‹ uvres de GilbertChapitre 35 sur 43 · DUC DE LORRAINE, ETC., ETC · texte numérisé non relu

DUC DE LORRAINE, ETC., ETC

Lu à l'Académie de Nancy 1

Messieurs, c'est d'un grand de la terre que ma faible voix entreprend aujourd'hui l'éloge, et la vérité n'aura point à rougir de l'encens qu'il recevra de nous. Périssent les muses qui trafiquent du mensonge et de la gloire avec les maîtres du monde ! La crainte, l'ambition, la faiblesse, l'intérêt, à la honte des lettres, ont, je le sais, dans tous

1. Léopold 1er, duc de Lorraine, fils de Charles V et d'Éléonore d'Autriche, né à Inspruck en 1679, mort à Lunéville en 1729, âgé de 50 ans. Ce prince, le modèle des souverains et l'idole de ses sujets par sa bien^ faisance et son affabilité, donna le jour à François Ier, père de Joseph Iï. empereur d'Allemagne,

256 ELOGE DE LEOPOLD 1er.

les temps, procuré tour à tour des panégyristes aux plus cruels tyrans ; et Néron même fut loué par le poëte de la liberté. De nos jours, l'éloquence s'est mise pour ainsi dire aux gages des souverains. Durant leur vie, elle s'applique à couvrir leurs injustices des couleurs et du nom des vertus, afin que les hommes trompés souffrent sans murmure le joug de l'oppression; après leur mort, on l'entend gémir sur leur tombe , et proclamer à grands cris pères du peuple des monstres qui n'en furent souvent que les fléaux. Aussi les apothéoses des rois sontelles presque toujours suspectes, même aux yeux des simples; et ceux qui les ont faites, odieux et méprisables. Présage terrible sans doute pour un orateur qui viendrait offrir à votre admiration l'image d'un prince dont toutes les actions ne seraient pas avouées par la vertu ! mais, dix lustres après son trépas, je vais célébrer LÉopold; et, ce qui me rassure contre l'anathème lancé d'avance sur les panégyristes des fronts couronnés, je vais le célébrer... en quels lieux? C'est au milieu d'un peuple qui trente ans goûta sous ses lois la paix, l'abondance et le bonheur; c'est dans une ville où je ne puis nulle part jeter les yeux sans rencontrer des monuments de sa bienfaisance; c'est devant une assemblée où je remarque une foule d'hommes qui lui doivent leur fortune et leurs honneurs; qui, au moment où je parle, essuient les larmes que le nom seul de leur bienfaiteur arrache à leur reconnaissance.

Respectables vieillards, vous à qui il fut donné de voir le plus grand des princes; magistrats, à qui ses travaux épargnent tant d'études, de soins, de veilles dans la plus honorable et la plus pénible des fonctions; vous tous, ô citoyens qui daignez m' écouter, et dont les pères se plaisent encore à raconter les hautes actions de Léopold ! soit que je peigne ce héros renonçant aux combats, glorieux amusements de son jeune âge, ordonnant à nos contrées désertes de se peupler, ressuscitant l'industrie et les arts parmi nous, fermant la porte de ses États à la guerre, les élevant, les maintenant par sa sagesse au comble de la prospérité; soit que je le représente donnant des lois, des mœurs, un caractère aux Lorrains, ou que, pénétrant les secrets de sa vie privée, je fasse voir dans un souverain le père, l'ami, l'homme enfin accompli, élevez la voix, attestez les prodiges que je raconterai, rendez hommage au restaurateur, au législateur de la Lorraine, au vrai sage ; et si mes crayons ne retracent pas toujours ses vertus avec autant de force qu'elles sont imprimées dans vos cœurs, en faveur de mon zèle pardonnez à la faiblesse de mes talents : on doit plaire aux âmes reconnaissantes, lorsqu'on parle de leur bienfaiteur.

258 ELOGE DE LEOPOLD 1er.

Page 1