‹ uvres de GressetChapitre 14 sur 215 · ACTE I, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE VI

Il pouvoit vivre heureux et mourir couronné , S'il n'eût point oublié qu'ici pour premiers maîtres Marchent après le ciel les droits de nos ancêtres ; Qu'en ce même palais l'altiere liberté Avoit déjà brisé le trône ensanglanté ; Qu'ici le despotisme est une tyrannie, Et que tout est vertu pour venger la patrie.

Un trône environné des héros que j'ai faits N'a plus à redouter de semblables forfaits ; Et, si jusques à moi la révolte s'avance , Tant de bras triomphants sont prêts pour ma vengeance.

Quelle est donc la patrie? et le brave soldat Le vainqueur, le héros , ne sont-ils point l'état ? Quoi ! d'obscurs sénateurs, que l'orgueil seul inspire, Sous le titre imposant de zèle pour l'empire, ( !roiront-ils à leur gré du sein de leur repos Permettre ou retarder la course des héros ? Vainement on m'annonce un avenir funeste ; Tonde sur ces appuis, je crains peu tout le reste. Héritier de leur nom , si j'imite vos rois , •le n'imite que ceux qui vous lirent des lois : Ce n'est que des vainqueurs que je reçois l'exemple ; Et, chargé d'un destin que l'univers contemple, Je u'examiue point ce que doit applaudir Un peuple audacieux, mais fait pour obéir. Tout changement d'ailleurs plaît au peuple volage; C'est sur l'événement qu'il règle son suffrage ; A quelque extrémité qu'on se soit exposé , Qui parvient au succès n'a jamais trop osé.

VORCESTRE.

Puissiez-vous l'ignorer ! mais, j'oserai le dire, La force assure mal le destin d'un empire. Le peuple , aux lois d'un seul asservissaut sa foi , Crut se donner un père en se donnant un roi ;

iK EDOUARD III.

11 n'a point prétendu par d'indignes entraves

Dégrader la nature et fane des esclaves.

On vouschéril ,seigneor, c'est le sceau de vos droits:

Le bonheur des sujets est le titre des rois.

Eh bien ! vous le pouvez , procurez à l'empire Ce repos, ce bonheur où l'Angleterre aspire. Nou moins zélé sujet que sage citoyen , Bannissez la discorde ; il en est an moyen. On demande la paix ; je voulois la victoire ; Mais au bonheur public j'en immole la gloire, Si, changé par vos soins, ce séuat aujourd'hui Se prête à mes désirs , quand je fais tout pour lui : Vous avez son estime , et vous serez son guide. Du trône et de ma maiu que mon coeur seul décide : D'un douteux avenir c'est trop s'inquiéter, L'Ecosse dans les fers n'est plus à redouter. Vous donc qu'à mon bonheur un vrai zèle intéresse, Vous qui avez ma gloire , apprenez ma foihlesse : Quand lesort le plus beau semblecombler mes vœux, Couronné, triomphant, je ne suis point heureux ; Et cherchant les hasards dans ma tristesse extrême , Si je fuis le repos, c'est pour me fuir moi-même.

vo r. c F. s T R E.

Quel bien manque, seigneur...?

Un amour généreux Ne craint point les regards d'un mortel vertueux. Je vous estime assez pour vous ouvrir mon ame ; Recevez le premier le secret de ma flamme : Les grâces, les vertus sont au-dessus du sang . Et marquent la beauté ipie j'élève à mon raug. Pourras-tu sur mon choix me condamner encore Quand tu sauras le nom de celle que j'adore ? Opère trop heureux I... Mais quoi ! vous frémissez! De quel soudain effroi vos sens sont-ils glaces?

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