TON
%ll EXPOSITION
St }ops, comme pe ppuvoie eiacml^ les yeux en las contempler, p% que m^s fraeurs premièrement eues m'estoient ;(Qute« issvauouies, comme ^i ?iea n'en fust avenu, me perçus qim h^ quatare me9 ennemies de commencement commencèrent h reculer un petit en arrière» et prenant ux^e mwière rassise en elles, plus que au premier, chaur gèrent couleur toutes quatre. Et sembloit que peur aucu^ nemeii^t les surprist de ces trois, et que redoubtassent l^i^r vertu. Pour quoy, elles trayant ensemble en manière 4§ consQil, et percevans bien que lieu n*auroient d*estre oyes, ne d'arguer à rencontre, trouvèrent un personnage d*une dame nouvelle, ne sçai où elles Tavoient embucée ; et içelle ordonnèrent pour tenir leur lieu , et pour mettre avant en termes ce à quoy dès le commencement estoit leur prétendre. St tant appris lors de son eatre que je l'oys nommai) aux autres FmagiTiaiian françoise.
Comme doncques ces quatre premières dames droit-cy, k d^mi reboutées, se tenoient un peu plus loignet de moy que ne soloient, et que leur semblant portoit de non me oser approcher mais, par la vertu des autres que je perçus bien que moult ressongnoient, vis partir de leur troupeau oeste dame Fmagiruition^ portant en sa main un livret; eticeluy présentant à mes yeux tout ouvert, commença à dire : « Homme ! de ce livret qu en dis-tu? Tas- € tu vu, autrefois, et es-tu de riens recors de son con- % tenu? »
Et moy respondant que oy et que j'en avois congnoissance assez, m en renforça sa demande, disant : a Et dont « vient que ton cognoistre en est si expert, et que encore « ne Tas vu, ne manié entre mes mains? »
« Beau Tai congnoistre, ce dis-je lors, car ce fut une * fois ouvrage de mon engin. »
SCR VÉRITÉ MAL PRISE. i75
YttAbilf ATiON. '-^ Et comtiient a-t-il bieû te hstd^metit en toy de regehir' que c'eôt de tôti eravre?
L'ACtBUB. — Quelle utilité tiie seroit de niôîr ce dont la preute du cozitMre Me i^tLfn!ètoit ^n conftision? Si mère ne peut faiér son ftuit ^ né moy ne puis niet ce liv». Là mère a porté son enfant en son ventre , el inajr ûy porté cestiii en mon âme. DoÉléj s'il y à rîéba qui sonne aigre et qui cuise à honnetir par l'interpréter au pire, rèz-mfe cy sùbmis à Tinterprétation A^FHt^ndementi et de ces deux dames MémàiH et Votéfité, eh qui mainâ et diëtiûctibn claire je me ose bien fifer de liia sentence ; car y a en elles droiture et équité , saine conception et trài jugement; et ne se désVoieroient ne pour toy, iie moy, de lèi Toie Véritable.
YMAGiNAT'iok. -^ Et éomiîieht faut-il tàût de pttrtiofnneià pour te défendre , qui as esté seul à la Composition de ton livre? né faut inie trois aVocats pour un seul cdrps garant tir? Hespons, et sauve de propre estomac ce que de propre estomac tu as mis avant;
t'AcTEUR. -^ N'ai advocat flùl droit-ôy ^uî ne ÎËè éroît propre et qui tenu ne soit de moy servir, cdinme QtU né ptds vitre, tie avoir estre sans leur assister. Ge sôilt celleè et celui qui ôiit esté inséparablefmënt avec moy ati dèbfet de inotl ouvrer, là où j'ai composé ce deiit j*ai eu Wémetir longue d'en avoir assaut, et laqneDe chose, jà-soît-cè qtife je Taie moult l^doubtéé, et que l'estrôît de rëxàminatioli m'a eâté une dure attente par la diversité des coWitgéd, toutesvoies loué-je Dieu de l'heure è[tiî est ventie itiaintê^nant, quand assiégé de tous lè^ de vérâs et d'aut*e, je me trouve en pôiM de res|)ondre9 sous lé prestttiiceMmteirvoié»
< Regéhif, i^d66nJniitré, àvàfde^.
de ces trois, afin d'en estre quitte une fois, juste et preud'homme, ou d'en estre à la condempnation démérie.
THAGiNATiON. — Homme, tu parles baudement; et semble que bien peu tu prises cestui affaire. Mais sçaistu bien quel nom j'ay et de quel lieu je suis venue pour venir droit-cyî
l'acteur. — •Tentons que l'on t'appelle Fmagination françoisei et qui es celle qui as tourné et viré ce livret de feuille en feuille; et le lisant et espeluçant par jour, de lettre à lettre, par nuit l'as ruminé entre courtines closes, et y quis le goust du vrai entendre, là où souvent, à le macbier, la saveur te sembloit amère.
YMAGiNATiON. — Et te semble-il que, par ces trois qui te assistent droit-cy, tu me doies donner goust autre que celui que j'ay pris, et que par leur parler je doie tourner mon jugement contraire de mon assavourer? Nenny voir! sique ne sçai à quoy te servira la fiance que tu y as, ne à quoy te viendra à profit leur entremettre, qui me semble aussi peu fructueux comme nécessaire, quand ce qui est fait est fait en ta personne, et en ta personne , comme George, tu le dusses respondre, non pas en ces personnages que tu nous vas quérant droit-cy. Au fort, pour venir à nos fins, entrons en commencement; et si tes assistans y ont lieu, me fassent entendre quel et comment, ou tu en leur nom; et me déclarent leur estre et condition, par lesquels droit-cy doivent estre appelles, ne crus de porter la raison pour toy, qui ne congnoi que ta personne et tes œuvres, et non pas les leurs.
l'acteur. — Dame, je ne prie fors que oys soient, et que prestance leur soit faite de parler, qui prestement enfonceront un tonneau , dont ce qui en vuidera ne court pas à broche commune, mais te donrra assagissement
beaucoup de tes questions, premier que tu y entres. Sy te prie, sire Bntendement, et vous, mes dames, qu'en ensiévant l'exigence du cas, droit-cy veuUiez esvertuer vos personnages, telles comme sont vos natures , et monstrer à Ymagination française , comme vous avez grand titre et intérest d'estre venus droit-cy en ma deffense ; car, ce fait, me sera deschargé beaucoup mon cœur, et ma cause plus embellie.
ENTENDEMENT. — Dame, uo te semble -il que nous soyons convenables avec cest homme , qui en sa seule personne a concité toy et toute la gréigneur part de France contre lui, sous espèce toutes voies de bien et de bonne intention, qui autrement a esté tournée? Doncques, qui seul est encontre une telle généralité ennemie, fol n'est pas, s'il a frère, ne sœur qui soient une mesme chose avec lui, s'il les mène à jour de son champier^ pour conseil, là où il pense à trouver dure bataille. Ainsi est-il droit-cy, dame. Nous trois, nous lui sommes frères et sœurs, une mesme chose, une mesme nature avec la sienne , qui nous entr'aimons tellement que nous sommes inséparables de lui, sinon par séparation de vie. Donc, si tu quiers à congnoistre mon estre, ne à enquérir la cause pour quoi icy je me ingère, regarde vivement en moy, et avise si je ne sers moult à l'acteur et si je ne suis Entendement humain, en similitude d'un coffre ouvert, là où toutes choses , selon ce que elles se présentent aux sens extériores et aux puissances de l'âme, par dedans se recueillent, se conçoivent et se logent; et là, visitées par la lumière à'Fntendement besongnant, se poisent et sont agoustées en la discursion de Maison ^te, qui en tire ce qu'elle y conçoit : des bonnes, bonté , des mauvaises,
* Champier, combattre en oliamp clos.
saveur oo9,traire, comme qui autre rieuiia peut tmrs^ des cbosQs^ fSpirs ce que leur nature preste.
Oiime, en véirité de ce nom jEntendemmty qui mesmé le euji^, j*espécule les choses cél^^tes ; et conçoj par grâce ce que par. gtentimeut je ne puis a^a^indre ; et paryiens jusqu'à la OQgnois^anc^de Dieu et de ses o^vr^, et à la conception des. choses^ iAvisibles làrhaut, là où ÇBilne monte, ne sentiment. En vertu de ma nature aussi, je fais d'en- £auspetiot8i, haute glorâeux clercs» pleins de sciences» pleins de soins §t dç h0.utes. <]LQctri|ies, parce, qu iU m*ont çoivert et disposé À concevoir (Uvr-ersité de matièi^, les y^s spéculalilves, les feutres moraleS) autres de pratique et de di,y^rsesi fins, l^u^es toujtes, SO: tf ouvenl^ ep moy , quand d-ayenjtïare.on tpuclie à la serrure du ço&o ; cai^ à légier so.tpouye^ çif qW;est qi^s. 1^ où^il est.
Or sujlH^ ^ ^® aatu];e. que tel que l'homme me quiert avoir, ou riche ou povre» tout tel^ je me. présente à lui,; et tel qu'i][ me aura entretenu et ^t à son, plaisir, il me trouvera tel et non autre, quand lui sera besoin. Si d'aventure il est convoiteux et qu il donne soin de mettre beaucoup en mon estuy , beaucoup y recevray , et tant plus y recouvrera à son recours. Donc, si peu y met et que peu acompte de tel amas par vice d'oiseuse et de négligence, peu trouvera de richesse et de noble acquest; et sera un homme abject et povre, inutile à soy-mesme et à autrui.
Dame, tu entons bien qu'en un cœur nonchalant, en un homme qui de riens ne fait poids, nulle rien ne lui est grande; et que les courages qui se disposent à vivre conyne non hommes, ne resongnent événemens. mondains nuls, ne que bestes mues, qui buvans et mangeans le morceau entre les mâchoires, ont le mail sur la teste souvent,
doi^ jslûtàt peur, parce (pké B^ontsentement de leiupmort.
O daaie^ enteas' dik)i1hC7 : si Facteur que tu aadaolxv m'eust mis ea noticlial<Hr comme gent teUe, n'east mm incorporé ce que après, par consentement de rsison et par l'excès du renlplage qui ^ estoit trop, il m'a fait voidier, et de quoi maintenant tu t'eslàves en son confa'aire. Car eust dormi peu^estre et se fust tu, comme qui de riens neust sçu, ne voulu faire poids, et se fust ausli légèt^ ment passé de parler aigrement, comme légèrement il se fust passé de concevoir les aigreunr qui qoetir^Kt} oa?, qui n acoiite, ne entend, et qui ne sçait, n'assavoure.
Or queurent choses hideuseis et dures choses^ qui e6p(H ventent hommes et pensemens, toutes distraites d^htm* neur , lontaines de salut et prochaines de misèwet de tribulation ; lesquelles conçues en' Tadletii^, Iw a boutées en moB coffre, là où j'en «f tiré la saveur qai^ là'évftfSt anère, dont, du mauvéis' goust que je' y iwa^nf^ tf^èc fffes(;he c()nee{>tion, j-en ay âdt piost jbgemeaiy' et>ai recradhié dehors oè qui m'assavouroitikia}.
Donc, si j'eusse esté nonchalant de la' càose^ publique^ et que des choses humaines né m'éust esté^riensi'aitaaNmt bien, idlassentmal, et que l'acteur, mon nudstrev^'^Mt donné ce repOs, nô fust ores riens de ce passage estmit <iù tu as enclos réacteur et moy, pour traire de nous ViaMtprétation que tu quiers et les causes de nos rigoureux escritSi qui ne sonttoutesvoies autres que les Mtsquenos sens nous ont fait' concevoir. Sj me suffit f en' dvoirâît autant pour l-héure, pour donner lieii à iMaoif#, nth sœu!^» qui plus vivonent parlera- beaucotip et plus* à Tatteiute du cas, pour'plus te donner oonccl}^twn' die toft tDrt* et'de l'équité et 1)011 drèit de nouratitrcb;^tiët4è«tf JK^ moire, iKurte ûàakftfanaiifr el^dcbtoifne^ cè'^i est drtoy;
et si tu as riens qui peut embellir nostre matière, fais monstre de ce que tu as en trésor. Peut-estre que tu descouvriras choses qui pourront bien estre recongnues et jugées de grand poids.
M^MOiBE. — Que diroie-je, entendement î Si un nouveau vaisselet emboit par nature la première liqueur qui y est conçue, et la sent tout vieil et à tousjours, ma patrenostre m'est aujourd'hui aussi fresche comme le premier jour que je la conçus enfant. Je fus créé avecques cest homme, et naquismes nous trois ensemble avecques lui, dont, en l'eage d'enfant, souple à doctrine, me furent présentés plusieurs livres dont j ay aucunement recort du contenu ; et en ay mis en conserve ce que j'ay pu, par plus, par moins, comme par plus ou moins avoie affection aux matières et à les bien emprendre , dont les unes m'ont esté nécessaires, autres utiles, autres glorieuses et louahlesi autres amères et de mauvais goust, profitables toutesvoies quand bien se trouvoient espelucées. Les nécessaires ont esté celles qui me servent à salut, articles de créande, congnoissance de Dieu par doctrine, par foy et par espérance, sans lesquels points n'est sauvement, ne salut nul. Les utiles, ce sont esté sciences et disciplines, Visitation de livres et de hauts escrits, qui parfont l'homme et le mènent en la congnoissance de Dieu et de soy-mesme, le font sage et clairvoyant, éloquent et subtil, et prompt pour discerner entre mal et bien, entre vérité et mensonge. Les autres qui sont glorieuses et louables àThomme, ce sont lectures fréquentes et visitations d'histoires des nobles dits et tractations non communes des anciens philosophes, des poètes, des orateurs et des historiographes, qui traitent des faits, des mœurs, des laudations, des glorieuses vertus et hauts titres des nobles de jadis, roys,
empereurs, ducs et barons en tous eages et en toutes lois, dès le principe du monde jusqu'au présent ; car en icelles se trouve le miel et le sucre, délectation d*àine et contemplation souveraine de noble engin. Là se trouve le miroir par lequel on s'adresse ; là se trouve l'exemple par lequel on s'amesure, par lequel on se règle et atoume, et par lequel, prenant exultation en choses.bonnestes, on enlaidit et fuit-on œuvres ténébreuses et malsaines. Y a encore une autre manière de matières que je compte de mauvais goust et amères : ce sont celles qui en vraie description racontent les opprobres, les reproches, les confessions, les infélicités et escandres d'aucuns hommes et hauts princes et barons du monde passé, d'aucune noble génération, à qui il peut estre mésavenu, d'aucun glorieui^ royaume, d'aucune cité noble, d'aucune singulière personne notable, qui se sera méfaite ou que fortune ennemie aura mené à fin triste. Sy en sera la conception amère parce que noble nature se deult volentiers du mésavenir d'autrui noble. Et peut profiter toutesvoies la lecture, en tant que le lisant et qui le met en rétention, s'en préavise et préserve, et fait autrui préaviser et préserver de non encheoir en semblable, ne par fortune, ne par propre faute, comme toutes fins se traient de l'une de ces deux; lesquelles toutesvoies, quand on les prévient par sens^ n'ont point d'efficace en l'homme par quoy on les doie craindre. Dame , et avec ce que jeusne et en succession d'eage j'ai pu lire et apprendre moult de choses par livres, sy ay-je pu avoir congnoissance aussy et impression d'autres beaucoup, que les sens extériores, comme la vue et l'oye, m'ont rapportées, et qui en ont mises les réalités en la conserve de mon clos, là où souvent je les manie et reliève, je les songe et digère selon leurs qualités et circonstances;
eaàre lesquellea les ime» peuvent estre cUlitaUe» et' àe grand firnii, et les auAres mérancolieuses et tristes» mloaU âurar en ddgesfioo. De cestes deux manières* de ekoBes aveanes». dame^ tay-je tout pl^ mes eoffires, ay-je toat l^em me» armoires et custodes, non pas par doctrines deseole, non) pna par lecture en livrOy ne par récitation unie de bouche, mais par réale vision et eû^périence des cas en bien et en maL Toutes me gisent imprimées si très au vif, que rien») n'est qui les puisse traire dehors de moy pour les me faire perdre, et qu elles ne demeurent fresdlies et vives en mon regard, autant ceUes de dix ans que d'aujouardliAii.
Damievets'il te plaist que de cestes choses ainsi vues et connues» par sentement je déclare un peu lés particularités aiumnes, tant pour ton propre contentement comme pour preuTise de m» parole, je te veux ramentevoir premièpement aucunes de celles qui me sont délitables» et qui à la/ matièm présente que j'ay à déduire en faveur de l'acteur, me seront serviables et de grand fruit; car partie seront matière subjecte et grand fondement de nostre œuvre* Donc, parce que nous devons entrer en contention toy et nous, pour cause de cest homme, et que tu es mue de France pour cy venir en ces marches basses impropérer un povreescri vain qui ne te haite *; doncques, parce que tu es de France et que tu en représentes la nation, toutes les matières bonnes et mauvaises que je tirerai de mon recort en France, seront prises et sur icelle fondées, comme qui par autres ne te peux assoufir, ne faire approche. Donc, et pour ce que cause principale de ta venue droit-cy est l'acteur, et à l'acteur la cause de son escrire est le desvoi de
I Qiiéimh^a4i&, qui ne te ^laîtk
SUR YÉSSrÉ MAL PRISE. i83
ta nation, )e9 Françoiti, te veul donner h enteadxe wt qiAoy Vacteur priAcipaLement a foudé sou œuvre* ot pour quoy il s'est mu si aigremeut à Veneoatre de. ta natioa, et premièrement notai^t la personne de soo, maistre eu qui il congnoit toutes bontés manoir et autruy avoir reçii maints haulx bénéfices de sa main , maintes eiûiibitions. d'honneurs et d'bumilités monstrées par divers temps, et lieux, non rétribuées condignement. Toutesvoies> pour et en nom de celui acteur, contas à déclarer iceux, et w après venir à la touohe des guerdoQS qui en sont rendus^ comme qui tout vivement l'ai eu mon coSre, là oh l'acteux Ta puisé et a esté querre comme pour foudemeint de son œuvre..
D^ue, comme une seule personne est causer aux François de leur envie, une seule p^^uue. au«si sera^ cause à moy d'impropérer iceux par sa boaté,, laquelle, a esté eongnue ^1 lui dès son enfance, et don^ encore. j'ai- recort yif , c^r est né le plus vrai, François des Tivao^. Donc, posé que l'infortune de vous autres et vos Qr<^Fe6 dMiaes hii ont ^ait autre^fois desguiser sa< nature, s; l-a-iL £ait à r^ret et est demouré invariable; en raoiue.,^ ccsnme tout jeune délibéra à monstrer,. lorsqu'eu la JQurouée de vos plours,. à A^ncourt, pour soy y trouver i^ h^ure, contre le commant de son père se embla céléement pour voua droitlà. venir déf^ndre, et dont la perte après lui donna teila douleur que si toute l'infortune eust redondé en lui seul. Y) perdit oncles et parens grand nombre; y perdit propres vassaux et sul^ets, nobles infinités Estimait le moins sa perte privée toutesvoiea, mais jdoroit amèrement la'désolation commune, et qu'en la main • des vieux ftT\n*^n>v? du royaume, les infe^teurs des François, les buveurs dd; leur Bapgi.l^ xM>lt>lAjimrjmtage. rioyal et 1^ tboT^ne d'iicdlai estoit
28i EXPOSITION
chu et succombé si très-lamentable. Naquit hayneux encontre le sang anglois, et ne vesquit oncques heure qu'il y eust amour vive. Donc jà-soit-ce que après, par les choses avenues non renouvelables, il en prit Talliance, le contendement de vous autres, qui mesmes les quésistes en son contraire, lui en estoit plus cause que constrainte nulle pour avancement de sa querelle, quand, après injure inférée assez griève, vous le tendiez à pardéfaire par ceux dont il fit sens de les vous soustraire et de mesmes s'en défendre. Sy ne dy pas ceci, dame, pour relièvement de nulle chose passée, mais pour approbation de sa bonté invariable, sinon par constrainte, comme on dit vulgairement que de l'aignel on en fait devenir loup par le trop surquerre. Et que cecy vray soit, appert par ce que, après longue confédération maintenue avec iceux contre vous , piteux envers vostre affiction dure et recordant quel il estoit en fons, retourna par devers vous tout léal et rompit le flaiel de vos ennemis par moitié, où l'œuvre, de son principe jusqu'à la fin, compris tout ce qui en fut, se pouvoitplus réputer divine que humaine, quand nulle plus noble ne fut oncques, ne digne de plus grand los. Sy n'y est mie allé à feinte depuis, ne à regrets , mais s'est trouvé comme fils très- humble obéissant à père , comme serviteur très-petiot à son souverain sire , par toutes les dilections, honneurs, révérences, présentations, fidélités que cœur noble et véritable peut traire de son fons, dont, un, ne deux exemples se doivent alléguer droit-cy, mais mil s'en pourroient mettre en conte, dont nul ne seroit répugnable. Quist en forme de ceste vraye bonté, et pour la consolider entre vous et lui , la noble et la très-haute alliance de la fille du roy pour son fils, laquelle, après longue nourriture, venue à sa fin, condolut amèrement la
perdre, sous cui vivant toutesvoies, se trouva grevé assez et vexé de vos gens, que vertueusement toléra sans y monstrer desvoy. Donc, comme s'estoit retourné serviteur et ami loyal, devint dur ennemi à ses relenquis, et en avancement de vos ressources, mit siège à Calais. Donc, posé que fortune n'en souffrit avenir lors point de fruit, sy lui en donna gloire toutesvoies très-haute la bautesse de l'entreprendre, quand seul le pensa mener à chief et tout à par lui. Donc encore, et pour plus monstrer sa léaulté vraie, et recordant comment le noble royal sang françois gisoit en captivité en Babylone, et que là mené tout jeune y languissoit tout gris cbenu, s'avisa, de noblesse de cœur, de le traire dehors et de le racheter des mains de Pharaon, lors quand autres ses plus prochains n*y acontoient\ Ne le fit mie toutesvoies à vaine gloire; et ne le dis point aussi à fin de repreuve , mais à preuve et exaltation de sa bonté qui droit-cy requiert d'estre remonstrée très à précis.
Que fit lors après cestuy prince, dame? quand la division première sourdi entre le roy et son fils, lorsque plusieurs princes françois se estoient joints avecques le fils, contraire du père*, et que tribulations à tous lez renaissoient en France à ceste cause, ne se monstra lors ce duc un noble singulier homme, un prince de divin estomac, quand, tout plein de larmes et de douleurs, plein de regrets et de compassions vraies, au sçu de ceste division, dit : t hélas! je voy bien que ce royaume est perdu à c jamais, et que temprement et à nos yeux il se veut « perdre et finer, quand vuidié d*un meschief il rechiet en
* n s'agit ici du duo Charles d*Orléans, qui dut, en 1440, Ba liberté an duc de Bourgogne.
* Lors de la PraguerU,
286 EICPOSITION
« rm tutté, et âô vetit pâi'défàît* et p&rtertiiîner en divî- € tà(m comme du père conti^ le fils, et de Tun membre * contre ratttw. ! et que pitié en puist prendre à Dieu « et que sà grâce y veuUe pourvoir bientost! » Sy fut tellement mu avec ses paroles, et si au vif tôucbé es parfottdes entrailles, qu'il varia longuement de monter à cheval à privée maînie et de aller devers le roy en per^ sonne' pour obvier à cet esclandre, dont beaucoup le louoîent en son haut courage et en celui hardement, mais dirent que ce ne lui eust esté sens de le faire. Aussi s'estoit-on assez perçu par avant et depuis de maie mesure, par quoy la diflGlculté n'y estoit point mal séant. Laboura toutesvoies constantement et sur tous les autres de France en la pacification , et tellement que le discort fut remis en nature par son pourchas. En faveur encore d'aucunui, dame, et pour monstrer son humanité, n'a-il restitué franc et quitte pour néant, qui par infortune de son prisonnier lui estoit mis en main gagière , qui non ayant quis son détenu pour lui inférer grief , défendeur de sa terre, le vainquit en bataille, lui couratit sus, dont la détention en avoit esté tant plus juste, et la rédemption tant plus de gravité * digne. En outre, dame, n'a-il quitté libéralement en faveur d'aucunui toute la seigneurie de Milan que le duc Phelippe lui vouloit transporter en main et le faire son fils d'adoption et lui en fit presse et prières très-longues : que ne voulut accepter toutesvoies , pour dilection d'autrui, et pour donner à entendre que plus lui estoit amour envers son sang que multiplication de terres,
« Ces détails ne se retrouvent pas ailleurs. Voyez le récit des chroniqueurs contemporains, résumé dans V Histoire des ducs de Bourgogne, par M. de Barante.
» Gratuité? allusion à la captivité et h la délivrance de René d'Anjou .
non jiMtemeât possédées. Reftisa pareillement et en ce mesme titre la seigneurie d'Espinay' et de Mets, et qui plus est la seigneurie de Gennes, au temps de vos adyersités, parce que ne youlut riens emprendre sur tous autres qui autresfois l'aviez tenue en vos mains*.
Donc, après vous avoir fait tous les honneurs du monde, toutes les bonnes et joyeuses réceptions, donné de ses biens largement et offert, vous présenté assistance et service à rencontre de vos ennemis , à rencontre des infl* dèles, à rencontre de tout le monde, et soy monstrant le scabeau de vos pies , tant en fait comme en parole , et préavisant la félicité de ce royaume et sa longue duration et que division en pust estre extirpée et jettée dehors, a refusé mariages du nionde univers. Et pour donner règle et ploy à son fils, tel qu'il désire que par lui maintenu soit, et de peur que par conseil senestre ne quésist alliance à vous non saine , lia son fils à sa propre nièce, fille de sa sœur, à vostre sang propre*, afin que parti à intention de soy trouver en bataille contre les Turcs» si fortune lui eust gardé sa fin pour mourir là, il enst pu mourir plus asseur et mieux réconforté, pour avoir obligé son fils en celui sang dont il estoit venu, et lequel, contraire de son cœur toutesvoies et d'autrui avec, il lui avoit donné et laissé par testament, par aigres et très-estroites paroles, pensant non jamais le revoir, sinon à grand adventure. Dame, et ne prises-tu ceste œuvre? et ne te semble^lle de grande et de haute laudation digne, quand lui voyant son fils traire à affection oblique l'a lié pied et mains pour le faire tenir joint emprès vous ; qui n'estoit
> Épinal.
> Cf. la Déclaration des hauts faits du duc Philippe (tome Vît).
* Philippe fit épouser à son fils en 1484 Isab^e de Bporlxm.
mie dlseteux de mariages toutesvoies, quand les plus hauts de la terre se ployoient envers lui. Sy ne s'est mie monstre moins léal , quand vostre héritier prochain , Texpectant de la couronne \ déchacié d'envers vous, il a reçu entre ses brlis pour un meilleur, et pour honorer ce là où il a amour vraie. De quoy toutesvoies la hayne qui est fresche maintenant s*est congréée toute envers lui par vos injustes et vicieuses suspections que vous maintenez en celui-là où oncques n'entra chétiveté, dont ceux qui les nourrissent et leur donnent cours, sont moins vertueux, et lui plus clair et plus glorieux en ses titres.
Ay-je dit maintenant et remonstré ses bontés et ses léaultés et preudTiommies envers vous? Pour causer doncques l'ouvrage de cestui acteur, qui toutes ces choses a revisetées en mon coffre et en a vu les rétributions povres, convient bien narrer après et faire une briefve discursion sur les choses que j'ay vues en vous, non bien faites et non de mesmes à ses bontés. Et tout premier me recorde de maintes rudesses et ennemistiés qui lui ont esté monstrées depuis par vos gens d'armes, qui du temps des guerres à peines ne furent oncques monstrées autant, que toutesvoies en vertu et pour bien faire il a toléré patient. Sont venus Anglois et François joints ensemble, pour le fouler, qui , ennemis Tun à Tautre, firent compact pour fouler vostre ami, qui, pourvu de Dieu et de bon droit, avoit honneste occasion de soy défendre. N'ont de tout temps ceux du parlement et aucuns du haut conseil royal, contendu à faire ployer rigoureusement sa personne, de l'asservir et humilier par roideur, de le ronger en sa gloire et régnation, de le restraindre en sa
< Le dauphin (depuis Louis XI).
seignourie» dont les faits sont avenus si clairs parfois» que les doléances à son lez en estoient bien dures? Ne vint mie une fois un huissier de parlement à Oand atout un mandement pour l'adjoumer en personne, ensemble son neveu le comte d'Estampes et une grande part des nobles de Picardie, pour et & cause d'un Dimence de Court, homme de non grand estime '? Et celuy huissier gardant son exploit jusques au jour saint Andrieu*, le jour principal de la feste de son ordre, que luy, le duc d'Orléans et tous les chevaliers de la Toison d'or estoient en leurs manteaux, en la gloire et solempnité de leur estât, en salle non d'un duc, par semblant, mais d'un empereur, tout prest de asseoir à table et en point de prendre séance, vint icelui tout délibéré et à intention d'esvergonder la compagnie, ne sçai de qui instigué ou non ; et soy ruant & genoux le mandement en sa main , fit son exploit et son adjournement en sa noble personne, en son neveu le comte d'Estampes, et [en] toute la haute baronnie là estant, comme pour donner à entendre : « Vecy le flayel de vostre « extollation fière que vous avez prise , qui vous vient € corriger droit-cy et pincer, et vous monstrer qui vous « estes. » Dame Fmagination^ te semble-il que ceci procédait oncques de bon fonds, ne qu'en un tel cas se pust entendre autre chose, fors que hautaine envie et venin de cœur? nenny certes.
Pareillement se peut dire d'un autre, lequel, cestuy prince estant en sa ville de Lille , vint à marteaux de fèvre* rompre les prisons d'icelle ville, pour tirer dehors un
« Dimancbe de Court était, diaprés la Chronique manuscrite de La Haye, un ancien chef d'écorcIieurB. Sur la part que Chastellain prit à cette affaire, vopei^ t. !•', pp. zvii et xvm.
' Bn 1445. ' Fèvre, maréchal, serrurier.
TOH. VI. i9
EIPOSÏTÏOÎÎ
priflonnier, sans avoir oncques daigné demander ou^ ture à icelui, dont esniu durement de Fescandre et de U clameur du peuple, en plein midi constraint fat de viiidej de sa maison , lui quatriesme , pour venir à cestui gracieux exploitant qui toujours mailloit et frappoît, et avoïj jà rompu les serrures et grosses barres. Mais pris en soœ oultrage, se trouva tout esbahi quand le seigneur vît si près de lui, qui oncques toutesvoieâ ne se deslia en parler, jà-soit-ce que emprès lui en avoit aucuns qui Yolentieri Teussent lancé en la rivière qui estoit là près : que oncqnei ne voulut souffrir^ pour révéï-ence du toj\ Mais ne fut-c< point un escèa de justice, une très-oultrageu^ et despiti hautaine* monstrée et faite à un tel prince, à un tel cbe: en la terre si glorieusement régnant ^ si puissant di villes et de pays, si assisté de conseil et de sage conduite et de eoy-mesme prince de justice et d'équité, sans que sa villes d^eUes-mesmes soient les mieux policées de toutei autres', et très^rigoureuses corrigeresses des mauvais pa hy et vrai sain jugement?
Quans en est-il fait d'autres, dame , que je raconteroii bien, si ne fust pour briefté et pour non tout mon voir a que je pourroie bien? Quaus est-il de venimeux langages et a esté depuis vingt ans en çà , de ceux de vostre rout^ envers ce?ite de deçà? Quans mespris et ravalemens quantes fiertés et hautaines monstrées, là où on tordoi lest cols vers ceux qui , voua recevans en leurs girons vous ont honoré les pieds , en humilité vous ont baisés e
■ En 1457, le baiUi de Courtray osa faire arrêter un huîssier d park+ment, et après lui nvoir eoleTê les lettres dont il était porieni « le constitua prif^onnier de monseigneur le duo d@ Bourgogne. » Su ce ffravQ démêlé, V9^ez les archives de TEmpire, J, ^13,
* Hautaine^ &ci& oTf^eUlexix^
• Cf. tome m, p. 89.
estrains, vous ont preste yeux et oœurs favorables, ooujoys et soIempDisés par contemplation, par révérence et amour, par renvy l'un sur l'autre, dont toutesvoies la mémoine s'est trouvée estainte tantost et esvanouie avec le tour de vos talons? Déa! et que tu ne penses, dame, que j'adevinne. Des manières de delà suis^je assez experte , et des langages non moins? et combien que l'honneur et savoir du monde, la gracieuseté et courtoisie reposent au giron François, au sein de l'envoisée^ royale court, ne s'y trouve dilection nulle toutesvoies envers ceux de deçà, ne flj peut trouver amour radical. Mesmes semble estre chose naturelle et honneste, une chose appartenant et droiturière, que tout ce qui croist sus , homme et femme, tout ce qui entre en autorité claire et noble , doie cont^npner et tordre le col à nous autres. N'ay-je vu hommes et oy dire : que plustost iroient en la deffence des Barrasins que des Bourguignons , et s'armée se faisoît contre un et contre autre, iroient plustost contre les Bourguignons que contre les Sarrasins? Dame, j'ay moult de choses en mon recort qui à ce povre acteur droit«cy ont esté cause et matière d'ouvrer, dont des vieilles je me passe pour un mieux et viens à celles qui encore sont fresches , et qui principalement ont commu l'acteur et mené jusques en ceste aigreur, depuis la journée de Vendomme, là o& Tambassade de ce duc estoit tramise pour obéissance au roy, là attendant son plaisir, et par intention aussi de donner secours et intercession de prière à ce povre infortuné duc, à ce misérable desconforté royid sang d'Alençon, que oestui prince bourguignon , par affection et devoir de nature, par obligation aussi et constrainte d'honneur en une
> Bnvoi9é€f brillante.
religion d*ordre, avoit tant longuement pourchassé, avoit tant humblement requis et poursievi que traité fùst en pitié, et que recongnus en fussent les services et léautés de ses pères, et le sien vice dispensé miséricordieusement, en leurs mérites; qui oncques toutesvoies, à l'heure de la très-malheurée et misérable sentence d'un si noble sang, ne fut oncques ramentu une fois qu'en faveur de Im on fit riens, fors seulement en faveur du duc de Bretagne, pour qui amour on Im remettoit la vie conditionnellement ' . Et battu droit-là devant un lion gros*, convint estre deshonoré, et porter punition scandaleuse le noble royal sang, le parent de tous les royaux , le compère du sceptre triomphant, le parrain de l'héritier de la couronne ; et soy couppant mesme le nez du visage, destituer, desgrader, desvestir et estre despouillé d'armes , de seigneurie , de dignités, de prérogatives à tousjours mais, et séparé avec ce misérablement du monde , mis en prison plus mérancolieuse que mort, et plus dure que coup de douloire par non pouvoir digérer son ennui. comme doloureux exemple à ceux qui, frères avec lui d'ordre, se trouvèrent constrains d'y entre-estre et de voir respandre sur eux une telle nuée, une telle inondation d'eau confuse, dont se notoient bien les causes. Et ne suffisoit mie alors, dame, non faire riens pour lui, non l'avoir agréable en ses humbles poursieutes, en ses honnestes et méritoires déprécations, ne de le priser en nulle de ses bontés ; mais pour plus l'attédier, pour plus lui donner cuisance sur playe, présens les princes , présens ses propres chevaliers , pré-
« Foy^îj t. m, p. 486.
* Battre le chien devant le lion est une locution proverbiale qu'on rencontre plusieurs fois chez Chastellain. Elle signifie : donner une leçon, menacer par l'exemple.
sens Toye et vue de tout homme, le procureur royal le alla charger dlionneur, lui alla imputer fautes et offenses, iniquités et cas reprenables, sans le semblant autre qui là se monstroit aux tramis, non de grand espoir de bien. Me remembre aussi, dame , des alliances qui ont esté quises nouvellement, contraires de ce prince, et des querelles acceptées non nécessaires , dont ceux qui les ont quises et conspirées sentent comment il leur en est, et les entendent bien aussi et assavourent ceux à qui elles touchent. Ne t'en nomme nulles pour tant, quand tu les entends toutes ; mais il en y a de prises et de tollues, et de faites et de soustraites, en désespoir de Tacteur et d*autrui, dont passionné en cœur ne s'en est pu taire, et a osé mettre la campane au chat, pour escrier lésion et foulure en l'innocent. Autres matières me restent assez , auxquelles je n'atouche pour donner lieu à Volenté de parler, comme celle qui est empereis en la région de Tâme, et qui moult a grand intérest de monstrer en ceste présente convention quel chose c'est de sa nature , et comment justement elle se doit exposer à la défense de cestm nostre homme, qui par elle comme par nous est entré en besongne, et par les vertus impériales dlcelle a tissu son œuvre. Sique, dame Volenté, exerce ton office et parfai la part qui à toy sert, pour tant plus abrégeamment informer Ymaginatiùn /rançoise des causes de nostre comparoir droit-cy, en l'assistance du povre perplex.
Lors s'avança Volenté et commença à dire ainsi : c Je suis la tierce personne de vous autres, qui sommes « iine substance avec l'âme raisonnable, et ay mes puisa sauces distinctes en unité toutesvoies de nature avec « vous. Donc, pour avoir la définition de mon estre et qui « je suis, je suis une vertu appétitive, uatorèllement
SM
c infuse en Tàme» non violable ioutesToiee, maiB firanche c en arbitre et vobntaire. Donc, parce que je suis royne « et empereis, je ne suis à asservir, ne à violer; et parce c quç je suis franche en arbitre, ne suis à constraindre. c Et fait à entendre par ceci : qu'en Tbomme est un « appétit raisonnable, qui se nomme Voïenté, par lequel « raisonnablement et en franc arbitre il appète tout ce c que raison lui présente et met en ostention. Or vous « convient-il, dame Fmagiimtion , savoir en outre : que c de moy Volonté dépendent par degrés et naissent dic verses opérations, là où les noms me changent et varient c à la qualité de leur estre? Donc, au premier degré, c parce que ma franchise est de pouvoir eslire et vouloir c et non vouloir, et que ma puissance œuvre et s'esvertue c devers objet bon, je me décline et descends à Conseil. c Après celui degré, je redescends arrière plus bas et me c décline jusqu'à Jugement. De là plus avant encerche et € viens jusques à Sentence; de Sentence jusques à JSlec^ « tion; et d'Élection jn&qnes à Mouvement impétueux, à « Exécution de œuvre; et droit-cy entré-je proprement « au thrône de mon empire, et commande ainsi faire ou « ainsi, et ainsi vouloir ou non vouloir, et faire ou bien « ou mal, selon que le bien à moy monstre de raison a humaine, sera plus ou moins parfait, ou plus ou moins « eslisable, ou moins profitable et salutaire. Doncques, « dame, Fmagination, regarde et entends, te prie, si < par la définition et nature donnée à congnoistre que « c'est de moy , et par les matières qui m ont esté pré- « sentées objectivement, et envers lesquelles Eiitendemenô « et Mémoire se sont embattu comme avez oy , moy aussy « je me doy embattre avec eux, et exercer mes vertus « et puissances en icelles , quand je suis de la trinité
€ inséparable de leur substance» et elles' de môy. Certes» « 07! jey ai mon intérest très-clair et mon entremettretrès* « opportun» quand les matières à moy présentées comme « aux autres» m*ont fait descendre en tous les degrés dessus « touchés» et menée jusques à impérial commandement « en cestuy povre homme sainement et saintement devoir « escrire et proférer ce de quoy est mal voulu de vous « et en l'indignation de vostre aveugle courage , qui par « nouvelleté de fortune amie après longue povreté» voua c est tout extoUé en présomption et saisi de descongnois^ € sance et de vaine inutile gloire. Or çà doncques» dame « Fmagination françoise » abrégezs-nous et mettez avant « ce que vous est en plaisir; et nous trois à nos pouvoirs « nous vous assoufirons en vos argumens et demandes, b
Ymagination fbançoise. — Au point doncques où tu veux que Ton vienne, et que Ton abrège ton languir longuement pour venir à une fin sçue : en ton livre a un prologue de douze coupplets» là où dès ton principe et au premier point tu entres en une repentance d'avoir bien fait» ce semble, et faisant recort de tes léautés» amours et humblesses dont tu ne vois fruit» chiez en argu» disant : qu'il ne convient humilier sa face en perte puisque ainâi va, et que l'on quierre qui le fasse désormais» comme tesmoingne ton premier cou|)plet.
Allègues en ton second que toute œuvre de léauté et d'amour» toute condition d'honneur et chierté qui procède de noble nature » désormais se doit rebouter en coffire» et non estre retirée dehors jamais» jusques l'on percevra la fin» qui a esté mucée en longue ingratitude. En quoy tu menaces et répreuves en l'une partie priemière» et en l'autre tu imputes charge à aucunuy» et le réputes ingrat comme appert par ton second coupplet.
Aq Ubu eaupplet , tu fais comp&niâons des tyrans de jadis et des gens horribles , lesquels, par traite de temps, par doucears et humilités, Von a souvent amollis et cona^ tmxDM béiugnes et débonnaires envers les créatures de leur mesme espèce. Et contends h induire par ce : que bous autres chrestiem, qui sommes d féroces et sauvages» que prier, aimer, servir et honora ne nous peut vaincre, ne faire ployer, sommes pires que eux; et que ceux qm ain^i le font et n'en tirent fruit, ce leur est une bonne œuvre faite à perte et à la maie heure, en quoy taisammeut tu imputes charge arrière à quelqu'un et ingratitude.
En ton quatrieame coupplet, ta semblés vouloir coufermer le prêchent par diversité de bestes féroces et espo* ventables, lesquelles toutes s'apprivoisent , et eu peut-on tirer amour et soûlas par engin d'homme qui s'y applique ; mais seulement en Thomme dont tu parles en général^ tu argu^ que ceste loy fault, comme si tu voulsiâses cob^ tendre en personnes particulières, arguant le mesme et leur reprochant leur perversité.
Au cinquiesme de tes coupplets, tu démonstres : comment Dieu offensé par les hommes par chascun jour, piteux fie retire à miséricorde et clémence par humble et douce déprécation , et que pour un doy de service à lui fait de bon cœur humble, il en rend fruit à cent doubles, et reçoit chascun en prix et en mesure de sa valeur, et rétribue portion par qualité, selon que les œuvres de ses servans sont de plus grant réputation ou de moindre, comme se trouve en celui cinquiesme coupplet.
En ton fiixiesme coupplet, tu fais ton induction par la mer effuriée, laquelle horrible en regart d'homme, sous la tranquilité d'un doux ventelet s'atrempe et se pacifie ; et procédant par exemple jusqu'au marbre très-dur, tu
remonstres que icelui se cave et se fossoie par le dégoût de l'eau chéant dessus, et en outre, que toute autre rien terrienne, comme dure et comme laborieuse elle puist estre, se vaint et se maistrie par engin d'homme, dont la conclusion se peut traire, qui bien Tenfonse, telle que ensievir peut des prémisses.
Ton septiesme coupplet prend fondement sur nature générale de toutes choses et sur loy et condition d'icelles, disant : que toute chose née et créée par loy et nature qui y sont establies, prennent quelque conformité, quelque concurrence et attraction d'amour ensemble, aussi bien en diverses espèces distinctes en nature , comme en celles d'une nature et d'une propriété ; et ce par une loy générale : que toute chose trait et affecte aucunement vers son semblable directement; le bon au bon, le mauvais au mauvais, et non pas le mauvais au bon, ne le bon au mauvais, car ce seroit pervertissement d'ordre.
Ton huitiesme coupplet met avant un argument là où tu proposes : que les gentiles nations de jadis barbarines quérurent l'amour et la grâce de leurs dieux par humbles et dévots sacrifices, lesquels, posé que ne fussent utiles, ne nécessaires, parce que leurs dieux estoient déables, dont nulle rien n'est pire, ne plus perverse, leur rendirent fruit toutesvoies et obtènement de grâce, par loy d'équité, qui est telle : que les offices d'amour et d'honneur, où qu'ils soient exhibés, valent pour percer ciel et enfer; dont aussy la conclusion se peut traire des prémisses, telle qui s'y peut entendre.
Le neufviesme de tes coupplets fait un argument, que tu couleures sus Baison, Noblesse et Honneur, disant : que par loy et nature de ces trois, toute rien qui est noble et vertueuse en soy, doit aimer et affecter autre qui est
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semblable, et que amour doit esfm lien entre l'aimé et Taimant, et entre le noble et yertueux. Donc, si discord ndssoit entre deux, celui doit estre extirpé par vertu. Et combien qu'en celui je ne veux guère produire d'argumens contraires, sy fait-il bon à entendre là où tu veux férir.
En ton dixiesme, tu prens toute l'universe fabrique de
Dieu, tout ce qui est dedans régnant et logeant , ihr6nes
et vertu», anges et archanges, tout le contenu et stabi-
. lité des iérarchies; et par icelles et iceux tu semblés vou-
y loir induire : que tous et toutes régnent, pardurent et
\ persévèrent en estable duration par seule amour et union
\ qui s'y observent; et que louvrier mesme, qui est Dieu,
est tellement conjoint en amour et charité avec son tout,
que rien ne s'y trouve fors paix et union.
Donc, après ce, tu viens cheoir inductivement, en ton onziesme coupplet, sur la terre qui est le centre et le milieu de son ouvrage, comme tu dis , mais est le ventre et le gouffre de tout orage et discort, et là où toutes hayne.s et divisions s'engendrent; et ce par le courage pervers de ceux qui en ont empoigné la seigneurie , et par lesquels la paix et tranquillité du monde se perdent.
Et puis, entres en ton douziesme coupplet , là où après avoir fait ta discursion générale sur toutes choses, tant célestes que terrestres, servantes à ton pourpos, tu viens condescendre plus particulièrement à dénotation de personnes, disant : que là où lien d amour et d'union doit estraindre ceux d'une foy, d'un fons, d'un bers et d'un sang, et les tenir conjoins en froit et en chaut , vient malheur et perverse fortune qui les fait devenir frois et desnaturés; et sans craindre ne Dieu, ne conscience, ne honneur, ne devoir propre, s'entre-grognent ensemble et tirent l'un çà.
SDR yÉRITÉ MAL PRISE. 299
Tautrô là, par envie de la gloire Tan de l'autre et par couverte hayne.
Ces douze coupplets-cy sont le prologue de ton livre, desquels je ne fais point telle estime conune du surplus, là où tu entres en matière; et n'y mets point grant arrest. Toutesvoies, pour estre assouffie en mes difficultés, et que taisamment dès son principe tu notes personnes particulières , et semblés vouloir venir à contemption d'icelles ou de leurs œuvres , j'en requiers bien la déclaration , s'il se peut faire, au plus près de ton entendre.
l'actbub. — Lors moy, ayant oy parler ceete dame et faire sa résomption de mon œuvre très-bien au vif, et que j'estoie là à l'entrée de l'estroit examen, là où il convenoit que sens se desveloppast, et que profondité de vetta et de raison saine me secourussent de leur engin , pris à dire tout foiblement à ceste dame :
Dame, jà-soit^ce que de la response en toutes choses, je me soie soumis à la confidence tant seulement de cestui jouvencel et des deux autres, qui vous assoufiront oompétamment , toutesvoies pour leur donner voie et monstrer laquelle je veux avoir maintenue par elles, sans en estordre, ne vuidier, et que d'elles et de moy tu aies moins cause de nous reprendre parce que je connois les solutions pouvoir estre estroites souvent et subtiles pour toy pouvoir satis^ faire, je, à ceste heure et avant tout commencement de respondre, proteste devant Dieu et devant toy, proteste devant les anges et les hommes justes et sages, devant tous ceux qui ont congnu mon naistre et mon vivre, mon hanter, mon repaire, mes mœurs, mes conditions, mes œuvres, mes paroles et toutes mes affections naturelles : qu'en nulle quelconque dif&ctilté de matière, en nulle quelconque aguité ou corrosiveté de parole ou de Bexk^
tence» où qu'elle soit assise, escrite» touchée, ne mise en question, je n'entends, ne n'entendis oncques attoucher la très-précieuse, la très-excelse, la très-sainte et très-digne majesté inviolée et inviolable. Ains renonce et révoque, si jusqu'à là on pensoit venir, ne contendre, tout ce qui par ignorance ou légèreté , ou par contraire non saine interprétation, lui pourroit tourner ou estre tourné par mal entendre ou par hayne à rencontre de moy , en lésion, en crime et en offense de sa très-glorieuse majesté ou de sa très-glorieuse, très-resplendissante, très-victorieuse, trèsnette et très-humaine personne, dont nulle n'est semblable aujourd'hui entre les roys, nulle si claire de longs ans passés, nulle si recommandable, ne de tel prix en histoire future; proteste contre toutes nations foraines, à ceste trèsnoble et victorieuse région estre porte-bannière et mainteneur de querelle des nobles glorieux dompteurs du monde, les François, tant àl'espée comme àla plume \ non réputer gloire de nation chrestienne comparable à la leur , nulle vertu qui s y approche, nulle puissance qui s y équipare, nul honneur, ne exemple de bien qui s'y adjoingne; mais sont le miroir, l'origine et le vrai espargne des honneurs, des félicités, des vertus et des chevaleries du monde, enfans préeslus de Dieu, champions et vaillans corps robustes de sa foy, et dont le roy seul en terre est le christ et l'enoint du souverain roy, et porte à ceste cause, tant par dignité comme par mérite le superéminent titre, disant : Boy Très-Chrestien.
Donc, si icy après il chéist à l'aventure , que l'on me voulsist impropérer d'aucuns trenchans mots, et que toy,
* Chastellain déclare ici qu'il a servi les Français de son épée et de sa plume, qu'il a été leur porU-bannière et le mainteneur de leur querelle.
SUR VÉRITÉ MAL PRISE. 30i
dame Fmagination ', par non enquérir, ne entendre les sentences au vray vif, si riens y a qui dissonne à honneur, qui de trop près touche ou tronche à la très-glorieuse et très-claire personne où je ne doy, ne ne veux toucher, je y renonce , révoque et la désavoue , et desplaisant j'en requiers grâce et mercy, protestant toutesvoies non l'avoir fait en icelle intention, n'en quelconque espèce de malice, ne de mauvaise fin, sinon tendre finahlement, par aigres remonstrances procédées de passions en mon âme, à paix et concorde en ce monde, et à congnoissance en chascun particulier de son propre fait.
En toutes lesquelles choses toutesvoies, ayant mis ma confidence entièrement en la justification de ces dames, j'espère , à l'aide de Dieu et de mon hon droit , et par la bonté et amirable équité et prudence du roy, quand tout humble voudra recourre à sa conscience parfonde, estre trouvé plus bon que mauvais , et congnu et jugé plus quérir fin bonne par paroles estroiies', que mauvaises par entendement à laidures en nullui, qui le puissent aïrer.
tu donc, noble Entendement possible et agents et vous mes dames Mémoire et Volenté, qui tant hautement avez présentement déclarées vos natures, vos vertus et vos estres , et que tout mon respondre , tout mon fons et mon joindre, tout mon nier et concéder, toute mon équité et mon parement, tout glt en vos mains , tout glt es repostailles de vostre parfont trésor , droit-cy maintenant mettez-vous en œuvre , droit-cy mettez-vous en espreuve, et par vous ou par autre qu'il vous plaira y constituer, à l'exigent du cas, contentez et assoufSsez, vous prie, Françoise Fmagination; et tout premier sur ces douze coup-
> Il fiant ajouter ici, poor compléter la phrase : me voulsissei reprocher cette faute.
plets qni font prologue^ afin de venir tant pluB tost à la décifflon de la matière tonte estroite, là où venir faut, et là dont je quiers vuider, on juste ou a^avé, ains tost que tart.
Entendement prit lors la parole, et tournant son visage envers la dame françoise, commença à dire ainsi :
Dame Fmagination , ta as fait une courte résumption droit-cy de douze coupplets , que cest homme droit-cy, nostie nourreçon, confesse avoir faits, et d*iceux tu prends en brief les sentences , attribuant au premier de tous : que droit-là semble estre monstrée une repentance d'avoir bien fait, et que Tacteur, faisant recort des amours, léaultés , honneurs et humblesses d'aucunes personnes que tu vouldroies interpréter, pourroit estre en la personne du duc de Bourgongne ou d'autrui aucuns gr^ans, il n'en falloit plus faire nuls , parce que tout se faisoit à perte , et que au surplus pour tant il s'en convenoit déporter et quérir celui qui le voudroit faire.
Dame , en ensievant la protestation de lacteur , de laquelle je ne me veux estordre, ne eslonger, je dis : que ce n'est de merveilles, si tu as imagination sur ce, mais est merveilles que de toy-mesme tu ne vuides les difficultés si tu les y puises; car tu, qui es dame qui sçais encerchier et enquérir la profondité des choses et cœurs, aucune fois du moins vray au plus clair, et du moins sain au plus juste, que tu, de toy-mesme, tu ne juges et appreuves en ta conscience la première proposition de cestui acteur estre permissible, véritable et digne d estre remonstrée, considéré encore qu'elle va d'hommes à hommes, de passibles créatures à personnes mortelles, dont les plus haulx et les greigneurs qui oncques furent, excepté deux, la mère et le fils, furent subjets à péché, à fautes et à desvoy .
SUR ytSATk tUL PRISE. 303
Si ttt doncques sçais et perçois que la terre est jiëne de troubles naturellement et d'iniquités; et que l'ennemi infernal , pour inféliciter les hommes et les distraire de la main de leur créateur, tousjours sème en leurs courages, et y souffle vices, malignités, perversités, descongnoissances, desrèglemens, intempérances, firoideurs et ennemitiés, afin de les mettre en discord et en murmure, et que, si les uns se mettent en leur devoir et acquit envers Dieu et envers homme, aux «utres il conseille de le descongnoistre, de non en tenir conte, par manière de mespris et d'orgueil, comme tu en as vu et oy des exemples beaucoup ; te semble-il estre chose si aguë que cestui acteur, considérant le monde estre subjet tout à l'ennemi, plus à malignité beaucoup que à bonne œuvre, souverainement la chrestienté où le royaume françois resplent sur tout autre, et qui est et doit estre le ciel fixe, l'estoile tresmontaine, exemplaire des autres , et y voit et perçoit conditions vicieuses, ceuvres et matières lamentables et de confuse attente , est-ce merveilles ou cas digne de murmure , s'il prent pour sa majeure ce qu'il congnoit et voit estre tout général et tout clair, et ce mesmes dont les opérations et effets sont probations quotidiennes, comme tu sçais mesmes et es constrainte de le congnoistre : que dessous la fabrique du ciel n'a point d'homme plus vray, ne plus juste, plus humble, ne plus léal , plus plein d'honneur, ne de preud'hommie que cestui duc, réservé seulement tousjours la personne souveraine à qui je n'atouche. Dame, doncques^ et quantes humilités et quelles as-tu vu en lui? quantes amours et quelles as-tu congnues en sa personne envers le roy son souverain? quelles présentations et graas offires, qui au dernier, pour le destour d'une main ou clin d'un oàl^ et par l'wstigatioj» de renn^oû , ont esté
m KSMHTMNr
"fouî^mîses en desprifi, en non ehaldr et en Tilii comme si Tod ny accionBtest riens?
Ehl belle dame» et puisque Y(m sort Diim en d'en acquérir grâce, et que les bons, de leur pn^ie iMi-» ture, servent, aimekit et honoreni ceux où nsttte ^4t noblesse leur accusent de le ftdre * et ceux ] et despitent, et n'y 7oit-on apparence de nul firuit;< merveiUes s'ils pré^iunent d'eux tenir en leur paix ^et Aa non offrir èhandeiUé 4|piévotion en face indignée? cotss nesdày I mais est cas de pitié qu'ainsi en va. ' Péa 1 luoimes ne sont pas dieux immortels. Et est fb» licite entrer avec les hommes en contention que avec tes dieux, quand les dieux surpassent nostre dignité huma&ie, à qui lummie nese doit prendre, parce qu'en eux n'a peini de malfUt, ne d'injustice; sy Sril bien es hommes, qui . tous les jours se voient et se réprouvent par les regardàns. Donc, cepoise àFacteur, que les vices de ce noble royamne de nouvel précogités ont esté cause de son escrire. Et cela ^ant au premier point.
La difficulté et rumeur qui pourroit estre arguée sur le second point, là où tu résumes que toute œuvre de léaulté et d'amour, toute condition d'honneur et de libéralité procédant de noble nature doit estre reboutée au coffre, et non estre tirée dehors jusques à cognoistre la fin des ingrats : Taguité de cestuy point, telle que elle y peut estre prise , suffisamment se vuide par la respection faite sur l'autre icy devant, quand, par loy d'honneur et de nature et d'équité, toute œuvre vertueuse bonne en soy et honorable, exhibée à autrui en service, doit constraindre le recevant et obhger en rétribution et en recongnoissance, ou le non faire ainsi doit estre réputé ingratitude , dont si je excepte seulement la personne royale et nulle autre,
n'y a riens au-dessous d'elle pour qui ne se puisse dire et estre maintenu estre ainsi. Car les honneurs et humilités et autres maintes vertueuses œuvres et louables , du lieu encore dont elles sont parties, n'appartiennent à nullui à recevoir, ne estre à eux faites, s'ils ne les récompensent par semblable, que ce ne leur tourne en blasme d'ingratitude , dont toutesvoies il en y a infinité sans les grans, (dont je dis hélas I) et lesquels sont cause de cestui second point à l'acteur de Tavoir mis ainsT, non pas la personne royale, à qui toute honneur et glorification sont dues. Mais afin que tu n'aies cause de dire que ce titre te soit donné à tort, regarde en ta propre conscience et juge comme il en va, ou si l'acteur a plus cause de le mettre, ou toy plus cause de l'ignorer et de l'en vouloir reprendre.
Quant au tiers point où tu résumes les comparisons que fait cestui acteur des tirans de jadis et des crudèles gens austères maintefois que l'on a ployés et amollis par douceur, par humilités et fréquentes déprécations, et par icelui point tu imputes à l'acteur, ce semble, de vouloir' induire que vous autres, qui estes chrestiens et devez estre gens humains et raisonnables, semblez estre plus pervers et félons, plus austères et plus féroces que ne sont ceux, et qu'en cela tu y entends injure , tu y comprends blaphème et dénigration non déméries. Dame , comparisons sont aucunefois odieuses, aucunefois aussi sont nécessaires et utiles à la démonstration des causes que l'on a en main. Et proprement en .ce présent article droit-cy, les comparisons, si ainsi tu les entends, ne sont que figures servantes à la conclusion de l'acteur, dont la majeure tu ne peux nier : que il n'y ait eu des tirans beaucoup, et de crudèles gens au temps passé, qui faisoient fuir et humilier la terre devant leurs espoventablea 10». VI. . 20
menaces et cohortes, comme Olofernes et autres récités au Vieil Testament, dont, pour brièveté de conte, je ne veux faire résumption aucune. Lesquels par humilité et douceur, par prestance de service et d*honneur à eux exhibée, qui tous inhumains estoient en cœur, descongnus envers Dieu, non saoulés, ne remplables de sang humain, se rendoient par temps doux et traitables, bénignes et estanciés en leur orgueil , et complaisoient , fovorisoient et temporisoient avec les hommes, par congnoissance que euxxnesmes se sentoient hommes. Donc, et si ceste majeure est véritable, et que la mineure qui en ensieut, se peut approprier véritable aussi à vous autres, qui par nul bien fait ancien, ne nouvel, par nulle œuvre d'amour, ne d'humilité à vous impartie, ne vous souffrez ne accointier, ne apprivoisier , ne tirer nul signe de grâce, ne d'affabilité, comme vraie expérience est preuve de l'opération , pourquoy ne s'en pourra faire conclusion honneste à remonstrer, quand la conclusion où Tacteur prétend, est plus plaintive et condoléant ceste povreté survenue en ce royaume, qu'elle n'est corrective, ne répréhensive [de] la malignité du mésus? Et d'autant qu'en vous a plus clarté de foy, plus dignité de vocation , plus excellence de titre, plus décoration de progénie , plus conception de hautes doctrines, de nobles mœurs et de vertueuses œuvres , et que nulles générations ne passées, ne futures ne peuvent avoir approche au thrône de vous autres : d'autant aussi sont plus propres et plus appartenantes à vous toutes humanités et courtoisies, toutes douceurs et bénignités, toutes nobles et vertueuses opérations , toutes recongnoissances et débonnairetés , toutes justes et condignes rétributions, et toutes productions honorables, salutaires et paisibles, tant àla chose publique comme à privée affection.
Donc, et si le royaume en cestuî endroit est trouvé au* jourdTiui en désordre, les hommes nobles et autres en povre acquit de leur devoir, et que le bien faire s'y trouve descongnu et mis en oubli , payé par mal et par ingratitude « ne doit un bon cœur qui a ses cogitations en les affaires du monde, condoléant sur iceux , mettre à la vérité les choses ainsi qu'il les trouve , sans avoir entendement d'injurier nullui, et sans regarder à faveur, ne à flatterie , fors seulement à l'équité du cas pour tendre à fin bonne? Certes oy ! et n'y chiet point de reprise. Sy ne veux autre réparation faire sur le quàtriesme point, là où tu parles des bestes féroces et espoventables, comme de lions, de dragons, etc., parce que tous deux se vuident et purgent par une mesme solution qui droit-cy est touchée.
Procédant doncques à ton cinquiesme couplet que tu reprens, là où l'acteur parle de Dieu offensé tous les jours ; et toutesvoies luy , qui est si haut et si grand sire que ciel et terre lui ployent et s'enclinent , pardonne toutesvoies au plus tost requérant, tant au plus povre comme au plus haut en vocation , se pacifie et contente tantost » s'exhibe et se présente humble envers ceux qui lui ont esté rebelles, rappelle .et révoque ses contraires, reçoit ses ennemis convertis, et à chascun monstre amour et bon semblant, leur départ de ses grâces et biens, en portions chascun de sa value, et si riens y a d'offense pau^, prestement après le pardon fait , est mise derrière le dos : cestuy point , dame Ymagination , te semble^il estre révocable, ne te semble-il soustenable en tout homme de bon entendement? Doncques, et puisque il est vrai et que Dieu et vérité l'approuvent , pourquoy n'en pourroit l'acteur faire la figure pour vetàt toufjours à sa fin
préentendue» encore quand parrinduction de ceste figure, il contend taisivement réprouver les François du faire le contraire, parce que, non obstant paix et union faites entre eux et ceux de deç& de leurs vieux discords, François demeurent encore mémoratifs des choses passées et en ont la haine en leurs yeux , et le souvenir en leurs courages, qui tous toutesvoies sont d'une région , tous d*une garde et protection souveraine, comme plusieurs membres en un corps, qui héent l'un l'autre, [ce] que l'acteur plaint. Et à ceste cause*, pour persuader les François en leur estrangeté, par la mer, effuriée souvent par orages et vents bouffetans, et se trouve toutesvoies rappaisiée à coup par un ventelet doux qui l'aplanit. Et dame , ceste figure est-elle malpropre? est-elle mal consonnant à l'intention de l'acteur , qui ne contend envers tous que à voir Fran* çois reposés de sang et de conscience, paisibles et amiables, salutaires à autrui et à eux-mesmes;^t que là où l'eau de pluye cave un dur marbre, toute autre rien dure se valut et maistrie par douceur et bon sens, que eux, qui sont fleur de chevalerie, spectacle d'honneur et de noble condition, aujourd'hui et plus qu'oncques mais, se doivent rendre raisonnables et flexibles à tout ce qui est vertueux et de prix, et eux prégarder de tous titres non propres, ne honnestes à leur noble et très-haute nature.
Donc, et jà-soit-ce que le septiesme couplet que tu reprens, qui est de soy clair assez, et ne besongne de longue exposition, et moins encore de réparation aucune, parce qu'à nullui ne concerne, ne ne touche , fors que à vérité qui en approuve les sentences : toutesvoies, pour la
> Phrase incomplète. Ajoutez ici : reprùenk ec cas.
concinsion qui s'en pourroittraire au plus près de la fiction de l'acteur, et que icelle pourroitestreimpugnée de langue ennemie, qui point n'y auroit de lieu , il est convenable aucunement d'en ouvrir la matière et d'en parler un peu; car choses véritables et saines aucunefois besongnent aussi bien d'avoir aide comme les plus troubles. Et pour tant au point touché, il est vray que toute chose par loy générale et universelle sur tout ce que Dieu a créé, par affection particulière l'une envers l'autre, soit en une mesme espèce ou en diverses, trait à conjonction, à société, à amour et à prochaineté de son semblable, de ce qui lui est consonnant à sa nature et condition ; et n'est nulle riens née qui faille en cecy. Donc toutesvoies un , ne deux exemples ne pourroient suffire , mais mil et cent mil en sont congnus et expérimentés , qui droit-cy ne se peuvent entretistre.
Et veut l'y teur induire par ceci et remonstrer : que la très plus noble créature du monde et la plus précieuse, la perle de toutes splendeurs et vertus terriennes, le roy d'aujourd'hui , par ceste mesme raison et loy, voyant et considérant un autre, sa chair, son sang, son serviteur et léal ami, estre, en un autre degré au-dessous de lui, le plus honoré prince des chrestiens, le plus vrai et prend'homme, le plus noble en condition et en mœurs, des vivants, et le plus digne d'estre aimé, le doit et devroit aimer, chérir, honorer et le joindre au plus près de sa dilection, au plus parfond de ses repostailles, et non soy par flatteries, ne mauvais rapports souffirir divertir de son amour, de sa gr&ce et amie inclination ; vu encore que entre deux si hauts et glorifiés princes, le lien d'amour y doit estre double, et plus vrai et plus vif qu'entre miUe basses gens non dételle réputation. Donc, cd le contraire y
310 EXPOSITIOII
eat « veut dire Facteur que o'est pitié : et est la choie lamentable et amère en qui est la faute.
Dame » et en outre il semble que tu as murmuré en ton cœur sur la substance du buitiesme couplet, là où il parle que les payennes nations de jadis tirèrent fruits et respona de leurs dieux par offirandes et sacrifices à eux faits, et par honneurs et services à eux exhibés » qui toutesvoiea n'estoient que déables^ dont nulle riens ne peut estre pire.
Geste proposition est en soy vraie , et ne doit avoir contradiction nulle, parce que toutes histoires anciennes, romaines et autres, sont pleines de cecy, tesmoin Titu- Live et autres historiographes notables, tesmoin saiot Augustin en son livre de la Cité de Dieu, là où par leurs mesmes sacrifices et oblations faits à leurs dieux, il les reprent pour les réduire à la congnoissance de la foy vraie. Et n'est besoin droit-cy d'en bailler exemple , ne un , en deux, quand ceux de ton parti, les nobles François, en ont les oreilles pleines, et en ont les histoires et les livres par devers eux, qui les en font sages.
Sy est rintention de Tacteur tendant tousjours à fin de bien, de remonstrer, puisque les déables qui sont mauvais en nature et en opération et n ont tache nulle de bonté, se souffrent vaincre et avoir par amour, par sacrifices, par oblations et révérences à eux faites et rendent rétributions et guerdons à leurs servans , que par plus forte raison hommes raisonnables, hommes chrestiens, hommes du noble terroir françois, là où honneur et le savoir du monde doit estre reclos, se doivent gagner et estre conquis par cas semblables. Car Dieu en lune extrémité se gagne et s'acquiert par Taimer et servir ; le déable en Tautre extrémité, jà-soit-ce que j'en reprouve Tœuvre, s'incline aux idolâtres, par sacrifice reçu ; doncques le
SUR VÉRITÉ MAL PRISE. Mi
milieu, qui ôst lliommei si digne et 6i noble de création que riens ne s'y acompare , se doit gagner et estre conquis tant plus tost par le servir et honorer. Donc, parce que l'acteur s'est perçu du contraire , passé a loi^ temps, et que non pas amour mais toute froideur se trouve en François requis d'amour, dont il redoubte la fin pouvoir devenir plourable , il a mis cecy par manière d'induction, comme il fait toutes choses servantes à son prologue; et n'y a riens de quoy homme de bonne conception se doive troubler.
Tu fais une résomption aussi du neuviesme couplet, là où l'acteur remonstre comment Honneur, Noblesse et Baison admonestent toute créature noble et vertueuse d'aimer et d'honorer autre de condition semblable, que vrai est, et ne se doit répliquer de nullui; car plus est une chose bonne et noble, que plus est digne d'amour et de prix. Donc, pour cause que tu trouves la vérité claire droit-cy, tu n'y veux former nuls argumens, comme tu dis, mais entends bien, ce dis-tu, où l'acteur veut férir : par quoy, moy concédant et souffrant que tu l'entendes bien, moy-mesme te descouvrirai là où il férir veut*
L'acteur en cest endroit fîert ou à une seule personne ou à plusieurs. Si à une seule personne , ce peut estre le noble roy françois, le plus noble et le plus vertueux de la terre, et le plus digne d'estre aimé en soy ; lequel donc* ques, parce qu'il est le plus noble et l'aigle des vertueux, c'est celui aussi qui doit plus entièrement et le plus vraiement aimer autrui noble et vertueux, par loy telle : . que le bon doit aimer et affecter le bon, le noble le noble, le vertueux le vertueux, par la consemblableté de nature qui est entre eux. Et par ceste raison devroit avoir une amour vive et vraie au cœur de ce très-noUe roy envers
son humble parent le duc de Bourgongne , de qui, après lui, en la terre n a plus noble, ne plus vertueux, ne plus digne d*estre aimé et magnifié que sa noble personne. A laquelle amour^^ le noble cœur du roy y pouvoit condescendre et soy humilier, comme juste loy lui requiert, de la part du duc n*y seroit jamais trouvée faute, car la sienne amour lui est preste en tous temps , et la lui présente à genoux.
Si l'acteur fiert à plusieurs personnes , il donne doncques à entendre que si les hommes de deçà présentent honneur et amour à ceux de delà, parce que ceux de delà sont nobles et pleins de haut los , sont au plus haut et plus glorieux roy du monde, sont du plus noble royaume des chrestiens, aussi bien quand ceux ne voudroient ne aimer, ne priser ceste nation basse*, sy devroient-ils au moins aimer et honorer, extoUer et essourdre ce noble prince de deçà , par cause de ses vertus, par cause de ses hautes gloires et bontés, par ses singulières grâces, et dons que Dieu a monstres en lui, qui oncques ne fit mal à nullui , mais largement bien , qui oncques n esmut guerre qu*en son deffendant, qui oncques ne fit lâcheté, ne cas de repreuve. Donc, parce que Facteur se perçoit du contraire, et que les cœurs françois en grand nombre sont clos à rencontre de lui, et les visages tournés en arrière, semble taisamment vouloir remonstrer : que loy naturelle fault droit-cy, de quoy il a deuil.
Sur le dixiesme de ces couplets, tu fais une discussion aussi , et résumes la substance dlcelui , disant : que l'acteur, en fin de son prologue, semble vouloir fortifier sa conclusion par toute la fabrique uni verse du ciel, là où
* Ici et aUleurs, Chastellain fait allusion par ces mots aux pays d'en bas ou Pays-bas.
SUR VÉRiré MAL PRISE. 313
anges et archanges, ordres et iérarchies, infailliblement s'entretiennent en union et en paix, par amour et charité qui est entre eux, et parce que le prince de celui haut empire, Dieu tout-puissant, est mesmes prince et principe d'amour, et que là où il règne et réside, n'y peut avoir que paix et union, par l'amour mesme qu'il a à son ouvrage: ceste induction, mise par l'acteur et résumée par toy, dame, ne te tourne à nul contraire, en quel ploy que tu la puisses entendre, car est véritable et dé grand fruit à l'interpréter bien. Et veut dire l'acteur que, d'autant que l'homme veut plus approcher Dieu, plus estre semblable et conforme à ses opérations, plus l'ensievir en ses conditions et en mœurs, tant plus se doit disposer à paix, à charité, à amour vive, parce que Dieu, celui dont il faint estre imitateur, celui dont il prend foy, titre et renommée, est tel d'essence, de nature et de condition, et aime et honneure tous ceux qui tirent au mesmes, et qui establissent, nourrissent et procurent paix et union en terre; et par contraire, hait et déboute tous cœurs frois et contagieux , cœurs séditieux et rumoreux, cœurs venimeux, mal charitables, mouveurs de guerre et de murmure ; car ne sont point de sa secte, ne de sa doctrine, mais de la secte de l'ennemi à qui ils sont serviteurs et enfans. Sy semble estre l'intention de l'acteur, de persuader les François à paix , à amour et union envers ce bon duc par la plus haute induction de figure qui se peut donner, qui est Dieu et tout son ouvrage, lequel par amour et union s'entretient infaillible et inremuable.
Sy viens cheoir de cestuy dixiesme en l'onziesme, où l'acteur inductivement allègue : que au droit cœur et centre de l'ouvrage de Dieu, qui est la terre, là où il a ordonné habitation aux hommes, là se congréent et
S14 EXFOSmOR
engendrait tampastes, orages, torbationg dlumimae, et eepoventemens, guerres, tribulations, miabres» calamitée, et totttSB antres menaces dliommes et de fortune» et ce à eanse et par œnx qui en ont saisi la seigneurie et pooaei sion; lesquels, ou par querelle privée, ou par vanité de lagloire du monde, ou par affection et ardeur en oonvoir tise, ou par haine et envie de Tun à Tautre, tiennent et mettent la terre en trouble, les hommes en tribulation et eu peur; et par non entendre en vertu et en eolut propro ignorent et oublient le desrëglement de leur peuple» qui eux et lui se perdent ensemble. Dame, cecy tu as résumé de la bouche de l'acteur, qui point n*y voit cause de le désavouer, ne toy chose en quoy tu puisses mordre, quand tout vrai et tout clair est que la chose va ainsi, et mm de nouvel, mais de tout temps. Sy regarde tqy-mesme et te pose un petit droitK^y, et tu verras quel chose en est. N'est pas la perplexité, par deçà et par devers nous, de future misère prochaine, dont naguères encore le povre peuple, tant deçà comme delà, ne fait que vuidier; et cela à cause des questions et rumeurs sourses nouvellement entre ces deux princes» dont le peuple entre-deux ressongne amèrement la confliction, et souverainement cestui dq deçà : que le puissant bras du roy, volontairement ou mal instruit, se assaiast à vouloir comprimer un autre bras puissant, son serviteur humble , là où Tattemptement toutesvoies donroit autant de blasme à tous deux comme à leur peuple infélicité. Sy n'est merveilles, ce me semble, que qui voit la maison pleine de fumière par dedans que par dehors, il ressongne le feu , et qui voit les princes entrer en question et en argu pour privées querelles l'un contre l'autre, que Ton ne doie craindre et ressongner leurs hauts et fiers courages pouvoir enfeUir
jusques & mouvoir guerre, sous laquelle toutes choses honnestes et utiles se désemparent et tendent à ruine. Et pour ceste cause, Tacteur tendant à prévenir par remoustrances à tel inconvénient, pose et touche rinoonvénient tel comme il est, et descend, particulièrement en son douziesme couplet, sur personnes particulières, estans d'une foy, d'un fons, d'un sang et d'une parenté, et qui dussent estre conjoins en amour, en confidence, et en toute cordialité honneste et naturelle, comme chefs et principes de tous biens ou de tous maux, lequel qu'ils veullent. Mais dit l'acteur : que maie et perverse aventure, froideur et division, se viennent fourrer entre*deux et les distraient d'amour et de confidence , en quoy les nourrissent par couverte hayne et envie, contraire à la loy d'honneur toutesvoies et de nature. Et fine l'acteur son prologue droit-là, et le complaint que tant y congnoist.
Certes , dame , ne te besongne guères avoir exposition de cecy, parce que la matière en est plus claire que. joyeuse , et qu'il n'y a point d'autre entendement que le littéral. Donc, parce que tu ne fais guères d'arrest sur ce prologue, comme tu as dit, et que sa matière aussi n'y est point forment scrupuleuse, tu t'en passes à petite et légière excusation, tendant à plus nécessaire et de plus grande profondité. Siques, qui avons fait et expédié nostre prologue, venons à la matière principale. Et résume en icelle ce qui te plaira, et moi je y parofifre l'ascout.
TMAOïNATiON. — Soigueur entendement, songneusement t'ay escouté et volontiers, et n'ay pas voulu mettre réplique en tes paroles, parce que tes sentences sont assez concédables, et que ce n'est pas le plus dangereux de nostre affaire que de ce prologue. Or, pour entrer dono* ques en matière plu8at«iittrMteQr4xvit«y que tadeflbns,
Sf6 BZKSmOR
ii * oondefloendaiit nomméemant sur les François, donne à
' oognoistre que rar eux et à leur cause il a fiût ce ptolo»
gne, et que enz et leurs faitË sont la matière sabjeetesor qooy il entend à ouvrer, là où il dit :
PttdooiuaHDoi, FniiQ(rfi, de ee prologae, e^^
BiiraiiDHMBMT. — Voirement condesoend-il soreaz nomméement, et applique prologue et matière subjecte tout à eux appartenir; et entre courtoisement en matière par requérir paxdon du prologue £aît , et adjouste que, s*il 7 a riens qui poigne, ne qui dérogue, qui toutesvoies riens n*7 entend de tel, ils ont infinité de clercs et de gens sages qui en peuvent distinguer, [et] il s*en ose bien attendre à eux, \ par condition que véritépuist avoir lieu. Mais, par intention
■■ de non les vouloir déprimer, ne en honneur vieil, ne
nouvd, il confesse bien et leur descuevre que eux et leurs fidts sont causa foncière de son œuvre que feire entend.
c Quelle cause et pourquoy? » penses-tu demander lors, àBmBFmagination. Et je responds : que les froideurs et estranges termes tenus depuis un peu, et que les difficiles questions qui sourdent et naissent aujourd'hui pour fastras et choses de nient, et qui eu cœur vertueux ne doivent avoir lieu , ne mansion, ont esté cause et matière subjecte à cestui acteur, lequel attribue Touvrage et Far dresse à ceux là où il voit les causes qui le meuvent.
THAGiNATiON. — L'actcur doncques voit les causes en François qui l'ont mu à ouvrer, bien il y pert; car prestement les commence à toucher de faute, disant : qu'ils vont la voie oblique, et que tout le monde se perçoit de leur venin vieil et moderne, qui, joints une fois plusieurs
SUR in&RITÉ MAL PRISE. 317
membres en un corps sous une divine gouvernance, sous un roy pasteur temporel» vivent maintenant distrais et séparés Tun de l'autre, comme le tesmoigne le quatorziesme couplet.
Sire entendements comment se veut entendre ceci, ne en quoy perçois-tu ceste obliquité de voie de quoy cestui acteur charge les François? Si tu l'y vois, sy le me le démonstre, et que j'en soye à ma paix , peut-estre que j'en retournerai à l'amende.
ENTENDEMENT. — Dame, uc fait besoin de te monstrer le chemin, qui mesmes congnois où il va, et ne te besongne faire ouverture de ce dont tu mesme portes la clef. Si tu as yeux et fains n'en voir goutte, n'es pas pourtant aveugle ; et «i tu veux user de vertu visive, et icelle emploier là où elle doit estre tournée, il ne peut que tu ne voies et congnoisses ce que à l'œil se présente. Pourquoy me demandes-tu que je te donne l'entendement de ce que tu medme entends et congnois et vois quel il est? Ou tu fais la nice et l'ignorant à plénitude de sens, ou tu fais l'aveugle et sy as claire vision et vive. N'as-tu peur que Dieu ne te juge , quand tu convertis tout au pervers ces nobles instrumens et organes , contraire de leur nature, et que tu n'en uses en la réaUté et devoir ainsi que tu dois? Tes chemins et tes voies, de par Dieu sont-elles justes? Sontelles droites, ne procédant à paix? sont-elles nourrices de bon exemple, ne de joyeuse expectation, quand il est tout clair et tout sensible que la généralité d'une cour, non pas d'unroyaume, ne sçavent à quelle cause, ne pourquoy, fors de pure malice, se boute et nourrit en envie, en hayne et en reboutance d'une seule personne, un haut glorieux duc qui oncques ne leur fit mal , qui oncques ne leur procura chose contraire, si n'a esté plus en honneur et devoir qu'en
518 mosmoii
injuste titre f et sjn'y a rien en Iny qni doive mouToir nul de eee ocmtraires, 8*fl n*e(rt envie de sa JfKUdté et de la grftoe que IMen loi mvde. Car il aime et honneoie ton* le inonde par degrés, diascun en sa valeur; il est hnmUe vers Ut où il doit; il est reoognoissant da bien reça; il est léal là où natnre TobUge; il est entier là où honnear loi conseille ; il garde autrui honneur et lésion ; il s'ex* pose àservir Dieu et son souverain; il se paroffire à aimer ou à craindre celui là où il doit obéissance. Mais parce que, à Tappétit de divers cœurs non graves, n*est de légier ploiaUe par les manières que l'on y a quises, on le reboute et déprime ; lui ferment yeux et courage les François, et à sa cause àceuzaussiquil'aiiQentetsoustiennent. Dame Fmagination, ne m'enquiers plus des choses que tu mesme cognois, et que je sais bien que tu les entends semblable* ment comme moy : traveille-m(^ en choses difficiles, et là je te descouvrirai vérité, si tu y mets doubte, et me dustéUe tourner à contraire.
TMAOïNATiON. — Besu sire Entmdement, et je m'y accorde. Mais touteavoies ton acteur continue de plus en plus aigre tousjours; et maintenant dit en son quinzième couplet : que si guerre et tribulation ont esté de maie aventure entre ces deux princes, entre castes deux nations, François et Bourguignons, la souvenance en doit estre endormie désormais, par la paix qui y a esté trouvée divinement ; en quoy il dit vray , mais il adjoint, par manière de repreuve :.que par ceste paix faite et trouvée de leur part la gloire et salut des François sont augmentées , comme principalement venans de là; et conclut par ce point que : tant peu et tant grand qu'il y a de gloire, ne de félicité, procède de leur main , et, ingrats ou non, François tout le tiennent d'icelle; et tourne ceci en vantise
SUR VâRTrt MAL PRISE. 319
en Tun endroit, et en Tautre à repreure , pour qnoy je te prie pour exposement, si loisible est.
BNTBNDBHBNT. — Dame, tu mo surquiers toufijoars; et semble que tu me veux traire à amples paroles» dont les sentences pourroient estre bayneuses par trop les ouvrir. N'est besoin toutesvoies de donner à nullui occasion de courroux, ne de parfonder nulle matière qui envig se escoute. François sont ceux à qui honneur et service sont dus, et à qui toute félicité et gloire sont bien appartenans plus que à nation autre. Donc, si guerre et ennemistié a esté entre eux et ceste nation de deçà, qui toutesvoies sont une mesme chose et doivent estre, et que ainsi qu'entre frère et frère, débats se meuvent souvent mortels. Dieu non obstant y a pourvu par grâce et y a mis paix» tant qu'à celui endroit touche. Donc, si l'une main a lavé l'autre, et que qui a mieux pu, il est allé au secours de l'autre, certes n'a fait que son devoir. Mais est bien cas aussi de recongnoissance ; car ne fait nul bien, tant soit petit, qui faire ne le veut, et ne peut-on constraindre les coura** ges de donner amitié, s'ils ne s'y consentent. Les gratuités des amours et bénéfices reçus obligent les recevans. Donc , s'ils fallent et tournoient par ailleurs» ce leur est blasme d'ingratitude.
L'acteur entend grossement la cause et la met grossement en lettres, cuidant et entendant vraiement bien dire, parce que vérité, où qu'elle soit produite , ne mise avant, n'entend nulle honte, et se confie bien à estre vue et congnue. Et ainsi, jugeant vraysemblable que ce royaume , persécuté durement par l'envaye de trois, est dit avoir esté relevé, parce que l'un des fors y a laichié la main et lui est venu à secours, arguë aussi : que le royaume et les hommes le doivent recongnoistre» quand véritérarguë
ft>'i
et Taffonne estre td, oa autrement le vice d'ingntitade ]i ombroie les non faisans. Et n'est pas merveille que qui
veut tendre à haute et difficfle condosion, qa*en ses pré^ misses il mette hautes et agu6s matières, par lesqiiénai on veut venir cheoir en Testroit, qui est affectation de paix et de tranquillité par deçà, qui semUeàraeteor Inen diffidle h obtenir, ne à conserver longuement, m, téDes difficultés et questions misérables ont aucune durée. Or venons doncques au seiziesme couplet.
Sur cestui couplet, dame Fmagination, ne te souffre fairedemande. Mais mesme t'en veux mettreà tapaix, premiers que tu Texpètes ; et ce pour cause que la substance •'; dépend de l'autre et est une mesme chose avec le précé-
.'•^ dent, excepté que plus fermement encore il approuve et
avérist ce que dit a premier : c'est que , laissant propre : / querelle par pitié et compassion de l'autre, un cœur est
allé au secours de ce qui lui donnoit pitié; c'estoit ce ' très-noUe royaume, ceste très-glorieuse maison de France
qui périssoit toute et chéoît à l'envers , en laquelle jettant / yeux de compasMon demi divine, vainqui querelle de nar
ture et triompha sur passion humaine.
^ Et ne le dit pas Facteur, ne remonstre tant par intention
de repreuve, comme il fait par ostention de vérité, pour parattaindre à ses fins, et pour faire revenir coeurs des* voyés à leur dû train , comme il dit bien en son dix-septiesme couplet subséquent, là où arrière je te coupe la / demande.
L'acteur recongnoit ici que la gloire et félicité des François est icelle des Bourguignons, et que la nation de deçà vit et emprunte de la plénitude de l'autre, et par contraire languit et mendie en son infélicité; et semble monstrer taisamment que l'exultation et haut règne des François est
un heur grand et jocundité aux Bourguignons , et leur ' décadence et ruine, cause évident de mérancolie.
Mais parle un peu aigrement Tacteur en la fin de ce couplet, là où il dît que : jà-soit-ce qu'il ne parle, ne ne repreuve par jactance, sy parle-il parce qu'il perçoit les bienfaits et bontés de son maistre estre mortes et estaintes, là où elles dussent estre recongnues hautement et relevées, et l'en ensieus de ma part, sans intention d'en desplaire à nuUui , par ce que vérité m'en a fait comprendre pièçà.
YMAGiNATiON. — Entendement, tu dis rage ; tu es malement haut et hardi parleur ; et t« semble, par vérité que tu fains avoir emprès toy, que tu ne crains ne moy, ne autrui, et que tu ne ressongnes si tes sentences vuident aigres ou non, parce qu'il te semble que vérité n'a point d'impugnation.
Déat Entendementy^éTii&esXvén\&. Mais n'est jà besoin de la faire si précise, ne si trenchant comme tu la veux maintenir droit-cy. Parfois il convient temporiser et supploier au temps et aux personnes, car vérités souvent trop de près touchées esmeuvent les courages à passions, comme vecy tout prestement, là où ton acteur touche en son dix-huitiesme article : que Dieu et amour furent forme et titre à ce duc bourguignon de faire paix et concorde avec son roy, par miséricorde, non pas à lui seul, mais à la généralité de France, laquelle, jà-soit-ce que oubliée est et non recongnue, sy ne la souffrira Dieu perdre ; disant encore : qu'en un cœur seul et en un estomac» de nullui instigué fors de Dieu, ceste œuvre de compassion a esté forgée à longue traite.
Beau sire, et quel besoin fait tant redoubler et florir une mesme chose , quand à trois mota tout s'y entend ce
TOB. Tl. 21
qu'on y peut comprendre? Il semble que ce soit voirement vantise tousjours et impropération à la partie. Laquelle chose tu entends bien que ce n'est mie voie pour parvenir à ce que ton acteur prétend, comme tu dis; ains est plus racine d'ayr qui après se peut enfelonnir tout au parfait.
ENTBNDBMBNT. — Dame, à brief parler, ne convient jà longuement arrester droit-cy. Prends droit-là où tu Tas, et le maintiens bien; et là où tu as le tort aussi, juge-toy légièrement. Je ne prise vantise, ne jactance, et sy ne approuve point impropère, ne reproche. Et si l'acteur contendoit à ce et le sçusse, moy-mesme len blasmeroie. Ttfme demandes pourquoi, ne s'il est besoin de tant redoubler une chose par diverses circonlocutions, qui, en deux mots ou en trois , se peut comprendre en toute sa substance. Dame Fmagination, plus sont les œuvres des hommes hautes et solempnelles, plus ont de circonstances et de diverses circuitions par lesquelles se décorent. Or est ceste œuvre de quoy est parole maintenant, commencement de toute félicité françoise; et ne pouvoit estre nulle plus digne au monde, ne plus sainte, ne déplus grand fruit, parce qu'elle tiroit plus à condition divine que humaine. Doncques, si l'acteur la redouble par diverses récitations, il démonstre qu'en elle a diverses splendeurs, lesquelles toutes à une fois, n'en un seul regard ne se peuvent clorre, ne comprendre ; non pas qu'il le fasse par repreuve, ne par jactance, dont je l'excuse, mais par affection d'en imprimer vivement à vous autres la bonté de l'œuvre.
Donc, et s'il dit, comme il entent : que les bienfaits sont ignorés,. mais que Dieu, qui est juste rétributeur, ne les souffrira perdre ; quel tort dit-il à nuUui, ne injure, quand il arguë que Dieu, qui- est impassible et invariable, et
tousjours juste et véritable , supploiera le deffaut des hommes, qui de nature sont inconstans et pleins de diverses passions? Estril homme françois qui se doive tenir injurié en ce? nenny voirl s'en lui a raison enluminée d'aucune saine conception véritable.
YMAGiNATioN FRANÇOISE. — Déa I entendement, vecy maintenant bien plus fort que meshuy. Tout ne sont que roses et violettes que tu as maniées ; et aprimes viennent les espines et chardons très-dangereux. Vecy ton homme qui dit en son dix-neuviesme article : que François essours en leurs hautes montées, après maintes honneurs et amours reçues, maintenant en font la bée ou la moue à leurs bienfaiteurs, et les regarde Ton d*uns yeux pervers et agus.
Dit en outre en son vingtiesme couplet : que ce ne sont pas honnestes rendanges, ne justes fruits tirés d'humble service ; et que si François estoient dieux immortels ou anges de paradis, les cœurs de deçà se sont tellement exposés en les servir et honnourer, que impossible est à ojËce d amour d'en faire plus ; mais tout redonde en mespris à iceux et en reboutance. Donc, le cœur ingrat qui ainsi l'accepte, n'y acquiert guères de louenge; et semble qu'en ce cœur ingrat ne veulle toucher une singulière personne.
BNTENDEMBKT. -:- Dame, ne te argue qu'en raison, et ne trouble ta paix, là où tu ne vois chose qui te doie mouvoir. La fortune voirement des François est jà haute, la roue chevillée de clous de longue duration, si Dieu plaist, dont l'acteur ne parle point comme marry. Mais n'entendstu que libéralité Me nouvelle fortune cause nouvelleté aussi d'eslèvement de cœur, et que ampliation de puisr sance et de roideur engendre élation en contenement et en
5i4 EXPOSITION
manière? Cœurs exaltés en haut siège, à durregardent en leur dessous ; et là où ils voient riens qui les approche, là jettent-ils leur contemption. Ceci n'est pas nouvel, ains est ancien, mais non pas en cœurs bien pondéreux ; car ceuxlà, ne pour fortune amie, ne pour restive, ne escharce, ne se meuvent; mais de chascune à l'avenant du temps font leur bon et leur preu. Ne s'enfiérissent non plus pour ses flatteries et haut promettre, qu'ils ne se desconfortent en son dénier et restraindre ; car congnoissent fortune [estre] variable et pleine de déception, et souverainement à ceux qui, non eux pourvoyans de vertus, se confient en ses faveurs là où ils sont déçus; car ceux-là coustumièrement fait trébucier confus,et leur seroit plus félicité lors non avoir esté eslevés si haut, que réputation de malheur d'a^ voir esté tenus en dépression basse ; car nulle infélicité si grant que souvenance d'avoir esté félice. Doncques , en ensieuvant la lettre de l'acteur, où tu le accuses charger François en leur exaltation, disant qu'ils font les bées ou les moues à leurs bienfaiteurs de jadis, leurs frères et voisins, et leurs serviteurs très-volontaires, et que avecques ce ils monstrent uns yeux felles sur eux : dame, si les premiers articles sont vrais, là où l'acteur les a monstres frois et non fort affectés à l'amour de deçà par avant leur haute exaltation, plus encore se peut prouver vrai cestui article présent, quand libéralité de leur haute fortune leur engroissist à cent double leurs courages, lesquels, avec froideur première, s'ainsi est, légièrement causent despection dont ils ont pris racine. Mais ne le dit mie l'acteur par volenté de les reprendre, mais par condoléance qu'il a prise en ceste douloreuse manière de faire , tant dommageable et de si doloureuse attente que les yeux en pleurent, et les cœurs des bons preud'hommes et des sages eu
SUR VÉRITÉ MàL PRISE. 325
souspirent, et les séditieux courages et légiers à mal faire s'y aguisent et enfellissent.
Et là où tu dis, dame, que Facteur repreuve en la personne de sa partie les humbles services et honneurs que a faits aux François, disant que ce ne sont pas honnestes rendanges, ne justes fruits tirés de bien aimer et servir, et que, si François estoient dieux immortels ou anges de paradis, les cœurs de deçà se sont tellement exposés en les honnourer et servir, que impossible est à office d*amour d'en faire plus , mais tout redonde en mespris et en reboument aux faisans, dont le cœur ingrat qui ainsi l'accepte, n'y acquiert guères de los ; et te semble qu'en ce cœur ingrat il veuille noter une singulière personne. Dame, soies raisonnable droit-cy et ne prend pas les choses en leur pire entendement, quand amender toutes choses et les traire à bon terme est œuvre de grand vertu. Tu sçais bien, dame, que autre chose est de celui qui parle et de celui à qui on parle. Celui qui parle, c'est l'acteur en la personne de son parti, lequel présuppose au très-noble roy françois et à son haut baronnage estre dû toute honneur et révérence, toute humilité et service, comme du subjet au souverain, et ne met difficulté nulle que ainsi ne doit estre. Mais considérant qu'entre faire et devoir faire il y chiet un franc arbitre en Thomme, qui peut causer le. non faire, comme la plus part des hommes ou beaucoup pourroient estre repris aujourd'hui en non faire leur devoir et appartenir, tant envers Dieu comme envers le monde, comme tu sçais et que besoin n'est d'en bailler exemple, là où toutesvoies ceux qui devoir font, sont à louer et priser beaucoup envefs ceux qui y fallent, arguë l'acteur et dit ainsi :
c Vous, seigneurs françois, nous vous servons et hon*
m Exmsmon
4L nonrons ; notis nous humilions en t»nre dbvant vos 1 c et dominations ; nous vous présentons et avons ptémté
< nos affections et bonsicothrages; et ne tous ponvons c gagner, né convertir devers nous, voire en lagénâralité, c que tousjours il ne se monstre une froideur, une indi* € gnation estrangesur nos personnes. » — « Etcertes,» oe dit l'acteur, c ce né sont pas honnestes rendanges, i comme s'il vouloit dire : € Le bénéfice d'amour et d'honneur reçu, c et ce bon acquit que nous mettons en nos devoirs* voua c dust causerde nous aimer et prendre en gr&ce. Bt , beaux c seigneurs, mettes un peu de vostre recongnoissance
< envers nostre bonne volonté. Lerecongnoistre vous sera « honorable, et le bien faire, ce nous sera vertu. Nous dons c j sommes tellement portés et acquittés, que si vous c Bsdez anges ou dieux immortels , sy n'en pourrions mais t plus faire. Et beaux seigneurs , ne siet-il point i«oon- « gnoistre envers gens de si bon vouloir, et lesquels, avec t bonne volonté, ont puissistnce de la mettre à effet? O^tes, « seigneurs, règle faut droit-cy , et n'y ont point de voye c équité, ne raison. Mesmes tout ce que nous faisons à € intention de bien, nous redonde en mespris. Et seigneurs, « est-ce chose humaine, ne qui se puist respondre? Vraî- « ment il semble que l'ingrat droit-cy, vu nos bons et
< loyaux acquits, n'acquiert guères de los à faire ainsi, i Et n*entend point l'acteur, par ce nom iTigrat, une singulière personne, jà-soit-ce qu'il mette le nom eu singulier, mais il entend plusieurs personnes qui peuvent participer en sa signifiance, parce que le nom est adjectif. Aussi, s'il disoit ingrats au pluriel, il noteroit tous et sembleroit qu'il n'y auroit riens excepté que tout ne fust ingrat. Maintenant le met-il en singulier adjectivement , donnant h enta[idre qu'il y en peut avoir de non ingrats.
Parquoy, dame, le bien enquérir les matières les donne bien à entendre ; et les interpréter bien à leur vray vuide souvent beaucoup d'erreurg. Et n'y a riens mespris l'acteur droit-cy encore, si ce n'est que vérité no peut estre oye. Toutesvoies , pour continuer sa matière , dit en son vingt et uniesme couplet :
Au fort, pa^ nous mettre en nos devoirs justes, etc.
FRANÇOISE YMAGiNATiON. — Ah çà, sire jEntendcment, il y a bien plus fort droit-cy. Vecy un passage que je ne sçay comment tu feras passer ton acteur parmi, sans estre brouillié beaucoup, car il est moult estroit; et est une crolière où cent contre un il demourra enraquié, Tousjours se confie ton homme en ses œuvres , et dit en son vingt-uniesme article que au fort, par soy mettre en juste devoir envers ceux où honneur le conseille, tant plus à ceux qui ainsi feront, seront leurs fortunes robustes, leurs aventures meilleures, leurs noms plus clairs, et toutes leurs besongnes de plus grant efficace et de plus grant vertu encontre tout chascun qui Içs pourra traveillier ; et met avant que ainsi faisant et gardant devoir et vertu devers lui, n'y a point de perte un bouton ou une petite flourette, si c^ur ingrat ne prend en gré la bonne opération. Que veut dire ce cœur ingrat, là où il condescend arrière à particulière personne, et met en non chaloir le mal prendre en gré des François, comme s'il voulsist dire en la personne de son parti : < Ne me chault de « vous un oignon ; prenez-le en gré si vous voulez, ou c le laissez si vous voulez : tout m'est un. »
ENTENDEMENT. — Damo, beau chemin large et ouvert est de léger passable, et est d'une mesme prestance et
aiâibleté à un idyot comme à un sage, parce qu'en cheminer dessus n'a point de maistrie, ni d'avantage plus pour un que pour autre. Mais là où l'ignorant et le sage, le subtil et l'idyot voudroient tous deux ou devroient passer parmi un destroit, parmi un creux ou fossé frémissablejà certes y auroit honneur de s'y savoir conduire; et y auroit le sage et subtil homme grant avantage par dessus l'autre, et le passeroit à son honneur là où l'autre y demourroit enraquié.
Au propos de ce que tu m'as dit maintenant de l'acteur, que mal se pourra sauver en cestui passage, tant le saché-je deflFendre, qu'il n'y demeure brouillié : dame, le brouillis n'y est pas jusques tu le y vois. Donc, et si je le puis tirer parmi et ramener net, au moins faudras-tu à tes ententes. La première partie de son article est honorable et digne de grand los, et la seconde partie est véritable et digne d'estre soustenue, car là où il dit au premier :
Au fort, par nous mettre en nos devoirs justes,
lacteur, comme sage et recongnoissant ce qui est de devoir et d'honneur, présuppose tousjours son parti infailliblement vouloir faire bien, Tavoir fait à son pouvoir, et avoir intention tousjours d'y continuer; car lui-mesme recongnoit que ce qu'il fait, il le fait par devoir, comme il appert par propre escrit : Au fort, 'par nous mettre, etc. Présuppose aussy que faire justement son devoir, pour ce que plusieurs y fallent, est une chose honorable, et qui est moult agréable à honneur. Donc , par congnoissance qu'il a du cas, et que devoir faire et honneur ensiévir est vertu et une chose qui attend mérite, dit par manière de confidence, en la personne de sou parti , pluriellement :
€ Au fort, plus nous mettrons en nos devoirs justement € et vertueusement , tant plus nous seront nos aventures « bonnes et vigoureuses , tant plus seront nos personnes « claires et mieux recommandées , tant plus seront nos « œuvres pleines de vertu et de bonne expectation, contre a un chascun qui d'aventure nous voudroit traveiller ou « mordre en nous. » En quoy disant et maintenant, Facteur parie bien et ne fait à reprendre d'un mot jusqu'à ce point; ains dit chose si vraie que contradiction n'y auroit point de lieu. Mais là où il dit après : qu'il n'y a point de perte une vermeille qui devoir fait et se coeuvre de vertu, si cœur ingrat ne le prend en gré : là convient-il entendre l'intention de l'acteur, et le parer de ce qui sonne aigrement ; car n'est pas son intention si mauvaise que léger jugement y assied sa sentence.
L'acteur, dame, espoir* est homme de bon vouloir, est homme de bon fonds tout entier et tout franc , aime honneur et preud'hommie, aime vertu et vertueuses gens, affecte tout bien, ressongne tout mal, hait toute perversité, toute descongnoissance, toute présomption, toute iniquité et malice; et soy congnoissant quel il est et quel il désire devenir, et voyant quel est le monde aujourd'hui, quels les hommes, frères à frères, amis à parens, affins à voisins, pleins de fautes, pleins de rancœurs, pleins d'envie, pleins de suspections, pleins de mautalens et d'ingratitude, et que ceux qui dussent estre vertueux et raisonnables, justes et honnestes en cœur, ensiévir équité et droiture*, et que ceux qui le mieux s'y acquittent aujourd'hui et le plus honorablement besongnent, sont les moins congnus,
■ Espoir, peut-être, ici plutôt: sane doute.
* Ajoutez ici, pour compléter la phrase : sont Us plus à reprendre.
.impatient de ce et courcié, ardant en honneur et bcm vouloir, dit, desplaisamment en général à tout le monda :
< Puisque ainsi va, et que bien fait ne peut eatre lec congnu, au fort qui bien s'y porte et s*jr met en aon
< devoir, ne peut chaloir, si cœur ingrat ne le prend en «gré.»
Et n'entend pas Tacteur par ce cœur ingrat une aingaliëre personne sans plus, ne un singulier cœur tel ou tel, mais un cœur qui est distributif à tous ceux qui peuvent estre entachés d'ingratitude. Par quoy je dis que ceste clause que tu prises tant, dame Fmagination, n*Mt pas si dangereuse pour l'acteur comme tu pensoies; mais est excusable et réparable honnestement et en vraie équité, parce que le parler aigre lui est mu par ardeur à bien et par impatience du mal perçu, non parlant toutesvoies ne aux François, ne aux autres, fors que à toute la généralité du monde entier.
YMAGiNATiON. — Entendement, tes solutions sont moult belles, mais ne sont pas de nécessité à croire, qui ne veut. Donc, si tu es passé par cestui destroit, qui me sembloit assez fangeux, vez-en cy encore un autre aussi mauvais ou plus que celui-là , où il y a bien mystère, ce me semble, de passer parmi pieds nets. Ton homme va toujours de pis en pis, et de felle en plus aigre : il se vante en son vîngtdeuxiesme article, que Dieu et hommes cougi^oissent bien . leurs vies et leurs manières de faire, et que par cela riens ne se peut ne celer, ne estordre , que tout ne soit sçu une fois et vienne à congnoissance ; mais en nos hauteurs et exaltations. Ton y perçoit nos œuvres si clairement que tout le monde y peut mordre. Donc , si le faire ainsi nous vient de faute d'ordre et de bonne raison , ce poise lui, mais le vice en redonde en nous-mesmes. Que veux-tu
SUR VÉRITÉ MAL PRISE. 3Sl
id respondre, Entendement, ne quel esclaircissement m y sauras-tu donner, qui me suffise ?
ENTENDEMENT. — Dame, de peu menace, de peu espovente ; et n'est digne de soy exposer au péril, qui ne Tose attendre. De ce que tu m'as résumé droit-cy, fust aussy aigre et aussi dangereux comme tu le me fais , j'en dusse moult craindre la solution et le destroit par où je le voudroie parer ; mais entends bien que aussi peu crains-je cestui que l'autre passé. Pourquoy ? par ce certes que je n'y voy riens hors de voie, ne riens à répugner, selon le pourpos de l'acteur qui aigrement a commencé sa matière à bonne intention ; sy convient que par là mesmes il la déduise pour venir à ses fins , non que ce soit nécesiûté, mais il peut estre utile.
L'acteur dit voirement et parle en la personne de son maistre en pluriel , pour couvertement parler de lui : que Dieu et les hommes congnoissent bien nos vies et nos opérations et toutes les bonnes intentions qui sont en nous, c'est-à-dire en sa noble personne, et que icelles ne se peuvent ne celer, ne estordre au paraller, que une fois toutes ne viennent et redondent en fruit et en rétribution, en l'équité divine et du monde. Et parlant ainsi de sa noble personne, il le glorifie en ce qu'il y sçait et perçoit de bon; en quoy faire ne fait tort à nuUui, mais fait son devoir (l'exalter celui qui le vaut. Mais retirant ses yeux d'ensus lui et les rejettant en vous qui le vexez et à qui il lui convient avoir à faire et respondre , dit affirmativement : que les envies que vous avez dessus lui , sont si claires et si manifestes que tout le monde les peut percevoir. Donc, s'il y a faute de raison en vous ou de bon ordre, ce poîse lui ; mais il dit que le venin de vostre envie redonde en vousmesmes, comme il dit vray; car envie ne peut faire
mal à nul qu'à celui-mesme qui la porte, oomiiiB dit lé grand Alain' en ses paraboles. Or, belle dame, puisque ta me quiers de si près, je te résume arrière la proteatstioa que a fait Tacteur ici devant, et te renouvelle que je n'entends, non fait l'acteur, comprendre, en nuls de mea termes, ne en nuls de mes argumens, la très-noble personne du roy, comme qiui nulle part ne s'y trouve touché; mais lui seul réservé, je me contente que tout s'y puisse comprendre , qui s'y voudra joindre. Venons au point donoques : ce qui est, il est, et est impossible que ce qui est, mm sdt. François sont bons, ou ils ne le sont point ; bons sont et tu les prononces. Mais s'en contraire de tout, ailleim ils se desvoient devers nous, et envers nous ne usent point de bonté, n'est-il loisible de leur remonstrer ce en quqy nous nous dolons, et de les toucher en celui vice propre où nous les sentons desvoyés? Nous ne touchons point à particulières personnes, ne telles, ne telles. Nous réservons par exprès la majesté inviolée; et notons que ceux qui abusent de vertu et de noble condition, répugnent et reboutent celui du monde que plus dussent honorer et chérir après le souverain. Certes, il me semble que gens de bon vouloir, voyans autrui avoir envie ou despit en leur félicité, peuvent bien remonstrer ce qui est visible et percevable de lui-mesme et que à eux touche. Car, quoy qu'il soit de toute chose et de toute opinion, veulent gens ou non veulent, la vue descouvre les faits. Quand doncques les veuillans bien faire voient desvoiés ceux dont ils voudroient traire amour et grâce et se deulent de leur aucune imperfection, ne peuvent-ils, pour les mettre en la perfection où ils désirent, dire : t Vous estes tels ou tels envers
* Alain de LUle. Ses paraboles ont été reproduites dans diverses éditions de ses œuTree.
, € nous. Ce nous griève et nous est dur, et à vous ce ne « vous est point honneste d'ainsi faire; et tant plus y « continuerez, tant plus en redondra le meschief en vous- « mesmes. » Certes oy ! et n'y a riens en ceste réparation,' dame, que tu sçusses nyer par raison, sinon que tu pourrois maintenir et nyer que le vice d'envie ne fust point là où l'acteur le descrit, es nobles françois. Sur quoy je te répliqueroie tant et tellement, et te donneroie tant d'exemples , que les probations y seroient évidentes assez. Mais n'est heure encore, et peut estre que autre part pourroie estre constraint de les alléguer.
YMAGiNATiON FRANÇOISE. — Or çà, loug arrcst sur une chose, là où il y en a plusieurs entre mains, donne fatigue aucune fois et fait perdre temps. Nous sommes en matière odieuse , ce me semble , et en difficile transaction , dont encore ne voy fin de long temps; et me vient férir à l'œil présentement une esparque de bien aigre sentence que ton homme met en son vingt-troisiesme article.
Droit-là il arraisonne les François incrépamment et leur dit : c Si vous régnez en grant exaltation et triomphe, et € qu'en vos bras gît fortune endormie, comme s'elle fust € toute pour vous, régnez si bien et si sagement que ce « régner vous demeure durable, et que la fin n'en retourne « triste, car cela ne nous griefve point. Mais à l'autre lez « aussi, si fortune nous est amie un peu et qu'elle nous « faveure, n'y prenez point de desplaisir non plus que « nous, car cela ne nous vient point de vous, ne de vostre « cœur. » Laquelle chose sonne au commencement en manière de correction , et en la fin en descongnoissance despite.
ENTENDEMENT. — Dame, sl tu sainement entends^ tu sainement jugeras. Cestui article que tu as relevé
3H E\i>OSlTRm
maiatenant, n'est pas vicieux, et le te prouverai tallemeût, ce me semble, que k solution t'en semblera honneste. L*acteur droît-cy note trois choses et les déclare. Il note premièrement la gloire, rexaltatiou de fortune , la haute triomphale régnatioo des François, dessous lesquels, lui, son maistre» ses suppos etsubjectsil leur convient vitre et temporiser; et est un des points qu*il note et coofeatt e^tre ainsi « Il note secondement et donne & cougnoistre lamour qui est en lui et en tout son parti enverg vou^ les François, quand voyant vostre régnation si excelsa* il la contemple et s y délite; et de peur qu'elle ne pujst tourner par aucun meschief à décadence, doot il âuroit deuil , voua advertit en titre de charité , et requiert que vous régniez si bien et si sagement que vostre haul glt>rieux règne ne retourne en trigte fin , vu que les choses humaines ne sont estables, fors d'autant qu elles sont accoutrées de vertueuses sollicitudes; et est le second point lequel il déclare.
Tiercementj il donne à congnoistre taisamment, en faveur de son maistre, qu^il y a gloire aussi en haute fortune en icelui , et que comme ceux de deçà ne sont courciés de leur haute félicité et régnation, mais très-joyeux , que eux aussi en celle de deçà ne veuUent prendre murmure ; car ce que nous en avons, ne vient point de leur lune, ne de leur avancement.
Au premier point, là qù il glorifie François en leur haute régnation qui se voit à Tœil, ne fait à reprendre, car vous est los et gloire quand tel il vous jug^ comme il vous voit. Au second point , là où il démonstre l'amour qu'il a envers vous par contempler vostre bonne fortune et par avoir soin et peur de vostre stabilité, n'est à reprendre aussi, car lui vi^nt de dilection cordiale et da noUe
vouloir, quand il vous avertit et requiert que vous mettiez soin et pourvision que la roue ne tourne; et le devez en ceste qualité chérir et aimer, quand il vous advertit de vostre salut et de chose qui est digne d'estre tous jours devant l'œil, quand les plus hauts aucunesfois du monde et les plus eslevés ont esté déçus par non y entendre.
Au tiers point où il parle taisamment en la faveur et vérité de son nfaistre, disant que si fortune lui est ande, n*y preniez point de desplaisir aussi, non plus que nous de la vostre, car de vous ne lui vient point ceste haute lunoison : dame , si bien l'entendez , ne dit riens mal et encore moins de desplaisir à nuUui, comme vous ferai bien entendre; et n'y cherra difficulté nulle, qu'en ceste dernière clause, qui est que nostre bonne lunoison, nostre boQne aventure et félicité, ne nous viennent pas de vous. Et sembleroit par ce, que nous serions ingrats, descongnoissans et tous essours et eslevés en présomption et orgueil , dont je te monstrerai tout le contraire et apaiserai ton cœur.
Cestui prince voirement, puisque l'acteur taisamment le note, est plein de haute fortune et de glorieuse régnation. Et ne convient point longue démonstration pour ce faire apparoir, quand ce qui en est de lui-mesme, le juge. Il est prince parti de la très-noble maison de France, de laquelle comme les autres, en mesme degré de rang , il prend gloire et titre , et avec ce en emporte les biens grans et larges que point ne descongnoist, mais s'en répute atout grant et puissant entre tous ses 8eI^blable8« Mais, avec ceste félicité et gloire que tirée a et produite avec lui du noble ventre 4^ sa mère, et en laquelle il ^ longuemeQt régné princa puissant et reqQipmé , sy lui a
Dieii multiplié œoora sur Tieilk grâce, nouTelle gloire et eiiHÉtfmi*; et qui YvnAt fidt n&istre duc par nature et soooMBikiii de père, poor esbre égal aux autres ducs pluikntn, Ta téllemeiit poanrq. de fortune, qu'en terre maiotenaiit û'alïac mm pareil. Donc, comme Dieu la pourvu de iinift^plicatioii de seigneurie nouvelle sur la vieille qui estdi liante, a xnis peine aussi de multiplier Ji Tavenant sa fiune par multitude de vertus et de hautes opérations , par lesquéDes il espère mérite. Et comme castes chosesey ne viennent point du tronc de France , ne viennent de d<mationi ne d'acquest, ne viennent point d achat, ne de tiraiffîie, ne viranent par aide, ne secoure de main forte, mais viennent nnement du don de Dieu , de haute amie juste fortune, de vraie naturelle succession légitime du trône de Fempire, du sang tout autre de France, d'autoe condition, d*autre tenement, et qu en icelle il res* plend et règne glorieux et vertueux prince : ne peut dire raeteur de luy-niesmeeten&veur delà vérité, quisoirraai n'est congnne \k où besoin fait , que ceste haute superlative lune , ceste haute gloire et exaltation particulière ne procède point, ne ne vient directement et sans moyen de France, dont il porte nom et gloire connaturelle, quand ceste-icy est accidentale et lui procède de Dieu par nouvel don , lui procède de fortune par singulière faveur et lui procède de ses propres vertus et conditions, lesquelles il a appliquées à son pouvoir à toutes glorieuses opérations?. Donc , et quand ainsi seroit que terres et possessions tous venroient du royal tronc françois et que de là les tenist, sy ne peut-il tenir les vertus que de Dieu et de son bon cœur, lesquelles font l'homme promptement glorieux, non pas les hautes seigneuries, quand icelles souvent se possèdent sans glorieuse renommée ; mais ne se
peuvent acquérir nuls glorieux titres jamais, sans glorieusement vivre.
Or regarde, dame, si tu as cause de toy contenter droit-cy, ne si tu as cause d'imputer à l'acteur, ne à autrui, vice en cestui endroit, comme d'avoir descongnoissamment parlé ou trop en arrogance, quand je te déclare distinctement que veut dire ceste lune qui ne vient point de vous autres. Et bien dis notamment vous autres; car quand tout viendroit du royal tronc , sy n'y a le pied de vous autres , lui seul réservé , qui doie entendre part en ceste contribution; car n'y avez mis ne doy, ne main, ne donné faveur, ne confort, ne vestu haubergeon, de son temps, en son avantage. Et par ainsi, posé que lui, en sa noble personne qui est toute humble, ne se vante, ne ne glorifie, et ne se veut extoller ne en ce, ne en cela, l'acteur toutesvoies , qui procède à l'équité des choses, peut bien remonstrer quels dons il a de Dieu espéciaux, quels de nature et de succession légitime, quels aussi de fortune et de glorieusement vivre , et dont tout vient et de quel lieu, sans estre réputé arrogant, ne descongnu, ne disant injure à autrui.
FRANÇOISE YMAGiNATiON. — Que tu trouves d'estraugcs vuidanges, Entendement, et de subtiles perçures pour vuider un destroitl N'y a trou si grand que tu ne trouves cheville pour le boucher, ne pertuis si estroit que tu ne passes parmi. Or çà, n'est rien fait, qui ne fait plus fort. L'acteur arrière, en son vingt-quatriesme article , se présume, et pense bien que cela se veut appliquer à son maistre ; et dit qu'en lui a gloire , honneur et resplendissance qui l'air parvolent et font fendre les cieux. Mais ce n'est pas, veut-il dire, qu'il ne recongnoisse dont ce lui vient, car le tient de la haute puissance et faveur divine,
TOM. Tl. %%
'besoiiit et lequel Dieu, si François le craigsoièiit iia#B temev, ils ge tiendroient à ce qù*980Bfrdcfgrlléé«Nte1ifÉ6* fice de Itii, et soufFreroient âe k fAksitf èb Fanlra^ ief
semble , à Tentendre , qn un FraaoJQois AAH' avdf gnoîssance premièreiûent en Irar kanl réjpiép^eti DS^it ^oe ne redoublent k oUkmsbT Vkni^iMtSsd ui ftw i É lanni )iéi(éfio68; Uriqiwiky dnm porté do âby io^ttre 01* nutf^
jwiJwinfa fla^T; ^ Qàe phisfr k DiM, dame^ (fw te dsôÉO deti FHuÉgois jasiaiff 110 dmt edtro toÀ(^é de ^tea 0mÉ ii]|iir0y ij^n d0 tdie ^6 droft^^y} efr j6.isft>^ fiifo ^pie JÉDiaia w reccfVYoit taéUe ^ddïit on I0 pitot fogÊé méBxéi état àxOt-^ ifeà f a fiidlêf. Bten esl rM %m radbur, «n tuidant de «m aairè artlde crfc là où 3 |kifiiiil teeesto hme dÂufclâfloncliée^ Àiahrténant tspêciÊS ito pmt wcdairee q^tttari^àiis par devaiitéft tefinâs obaettrt; ei reâdafat g^ea et lomngea là àb elles sont âttes, dit : qu*èn son maistre a gloires et exaltations qui parvolent les airs et les cieux. Donc^ ponr donner exemple à tons glorifiés hommes comment ils doivent user de leur fortune , dit : que ce n'est pas^en descongnoissance, ne en aveuglissement que icellés possède , mais en crémeur et rétributions de louenges à son Créateur, dont il les congnoit avoir reçues plus que à son mérir, confiant de sa miséricorde , qu'en icelui bon vouloir et regart qu'il a envers lui, il le deffendra et secourra en temps opportun. Belle dame, ici y a-il vilain? y a-il riens droit-cy potlr mordre» ne en quoy courage françois se dust mouvoir, ne troubler, quand ce que l'acteur dit de son maistre § il le
* MâkpotHU, laittèrid, isÉÈûité.
baiBe à tous autres pow £aîro parexttemmt, et ne réptineir ne ne corrige nullui de cas contraire, mais remonstre paT son maistre : que de hautte prospère fortune glorieuse est due haute singulière rétribution curieuse à Dieu, quand par décongnoistre, par non entendre à son devoir, par non vaquer et veiller en œuvres vertueuses, en diligences et sollicitudes, en choses de stabilité et de fruit, et souverainement en crémeur et louenge de Dieu, maints royaumes, maints 'rois et monarques, du plus haut de la roue, non bien gouvernés, sont jettes confusément misérables en basse poussière, là où ils voutroullent \ tristes chétifs par leur démérir? Sy croy que aujourd'hui Dieu ne fera pas une nouvelle fortune pour la nouvelle régnation de présent, et [ne croy pas] que ayant eu mis tout le monde passé subjet à la vieille, doie exempter de sa loy et puissance la génération d'aujourd'hui nouvelle ; ains souffrira que qui en vertu et sens règne , que celui pardemeure, et que qui défectueux et mal sage possède le haut siège, que celui méritoirement trébuche, ou son équité seroit autre maintenant, que n'a esté trouvée en nos vieux pères. Doncques, et si l'acteur voiant que son maistre a esté surquis en plusieurs voies et ramponné autrement que ami à ami, et ce en doubte que crémeur de Dieu n'estoit point pleinement là où elle deVoit bien estre, et que, par faute d'icelle, les deux hautes félicités, tant de l'un comme de l'autre, pourroient tendre à diminution et cheoir toutes deux ; fait-il mal s'il subjoint que, si François cndgnoient offenser Dieu , ils se tiendroient aux grâces et bénéfices qu'ils ont de' lui , et souffreroient de l'autrui, à qui Dieu a telle liberté de donner et chérir comme à eux? Certes,
< VonirouUeni, se vautrent.
il m'est advis que neiiny, et n*y a dbose f ni eil «MÉ iS doive entendre.
FEANçoisH YMAGîîïATioN. — Plus païles, MiUendemmi, que plus tu me crois mes admirations; et plus te baille matières estroitea , plus tu m'eBchappes, et ne scay cotament; et te trouve hors de mes mains telle heure que je te cuide tenir à tenailles. Mais Tecy où ton homme injurie terriblement nous autres François, là où, après confesser que nous avons un haut glorieux âirône par desM»!: le leur, et que icelui portant sceptre et couioime est toUt plein de gloire ancienne, et que la clarté du flièete ifjvoik^ pleud h Feu tour, si vertu estait en cour, comme aolû^ mais uenuy ; de quoy nous donnant reproche et meqme il dit : que vanité et présumption noos ont tellement aibu-» vré les cœurs que la hantise en est fière et sauvage. Dtten outre en son vingt-cinquiesme article : que nostre i»!giieU et hautainaB manières, nos élations en nos' nonrélles fiyp» Knues, avec le mespris que nous faisons d'eux, tons t»B points-cy lui ont esté cause d'entrer en ceste aigre tractance, et voudroit bien que la cause y fust moindre : par quoy il me semble qu'en ces deux articles le vingt-cinquiesme et le vingt-sixiesme il y a publique injure.
BMTENDBMENT. — Je te rospouds , dame, et concède qu'en aucun des points récités droit-cy il y peut avoir assiette de rigoureux termes sonnans aigrement, mais non injures proprement injurians et blessans, parce que injures sont choses faites et dites torcionnèrement ^ et sans nulles occasions précédentes, qui procèdent de felle villenneux estomac délibéré et proposant blesser en famé ou en corps; de quoy oncques l'acteur ne fut en talent', ne jamais ne
* Torcionnèrement, à tort, iDjustement.
' Talent, intention.
sera trouvé tel; mais bien confesse que, selon la portion et qualité que voit les hommes et les conditions de ce royaume en présent, et en quoy ils se desvoient et desmesurent, souverainement endevers ceux dont il est de la multitude, il les ose bien descrire et nommer tels comme à son jugement il les trouve par expérience. Par quoy, s'il les trouve et congnoit estre fondés en vaine gloire, et que de cela se paissent et abuvrent, il n'y çhiet point de grant meschief à dire : qu'en celui endroit la hantise aujourd'hui en est fîëre et sauvage , quand eux-mesmes se sont assauvagis de sauvages conditions non à eux appartenans, parce que lui-mesme les juge avoir leur thrône plein d'anciennes gloires par leurs anciennes glorieuses vertus: lesquelles, comme tu peux bien entendre, n'estoient pas fondées en vanités, n'en présumptions outrageuses, mais estoient fondées sur sciences, sur nobles mœurs et conditions, sur équité et bonnes consciences, sur preud'hommies et félicités sous recognoissance et crémeur de Dieu, sur regart à la chose publique, sur honnesteté de propre personne, sur amour et charité à son prome, sur courtoisie et bénignité envers chascun, sur l'espargne du peuple et de humain salut. Sur ces points-îcy estoient fondées les vertus anciennes des François. De cestui grain remplîssoientils anciennement leurs granges, de tels splendeurs décoroient-ils et enluminoient leur thrône, non pas d'orgueil et de jactance, non pas de confidence et de présumption en propres vertus, non pas de menaces et contemptions de leurs voisins, non de rigoureuses et roides tractations sur ses amis, par fierté, par envie, par despection, par dol, ne par fraude, comme font les mauvais, qui ne sont dignes de nuls titres, qui jamais ne parattaignent à glorieuse fin, ne jamais ne persévèrent à glorieuse durée, car seroit
tSH BMSBMM
il-em yM&t quH M^s^nehe» jlaB fi|Kit litai :
^oMlélas omiM» ^parœ que leufB omins Gol^esdavoi 4iMHr lldrdM âeiee^qu'et trots oeiis ans fparayioiitvimeqiief^se^w pirt fniigier )par maSn nulla. Sy en penimit ertra letlMi ecaoïs fiita^pran^, leiuB niitiives i^ tmcon flM o p ^i e ^^sr iiitt, et leuTS^sonditiénB plus haiiteines et moins Imsâtau IbÉs^ponrpatettaindreienoore à |>lus hautes' fias, ^ëmâtie Tje leur gsMe une £râi, dussent Ioimt et^omfier Bieu^ % Jui tttteSbuer 'ISioimeurde teur victoiie, teettie peiaé^à 7 ^ewévtf r er longueinent, et .es non riens ^empremistd^m
jnopieMKlidté, pz^re 'honneur et Tautrui, wy ecqiiifer «t
paroffrir entolfte chose honneste et utile.
Vecy l'appartenir des François, vecy l'appartenir des vrais glorieux hommes, des haux victorieusement régnans, qui désirent mérite emprës Dieu et gloire du siècle. Donc, si l'acteur se deult par y sentir contrariétés, lesquelles il plaint et les frémist, comme il monstre bien en la fin de ee^tui vingt^sixiesme article, quand il dit que toutes cestes aigres manières et conditions lui sont cause de procéder en aigreur contre eux ; mais n'en fait mie pour tant à reprendre si fort, comme font ceux qui sont cause de l'aigreur; lesquels ne sont que une petite part de gens à l'aventure, et non pas toute la généralité, car seroit 'dommage; et envis l'acteur la y voudroît comprendre, mais seulement il note et entend aucuns particuliers.
sur lesquels, sans nqi^iqe^ uuUui, sa ^léance ,e9t(Ç^U4ée.
T^iAGiNATiON. — ^t que dites-vous maintenant 49^0ques du vingt-septiesme article de vostre homme, là o^ il dit et repreuve aux François : que leur orgue^ m^igites fois les a punis, et a fait passer et traverser to^fte infortune parmi leur royaume, en quoi autrui quelque eatranger s*est glorifié en leur propre inféHcité ; mais ce pqise lui que constraint il le leur convient remonstrer pour y résister et mettre pourvision. Réprouves, tu sçais bien, sont injures.
ENTJSNDBMENT. — Damo, tu dis merveilles, et ne puis tant dire, ne tant faire que par devers toy tu misses une fois le bon bout , et que de toy-mesme tu te contentasses, quand de toy-mesme il te 'convient estre juge. L'acteur droit-cy, pourquoy ne peut-il mettre ce que dedans Paris, le nombril de France, les petits enffuo^ qui vpnt à la moustarde, savent bien raconter Fun à l'autre, parle recort qu'ils ont oy de leur père : que les péchés, les orguelx, les desrëglemens, et les envies des François ^*un à l'autre par maintes et diverses fois les ont punis ; et en ce mesme en qUoy prenoient plaisir et délectation, en qe luesme ont esté battus et prosternés confusément, comme leurs intentions et fins quises estoient confuses et mauvaises. Se délitoient en envie et division l'un avec l'autre, at en envies et divisions sont esté niorts. Se , délitoient en orgueil et vanités excessives, aujpurd'l^ui tyrans, dqnifdn pleins de mauvaises intentions ; et par nation orgueilleuse et excessive, raj>ace et convoiteuse de sang, pire que eux cent fois et plus ipique, ont esté humiliés ; et y sont entrès roys et ducs, tirans et gens crudèles, et les ont calamités et persécutés, {ait devenir misérables et recirans, yaincus en batailles et en sièges, et tout avieuti et pollué
leur thrône; dont eux-mesmes ynikmiÊiimïmAmH àÊ Ê tM cause, et ea avoient produit la veige -âont
chaetioit,
^ypt, belle dame, si lacteur rraiimstieèér^ettolraf Mft Vrœil âJËn que cecy plus n^aviemie, et que par gwwrii éi i
prudcDce, par loDgne pondératioai des mstiàraei» :
tent pourvÎBion, fait-il mal! âdt-il dioae eontire ! et loyauté? Certes nenny. Mdsmes est une cfaoie.quelfii histoires fraBçoiRes n^citeBt et recordent, que aiidi ea ett» et que fontes ccmâitions d'hommes, jeunes et vieas:^ ret^àn*» gBôisBei^ aojoufdlim et jugent estre vrai. ITentendb^n que si dMdon et envié ont pu autrefois esbrankr les FiMipie, ks &ire cheoiret pordie honneur et sdut, iioe "ai^otSupdliui ne leur puisse proqurer oe mesme, et bsfiiUB pc^dte et eztearimner comme k^? Certes oyl Et m senmt Ips ifâiûs aussi pfoehaiiui, comme ceux qui ks aunent et quitenft sont prests deles nourrir* ' Or va avant, dam», et nous délivre de ton résumer; e«r la matière m'est contre cœur durement, et voulsisse bien en estre hors, si honneur me pouvoit permettre de non tant y respondre. Mais tant m'est près Tacteur, et son œuvre que je connois partir de meilleur fons que n'a esté prise, que à très-envis et à très-dur Tabandonneroie. Siques, ou déporte-moy de tes difficultés et interrogations maintes suspicieuses, ou me abrège mes peines et langueurs, là où envis je tire au collier.
TjtfAGiNATiON. — Sirc Entendement, ce ne m'est joie nulle de te vexer, et ne me délite point forment en l'occasion qui droit-cy nous assemble. Je t'ay mu des questions et difficultés aucunes droit-cy, dont maintenant im peu je te donrai déport, en tant que interroger touche ; et te requiers seulement que [tu me expliques les] huit articles
SUR VÉRITÉ MAL PRISE. 3i5
ensièvans, lesquels huit articles ne sont pas si reboutables en sentence, comme ils sont dignes d*estre mis en question, pour quoy ils y sont mis. .Siques prend le papier mesme, s'il te plaist, et les regarde ; et de chascun è^n plaisir fay une petite déclaration pour suffire aux François, tant de lun comme de l'autre.
ENTENDEMENT. — Dame, à le te faire brief et selon la lettre, laquelle est claire de soy et non disetteuse d'exposition : quant au premier où tu veux que je parle, qui est le vingt-huitiesme, et allègue l'acteur : que vous, ne nous, autres, c'est à dire nuUui, n'avons de propre force, ne de propre fierté nulle certaineté, il dit vray l'acteur. Et en ce disant, il glorifie Dieu de qui tout vient, force et vertu, et recongnoit propre fragilité, propre insuffisance dont l'humain genre est plein. Lors quand il dit que là-haut au ciel, glt le bras et la trenchant main qui coupe et détaille cy en bas ; donc si les hommes composent et ordonnent les batailles. Dieu envoie les victoires là où il lui plaist, et règne la main là sus in visiblement qui mène l'œuvre : de ceci ne te faut autre exposition que telle qui se prend à la lettre, quand toute vraie 'et non répugnable est approuvée et exemplée réalement et de fait par toutes saintes Escritures , que vous autres nobles et sciencieux François savez par cœur toutes.
Quant au vingt-neuviesme, là où l'acteur dit :
Puissance hamaine est une poyre chose, Qui est fondée en vanité légère;
ne dit vray l'acteur, te semble-il? N'est-ce pas une povre chose et très-petite que de vanité et présumption qui se mettent en puissance et en confidence humaine? Certes, sy est. Et tu sçais mesmes que l'Église reboute
celle confidence qui est seulement en homme, et •avoue ^ autorise celle qui se pose en Dieu et non pas en princeB. Dit eu outre : c que millions et cens millions de gens, là < où péché et orgueil, descongnoissance de Dieu et préc sumption régnent , ne sont en comparais(H;i que un c voirre de fougiére qui se casse à la main et se froisse à c deux dois en mille pièces ; » là où il vrai dit, et professe les œuvres et les merveilleux jugemens de Dieu estre à craindre, lequel coustumièrement vient en aide et secours à petites routes de gens humbles, à gens espeurés et craintifs, à gens traveilliés et vexés par mains de tiran ; et à ceux-là baille et pourvoit de victoire et de régnation, pour réprouver Torgueil des autres et la confidence qu'ils prennent en rinfinité de leurs multitudes. Si on me demande nuls exemples, ne alléguemens, quand trop me seroit peine de y prendre recours, et que tous livres et tous bons sentimens françois et autres en sont pleins , et que François mesmes, par ce qui leur en est avenu en leur temps, présentement et de vive mémoire peuvent juger estre tel, quand cent mil des leurs sont chus , hélas ! par cestuy meschief devant un petit troupeau , non pas par la bonté des autres, ne que Dieu les aimast mieux, mais pour rompre leur orgueil et corriger par leurs plus meschans. De ceste déclaration du vingt-neufviesme, se passe légièrement et tout à net l'exposition plus avant du trentiesme, là où il dit :
Quans a-l'on vu de si faits hauts mystères, etc.
Car tout est dit cy-devant ce que de cestui-là se pourroit dire ou déclarer plus.
Pareillement est du trente-et-uniesme , excepté que
SUR VBBiIl!E MAL PRISE. &»7
oestui-là fait mention en la fin : que Dieu veut donner à congnoistre aux hommes, que plus en lui qu*en nulles puissances humaines gisent la paix et le salut des royaumes et des roys.
Donc après , au trente-deuxiesme , il amplie un petit sa matière et dit : que Dieu souffre assez aux hommes faire grans apparaux beaucoup de proposements et de machinations , mais quand tout a esté proposé et mis sus , tout entrepris et délibéré de faire ainsi et ainsi, sur le clin d'un œil fEÛt-il tourner tout et fait tout avenir et cheoir au rebours de leur intention , au contraire de leur entendement. Pourquoi, certes? pour ce que les intentions à l'aventure n'estoient point justes, ne saines, n estoient fondées en regart qui regardast Dieu , ne qui demandast sa gloire, ne sa louenge, mais tout le contraire d'humain salut publique et de propre, comme maintenant de vous autres se peut dire : que les proposemens, les machinations rumoreuses et diverses qui se préparent couvertement à rencontre de ceste maison , les alliances et renforcemens qui s y quièrent , les substractipns qui s'y essaient et espreuvent, pour et à fin de suppéditation, à fin de vendicatif appétit, pour povres causes, pour particulières privées passions dont les racines ne sont ne justes, ne honnestes, au tour d'une main, au clin d'un œil peut-estre, tout se tournera ce dessus dessous, par mort de personnes, par pitiés et (fompassions divines, par maintes autres diverses divines pourvisions, qui font contretenir les roys et les princes malgré eux , et desquels souvent les légières, malsaines, mal causées, mal méditées, très-povres et petites causes, me sont abhominables et me donnent terreur et espoventement de leurs.gro3Be6, larges, desvergondéeset immiséricoidieases
sm uKBmm^
wécotàxm de peii]^, «t de ra^Mmdx» el imlwitipr.
ifQoj gaisemmt adjoi&t ractepr oe^f^H 4il«ii4QB :} ^iit^(NMiitioniieârticto^
^ tolftii iiit bien que !» main de Dira xelfeone 4ei«» ^M
i; leirafar des TO}f« vdbnteifes et ireux i fBsrwqwiimÊmTfm^
;; lÉHttiei fragiHtés humcdneB, non yealliiasi?me:4e4Miè-
I* eii|fM de raison, aeroient siiimteBfois préjndidaiibs eNte
i\ ^gnad grief «i ]povre innocent peuple qni ne peut fryo*
J iemsttdiui^, sinon en tant que Dieu les préserre efe^^
>' .. "WQt^ en leur innocence. Et vous met a>nséqiMràient im
\[ «Miple Tacteur, du vertueux et tiès-puissant Yietfnieox
l rajr» Uray Henry d'Angleterre darrenier, kquel^ après
;| 4p»&m l'ayoît souff^ cafauniter et corriger son peuple
I ^ frai^ds, et non pas taût seulement le peuple, mais to<lt le
^ ÛûAêo ' avec son contenu. Dieu le fit râvoquesr ;de ^ea
fl ' eoi^tindre plus avant, et par-son pTO||e message le fit nqp-
peler et lui enjoindre que plus avant il ne persécutast son peuple, ne attemptast outre en conqueste, parce que la clameur d'icelui montoit jusques en son regard ; et vouloit convertir ses hautes vertus et diligences que lui avoit données, en plus hautes et glorieuses fins et opérations. Mais ledit roy, embuvré de convoitise, pessu de vaine gloire et de élation en sa haute fortune, proposant le sien fait devant celui de Dieu, et contempnant le message divin et son avertissement, ne voulut obéir à conseil; et proposant à bouter outre ce que avoit empris, continua en son erreur. Donc, dedans Tan, de la mesme main qui Tavoit fait vivre et régner jusqu'alors, fut perçus et exterminé en terre, et perdu et esvanui entre les hommes, comme une nuée quidroit-cy vole et là prend sa résolu-
jas<{u*è^ la darnière et toute extrême eonstraiiite fuit la mellée? Est-ce chose honneste à eux, ne respondable qdteit ce qu'en glorieuse vertu et main forte est obtenfu victorieusement et conquis ^ et jà si justement possédé que oncqties nuls d*eux, fors depuis peu de temps en çà, n'y réclfi^noit riens,- que maintenant on traveille, par couvertes subtiles voies non honnestes, de Tatraire hors de la main du possessant, qui chevalereusement et ajuste titre y a exposé son corps , y a mis son exercite, donné soin et labeur, et tant fait que triomphamment a fait d*une spelonque de larrons, pays de justice et de tranquillité.
Et dame, Luxembourg, qui n est de la concemence de France nullement, ne des François, qu'est-il aux François, en qui main elle soit? Doivent François, qui ont paix maintenant et gloire, en extrémité aller quérir droit-là guerre qui leur baillera ignominie, et laquelle, quand Tauront mue en dehors leur royaume, la retireront arrière malgré eux en dedans leur gyron, et se retrouveront en pestilence et en maljidiction jusqu'aux yeux , dont jamais n'auront fin.
sens de France et proud'hommie ! 6 haute glorieuse noblesse et vertu ancienne, que estes-vous devenues? ô salutaire et utile crémeur de Dieu i ô haute circonspection et prudence royale d'équité et justice de conscience ! et où sont vos natures? où sont vos habitations aujourd'hui? et où sont vos salutaires et fructueuses opérations et doctrines qui de vous procèdent et naissent, quand aujourd'hui visitant et quérant les anguelets des haulx royaux palais^ ne vous trouve nulle part, ne me perçoy de vos conditions, si peu non, dont à Dieu prenne pitié, et au monde puist-il non tourner à dommage I
A ce mot s'avança damé Flatterie, une dame fainte en
EXPOSITION * h^^f
w jn>L
condîtÎDii, ce sembloit, et déceveuse; et faisant signe
aucun comme pour vouloir reatraindre Fntendemmi de
tant parler, dressa mesme sa parole envers lui et lui dit : ^^
Entendement , trop tu es aigre et précis ; et ne sont ^
point à desvelopper toutes choses lesquelles oa voit; et ^
Convient supploier aux temps et aux hommes pajrfoîs.
Donc, si les yeux, que tu as clairs et sul>m=ï, Yoipnt des
cboiOB %6imconp , dont les unes sont claires en xmixEm^
les «utros troubles» ne fisdt besoin pour tant tout â^ioôçt-
Tfir, ne respandre, quand beaucoup dloelles peuvent eibre
oâienses; car, jà^^soit-ce que tirentii vérité, sgraontHoUoi
inâigmB et mal acceptables, parce qu'elles infièfwat ftaiee
pWL eseoutans. Sy ne dois, tant pour ton bien propre qu»
pour a;utrui paix, tant te descoudre, quand indigiMrtioA
des princes ftdt moult à craindre, et que leur gfèee est
une baute félicité pour ceux qui se sçavent avnbr autour
de teurs personnes; car feit icelle 'monter lliomfiie en
autorité, aroir faveur et portage, entrée en restroite fer^
meture de prîvauté, là où autres maints, crians à ITiuys,
bien notables, se pourmainent non appelés, s'acquièrent
droit-là dons et offices, promotions et haulx estats, dont la
vie leur est pourvue contre indigence, et leur indigence
rasseurée par pourvision.
jr |ly te dis bien, sire, que bon fait vivre avec les vivans,
eljàvoir tourner son voile avec le vent qui avance. Vivre
est délitable, mourir, horribleté extrême ; et n'a mort que
une seule amertume pointue, là où vie misérable a mille
similitudes de mort. Siques, obtempère et donne cours
aux choses que tu ne peux destourner, et n'expose point
de peine en quoy tu ne peux mettre remède. Roys sont
roys, princes sont princes. Si bien font, c'est pour eux ; si
mal, ne les siet à reprendre : le repreneur n'y a jamais
bien. Qui les loue et prise, et sçait complaire et ployer, celui règne et monte.
ENTENDEMENT. — Dame Flatterie, ne sçay comment jà si longuement tu t'es sçu contenir de parler et de me remonstrer ce que tu ores m'as dit, quand jà en beaucoup d'endroits j*ai usé de termes bien aigres, dont, comme bien sçai, tu as eu hide des sentences. Mais comme ton propre est de décliner de vérité par malice, le mien propre est de la maintenir roide par vertu.
Ta condition, dame, sy est molle et vicieuse, et ne regardes que utilité propre ; et la mienne est invincible en courage, et considère équité universe. Tu ne peux, comme dit Nostre Rédempteur Jésus, servir bien à gré deux seigneurs de contraires natures, que tu ne haies l'un /et l'autre tu aimeras ; ou que l'un tu ne soustiennes, et l'autre tu contempneras. Vérité, c'est Dieu droit-cy, laquelle tu contempnes parce que tu aimes la fausseté du monde; et ton monde je le contempne parce que vérité n'y est point aimée. Vérité, dame, de soy est aimable; et comme Dieu est à aimer de soy, aussi est vérité; car vérité est Dieu, et Dieu, vérité. Si ne penses que pour les bienfaits et menaces du monde, je me voulsisse estordre de ce que j'ai du don de Dieu, si noble et si pur, ne que je voulsisse changer ma propriété en perverse opération contraire ^m% nature, qui est de concevoir les diverses choses du moÉSpi telles que les sens extériores les me présentent, et icelles enquérir et méditer songneusement et parfondement en dedans moy, telles comme je les ay conçues par vue ou par oye ou autre sentement. Lesquelles choses, à qui que elles touchent, ne quelles que puissent estre en réalité, bonnes ou mauvaises, ne peuvent changer, ne varier le concevant, ne elles ne se peuvent ne changer, ne muer
TOH. TI. 23
^^WrSi^TWTJffS '
L j ^que, telles qne ont esté présentéea et conçties, qûe'^Stles
^ "• - ne demeureiît. Si doncque^s les faits du inonde se présen-
tent à moy, et je les conçoia tels comme ils sont, et que d'ir'eulx longuement médités et tractés en la lumière de raison saine , je suis c^onstraiut d en parler et ÎBim coodl
Iclusîon, ne les dois-je manifester tels comme en la réalité^ je les ay conçus, sans que je soie repris pour ce, dq redargué d'offense? certes oy. Mais non pas que je le fisse à intention de greTer, mais à intention de me vouloir teni^ iifogPKRV miBEm fituie, / * ^
#er«vg» 0^ kft ftttlB 4s» Tftyii 91 des li«Qk ptâi^ Ijttlmwétjiwii vmaistma, <sm tQut «'y soit i^ # ^mmh iwtiiiw^ «napria^t hm m eatuy, pur pin» «t pit imaiii
s'i^ppliqîQjent à les concevoir beancoup ou peu. E^tre losquels eaux qui beaucoup en conçoivent, en ont largem^it congnoiaaance, et ceux qui en ont conception estroite, n'en peuvent £aire que eschars jugemens. Si hommies oaent â^Kl« hommes osent bien regarder; Donc, comme les faits v^li^^^^^^^ point ne n'esvergondent les facteurs, le ^fjpMient parler aussi n'espovente point les regardans, on en couvert ou en publique.
Qui est-ce qui fit mettre une royne de France *. . . . . . estre traynée à Paris entre quatre chevaux, f(Nrs celui qui le vit aux yeux, dont toutesvoies les enfans se fiassent tenus à injuriés, qui leur en eust fait record?'
' Lacune.
^ De Braii6bM|iittie&t iatiis lei foia d^Âattruie.
SUR vÂani mil prise. ssj^
Non obstant touteevoies celle crémeur , aj fut-il mis par escrit, et tellement que aujourd'hui encore thrône françoie en a l'empreinte de Tombre. Qui est-ce qui, de ce glorieux conquéreur Hanjbal, en récitation de ses propriétés et vertus, fit ajoindre aussi ses pluseurs détestables conditions et grans vices par lesquels dénigroit la dignité de sa famé? Qui est-ce qui au conquéreur du monde, César, a mis l'escart ténébreux en sa clarté, par lequel, tout assis au siège des meilleurs, est regardé souppeçonneusement de maints yeux contraires? Qui au meilleur des Grieux, Acbiles, vainqueur sur le meilleur du siàcle, lui a donné note dont ternie est à tousjours sa renommée? Qui à maints autres çhredtiens et pajens, avecques dignité mainte de haulx titres, leur a donné taches en leurs manteaul, dont moins ils resplendent? sinon ceux qui» parforciés de vérité dire, ont proféré ce que vérité leur a fait concevoir. Claire famé, que tu l'entendes, procède d'estroite contregarde. Donc, posé que les choses ne se plaquent aux visages des délinquans et se cèlent du temps de leur règne, ne se cœuvrent point toutesvoies es livres qui après eux s'e^andent en diverses mains, et là où se trouve, ve«lent, non veulent, ce qui est de leur fait. MaiA ne dis pas cecy à nul titre, fors par advertissement que qui gl<»içiix est et clair, se couteegarde de polluant œuvre, et qui joifl/t désire non impugnée de famé, ee abstienne de igaenènieusement vivre.
TMAGiNATioN FBAKçoisB. — I^ntmtdement, tu relièves des choses beaucoup, et te boutes, ce me semble, en une haute théologie dangereuse, et à toy non moult nécech saire. Te pourroit bien suffire si tant eeulement tu r^rer pouvoies et sauver les aigres et cuisantes paiK>les die cestui homme que tu deffende^ saoe y riens a4)easter du
EXKIsmON
tie0t oe àe ooaT^l, quand ce qui est an prÎQcipal mesm^ y est trop, Benu sire, ne te d^cous pas tant, ^ ne quiera nulles matièi^ nouvelles, qui en as assez dei toj bien difficiles» lesquelles « prejnier que tu Iss làen soadre. te devront à âoufiiir; et tout pnemil droit-cy, oà I aetenr dit i
Pratiçoii, Wmaçalm^ i^Dîttges toi im«
Que veut dire ton injimeitx homme droitrcy r « Fra&- « çûls, François, remiti^ez ¥oe ires et ramodére^ toi ■ payions? » Xoug Te«t-il corriger, ne reprendre en m QKEurfi? nous veut-îl donner rè^le, ne diseiplixke en ee qat noni sîet à faire quand il dit qne notts nous reznîti^caat qpie Dous raïuodériooâ nos pasdoos? Où, ne en qtioj ttt I1a3mf>uremeot dont il se e^t perçu en noug^ et pmr qtioT il peut aroir cause de nous enseigiier? Et puis : € gouvemex « T03 hanlx tiotiTeaox empires! * Nos empin^ soat-lb nouTeaux? nos régnadons et puissances sont- ce dioses dliuy et de hier, venues nouvellement en vivant dlMmme et à coup esvanouissahles? comment Tentend-il ? Où aont les sanvetés que tn trouveras sur cecy et par lesquelles tu le panseras à parer, qui semble nous vouloir coniger, qui semble noos vouloir assagir et prèaviser de nos meschi^^ atm^ec ce nous réprimer en nostre ancienne daitè, disant: que nos empires sont nouveaux et que mestier nous fiût de les gouverner bien.
ENTEXBEMEXT. — Dame Fmm^iméiwm , mooh c^tes t'est bien séant ce nom, et moult es propremsit baptisée en icdui, quand proprement il est tout td que ta natnie. Tu as des fantaisies beaucoup en toy et des ; que tu estimes de grand poids, lesqudks.
autrui main, se trouvent de très-povreeflFet. Et, belle dame, en ce présent article qui est le trente-sixiesme , que tu maintenant eslièves si haut, quel chose a dit, ne escrit l'acteur de quoy toy, ne autrui se doive troubler? Il a dit « François, François > notamment par deux fois pour donner à congnoistre la fermeté de l'impression qu'il a en son cœur touchant vous, et par considération des choses précédentes qui ont esté cause de son escrire, et parce que mu de bonne âme, il vous a donné exemples et figures, remonstrances et allégations salutaires pour fuir propre péril et à autrui donner paix et salut. Il vous requiert que, si vous avez aucunes ires ou passions , comme possible est, que vous les veuilliez amodérer et remettre en douceur, par ardeur et affection qu'il a grandes de vous voir en vostre paix envers ceux souverainement où il affecte.
Donc, par povre confidence qu'il a en fragilité humaine, qui de tant légîer est desvoiable par diverses passions et à coup encourue en péril grand, adjouste et prie : que vous gouverniez tellement vos nouveaux empires que vos noms et titres enfin ne vaillent moins. Et en tant que François s'arrestent beaucoup sur ce mot « nouveaux em- € pires» , et qu'il semble parterre préhensivement en devers eux, outre l'appartenir : belle dame, je laisse l'adresse de ma raison envers François, et en toy seule je tourne mon parler. Tu as uns yeux pour noter le mal, et non pas pour percevoir le bien là où il est. Si l'acteur dit que l'empire des François est nouvel aujourd'hui, entends-tu que ce il doit avoir dit par ignorance, et qu'il ne sçust que c'est de ce royaume, ne de son très^glorieux triomphe ancien? Certes, tu le tiens à plus simple qu'il n'est, et plus ignorant. Ains le congnoitet entend ; et par si bien le congnois-
3»8 £XFOSITK)II
tre et entendre, le glorifie et prise sur toute rien autre. Mais, quant au présent touché, là où il dit c nouveaux < empires » , ce nouveau ne s'entend mie pour commencement de royaume entrant en régnation nouvelle, mais pour commencement d'hommes parvenus à règne en nouvelle amie fortune; lesquels encore, par regard au vieil infortune dont sont vuidés, sont en Teschelle de régnation glorieuse tout freschement remontés sus , de laquelle , si d'aventure, par union désordonnée ou par autre accident, il leur convendt redescendre et estre tresbuciés en bas, ce leur seroit faute grande et reproche en leurs haulx noms, quand n'auroient sçu garder en vertu , ce qu'en vertu et haut sens avoient parobtenu et acquis. Sy n'en est pas la sentence si mauvaise, dame, comme tu la fais; mais est saine et honneste» et n'en est la remonstrance que véritable et utile.
Donc, là où tu viens à la conclusion de cestui article, là où l'acteur dit : que il siet avoir sens pour garder estable ce dont on a acquis pleines ses granges, l'acteur dit bien ; car voirement y a bien mistère et vertu de savoir biens acquérir ; mais encore y a-il mistère trop plus d'en savoir bien user après l'acquisition faite.
N'entends-tu que, tant que l'homme labeure et contend à une fin aucune, que, pour parvenir à icelle, il y subtille et expose tous ses esprits, et y emploie sens et v^rtu, soin et diligence pour y attaindre ; et là en icelui estât est-il actif et songneux, prompt et mouvant tousjours, se désarme des choses grevables à son intention , et se renforce de celles qui lui sont utiles et vaillables; lequel, parvenu à ses fins, prend gloire et exultation grandes en son acquest. Mais alors , comme longuement traveillé en son contendre, en la tranquillité de son cœur aussi se
repose, donne quoieté à ses membres, donne solas à ises eBpritâ et vertus, lesquelles s'endorment et s'apparessent tous ensemble avec le corps , parce que n'ont mais en quoy eux exercer. Donc , comme huiseuse est mère de péché, nourrice d'orgueil et de voluptés, extinction de lumière et d'entendement, devient à estre cause aussi de faire reperdre à Thomme son acquest et de le faire recheoir en celui estât povre, là où constrainte de sa dure fortune, lui fit aherdre vertu pour monter avec elle. Sy appert droit-cy quelle différence il y a entre le contendant et le possessant. Le contondant, par constrainte, est tousjours Bolliciteux, plein de labeur ; et le possessant^ par nature, plein de délis et de vanité de courage.
Ne te recordes-tu que les Romains , tandis que labouroient en amplier leur seignourie, ou que par autres rebelles à leur empire se trouvoient invadés et vexés, que alors vices, ne voluptés nulles n*a voient lieu avecques eux; mais quand et sitost que se trouvèrent bras au deseute, et que n'avoient en quoy exerciter leurs cohortes batailleresses, tantost tous vices, toutes lascivetés , toutes envies et divisions, toutes murmures et privées affections se boutèrent entr'eux, et visans à convoitise et à particulier bien, laissans commune et généi'ale félicité, se mirent en parties et en tumultes l'un contre l'autre , en guerres et en tribulations ensemble, et en sourdirent les Crudèles et Inhumaines batailles civiles, lesquelles depuis, peu à peu, venans d'tm meschief en un autre, les menèrent jusques à périr et redescendre en toute povreté et affliction de co&Ur, en toute confuse décadence et servitude, là où aujourd'hui encore sont speôtades d*àVoir esté les plus glorieux de la terre, mais par contraire de moindre réputation à Céste heui^ et 1^ plud misérttbleB.
Ml V Exroarnoif
Dame, que tu rentendes! Régnatioo n^est estaWe à nullui, et D*en fut oncques nulle si longue que venue ne soit à terminatiûn. Celle des Assyriens prit fin en son période, Sy fit celle des Cartagiens ; celle des Macédoniens pareillement ; et la darnière et la plus haute, qui fut celle des Romains, et la plus prochaine à nous autres, jà a mil ans que elle est terminée aussi ; et en est esvanouie la gloire, sinon d'autant que les hommes en prennent par les escrita. Sy est venue depuis larégnatîon des Francs, f |ui n*ont leur certaineté ne que les autres » combien qu'il y a plus apparence de durée que ailleurs , pour cause que la foy y est en son giron de repos. Toutesfois à doubter fait que , après avoir duré jà nul ans, luttans et mllitans contre fortune, maintesfois chus et maintesfois relevés, linaltlêTïicnt ne puissent venir au terme de kur période iMKpâ^^l^qiie, coxome tes autres sont venus à termimtion fmi^mmmsH rat ausagr, par un ^ non congnu, parven-
geront de ce qui plus les pourra faire durer : c'est union et amour en dedans leur clos Tun avec l'autre, et justification de leurs personnes par beaux exemples pour autrui mettre en règle et en ordre par noblement vivre.
Or sçai-je bien, dame, que tu me veux remouvoir question nouvelle ; et contondant tousjours à recharger cestui povre acteur, lui imputer plus et plus cuisance de paroles et d'injurieux mots ; et ce à cause de son trente-septiesme article. Car pourroient dire François : que despitement leur repreuve icy et ramentoit leurs aventures passées, disant : « Trop a esté de vostre part cousteuse , et vous devroit « estre chose annuyeùse rentrer arrière en sa grippe » , comme si l'infortune fust trop plus par devers eux que par devers le parti de deçà, en quoy se peut noter injure et
reprenve non véritable. Dame, ton tes voie», pour non te donner peine de y arguer dessus , moy-mesme je y viens au devant et contends d y donner Tappaisement qui y est séant. L'acteur considère deux choses : Tune sy est le très-victorieux bras des François que fortune a eslevé maintenant, et lequel en sa haute exaltation se peut' présumer de plus 'avant emprendre ; l'autre sy est, que les couvertes haynes longuement portées se devront plus tost montrer eu temps de forte triomphante main que de foible. Sy craint tant Tacteur ces deux points, que veullant avertir les François, que choses qui pendent en fortune, ne sont point certaines en nulle main, souverainement celles de guerre et de bataille, dit que : « guerre à ce lez (pour « ce que ailleurs ne lui touche), ne vous est beson- « gneuse, sinon que vous soyez jà lassés d'avoir esté en « paix » ; et allègue la raison, disant que : « guerre vous « a esté trop cousteuse de votre part» ; non pas cousteuse que le coust vous soit venu de ce lez dont il parle, mais que à vous-mesmes elle a esté trop cousteuse en ruines de terres, de seigneuries, d'édifices, de hautes glorieuses, possessions, et de peuple innombrable comme les estoiles du ciel.
Cestui-là est le coust que l'acteur y entend et pour quoy vous devroit estre un merveilleux dur ennuy rencheoir arrière en la grippe de celle malédiction qui n'a pas esté terminée en vos pères, mais en vous-mesmes; et y sont morts et terminés vos pères misérablement. Et alors l'acteur, affectant que demourissiez félices et paisibles, et lui avec vous, vous remonstre etdir : « Au fort, si vostrecœur « ne se peut adonner à nous bien vouloir, Veuilliez du c bien à vous-mesmes, et flattez et baisez vostre propre « fortune présente, affin que, moqueresse de nature et
3M sxposmoii
« pldne Ha fallaces, [elle] ne toub paye de sa desrinon et « de ses vieilles constomes. »
Dame, n'y a riens de mal, qni mal ne Tentend. Car» puisque œuvres autrefois bonnes et honnestes peuvent estre inteiprétées mauvaises et de mauvais effet, plus tost encore paroles doubles, qui peuvent avoir deux et plusieurs entendemens, se peuvent prendre en Tinterprétatton pire par les cœurs moins sages. Exemple : tu sçais qu'en la propre et mesme fleur là où la noble mouche prend spn mid, Tyragne* vient après et y quiert son venin. N'est toutesvoies la fleur mauvaise en soy, ne de riens pire du venin quis. Mais est sa bonté nourrissement à deux oon^ trairee natures, dont en l'une elle est convertie en bien, et en mal en l'autre.
L'acteur après, désirant monstrer la fin de sa contendance, vdre en la personne de ceux dont il parle, dit :
Nous, quant à nous, nous déafrons à Tivre, elo.
n démonstre assez que riens ne quiert, fors paix et amour avec ses voisins, avec ses plus grands, avec ses moindres, et que riens n*a en lui en quoy il se fie, ne surcuide, par quoy yvresse ou abondance de félicité le fist mespasser contraire de devoir, comme s'il désirast que François fissent ainsi, et toutes autres nations. Donc, pour plus les y attraire et vaincre, leur adjouste : « Si amour « d'un sang, d'un ventre et d'un linage, peut ouvrer de- « vers vous de son devoir et naturel appartenir. » Quant est de par devers lui, jamais n'en rompra ce que nature y ordonne à estre. Sy seroit le salut h tous deux quand
* ryragne, Taraignée.
ainsi le ferment. Après condescend à douceur et retire son cœur de longs argumens en spécifiant les parties de sa bonne affection :
Nous vous voudrions aimer, servir, deffendre, etc.
Dame, quantes fois s'y est-on offert à vous vouloir servir, honorer et aimer, vous François? quantes fois s'y est-on courbé humblement à vous vouloir faire toute assistance, tout humble et loial service, que oncques offire n'en a esté reçue, ne bon vouloir à peine remercié, parce que là où les personnes ne sont guères bien voulues, à tart leurs présentations se reçoivent agréables. Et pour ceste cause , dit-il : « No\js le voudrions faire , « mais qu'il vous plust l'accepter agréable et récom- « penser amour par amour, comme de nature requiert. »
Donc, parce qu'il congnoit et s'est perçu de tant de malignes courages qui n'enfoncent nulle bonté, qui ne congnoissent nuls vertueux, ne leurs œuvres, mais jugent légèrement sans assavourer leurs paroles, pour et encontre tels gens, l'acteur soy enfiérissant, dit : qu'en usant de leurs fiertés et hautaines, disant : « Vilain, tu le feras » , on y est sourd, et ne les congnoit-on, comme le commun vulgaire langage porte : « Si tu ne mecongnois, non fay-je < toy » . Non pas que l'acteur le die par abnégation de foy et de recongnoissance là où il la congnoit appartenir, mais par improbation de l'orgueil de telles gens qui si follement se présument.
YMAOïNATiON FBANçoisE. — Ne sçay , entendement , que c'est de tes gloses; mais tant sonne rudement ton texte que pins ne pourroit. Et ne me peut sembler voir que l'acteur y soit'â courtois comme tu le y p«reK parce
que tousjours plus et plus il se boute ou en jactance de son fait propre ou en dépression du nostre, comme il appert en son quarantiesme article.
Il se vante d'estre fier et puissant , d'avoir Teschine roide et robuste, et bras pour conduire grand fait, comme s'il voulait dire : « Si tu en as faim, sy en prends » . Lesquelles choses sont hautaines et demi deffiemens. Donc, pour nous plus enaigrir , dit outre : que, pour effort nul que nous saurions mettre avant, nous ne pourrions desraciner la puissance qui y est, et* que Tassai n'y vaudroit riens, car la folie en pourroit bien rendre un grand grief à l'assaiant. Comment pourroit-on plus aigrement parler à hommes, ne si cuisamment, sinon à intention de les vouloir mouvoir et provoquer au débat? Et que cela soit vrai, vecy le quarante-et-uniesme article après , qui le déclare tout et outre.
Icy veut ton acteur dire : que ce que vous nous sentez roides et puissans, non craignans vostre effort , c'est ce qui vous cause et donne vostre envie sur nous, et que si nous fussions l'un borgne et l'autre louche, ainsi qu'on pourroit dire deux tigneux et un pelé , meschans et chétifs sur qui on pust avoir commandement, lors serionsnous prest à vous vouloir du bien comme aux autres communément ; mais il se conviendroit garder après de la cachoire par laquelle on fait saillir avant les compagnons. Ne sont-ce pas beaux mots, sire, et bien amiables, pour venir à bonne conclusion et pour mettre paix entre deux débattans ; qui encore loue Dieu et lui rend grâces de ce qu'il lui a preste prince et tel champion que le saura bien garantir et deffendre à l'encontre de nos estraignans grippes, lequel ne feroit par menaces, ne craintes, riens tant soit peu, jà-soit-ce que nous le cuidons; mais l'at-
tempter y seroit périlleux. C'est assez courtoisement menacer et assez couvertement mespriser son compagnon. ETUendement y doncques que voudras-tu dire droit-cy? nous sauras-tu faire de ce venin, qui droit-cy est, sucre ou miel? ou quelle confection nous en feras qui nous soit bonne?
ENTENDEMENT. — Dame, ouvis meurt qui appris ne Ta; et en vis se rend mat et vaincu, qui a en soy vertu suffisant à deffence. Tu m'as droit-cy proposé trois articles, dont du premier tu te plains, disant : que Tacteur use de jactance en la personne de son parti, soit son maistre ou autre ; et secondement use de dépression en f^rançois par hautes sures ' paroles dépressives, comme la lettre le tesmoingne. Pour quoy, pour t'en mettre à ta paix et sauver l'acteur en son équité, d'autant que j'en comprens, avis m'est que si tu as entendu la distinction que j'ai faite en l'article devant, des hommes françois dont les uns sont pleins de savoir et de bonnes mœurs (et ne chiet nullement les impropérer), les autres sont gens partiaux, adonnés à diverses affections non bien à raison concordantes, non bien discutant parfondément une matière, légers en leurs mots, présumptieux en cœur, avancés par fortune mal juste, qui, avec autorité non mérie, conseillent et proposent souvent choses non méritoires; lesquels l'acteur congnoissant estre non profitables çà envers, non fort affectés, ne délibérés à y vouloir aucun bien, ains du contraire largement, et que toutes les chétivetés des questions qui régnent aujourd'hui, d'eux procèdent: l'ficteur adresse son langage à eux et à nuls autres, et en telle qualité comme il les congnoit estre par deçà envers, en telle qua-
* 8ure», seures, amèras.
aas Exmsrnyii
lité proprement il les arraisoime et redargue , et leur remoiiatre hardiemeDt : que par deçà on est tout auti^ que peut-estre ils ne pensent, ne entendent; car n'en coiJ|£fnoiS6ent ne le parti, uelesmarcbea, parce que oncques îk li j furent. Sy leur dit lacteur, et dit vraj :
Cœur avoua groa ol avoiif rpkle eficbia^t etc*
comme 8*il voulolt dire : « Ce que vous ignorez, je le tous a. remonstre, non au très-noble roj très-chrestien, le braa [ » ^uverain du inonde à qui noua sommes suppos et bien
"t • veuUans comme vous, mais à vous autres, beaucoup
« de gens da^cougnus, enfiéris en vos aveuglées fortune^î,
"', < gens de petite estoiïe, qui vous vantex et préaumez de
' ■ cecy et de ce]a, et ne quérez que discordes et divi-
« sious, pour contiouer en vos vanités en quoy estes i noiirriâ et parcrns. >
J* j|.TiiFtia^ telles gens qui ne prisez nullui que vous, on
i vous remonstre, que par deçà est roideur et puissance,
savoir et bardement, que tous vous, la seule personne royal soy tenant quoye, ne sauriez miner, ne mettre à fin; car y est telle la roideur, qu*encontre toute région autre, fors France, pourroit mettre pied; et y seroit Tattemptement périlleux pour vous autres d'y vouloir taise escart.
En quoy l'acteur entend deux choses : Tune sy est, touchant la nature des pays et du peuple qui n'est pas mol, mais a esté assez examiné autrefois, et congnu, passé a HÛl ans, dont la recordadon ne lui est pas remèse obscure; l'autre point que l'acteur y entend sy est, que la nation de deçà a un prince belliqueux, tel en gloire et en pris, comme ses maintes hautes et glorieuses œuvres ont
SUR YÉEITÉ MAL PHISE. S67
méri maintes fois, et à qui Dieu oncques encore n'a souffert que morsure lui ait esté faite, ne en sa très-noble personne^ ne en sa très-haute non entamée seignourie, pour laquelle deffendre il exposeroit l'âme et le corps; et sur la confidence d'icelui et de ses hautes chevaleureuses vertus non oncques subjuguées, l'acteur, en la personne de son parti, dit ce qu'il y congnoit, non pas à ceux dont il pourroit traire repréhension de mesdit, mais à ceux qui valent et sont dignes qu'on leur monstre barbe, et qu'on leur paye semblable par semblable. Sy dit bien vrai Facteur, quand il dit en son quarante-et-uniesme article : que ceste puissance et roideur qui est tant en la personne du prince comme de ses subjets, est cause à vous et nourriture de vostre envie, quand tout clair est que envie jamais ne se congrée contre un meschant, ne jamais ne s'envenime en une chose basse, ne foible, mais en une chose qui l'approche en égalité ou en surmontance, comme vous, qui infélices à vous-mesme avez envie de la félicité de vos prochains; lesquels, s'ils estoient si mois et chétifs comme vos fiertés affectent et volentiers verroient, souffireriez estaindre envie à l'aventure et monstreriez en ce lieu une fainte amour , dont la fin seroit servitude et suppéditation.
Déa ! dame , sans que l'acteur ait renouvelées droit-cy cestes manières de faire, sy sont-elles trop et trop longuement congnues. Par quoy, si vérité avoit lieu d'estre oye, la narration aussi en seroit bien utile et convenable ; car pitié est et une chose désolable, qu'en un royaume et sous un mesme chef à qui tout respond, cestes envenimées rumeurs et envies régnent et durent, et que Dieu visiblejnent ne punit les uns et les autres, par lesquels tant de périls s'attendent en la chrestienté.
EXl>OSITI(Hr
Bt comment! dame, n'entends-tu que haine et anvië sont deax tisons de Fennemi, par lesquels autreafois il a"' Mt dieoir ce noUe royaume €u bu grippe, perdre tout et^ aaidifler jnsques à ftmes innocentes par millions? E| comment doncqaes, si ta congoois tels ces deux tisons, par science etpar espreuve, les y pense-ou teDir par hén« tagef les y quiert-on à faire régner possesseurs par na-l ture? C*c»t bien doncques une dure malédictiou pour les honmies, et finablement petit espoir de salut. dame, si tu sayoies ce que Jfémoire m'en raconte, et sur quoy je prends pied ferme en mon parler, bien diroie que assez suis expert de ceste hayne et envie de vous autres, quand seulement maintenant Mémoire me prie d*en réciter un cas que longuement a tenu reclos : c'est que un noble homxnedeton parti, ayant charge de cent lances autrefois, parfds i^ussy de plus^rand nombre, soy trouvant enmy atK^ims de la nation de deçà, desgorgea en publique, si Bourgtdgnons et Sarrasins estoient en bataille l'un contre l'autre, il se tireroit de la part des Infidèles contre les Bourguignons ; et s'il convenoit faire Tun, ou aller sur les payens ou sur les Bourguignons, plustost iroit en la désertion des Bourguignons que des payens*. Cecy m'a ramentu Mémoire droit-cy , comme celle qui Ta conçu vivement une fois et le bouta en coffre. Donc, par l'exemple allégué, l'envie et hayne de vous autres qui tels estes, est bien à redoubter, et juste plus et raisonnable d'estre remonstrée, puisque si clairement est congnue, non pas en celui seul homme, mais en plusieurs autres, de quoy le conte se tait.
Donc, si l'acteur voyant et considérant vos natures
> Cf. tome V, p. 448.
enf ellies desraisonnablement encontre un homme innocent, un prince juste et preudTiomme qui ne quiert que paix et amour, équité et droiturièrement vivre , aimer là où il doit, et servir, garder et deffendrece à quoy Dieu l'a commis, et que les expectations finablement de telles racines mauvaises sont guerres et entreprises de l'un sur l'autre, confliction de puissances contraires, notamment loue Dieu, quand il lui semble que encore vit celui en cui baston si vous contendez à mordre, qui se saura bien deffendre, et lequel véritablement, comme dit l'acteur, et comme se trouve par expérience de sa nature bien examinée autrefois, ne feroit rien par menaces, ni créméur, si le faire ne lui procédoit d'autre plus noble racine de cœur. Car est celui qui oncques ne conçut peur, ne qui oncques ne fléchi l'œil sous main fière; de quoy ceux dont il trait origine, le doivent honorer et priser, et plus encore quand l'exécution y est avec le courage.
Y a aussi un autre point droit-cy, qui excuse l'acteur, et qui lui peut estre cause de parler un peu haut, non pas en la personne de son maistre, mais de ses subjets; cariceux subjets, dont il en y a de divers pays et de diverses conditions, sont de diverses natures aussi et de diverses affections anciennes, qui ne sont point du royaume, ne oncques subjets à icelui, et desquels, à l'aventure, les affections anciennement ont plus tiré ailleurs que envers les François , et encore aujourd'hui feroient , ne fust la bonté du maistre , qui les tire devers vous joints avec lui. Donc, ce qu'ils vous honneurent et faveurent, n'est pas par loy de nécessité, mais par révérence et obéissance faites au maistre, avec qui sont contens de prendre toutes querelles, comme avec leur roy et souverain, dont
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autre ne recongnoîssent, jà-aoit-ce que voy nç soît potii^^ Binon en leur estime* ^
Donc, et sî im tel peuple qui eût si grant^ et qui oncquea ne s'est trouvé joint là où il est anjourdTitji, posé qn'il veulla bien recongnoistre et honoper la très-noble personne dont il sçdt bien que son pair n'a en la terre, n'est pas affecté pour tant, ne conatraîut de ployer envers les antres membres dessous celui, lesquels il perçoit et congnoit estre rudes et pleins d*argu8 envers leur seigneur et prince, et par chascun jour pleins de nouvelletés et de bautaines trës-despites , comme non mia les nobles et royales personnes des seigneurs du sang, mais povres gens de fortune, compagnons de sauvage venue, mesmement et parcoustmne ceux du parlement, qui non faisans poids» ne pris de lui, ne diffèrent à Pinjurier et de lui faire ou faire faire rudesses , là où semble avoir faute de prudence, et encore plus de noble et saine raison , qui dès le principe du monde conseille de traiter les hommes s^on leur qualité. Déa! dame, entends bien : oncqnes ton royaume ne reçut un tel suppos , oncques nulle telle branche partie de son tronc» oncques nul tel subjet, ne t^ serviteur, oncques nul tel ami, ne si propice, oncquefi nul de tel poids, ne de telle roideur. Sy ne devroit pas mXt^ traitable avec les communs membres, qui, passant toute puissance et ancienue production, se trouve traité mainter nant à la.corg^ée' par ceux dont lui-mesme se est plaint BQuvœt, et qui n'en sont ne de valeur, ne de prix,, là où hayne se descoavre et envie, et se cachent volontairement honneur et preud'hommie derrière l'uys ,' comme qui n'y acontent. De quoy {duaieurs je donroi^ bien exexnfle» si
< A Ucofffée, au bAton.
je votiloié, qui mèsmes au très-noble et prudent coéttf dti roy né seinbleroient ne justes, ne honnéstes, et ne fotsf que celui de Lille, une fois, là où un sefgent de parlement vint rompre à m&rteaux de fèvre la priiâon de ce duc, lui estant joignant h six maisons près , pour foutesvôies un garnéâient le jnre des autres, dont il estoit suffisalit àsÀeï pour éti faii'e justice et i^ison. Sy procéda cestui exjfloit, non pas de la très-noble personne du roy, mais de ceux de son parlement qui si peu prisoient sa personne. £t, dame, ne penses-tu point que telles et si fidtes bêsôngnes animent le peuple et le retirent d'affection eiivers'ybus, quand vous, si peu prisans un tel prince leur duc, agtlillonnez par si faites pointures et rudesses, qui tant leur edt pArfdiV en letir dilcictîon, comme nul rty anti^e U sort pénplé dttût aimé est et obéy.
paAi^SBf TttAerNATîo^î. --^ Jffnteniêlwinf, ne s^y si ta cail* est juste, dommetu la couletires de dîvewr pttremens, mais ne puid enteildre quelle différence tù' pent mettre entt^ le r6y et i^ smbjets, entre la royale majesté et ceux qui l'adestrent, ses princes et barons , ensemble ceux de sa justice et de son conseil , quand ce que son conseil est, le roy est, et ce que ses nobles princes et barons manient ensemble , ce mesme se conçoit et retourne eitt la personne royale, par tel ^ê*, que qui l'un honneùre, henriéfure l'autre, et qui l'un injurie, l'autre il blesse. Sy m- esmerreillè comment tu penses choses de si grant pddd et de telle aigreur parer par argumens de si povre effbt et qui ne soM pas suffisans à la substance du cas, entendu encore que cy-après ton acteur, en continuant son œnvre jdbs et pltis, continue toasfours en dures paroles ;
' Par tel si, par telle condition.
biffifillPt jiHK^t^se file ta l6B polios ' ot mclos icy et là, eiii^aiitXeeiiettoy^ toutesvoies pleines de neux
êt^^pcErfliiitéB bien rad^s, par lesquelles elles donnent à-.0stapdrê knr iiature silvestre ; et prestement droit-cy ^^^jgetpi son quarante-troisiesme article, là où il affirm^ eli^rque cfest dumiCpUtre et, fort congnue de chascun ,^ ^'|8l 06 fojmmd ii*s xiei^ qm un homme trop, lequel, si JMmTaToiiiBisàrenivenxNur XDort, François auroient les fa|B|0 M desoeore alo»» voire ce leur semMeroit; msiB M^buepçfcbiett qu^en celle heure quand il défi-
mn^ fcd lÉir sera bien dnxei l'honneur du siècle mourra a^lni*
Jl^tUtdmmt, iey.a sâoiilt de haulx laii^^sieee qiieje no aça)" àquoy ils senrent; les uns sont advinçoieiiB et f€sekàt diaîge à 'ancoimii^, les antres sont si^iqposameiis qui B*ont fcini de fondation, lep: tiers sont vantises et eawypOTiente qui antrm d^riment. Done, poor aippËer. m^ùmf^^ artide et raccompagner par sen^enoea
plus couTertes, dit conséquemment en son quarante-quar triesme article :
Affectez fort sa mort et sa raine, etc.
comme s'il voulsist dire que ce fust Thonneur et le soustënement de France et Testoile tremontane dont tout se gouverne; et sy ne savons qui il est, car nous n'avons que un roy, et autre ne nous loist congnoistre.
ENTENDEMENT. — Dame, si à toy cuisent paroles que tu littéralement entends , et n'encherches point les racines dentelles procèdent, àmoy ennuient aussy les déclarations,
* Poiler, ôter le poil, mettre à nu.
lesquelles, si j'en veux user bien, flottent tousjours et se plongent en matières odieuses, parce que le fondement de nostre matière présente est odieuse en soy; et ne s'y peut faire édifice , tant soit juste en compas, que l'ouvrage en plaise, ne d'une part, ne d'autre. Toutesvoies, je t'atoîe prié autrefois, que tu-mesme misses la raison dévers toy , et qu'en escrutinant les matières en leur parfont, tu en fisses le jugement au plus près du sain. Or n'as ce fait ; mais me vas impugnant tousjours en mes solutions, comme si tu me voulsisses prouver menteur ou homme sophiste qui n'a que apparence de couleurs et point d'existence; de quoy toutesvoies les solutions bailliées sont preuve du cas et de ce qui en est, et de quoy la réalité mesme de nostre matière radicalement me donne assistence. Mais, comme j*ay dit, sur miauvais fondement ne peut-on faire édifice bon. Encore le redis-je, car nostre matière à tous lez est fondée sur hayne et envie , repreuves et accusemens ; sy n'en peut estre l'ouvrage que contentieux, plein de rumeurs et de desplaisirs, tant aux arguans comme aux voians, non obstant que faire en convient son profit,, chaseun endroit soy, le plus bel que pourra. Donc, moy pour la part de l'acteur duquel je congnoi le bon vouloir^ ay entrepris de le deffendre à rencontre de ses indignans ; et toy, pour la part des François qui se deullent de ses escrits, de le mettre en question sur l'entendement de ses clauses, comme maintenant, après en avoir jà fait grand nombre, tu lui reproches ses aigreurs qui toudis se continuent et vont en montant; et lui imputes charge de adeviner sur l'honneur des François, quand il affirme et juge estre tout clair que l'on désire en ce royaume la mort de ce duc sur tous autres hommes, avec les autres clauses qui y sont. Dame, combien que ce langage-icy est dur pour en
"""^^f question^ et que mal se peut viiidier sans T^^^^ cbanteau' de quelqu'un, sy dois- tu entendre ; que les fins de tous ouvrages doivent estre du mesmes de leurs priacipesi et que les moyens qui sont entre-deux ne peuvent , pstre autres que de la nature des extrémités. Si Vacteur ]
teust encommeucié une œuvre de douce et agréable osten- | Ëon, il eust qnis les moiens tels que servir pussent à Texé- i pntiou de sa fin, comme autresfoîâ a fait, & la haute \ exaltation de vous autres que maintenant il déprime. Mais pre a-il esté point de matière de rigueur ; il a esté vexé en courage de passion conçue j et pour icelle vuidier à in- ■tention de fruit , il a composé son œuvre à la mesure et ^ Mualité de sa conception, là où présentement en cestui ■article, en ensievant son proupos^ il maintient et déclara gue rhomme de ce royaume qui j est trop, c est le duc soi| ! fcnaistre , lequel toutesvoies est le prince du monde en qui | ie plus a dlionneur et qui mieux y est séant vivre. L*ac- . teur, dame, parle par manière d'induction qui naist dea j pTémisses; et lui semble que, selon les choses alléguéea dessus, que vrai dit. Il parle aussi après autres assez plus d'un 9 qui ce mesme racontent et maintiennent. Il parle aussi par expérience des choses faites et dites, ^ui ce mesme pas vérifient et appreuvent. c Dono, qç luji est c doulenr, ce dit, et passion que ainsi en va, et gue ua^ « si noble génération, comme est celle de France, se souille « et se teimit en une ai, noble nature d'homme« » fit ^ voirexneiit c^ ^^ pîtié et de triste effet, quand^ par wvioi çnnem^^e de tout çlajbr titre^ b^i^lx et nobles cœ^ra dlmi^ flx^ a\)us^nti de l^çi^ç ^eycir , et que c§, que du^se^ W9m et honora , ils le. çontempnêut ^ dépriment, ^ qjnik-
rent voies et moiens de le persécuter. ï)oiic, cen'ettt ikiie merveiUes si beaucoup de meschiefs adviennent et escandres, quénd si ftdtés et si plorables en sont le& catûies et racines. ^
Ordoncqu^, pour venir à l'intention de r&ctëtlr^tie tu i&ccifses» dame, de adeviiiemens éùt les FriBltiçoîs, TiBUsteuJr -respond ^tie noti ; mais est son dit fondé en vérité et en preuve, parce que tout clair e»t que d'atndtir û'y ii*il atdlè envers lui, mais envie gtant, et par coiiëéquenft hayne, de quoy la fin est mort. Donc, tà vrai est qu*il y a des conspirateurs à rencontre de sa personne, y à aussi des souhaideurs dé son meschief , qui est fin ultime d'ajn pétit mauvais. Sy ne ment mie Tacteùr, combien ^ûe cel& grièVe à ccBurseùùemis, quand il dit, que t llioùneut du € m<mde faudra avec lui quand il iiiourra; » 'inàièi dit <îliose véritable, quand ton roy mesme, Taigle dû monde et le plus baùt prince , autrefois par ci-deVànt a Confessé "pt^re, Ut où en parlant dé lui par bûmilité, plus que ^ son mérir, le jugèoit le plus vaillant cbevalièif de sa maison, et en q\u pltis avoit dlioûneur qu'en toùd eui; «to quoy soy àmendrissatit en dessous de 6on moindre, Be fit exalter tant plus comtne plus se humîlioit en der^rs celui dont îi estoit plus grand. En est demeuré toutesvoies le mot en la terre , qui jamais n'en part : non pas que par tant, l'acteur le juge meilleur dé celui qui le loue, mais bien il conferme son honneur et approuve par dit de si noble bouche , et par ce aussi que vraisemblable est, que un si gloriéut imot ne fust parti jamdis de bouche de roy, qu'en vérité et précédent mérite. Sy en maudis bien fortune et les mauvais hommes, qui ont mis Tobstaclô entre-deux, qui jamais, à leur haute félicité, à leur merveilleuse joye et consolation , à leur peirpétuelle
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aedd e ttt J)eipe9 âjqneqim œ n'est mie pen deehqseipia .i^m coatpÊ^ hxmmi; ee n^esl mieperte p^âte «a on jragiiune, de perdis im i«eadlioiitfne de td es Ad ebe?alier, lequel, si Fiwçcns Teiissent Tanin Ixeoter bien, en l'absence de leur roy ou en son commant, il leur eust esté champion et tuteur, présentaple de sens et de vertus» à rencontre de toutes nations foraines, dont le bras seul autrefois a valu mille chevaliers. Doncques et si Facteur dit après complaignanunent :
Affectez fort sa mort et sa ruine, Bt lui plaindez sa Tle bien heurée,
n'est de merveilles s'il chiet en ces termes, quand il le congnoit si peu grevable à vous autres, si peu contraire à vos félicités, mais par contraire tant propice et bien séant à vostre durée et régnation, au décorement de vostre haut glorieux thrône, là où se fust trouvée paix, si
VOS fautes ne fussent; non pas pour amendement de sa fortune , non pas pour ampliation de sa seignourie, mais pour ostention de sa très-ardente, charitable et toute humble affection de sa nature, noiée toute et plongée en léauté, liée et restreinte en honneur ei en toute condition séant à noble homme. Par quoy , non sans cause dit l'acteur : que quand on le perdra en ce royaume , il s'estaindra en son thrône l'estoile qui plus clair y luit et de qui plus tost on se percevra de la faute emprës le soleil, qui est le roy dont les autres prennent lumière. Dame , doncques contente-toy de cestui endroit, et ne te argiië à rencontre de ce povre acteur, jusques en plus aigre et plus estroite cause que ceste n'est. Tu le trouveras à but; car ne dit chose que raison ne te fasse congnoistre mesmes, et qui bien entendue ne tourne à ta grant joye propre.
YMAGiNATiON. — Siro Entendement^ j'entends bien ton cas. Tu fuis toujours et recules arrière du danger ; et ne veux bouter ton doigt, ce me semble, au pertuis estroit, de peur que tu ne l'en retires non sain. Tu fais sens, si par ce moyen tu ainsi peux évader le péril, et si estroites et cuisantes matières parer par telles eslonges. Or çà, si vraies sont et justes, vraies soient; et si autres, tu demeures en la fange de ton mesdit, et nous en la lésion. Appert bien toutesvoies que tu redoubtes forment tés escrits, quand par si subtiles voies et circuitions foraines tu viens à l'atouchement de la plaie, et nous fais à croire qu'elle est nette et curée, et y sentons toutesvoies le remain de l'ouverture, et ne nous semble pas que tes ongnemens suffisent pour icelle curer, parce que nostre lésion est trop parfonde, et la plaie trop meurtrièrement faite d'un poinchon merveilleusement agu et délié. Sy me semble que, quelque chose que désormais je te propose, jà
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n^eii tirerai autre fin* Tousjourô tu te sauveras en tes subtilités» et ne venras jamais à regéhir nulle offense : sy me vaudrait mieux taire que de maïuteuir cestuy estrif , là où toudis tu veux avoir droit. Au fort, voise comme il peut » et je te parorrai jusqu'en la fin» puisque si aTant sommes, et tu me asBouffiras en mes difficultés autres qui encore restent, les plus périlleuses de meshuy. Mais maintenant, aire, à quel conte vient Tacteur droit-cy faire une ^ant béraudie des louenges de son maistre, si ce n*est à inten* tion couverte de vouloir déprimer autruy et donner à congnoistre que riens n'est qui l'approche? Tu sçais, non obstant ce, que toutes comparaisons entre personnes inégales sont odieuses, et cuîst an plus grand ce qu'est donné Il son moindre outre mesure. Ton homme nous en fsît cy^ ce semble, un dieu immortel, et que les neuf preux à peu ne sont que se^ pages. Dont lui procède ces te haute glorification , ne dont meut à ton acteur de lui baillier ces haulx titres, après noua avoir dît des injures beaucoup^ si ce n'est à entendement de nous faire ohscurs et noirs emprès sa splendeur? Déa! nous créons bien qne ce ocit un gentil chevalier et un vaillant prince, mais non pas de ai haute exaltation comme il le fait, c C'est, dit-il, llionnear
< du trésor du monde. C'est, dit-il, le miroir des roys et
< des princes. C'est, dit-il, la perle des régnans, l'aigle et « soleil qui survole tons les bons de son temps. » N*y met exception nulle, mais dit que nul n'y peut estriver an contraire. Que diras-tu, Entendement, de cecy? Eatnse cas qui appartienne à faire? Est-ce chose qui duise, d'êxtoUer tant un homme, que autres s'en peuvent senfir foulés? Beau sire, que tu m'en apaises un peu, et qne tu me donnes l'entendement de ces quatre coupletfe, qnî font, tous mis ensemble, quarante-huit articles.
BKTBNDBMBNT. — Dame, ne m'est guères de résumer les argttmens que tu m*as fait présentement, touchant eslonges et fuites que tu m*as imputées, car je n'en quiers nulles. Je quiers solutions véritables et claires de cestuy poYjre homme-icy , qui grossement et sans viser & mal, a produit, à intention de bien, ce qui en est, imaginant en luy-mesme que homiHes raisonnables , tant fussent-ils haulx, ne grans, pussent et dussent ojr et souffrir dire vérité, vu encore que vérité procède de Dieu; et n'en est nulle, tant soit aigre, ne estroite, qui de Dieu ne prenne sa dépendance. Donc, par considération que tous sommes h Dieu, et tous conjoins et unis en une foy, pensant que vérité reboute erreurs, comme le soleil, les bruines, se est bouté cestui homme en spéculations véritables, lesquelles matérialement conçues, les a mises en escrit au plus près du vif, espérant que par la clarté d'icelles beaucoup d'erreurs se puriâeroient, et en deviendroient les yeux et les entendemens des hommes plus sains , lesquels, par contraire de son espoir, en sont devenus tous indignés, plus empeschés et plus ténébreux que par avant, comme Dieu souffire, et veulent, espoir, les aventures du monde, qu'ainsi en soit. Dame, doncques, puisque vérité ne quiert nuls angles, ne absconsemens, ne lui est besoin aussy, pour estre soustenue, de quérir nulles fuites sans venir & réale response ; ou autrement vérité auroit honte de celui dont elle part et en qui est tout son retour, ce que non a, mais elle est bande et fière de soy comme lyon, et de sa nature victorienne et confonderesse des cœurs doubles.
Pour venir doncques à la matière en son continuer, tu me demandes qui meut Facteur d'avoir fait ces hautes louenges de son maistipe, qui a bea,uooup de plus grans de lui et de meilleurs régnans? Donc, pour solution de ces-
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tui point, et je te redemande à toî-mesmes , qui est-ce qui a mu vous autres François prendre et congréer Tenvie et la liayne à rencontre de lui de si long temps ? Contentemoy et me donoe solution de cestui cas, et je te donraî promptement après la solution du tien ; ou si tu na veux respondre» moi-mesme ferai les deux personnages, et je reaponderai pour toy.
Vostre envie ancienne, dame» et nouvelle, n'est causée en vous fora de sa béatitude, de la grâce et superéminence de gloire quo Dieu lui a donné en terre, dont courciés en courage couvert, autrefois avez qnis à rentrai ndre icelle par rudesse et comprimer par hautaines bien estrfinges, comme dame Mémoire^ au commencement de nostre convention droit-cy , a suffisamment donné à congnoistre. Doncques , si tu veux eolution de ta demande, quiers-Ia en la racine de ton vice; car Fenvie que tu as, ne te procède qu'en la perception que tu as de sa gloire. Bien entendu que envie jamais ne se congrée contre un meschant.
Donc, et si plus avant tu quiers solution, et que tu ne te contentes de ceste-icy seule, vez n'en cy une autre qui moult est vive, et qui te pourra suffire si tu entends raison. L'acteur droit-cy a regardé à deux choses : l'une sy est que François contempnent ceste noble personne de prince, comme feroient une chose vile qui est digne de contemption, qui en lui toutes voies n'a riens qui soit contempnable; l'autre sy est que François lui donnent et imputent charge qui lui touche à l'honneur , et lequel lui est plus cher que sa vie. Pour la première considération, l'acteur veuUant remonstrer ceste contemption estre mal causée, met les caisses par lesquelles fait à extoller. Pour la seconde, veullant rebouter leur erreur, afferme et publie les
hautes conditions et clartés qui y reluisent , tout en contraire de leur maintenir. Non pas que ce il fasse en ravalement d'autres, non pas que ce lui provienne par hayne en nulles glorieuses personnes, ou pour flatter les oreilles de son maistre en son vivant ; mais par vraie et vive vérité en lui congnue: que la personne de lui est nette, pure et incorrompue envers honneur, et claire et glorieuse entre tous autres en toutes nobles et excelses vertus et bonnes volontés, dont maintes a monstrées et donné à congnoistre par œuvre et par effet, ignorées peut-estre ou non recongnues. Par quoy, si Facteur lui baille excellence de titres, ce ne m'est point estrange, quand il y perçoit les singularites qui les mérissent, et qui en autres lieux beaucoup ne sont pas communes. Donc, comme ses envieux contendent aigrement à le déprimer, il , par contraire, contend aigrement à leur en ronger l'ongle, et le mettre en haut siège, tendant tousjours à telle fin que de réduire, par vertu de vérité, les cœurs errans à congnoissance de leur salut et de propre honneur.
Sy ne faut exposition nulle sur ces quatre couplets*, autre que la littérale; car ne sont que exaucemens et louenges de sa personne , qui toutes s'entendent sans y exposer riens, réservé seulement, comme la protestation porte au premier : que l'acteur ne comprend nulle part la personne du roy, à qui il congnoit son maistre non vouloir estre équiparé. Non fait-il à nuls autres ; car se humilie envers tous, jà-soit-ce que l'acteur de soy-mesme nulles autres n'en excepte que la seule une de qui il ressongne les comparisons. Par quoy, là où il dit : que c'est l'aigle et lé soleil des bons; que c'est la perle des régnans; quo
» Le XLV«, XLvi", XLVii« et xLvm*.
Exposmo?î '
c'est le miroir des royâ et des princes; que c'est rhoonetir de France et de l'empire; que tout noble cœur devra pleurer et complaindre à son décès : Vacteur l'entend si précisément en termes d'honneur et de devoir, que riens ' de ce qui au noble roy françois touche, n'y est déprimé, ne compris, mais lui redonde en aide et confort de Bon glorieux thrône, qui tant plus sera clair et luisant, comme plus il recevra décoration de précieuses pierreries, ^M
Dit Tacteur tontesToies, en la fin de son quaran^' huitiesme article, un mot cuisant que je sçay bien, dame, que tu l'a» noté; et est, qu'en lui donnant l'issue de cea louengës, il dit : que c*est celui du monde qui plus prend mm^^miÊ de l'hontoiar et félicité ém Fi«M^»iMi*tii lefiOTOBtiliiMr, tie loi-iden T(^
OêêsbA m immier point,- fsètete dit Mm^^'trf^Êk ^mi^, e»#ear pietid et ««pda soîa et emei
if4ieit,' itt^ OQUon^ le]»!» Ual inri^ ]
qui vive; et a fait son devoir en ceer^ et ouvré âtH oMÉtoè
de cceur et de nature.
Maie là où il dit : qae aimer ne le peuvent; cela dit-^il impropéramment, parce que telle rétribution est injuste^ et que autrement devroit estre recongnu comme preud*homiite et léal, qui^ seul après le roy, peut mieux monstrer sa fraaclnse et libéralité quelle elle est, et quel escart aussi il pourroit faire, quand voudroit , es ennemis de ce royaume, desquels il n'aconte guëres, si ce n*est que constrainte et compression de vous autres, forcéement lui en doiimeiit cause, qui dur lui seroit. Mais mort est plu9 convoitable & homme glorieux que foulure.
FBÂNÇoisB TMAOïNATiON. — Voiromeut monstre bien ton bomtne que las n'est pas encore de mordre, et non pas
tant seulement par ce que tu as dit maintenant, mais par ca qui ensieut et naist de celui après, là où il dit :
Ains par doleur de sa béatitude, ete.
Peuiron plus manifestement reprendre geuB, ne les corriger de mésus? Avis m'est que nenny. Or respons cy, Entendement, et y sauve ton homme» s'il y chiet.
BNTBNDEMBNT. — Dame, qucl sauvement y quiers-tn, fors celui qui mesme se tire de vos faits? une chose est ou non est. Si vos gens ont fait chose qui fasse fc-re^ prendre, pourquoy se veulent-ils doloir de répréhension? Pense homme oser faire aucun mal, que homme autre à qui ce mal touche, ne s'en doie oser doloir et réciter le cas quel il le voit? Les alliances que autrefois avez quises et prises, et que Dieu sensiblement a rompues et cassées en équité de son jugement, et n'en estes de rien convertis pourtant, ne sont-elles évidentement procédées de hayna à rencontre de ce noble prince, et par volonté de le grever par celui que vous sentiez estre son contraire, en la querelle de Luxembourg dont la concemence ne vencôt jus* qu'à vous, sinon en tant que vous l'acceptieir de volenté, ^ non de raison,'^ , et que ce vous estoit plus agréable de porterie fait d'un estradger, vostre très-lointain non bien aidable, que celui d'un vostre prochain, à vous autres tous en un mesme desgré de sang, qui avoit droit pour lui, et vous peut venir, au son d'une trompe» contce.le remanant du monde.
Semble-il doncques aux François que Tacteur ayant cecy considéré, n'ait dû avoir hardement de vous bl&mer
* FoyM tome m, p. S91.
mi EXPOSITION
en ce en quoy 11 vous a ru ayoir le hardement de faire ca^ blâmable et trop plus notoire que ne voulsîst ; car n'est vivant Iiomme qui autrement Fait voulu interpréter. Donc, ce poise moy, dame, quant à ma part^ que constraiut suis de maintenir estrif droit-cy en cestes ruineuses et corrosives matières, qui mesmes me font frémir quand je leâ touche. Mais toutesvoîes, afin que racteur ne demeure enraquîé en ses propres escrits et que la justification appère que riens n'ait fait sans cause et à bon titre» je le pare et excuse, par ce que je y puis percevoir honneste et véritable. Donc , ai après il adjoint :
Boutei a?ant) maie na soyez îgooroBi etc.
ne fait chose contre honneur , quand toutes les choses du monde qui se font publiques, bonnes ou mauvaise-s, sont toutes conçues es humaines visions et escrites en livres, là où en quérant les précieuses pierres et margarites, Ton trouvera qu'il y aura maille ou macule > lors oii celles qui se seront contregardées nettement, seront les plus exquises.
FRANÇOISE YMAGiNATiON. — Déa ! Entendement, combien que je me passe de répliquer sur toy, ne me accorde pas pourtant à estre payée de telle monnoie que tu m'offres; mais la reçoy au fort, à tel prix qu'elle vaut. Mais que diras-tu cy-après de ton^homme, qui en son cinquantiesme article met :
Lui seul vous put, lui seul vous est àhayne, etc.
ENTENDEMENT. — Ha! dame! paix, droit-cy. Je t'entends bien. Je ne te veux souffrir faire question en vain.
là où je puis prévenir à ton demander. Quiers-tu contentemens de ta demande? va et t'en retourne à Vendôme, là où tu trouveras vivement escrit le contenu de cestui article, et les causes et raisons sur lesquelles est fondé, quand oncques ambassade de prince ne fut si froidement traitée oomine estoit lors celle qui y estoit de par lui, et par la réception de qui se pouvoit percevoir clairement quelle amour il y avoit envers elle, ne envers celui de qui estoit trammise ; et là où le procureur royal, présens tous les princes et pairs, touchant plusieurs articles graves et pesans, chargea icestui duc de désobéissance, et lui imputa plusieurs grans cas, cuidant le confondre, et faire animer contre lui toute la congrégation des seigneurs, avec très-froid et très-povre exploit en autres matières, après la demeure de six mois*. Par quoy, si l'acteur dit après, par pitié et compassion du cas, qui est de si mauvais espoir :
Or Dieu gart tout, et les sains et malades ! etc.
dit bien, car il entend que : jà-soit-ce que droit-cy on se seufïre du plaisir et vouloir des hommes, qui tel fois est moult sauvage, ailleurs toutesvoies se convendra-il trouver, là où compte sera rendu du tout, et du bien fait et du mal fait, qui est la dernière et certaine expectation des justes et innocens, d'avoir droit et bon jugement de leur tenu tort. Et belle dame ! et ne dit bien l'acteur après, en son cinquante-uniesme article :
C'est en ce monde un empereur en gloire, etc.
L'acteur met sa haute exaltation glorieuse qui est tant en fortune comme en nobles opérations ; et puis met sa
« Foytf2J tome III, p. 466.
TOX. TI. 25
SM jBtK&nm
fee-pàrfonde humilité, qui est eîi ëâ vS^eësetxi personne. Et Teut donner à entendre lacteur : que iceUe parfonde humilité^ monstrée en lui , vous doit estre tant plus de haute répatation, comme sa personne est plus haute et plus grande et pliia occasionnée destre fière, non obiitant qtie^ pour nulle fortune terrienne, ne pour jojr de sceptre impérial sur le monde, son cœur ne se peut, ne ne veut enfîérir devers vous, ne se voudroit exalter, nu roidir à rencontre du thrône où il prit estre, mais ployer et décliner en terre, envers le giron dont il prend titre etj gloire..
Bt donne bie& à entendre eela l'actenr, par oe qui! dit : q^n'il a mk peine d'esaouidre et &iie voter la gloire de ce rojwune par dessoB les cienx, non répntant rient wm ; po^re fait ^mprèe le tostre très-excellentraieiit rêcordaliie. poôcques, n'y a point de présumption en Ini^ qm itMs canse indignation; n*y a point d*orgneil qui le juge eoy deeoongnoistre ; maisy a parfondehumilité, par laquelle il contend de tout temps de vous vaincre et gaîgner, pour mesmes se parer de vous et faire glorieux. Pour laquelle chose monstrer encore plus distinctement, dit en outre en son cinquante-deuxiesme article :
Non serf à nul, tout subjet se présente, etc.
Et n'est vrai ceci, dame? Recongnoi, te prie, en un prince chrestien ce que demain ou après tu recongnoistroies en un payen en pareil cas. N'est-il non serf à tout homme, par loy de franchise à lui accordée sa vie durant, et laquelle chose tu ne peux descongnoistre?Et toutesvoies, non serf par possible et honneste, se présente et parofifre serviteur et subject, de libéralité cordiale. Grand emprès
tous autres du monde, se répute humble envers tous ; vous offre corps, biens, pays, peuples et possessions; n'a rien qu'il ne députe et abandonne h vous servir, et à estre converti tout et exposé en vos haulx glorieux affaires; soy-mesme il se plqye et appétisse, il se ravale et confute devant là où il honneure ; et roide à tout autre du monde fors à vous seul, il se prosterne devant vos yeux pour glorifier soy-mesme. t Quérez, dit l'acteur, un autre aiUears, « qui si bien s'y acquitte ; » comme s'il vouloit dire : € Vous n'en trouverez point. >
FBANÇoisB TMAGiNÀTiON. — Les mots sout beaux, mais les excusations sont povres. Sy est peu de fait de parole, là où l'opération se monstre si froide. Quoique dient les hommes, les oeuvres appreuvent les courages. Tu m'ascy donné de mots emmiellés, de paroles farcies de sucre^ dont tantost après et en l'instant le venin se descœuvre tout clair ; car tout si tost que ton homme, que tu tant prises, vuide des termes que tu as dit droit-cy, il rechiet arrière en repreuves et en arrogans parlers tous contraires des autres devant. Et dit en son cinquante-troisiesme article l'acteur : que jà-soit-ce que son maistre se moiïstre si humble et si entier envers nous, toutesvoies ne le fait-il point par crainte qu'il ait de nos personnes, ne que envers lui nous ayons desservi de soy monstrer si humble, ne si lige comme il a dit ; mais le fait seulement en vertu de noble courage dont il est maistre et vaincueur, pour nous monstrer, par vive opération et exemple, que sang, nature et raison sont en lui , non pas orgueil et venin, fin quoy semble vouloir dire l'acteur : t Ce qu'il en fait, il le « fait comme bien ; mais sy est-ce de sa vertu et franchise, « mais non pas par crémeur de nulluy, ne par devoir « aussy, qu'il ne s'en passast bien s'il vouloit; > qui est
povremeot ensievirles paroles ici devant remonstrées, qtiî' servent pins à injure que les antres à bonne acceptation* ENTENBEMEiST, — Dame, à ce que j'entends» encore n'est pas ta suspicion bien résolue, quand, après tant d escîairciasemene faits sur un cas, tousjours tu f arrestes sur choses légières. Donc il convient, partes scrupules qui n'ont point de lieu, réitérer deux fois une chose jà dite. Dame, n'y a point icy d'arrest ; et n y a riens qui réputé aux beaux mots de devant, si tu veux parfonder à demi ce que tu ne regardes que superficiellement par dehors. Tu t*esmaies arrière et te semblés troubler encontre cest homme, qui mettant humbles langages et savoreux, tantost refiert d'une queue poignant pleine de venin, comme tu dis, et ayant monstre manières de dévotion extériores» descoeuvre le fiel de son ypocrisie secrète. Et lui imputes chaï^ de repreuve et d'arrogance parce qu'il dit :
Non pai pourtant qoe cfûitita à ce Toblîge, etc^
Dame, droit-cy je te veul respondre par ordre contraire à l'assiette de l'acteur ; et laisse la crainte dont il parle premier, et viens à la desserte qui se touche en la ligne seconde. La desserte dont l'acteur parle, est tout évident quelle elle est. Si les choses devant mises par l'acteur sont vraies et réalement avenues, les dessertes aussy touchées droit-cy sont de tel effet comme l'acteur les y entend. Mais les entend-il petites et non dignes de grand rétribution, quand les choses de dessus alléguées sont de petite et sobre amour, et encore de moindre mérite. Sy ne convient point aller de deux à trois. Mais pour férir au vif, ains tost que tard, dame, prends ton retour à la journée de Vendôme, et considère droit-là quelle desserte il y peut avoir, qui doie
causer ce duc d'en faire haute rétribution. Retourne après à Théonville , là où François lui envoyèrent menaces en barbe, pour luy r'oster ce que glorieusement a conquis à Tespée. Retourne arrière à l'alliance faite avec le roy Lancelot en son contraire, de qui main encore vous, François, tenez enonglée la querelle de Luxembourg. Retourne après au roy des Danois , lequel , lui faisant offre de cinquante mil hommes, à son siège de Deventer, pour entrer en la conqueste de Frise, vous François , vous lui avez soustrait maintenant ; sans autres encore grans cas semblables que je cèle pour l'heure, et n'en veux faire poids, pour ce que à très-envis je me boute en ce destroit par la pitié qui y est. Toutesvoies, dame, combien que toutes ces choses icy alléguées soient de povre mérite, de povre prix, et de piteux effet, ne veut toutesvoies ce bon prince rendre mal pour mal, austérité pour orgueil, ains remettant tout en la main de Dieu, et dispensant en humaine fragilité le plus que souffrir en peut, veut rendre bien pour mal, devoir pour mauvais acquit, honneur pour desdain, service pour menace, et donnant voie et auctorité k noble nature, se humilie et supploie à raison vertueuse, là où il voit que honneur l'oblige de le faire, et qu€ nature l'en semont. Donc, s'il ne vous honnouroit et servoit qu'en la qualité que vous le desserviriez envers lui, n'y auroit point de mérite, car ne seroit que eschange d'une chose pour autre, tant à tant ; mais, en ensievant l'exemple de nostre rédempteur Dieu et hoinme, il vous affecte et honneure en celui point, où gît le vrai mérite ; c'est en celui estât où il vous perçoit non estre guères affectés envers lui; et dit : t Là il espreuve sa vertu, il monstre c sa vraie bonne inclination et ne desmeut point sa noble d ancienne nature, que prise a au tronc là où il affecte,
€ comme veuUant sievir tousjours honneur et léal devoir, < et mettre Dieu en toute équité par devers luy. »
Or venons h la crainte. Dame, n entends-tu que crainte se distingue en deux parties : lune sy est une crainte servile par laquelle les moindres redoubtent les princes tirans, et nest pas icelle méritoire au portant, ne fructueuse wssy, ne contemplative à qui la reçoit, car elle est sans amour; l'autre crainte sy est, qui se appelle filiale, et est celle qui procède devrai cœur aimant, envers l'autre que Ton répute digne d'estre aimé. Sy est ceste fondée en racine d'amour vraie, en ardeur de dilection comme qui toutes deux ne peuvent estre Tune sans l'autre, ne icelle des deux se desjoindre de sa compagne , que l'autre ne perde son efficace.
Ceste-cy est la crémeur, dame, dont Dieu veut estre crému des hommes, quand, par icelle congnoistre en eux, il y perçoit ce qu'il y quiert : c'est vrai amour. D'amour servile, ne crémeur ne tient compte, parce que ceux qui de ce le servent, ne l'aiment, ne ne doublent que par peur qu'ils ont de sa puissance, de sa rigueur estroite, de sa vengeance droiturière ; car autrement se passeroient de lui, ce leur sembleroit, pour ce que vraie amour n'y est. Or, dame, quand lacteur dit que ce n'est point par crainte de vous qu'il s'oblige ou présente si avant, il dit vray certes; car en lui n'a nulle crainte servile, par laquelle il redoubte nullui. Il ne craint ne tirant, ne tirande ; il ne ressongne ne menace, ne main mise, ne estroite compression, ne estrainte; il craint par amour non servile et sy aime par amour filiale. Oncques ne se trouva en crémeur vers homme, que telle que a envers Dieu. Mais pour ce qu'il a en lui amour radical, que Dieu congnoit et que les hommes ont pu percevoir assez, il a une crémeur aussy
filiale, de laquelle ne se veut exempter, parce que conna^ turellé est avec l'amour de sa racine, que toy, dame, de par Dieu ! et vous messeigneurs les François aussy, avez assez pu congnoistre s'il vous a plu, et laquelle, quand la voudriez ignorer, n'est pas ignorée pourtant ailleurs, ne faite en vain. Donc, et si vous les François affectez à savoir la vérité de ceste crémeur, si elle est filiale ou autre, enquérez-vous et revisitez ses œuvres recommandablés, là où il a monstre quel est son amour entre vous, ou filiale, ou servile, car là congnoistrez-vous sa crémeur maintenant, dont il parole.
Sy pourrez mordre aussy, et sais bien que le ferez, sur le cinquante-quatriesme article, là où il dit en après :
Son fons^Bon cœur, son intention toute, ete.
De cestui article, dame, je te veux prévenir en response, premier que tu m'en boutes en argument. Or entends bien, te prie, à ma solution , comment d'une chose qui mal sonne à cœurs non parfons, je te feray sentir le gemon d'une favoreuse sentence non repréhensible. Quant au premier point, là où il dit : «Son cœur, son fons, il met <z tout en Dieu > ; l'acteur ne dit chose à reprendre, mais dit chose méritoire à tout prince de faire ainsi. Mais là où il dit :
Mais ne vous craint, ne toute yotre toute;
là est le point où il sembleroit qu'il y eust assez parler arrogant et despiteux, par le semblant qu'il fait de non craindre nuUui. Mais, dame, il convient droit-cy avoir plusieurs regards : Premièrement, que l'acteur icy ne parle en personne de nuUui, foTE en la ^nne propre, qui »