fières' ; Faites sentir vos fers et vos armures.
Trembler pays, peuples et fermetures, Dont nous, com vous, savons bien les manières; Mettez à Tair venteler vos bannières Et acquérez le monde en ceste queste; Mais de cestui n'atouchiesrta conqueste.
Sept pieds sans plus de terre glorieuse
Lui garde honneur, plus dignes que couronne,
> Vap : Qît tel fois, ms. de Florence.
* Var : Bn terre, en œuvres Jières, ms. de Florence.
Là où fosse a d'œuvre mistériense, Toute entaillée en pierre précieuse, Plus reluisant que le soleil au thrône, Lequel, s'envie ou serpent Tavironne , Trop bien crever et mourir y pourront, Mais atouchier jamais n'y oseront.
C'est^îy Tacquest de ses longs jours félices; C'est le droit chier de tout son haut contendreV Or, lui restez puissances et délices.
Quand vous pourrez, par forces et malices:
Au moins cecy ne lui pourrez reprendre; Car, quand voudriez venir à Tentreprendre , Et fussiez-vous cent empereurs de Rome , Il en fait figue' à fortune et à homme.
L'estrif m'ennuie et m'en cuert pitié seure*; L'argu aussy m'en tire à amertume.
Sy complains bien que né suis de telle heure, Qu'en propres yeux et larmes que je pleure , Baigner me faut ma douloreuse plume.
Et que Sathan , qui tout ce feu allume , Tient de si près les cœurs de haute sorte , Qu'honneur s'y perd et raison y est morte.
fcXVI.
Donc, pour conclure et fin mettre en mon œuvre , Qui aigre est plus que mauvaise en essence,
> Var : Le son très-hauU contendre, ms. de Florence. ' Paire figue, se moquer.
' Seure^ amôre.
LE DIT DE VÉRITÉ. Ui
Peur m'est , si Dieu les cœurs tous ne vous œuvre
Et d autre avis vous nourrisse et abeuvre ,
Que dure en fin n'en soit la conséquence,
Et que fortune et amère influence
Ne facent rapt final de ce royame.
Par nos péchés , chascun y pare une âme.
Felle jadis division murtrière Le mena près jusqu'à la mort extrême.
Dont, grâce Dieu! la reboutant chartrière.
N'a pas trois jours, par pitié descombrière , Lui restora et gloire et dyadème * ; Mais maintenant par ire et par blaphème De Dieu lassus, arrière y est rentrée.
! et com dure et maudite ventrée !
A Dieu lassus, â fortune et nature, A tous les cieux et célestes puissances , Et à toute humble et bonne créature, Puist pitié prendre et clameur haute et dure De cestes-cy murmures et meschances, En quoi ne vois, par toutes congnoissances.
Que pleurs, douleurs d'amertumes farcies, Et fin prochaine en vieilles prophéties.
Lxrx.
La vision du temps de Méronnée ' Droit-cy me vient frapper au front subite.
* \'ap : Lui rescria sa gloire et dyadème, ma. de Florence.
* Je no sais ce que Tauteur entend par la vision de Méronnée. Il y a ici probablement quelque allusion aux prophéties attribuées à Merlin.
TOÏ. VI. IC
U% LE mr DE VÉRITÉ.
Vous qui avez nature endoctrinée , Notez que fat' et vieille destinée Par long décours viennent à fin escrite. Point sy n'en fut' la substance petite. :
Donc, qui voudra savoir quelle est la chose , Demande après ou en quière la glose.
Dieu mène à mieux ce qui est mal en voie.
Et mette en paix ce qui pend en discorde ; Et à tous ceux qu'amour duit et convoie, Dieu, en Testroit de leur cas, leur envoie Honneur, salut, g^e et miséricorde.
Dont, au regard de ce que je recorde, Fruit y a povre, et encor moins délit*; Mais tel Fay fait, angoisseux, en mon lit.
* Fat CAi/Mm), destin.
« Var : Pointne ienjst, ms. de Florence.
« Dém, plaisir.