PROLOGUE
Poar ce qae vray semblable est que d*lcy & k fttt dti monde pourra estre tùit recort de la régnation de Gharie» TII* de ee nom, roy de France, et de Philippe le tr è9-ha^ due de Bmt^ gongne et de Brabant, contemporains, lesquels', aprSs longMA et mortelles guerres pacifiés ensemble, par la ditenîté tostetf* voies des hamaines fortunes , oncquecr ne se parent eniipe« voir, mais s'y entreboutoient tonsjouKr questions eti difiieattéepar lesquelles, vmdans de Tune et rentrans-en antM àou^ellê jusqu'en la fin de leurs jours, ce noble royaume icy bfUitoit tousjours et Tacilloit, ne savoit sur quoy^ en «larptàx. éMhl» ou sur guerre ressourse; et ce, à cause et p«r ler contrait» aventure à tous deux, que leur heur ne se porta tet qoe ê^niÊNh vissent pour faire eslaindre et cesser toutes yieUe» ettTieeF et rancunes, toutes semences de divisions et de haynes émi noa moins leurs personnes que ce royaume- pendoient en péfi^, el 1» chose publique en langueur de désordlv, comme vitempsat font mention leurs hautes esmerveillabletf chroniques, Ik ott
I Publié d*ihprè8 W teite unique dv me; llJéi de> Ift, BiU, de Besr^ goffne.
leurs faits et régnations, Tun çà, Tautre là, sont mis et escrits en perpétuelle exaltation de leur famé bien digne de mémoire : mais pour ce que moy, le moindre des hystoriographes françois, une fois, sur la fin de leurs eages et au temps de la plus haute difficulté dure que oncques je visse entre eux, sur le point \2ltime de meschief prochain, dont cause estoit et nourrissement, constrainte habitation et refuge de l'héritier de la couronne, le dauphin Viennois, es pays de ce duc, son humble recueilleur, et de laquelle venue, François et ceux d'autour du roy, le roy mesme personnellement, se passionnoient, et déclinans d'amour, non oncques bien vraie çà envers, se laissèrent couler jusques en froideur toute glaceuse et pleine de hayneuses mixtions, imputans à charge et reproche à cestuy duc la venue devers luy de leur héritier et sa longue demeure, comme avoir esté faite par subomance et cautèle : condoléant lors les instabilités des choses humaines et la diversité des accidens que les fortunes tramettoient inopinables, pour ces deux princes tousjours nourrir en rigueur et tenir en trouble la chrestienté universe, fis lors un livret, à l'enseignement de raison saine et à poix de conscience très-gravement examinée, que François toutesvoies prirent aigre ; et en fus durement mesvolu , jusques à estre menacé de grief de corps qui fust pu venir jusqu'à la main mise. Donc, et pour ce que ledit livret fut divulgué en diverses mains, et que possible est que la copie en demeure jusqu'en fin du siècle, par quoy, qui ne sçauroit la cause de l'œuvre et la condition de l'ouvrier avec son intention bonne, pourroit estre le dit livret imputé à charge au facteur, d'avoir esté contamineur du glorieux thrône françois, dont envis porteroie le titre, et plus encore le délit : pour ceste cause, et affin que les cuidans estre injuriés par ma lettre pussent retourner à leur appaisement de cœur, par leur donner le vray entendement de mes escrits, ensemble et la fin en moy préentendue, et aussy que révoquer ne pouvoie, ne annichiler ce qui tant estoit divulgué et espars , ains me délitoie à parmaintenir la vérité estroite de mon œuvre, tant pour justifica-
tion de mon maistre et prince, le duc innocent et preudliomme, comme pour réduire, par argumens véritables, à la voye de raison saine, les desvoiés, dont intention ultime estoient paix et félicité, sous gr&ce et amour de Dieu : Tendant à laisser en perpétuelle durée cestuy livret, ensemble la très-haute et trèssingulière vertu, preud'hommie, léauté, gloire et splendeur de mon dit maistre et prince, que François, en celuy temps, par envie de sa clarté excelse et de sa très-haute fortune, héoient, et moy, povre homme, proféreur de vérité sainte, m'accueillèrent en indignation à sa cause : ay composé ce livre en prose, où le premier livret, fait poétiquement en mètres, est compris dedans, de lettre à lettre*, sans riens mucier, ne recoupper de Toriginal, dont la mesveillance me fut causée.
Donc, et afiin qu*il appère quel en est le titre, quelle la matière subgecte, quelle la fin de Tacteur, et quelle la cause de l'œuvre , le titre en est : Les Expositùms de George eur vérité mal prise; la matière subgecte en est le livret rimé; la fin préentendue, c'est durée et stabilité de ce noble royaume, sous divine protection ; et la cause de l'œuvre, remonstrance à chascun de son droit et de son tort, avecques justification de celui qui innocent est et plein de hautes glorieuses clartés et des grâces de Dieu, humble et léal envers Dieu et homme, là où il doit.
Sy prie à tous voians et lisans icelui, qu'en considération de ceste très-dangereuse matière, droit-cy aherse, pour fin de bien, et que, plein de passion amoureuse, ay intention de déduire estroitement entre deux parties discordantes, sans faveur et sans flatterie, comme vérité me donne entendre, veullent dispenser, là où besoin sera, en l'aguité de mes termes, et là où corrosiveté aucune se trouvera en ma tractation non agréable à chascun, que icelle veullent plus imputer à la nature du
< Je retrancherai ces citations qui font nn doable emploi. Le Dit de Vérité se trouve reproduit en entier ci-dessus, et il sera facile au lecteur de recourir aux diverses strophes indiquées dans oe mémoire apologétique.
M6 EXPOSmON SUR VÉRITÉ MAL PRISE.
temiMi» œîUii de alors, que à la perrerse et obliqw inteition de Tacteur, qui son œuvre a proportionnée à Ja qualité des cauBOB qui lont ftiit escrire, et dont les déclarations cy-aprèe asaoufiront et donront contentement aux lisans, que Dieu mène à salut!
Comme n'a gatoeB séisse en mon estùde» Ib où, en diversité de matières à moy présentées » ine {>iirenl diverses ymaginations moultes parf ondes, et ponr les aucunes d'icelles mettre escrit, je prisse la plume entre les dois et disposasse tourner mon entendement à kbeuf » comme qui très-hautes et très-dangereuses matières avde entre mains, et principalement touchant cestay très-noble et très-glorieux royaume , dont indigne hystoriographe , voudroie bien garder Thonneur de Dieu et des personnes, et, sans fléchir, ne tourner à faveur, garder propte hofnneur et seUut, en quoy toutesvoies, comme je considérasse la difficulté de l'œuvre, et que, tenant la plume en suspense, je pensasse en ma matière subjecte que moult je pesoie, et qu'en icelle je trouvasse difficiiltés maintes moult dures à desnoer, et dont l'atteinte du vif n'estôit pas légère, et plus encore la détermination dangereuse ; pensant ainsy solitaire, et pesant à la balance rhonneur, la gloire et la haute régnation des roys et des prinôes chrestiens, ensemble les glorieuses opérations et natures des nobles chevaliers, barons et vassaux <Faujourâliui et de mon temps, entre lesquels par guerres et dividiond oat pu estre 6ongi^6és haynes et mautalens, et sotirses partiales affections et controverses, dont le fardeau très-^pedant s'estoit venu plonger sur mes espaules, jusques à durement ressongnier comment jô me cheviroie du portage, là où je ploioie dessous et sous lequel sentis nature aucunement reetiveip à Fèseosrtre par use mdietfô peur prise
soudaine, que, par trop esplucier parfont les 'choses secrètes, ou par estre trop véritable ou trop précis en escrire, je n'acquisisse haynes envers moy et mesveillance, et qu'en mes labeurs et saines intentions ne fusse maintenu à suspect, et pusse cheoir finablement à icelle cause en aucun infortune , qui dès mon jeune eage toutesvoies avoie quis songneusement la grâce des princes, et pour iceux distinguer et cognoistre, visité et perquis diverses régions , dont encore laffection ne m'estoit amendrie ; comme lors je séisse en cest estât , et variasse entre faire et laisser, entre accuser et parer, et que le percogiter tout et comprendre me donnast de soussi beaucoup pour en faire bien : soudainement lors, comme si le tonnoirre chéist du ciel, vinrent à la croisure de mon estude crier quatre impétueuses voix moult aguë&; et disant icelles : € Ouvre cy ! ouvre ! » , follement frappèrent sur huys et fenestres qui toutes churent du coup, et y entrèrent quatre dames moult espoventables en regart , lesquelles, avecques horreur de figure, me donnèrent frémison aussy en leur survenue, jusques à retraire tous mes esprits emprès le cœur, et laisser le corps privé de ses mouvemens, fors seulement de la vue, laquelle arrestéement se contint en icelles, mais, affuiant vers la fantasie, sesmerveilloit toute de l'intention de ces quatre et de la cause de leur survenue si impétueuse, non obstant que la semblance de leurs personnes démonstroit assez la faculté de leurs natures, qui toutes se présentoient felles et prestes à injurier qui que fust.
Lors, moy surpris en ce point , comme homme à demi mort et qui n'avoie riens en vigueur, fors seulement la fantasie où tout je recueilloie, et la très-estrange habituation d'icelles et la très-horrible ostention foraine aussy
SUR VERITE lILiL PRISE. 218
de leurs contendances, ensemble autres grans mistàres qui servoient à leur personnage et à noter bien dignes , commençay à ficher mon regart en icelles, et à noter leurs semblances et compositions moult estranges ; car avoit la première les oreilles bouchées tant estroitement que à nulle rien , fors qu'à propre affection , ne vouloit donner ascout; portoit lestomac haut et enflé, col tors vers la main senestre, regart envenimé, la vue creuse et parfonde dedans la teste, de laquelle, en regardant les hommes, les sembloit trèspercer; sembloit estre mérancolieuse en ses manières, grave en parler et tardive, mais despite mortellement en couvert, jusques à Tescrevement du sacq *, là où toute se deslioit; avoit l'une des mains torse en arrière, et d'icelle faisoit signe de despection , et en l'autre tenoit un glaive dont la pointe mordoit à dens, et sembloit qu'en iceluy aguisoit son venin. Donc, comme je regardoie le front d'icelle et que durement m'espoventoie , de son estre, je y perçus en lettres de couleur de souffre ardant escrit : « Indignation suis-je. »
Sy me tins à moult aise d'en savoir le nom, quand par icelui je pouvoie juger plus proprement de son affaire. Donc retirant mes yeux d'ensus pour apprendre des autres, tantost les jettay en la seconde, qui se présentoit en semblant pour moy donner à assavorer de ses œuvres, et pour spéculer bien et comprendre la diversité de ses formes.
Geste dame droît-cy se monstroit avoir les conditions seures% raisons moult aguës et mordantes; grignoit les dens et mâchoit ses lèvres; niquoit de la teste souvent; et monstrant signe d'estre arguëresse, sauteloit sur ses pieds et tournoit l'un costé puis çà, l'autre costé puiâ là;
* Jusqu'à Vescrevement du sacq, jusqu'à crever de colore.
* Seures, amères. Yopes plus haut, p. 240.
960 EXPOSmOI«
portait ^manièFe d'impatience et de oontradictioa; le droit çoil avoit clos et Tautre ouvert; ayoit an sacq plein de liyres devant lui, dont les uns mit en son escours' comme chéris y les autres jetta au loin par despit ; deschira paupière et feuilles ; quayers jetta au feu félonnement ; rioit sur les uns et les baisoit ; sur les autres cracha par vilennie et les foula des pieds ; avoit une plume en sa main, pleine d'encre, de laquelle roioit maintes escritures notables qui ne lui tournoient à gré, et les mit en despris; lors, quant aux autres, donna titres et voies d'exaltation très-hautaines et les jugea recommandables; d'une esponge aussy noircissoit aucunes ymages, autres e^gratinoit aux ongles et à grauhes', et les tierces rasoit toutes au net et les planoit comme pour les mettre hors de mémoire; et se monstroit dure et felle ennemie à beaucoup de gens de bien, plus volontairement que par raison. Laquelle, quand bien l'eus avisée et noté ses manières, dont le nom, comme il me sembloit, devoit bieu ensievir semblable à ses moeurs, et que moult désiroie à savoir icelui, vis en l'emplastre de son front comme par manière de titre qui disoit : « Réprobation suis-je. •» Lequel mot lu, dis à par moymesme : « Voirement es-tu bien baptisée en celui nom, « car moult en est la signification du terme propre à la « réalité de ta condition ; et qui autre te voudroit donner « plus honneste, donroit parement et titre non dignes à « ta nature. ^
Sy me tanai de l'avoir regardé autant; et plein de hide et de l'austérité des deux et de leur injurieux semblant , tournai ma vue en la tierce , laquelle vestue assez honnestement et plus quoye en apparence, porta gros
» EscourSf ceinture.
» (?r«ttA«5, crocs?
roUes d'escritureB dessous son bras ; et iceux desviloppant» là où il y avoit plusieurs choses mises par répertoire, aucune fois monstroit les articles au doy, autres fois mettoit le doy sus; et puis à coup retirant icelui, reféri dessus de toute la main par semblant d*aucunayr, comme s'elle voulsist monstrer injure ou blasphème en iceux, ou à aucunes personnes là ramentues donner charge.
Geste dame-icy , à ce que je vis de semblant en elle, porta bien la mine de non estre bien juste en conscience et de semer volontiers discorde couvertement entre les hommes; sembloit par nature aussy affecter et quérir volontiers les oreilles des princes et des gens en auctorité, là où , uBant de sa propriété, condempnoit hommes et sentences , noircissoit querelles et convertissoit les bonnes en mauvaise interprétation. Dont, à si peu que perçu m'estoie de son estre et que je considéroie bien là où tiroit sa nature, survis en son front aussy le titre de son nom; et disoit : c Accusation suis-Je. »
Couché à demi lors et demi assis gisoieà Tenvers, privé de parole; et n*y avoit mouvement en moy fors des yeux, auxquels dernièrement se vint présenter l'autre ^ua^ triefflne, qui toute effuriée en semblant, et connue s'elle me voulsist inférer mort, vint félonnement jusques au plus près de mon vis, et portant une espée hideusement sanglante, laquelle avoit tournée pour férir d'estoc, la vint branlant furieusement sur moy, et faisoit semblant d'en férir, dont la hide me prit telle, et la peur tant extrême qu'en icelle ne m'estoit attente que de la mort; car m'estoit sa menace effuriée aussi mortelle en semblant oonone eust esté la percussion de sa main par réal^et.
Geste dame-icy n'avoit dedSSgurement autre, fors qu'elle rouloit les yeux, qui lui estoient gros et estuceUn»; avoit
f la bouche de travers ; le bas et le haut d'icelle contraire l'un de l'autre ; avoit le visage enflé et tout rouge ; veines engroissies et pleines de sang, et les mains criminellement sanglantes et mortelles. Et non mort encore, mais assez près, réservé que les yeux tousjours me prestoient service pour faire vivement comprendre ma vision, jettai iceux, comme autres avoie fait, en son front ; et lors me perçus de son titre qui disoit : t Vindùation suis-je. »
Lors, quand ces quatre femmes droit-cy hideuses et espoventables s'estoient présentées devant moy, démonstrant chascune l'of&ce de son personnage, toutes quatre en ranc se continrent devant mes yeux en tel ordre que je les ay nommées. Et non ayans encore levé nuls langages devers moy, sinon largement grimaces et ireux semblans qui valoient paroles, commença la première , qui se nommoit Indignation^ à dire ainsy :
€ Traytre homme, mauvais, injurieux, faux homme € plein de venin, digne de mort et d'esquartelure , digne « de mort immortelle et de tourment non terminable, « faux traytre , pervers , digne de toute despection hu- « maine ! or as vu nos personnes ; or as sçu et congnu nos € noms et les conditions de nos affaires, chétif ! mais tu « ne sçais pas pourtant dont est nostre production, ne de « quel lieu nous sommes mues pour venir droit-cy, ne « qui est la cause de nostre présent survènement devers « toy. Fol oultrageux ! nous venons et sommes parties de « la très-glorieuse maison de France, de la très-excelse et « béatifiée maison chrestienne, du thrône des honneurs et € des dignités du monde , du ciel impérial terrien , qui « seul resplend sur les hommes, qui seul tient règne et « domination sur les générations universes, qui seul en- « cerne et circuit la seigneurie du siècle, qui seul est pa-
radis des humaines voluptés, thrône de superéminent gloire, soleil de justice et de noble vie, fontaine dlionneup et de science, sourgeon de vertu et de félicité, mère de clergie et de la sapience du' monde, région de chevalerie, royne de proesse, minière de précieusetés , firmament de salut et de vraie foy, que Dieu a rempli de grâce, nature^ de toute sa prestance, et fortune, de tout son entremettre. Menteur pervers 1 de tel lieu sommesnous parties; de là sommes-nous venues droit-cy par devers toy, qui le palais du triomphe du monde, le thrône de netteté et de gloire incomparable, as voulu ordoier et souiller par tes escrits , et toy boutant en présomption excessive, as dégoutté ton venin et lancé jusques à la royale majesté injuriée durement par ton desgorgier présomptienx. Fol arrogant, esclisce' de venin, menteur injurieux, rempli d'estoffé pire que souffre, ne poye ' d*enfer, et extrait de la génération maudite, ce crois-je, de Dam, de Goth et de Magot, dont la semence puist faillir en toy, traître faux homme, organe de l'ennemi, plus criminel que escorpion, ne tarente *, et comment as eu , ne pris le hardement de mettre avant les injurieux et cuisans termes, les aguës et mordantes paroles qui naguères sont esparses parmi ce royaume, portées et semées entre toutes conditions et facultés d'hommes, qui tous, avec le noble royal sang, avec la très-haute et vertueuse chevalerie françoise, s en sentent blessés, et à toy imputans charge de malice, crient vengeance sur ta fausse hérétique personne, dont l'injure, ne le venin ne sont à souffrir, combien
« EscUscé (de: eseîicer, couler), source.
* Poi/e (piw), poix.
* Tarente, tarentule.
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« que ta le fondes et confies snr les marchee oti tu t'emc bûches, et là où ton maistre, ton duc, te donne popt et € garant et est peutrcstre cause de ton parler. Langue
< d^âspic et denture de tygre , louve englontisseresse de c llionneur des François , commoveresse de sang et de € félonnie, présentacle de honte et de rougissure, quelle € chose te peut avoir mu ou causé d'avoir produit les c félles, horribles et suspicables sentences, comme tu as « fkit retentir jusques aux portes de nos oreilles, et des-
< quelles, non pas nous tant seulement, mais toute la gé- € néraKté dé nostre thrône est commue et en rumeur ; et € n'est sang en la plante des pieds, qui n*en monte au vi- « sage des haulx hommes, à Tun par vergongne, à l'autre c par ire et appétit de venger. Car ne fut oncques le c thrône françois si injurié que par toy, ne oncques sa « majesté excelse ne reçut lésion si griève que prestement c de ta main; dont toutesvoies tes causes sont fausses, € tes mouvemens iniques et pervers, tes fondations int justes, et tes productions despectueuses et menson- « gères; et en doivent redonder en toy-mesme obpro- « brieusement les quarreaux que tu nous en as tirés, faux « murtrier inhumain ! Et nous t'avons donné autrefois « nourriture emprès nous, t avons recueilli et reçu en « service, donné prochaineté à nostre ombrage, hantise a et fréquentation claire avec nous, inspection et cognoist sauce de nostre giron; et tu, en récompense de bénéa fice reçu, en rendition de gratuité obtenue plus que à a ton appartenir, ingrat envers ta bonne fortune et ceux « qui te cmt bien fait, tu payes sucre par venin, tu payes « baisers par morsures , tu payes acolemens par plaies « mortelles , tu rends mal pour bien , et mort pour vie.
« Or çà, et si l'heure n'est encore permise que je m'en
c puiase venger, et que fortune ne m'est si propioe que « de pouvoir exécuter mon courage, au moins m'est l'es- « poir de te monstrer une fois ton mésus et de te faire « sentir amèrement tes outrages; car ne mourras jamais» a ne moy aussi, que mon ire et ma fureur, mon sang et « ma cuisance ne te percent et déveurent, et deschirent « et desrompent, et desmembrent et charpissent, et te « fassent fondre et poudroier en terre, chair et ossemens, « et ton nom estaindre en la mémoire des hommes. »
A cestes tant aigres et injurieuses paroles me convenoit livrer ascout, et ne m'estoit aisance nulle de res* pondre à rencontre par la peur qui me tenoit lors empeschée la parole. Donc, si le regard deTymage m'avoit donné terreur grande en son survenir, maintenant la me renouveloit par cent doubles. En la felleté de son injure parloit toutesvoies bassement ceste dame entre ses dens et d'une voix cassée, comme si à dangier vuidoit son estomac, et qu'elle ne voulsist point qu'en public on la jugeast telle comme elle estoit en cœur. M'avoit fait des grimaces hideuses et manières de despections les plus terribles qu'oncques visse, èsquelles tant me trouvai confus , tant au bout de mon sens et entendement, que bras et pieds tous estendus comme d'un corps mort, à peine me remanoit en l'&me vertu aucune, ne opération, que tout ne s'esvanouist et s'en allast pour la fuir. Mais pris en celui point dernier , me vint aherdre la seconde, qui s'appeloit Réprobation, et me alla dire ainsi :
c Malheureux homme, tu t'abuses bien. Cuides-tu jà « avoir fait de nous? cuides-tu jà estre quitte de nos « mains , qui tant avons justes causes et actions en toy « pour te pourbondir? Nenny non! tu y es encore et y ^ seras longuement, car n'en partiras jamais que de toy
« premièrement n'ayons fin. Faux escrivain , folâtre « homme de povre et de petite faculté, clergeau contrefait € là où n'y a science, ne clergie, ne lecture, ne auto- « rite, sinon multitude de superstitieuses inventions et « fastrouUes * que tu vas quérant et par lesquelles tu em- « mieules les oreilles des ignorans aussi fols que toy, et « toy-mesme en tes folies te glorifies! Coquart, maistre « vergaut*, qui as l'esclipse en l'entendement, etmesmes « ne te congnois et veux juger autrui ! Que fera-l'on de tes « escritures , de tes frivoles et inventions laidengeuses « que tu as fait dévoler par ce royaume , contraires tou- « tesvoies de la vérité , contraires à honneur et droiture, < et tournantes à dure lésion et scandale à la chose pu- « blique, mesmes jusques à toucher à la face royale, à la « splendeur et netteté de la couronne inviolée, que tu « semblés vouloir ternir et desfigurer par ta plume? Mau- « vais homme injurieux, pervers en conception et léger « en ton jugement, si tu as conçues aucunes passions non « opportunes en Testât de ton maistre à qui tu es et en « aucunes matières qui te semblent estre rigoureuses de sa « part et prochaines de péril, et èsquelles lui-mesme dust « remédier et prévenir par sens afin d*éviter propre mes- « chief ', convient-il pour tant par tes lunatiques opinions « qu'en embellissant ta cause par bourdes, tu accuses et et laidenges les justes et hautes claires personnes par « charges , ceux encore ou celui à qui doy nul ne doit « toucher, et devant qui et le monde et les hommes et « les pensemens doivent frémir et trembler, premier que
» FastrouUes, contes faits à plaisir, balivernes. * Maistre Vergaut, allusion aux huissiers à verge? » Ceci se rapporte à la retraite du dauphin (depuis Louis XI) dans les États du duc de Bourgogne.
SDR VÉRITÉ MAL PRISE. i57
« y oser mettre main? Donc, je m'amire en moy-mesme « et me sens toute effrontée de hide, comment oncques « entra en toy le hardement que j'en ai vu, ne la pré- « somption de l'outrage que je y ai trouvée. Et convient « bien certes que la bonté royale soit bien grande, quand « si haut injurieux attemptement souffre et dissimule. « Déa! tu n'es pas celui qui digne soies de dissimula- « tion; tu n'es pas ton maistre, le duc de Bourgongne, à t qui il y peut avoir loi aucune de souffrir; tu n'es pas € son chancelier qui est homme grave et prudent; tu n'es € pas son premier chambrelen, qui estpreud'homme; ne
< tu n'es pas de la secte, ne vocation par quoy tu doies « avoir aveu de là, ne de çà support ; car tu n'es sage, ne « de nul prix, ne de nulle quelconque provection à dic gnité, sinon à faire et à escrire fatras , multitudes de « folies et de vanités , qui toutes ne servent, ne ne pro- « fitent, mais endorment les fols légiers esprits et les bons « et les notables ayrent. Doncques, puisque tu n'es autre « homme et que tes escrits ne proviennent point, ce peut <K sembler , de la gravité et prudence des sages hommes
< de ta maison qui nous sont bien cognus, et que ton « maistre aussy n'est pas légier parleur, mais bien pondé- « reux, il convient doncques que tu, de propre malice, « de propre envenimé courage et pourri estomac, de la « malignité de ta racine, pour envenimer et enfellir nous a autres, pour autrui aussi envenimer envers nous, tu as « cecy mis avant , ou que ton maistre faisant l'ignorant « et le non-y-touche soit esté content secrètement de ton « faire. Si tu, de propre et privée malice, l'as fait en ton « propre privé conseil, en toy seul en doit redonder la « punition; et si par conseil et aveu d'autrui en au- « trui sens aussi et gravité , il y siet délibération plus