CHAPITRE XXVIII
Comment le duc, estant à Hiselstein, eut soissante ans aeeompUs.
C'estoit donques comme le pénultième de juillet Fan mil CCCC LVI, que le duc arriva avecques son ost à Hiselstein, et portoit ainsi l'aventure que le darrenier jour de juillet en celuy mesme an, lui estant audit lieu en armes» finissoit la soissantiëme année qu'avoit esté né. Donc, par un dimence premier jour d'aoust, lui estoit assis au disner,. et là où j'estoie parlant à luy, il dist à son neveu le duc de Clèves, par manière de joieuseté : € J ay, dist41, joué
< à la paulme. Xay perdu un conte lequel je veul mettre % à part. Je le perdis hier, et aujourd'hui je recommenee
< un nouveau jeu. » Mais le duc de Clèves, qui n*y entendoit riens, ne savoit à quoy tourner ses paroles, et alora il lui exposa et dist comment le jour de devant il av<Mt eit soissante ans accomplis, lequel il mettoit à part pour un conte et réputoit que arrière il recommençoit un nouvel jeu pour revenir au conte second, jà-soit-ce que droit-là il respondit à moy, l'interrogeant sur cest article, qu'il ne désiroit point que Dieu lui donnast ceste grâce de taot vivre comme d'estre si misérable comme il escheroit à parvenir au parfait du second, car savoit bien que l'ee^ en celuy temps est tout décrépite et confusible à la propre personne et à tout autre ; par quoy il ne désiroit point les longs jours, ce dist, sinon en tant que nature le pourroit entretenir estre utile à quelconque bien et donner fruit à son peuple. Et certes alors le faisoit aussi bel vok en armes comme le plus jeusne de sa maison, car plus bel chevalier n'y avoit point, ne plus redoutable armé.