‹ uvres de GressetChapitre 185 sur 215 · A LA FLECHE · texte numérisé non relu

A LA FLECHE

A peine les vieux coqs éveilloient leurs poulettes, Que le clairon de notre messager

Sonnant par-to-ut le boule-selle,

.le lis l'effort de me lever ( Car au plus mauvais lit le sommeil m'est fidèle ;

Je dormirois sur un clocher ) .le me relevai donc, non sans faire jurer

Mon impatiente séquelle ; Enfin je regagnai ma lente haridelle,

Ma valise , et mon cordelier.

Depuis ce moment tout le voyage fut affreux : nous ne trouvâmes plus que des chemins diaboliques, percés à travers des bois éternels ;

Des ravines abominables , Des coupe-gorges effroyables , Dans de téuebteuses forets , Où cent mille lutins, cent mille farfadets, Chaque 1 1 11 ; t , avec 'ous les diables Tiennent leurs horribles sabbats , Des conciles épouvantables , Auxquels je n'appellerai pas.

Enfin , d'horreurs en horreurs , de monstres eu monstres, nous arrivâmes et nous finies notre entrée dans la ville, bourg, et village de la Flèche, où je pris volontiers congé de ma veuve de Rossinante : que vous dire maintenant de ce pays-ci ?

La Flèche pourroit être aimable , S'il étoit de belles prisons ; Un climat assez agréable , De petits bois assez mignons , Un petit, vin assez potable :

De petits concerts assez boas ,

in VOYAGE A LA FLECHE.

Un petit monde assez, passable.

La Flèche pourrait être aimable, S'il étoit de belles prisons.

Je n'en parle ainsi que d'après des relations qu'on m en a faites. Jusqu'aujourd'hui cependant il me paroît qu'il pleut de l'ennui à verse ; mais je m'enveloppe de mon manteau philosophique, moyennant quoi je compte que ces orages ne me mouilleront pas. Or finissons pourtant ; le postillon va partir.

Le charmant, le divin est-il enfin guéri?

Les grâces , l'enjouement , les plaisirs , la tendresse ,

A sa santé tout s'intéresse ;

Car tout est malade avec lui.

Mille bonjours à tout le monde; des respects à ceux qui ne voudront pas d'amitiés. J'attends une longue réponse: cotisez-vous tretous , et réconfortez un mort au monde qui ne vit plus que daus les lettres de ses amis. Songez que je mourrois réellement et à perpétuité si les considérations que j'ai pour des voisins tels que vous ne m'arrêtoient encore sur la terre. Tirez cet agrément , tout m'est enlevé ; je suis à trente mille lieues de tout l'univers : je finis , attendu que je n'aime point le style d'élé«ie.

A M**. L'ÉVÉQUE DE LUCON.

Vous dont l'esprit héréditair Et par les grâces même orné , Aux talents d'un illustre père

A M. L'EVEQUE DE LUÇON. a:

Joint l'agrément de Sevigné ;

Vous dont le tendre caractère

Sait unir, par d'aimables nœuds,

A l'avantage d'être heureux

Le plaisir délicat d'en faire ;

Mortel plus charmant que les dieux,

D'nne muse ressuscitée, De vos soins généreux , de vous-même enchautee. Et qui n'a point encor paré l'autel des grands ,

Recevez le premier encens.

Protéger Euterpe et Minerve , C'est le Moutier, l'ami du bien commun. Parmi les noms fameux que Clio nous conserve

Ses fastes en comptent pins d'un :

Mais être an bord de l'Hippocrene, Assis entre les rois ymis de Melpomene , Et les tendres auteurs des accents les pins doux,

Horace à la fois et Mécène , Cet accord n'étoit dû qu'aux rives de la Seine ,

Et l'éloge commence à vous.

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