A LA FLECHE
A peine les vieux coqs éveilloient leurs poulettes, Que le clairon de notre messager
Sonnant par-to-ut le boule-selle,
.le lis l'effort de me lever ( Car au plus mauvais lit le sommeil m'est fidèle ;
Je dormirois sur un clocher ) .le me relevai donc, non sans faire jurer
Mon impatiente séquelle ; Enfin je regagnai ma lente haridelle,
Ma valise , et mon cordelier.
Depuis ce moment tout le voyage fut affreux : nous ne trouvâmes plus que des chemins diaboliques, percés à travers des bois éternels ;
Des ravines abominables , Des coupe-gorges effroyables , Dans de téuebteuses forets , Où cent mille lutins, cent mille farfadets, Chaque 1 1 11 ; t , avec 'ous les diables Tiennent leurs horribles sabbats , Des conciles épouvantables , Auxquels je n'appellerai pas.
Enfin , d'horreurs en horreurs , de monstres eu monstres, nous arrivâmes et nous finies notre entrée dans la ville, bourg, et village de la Flèche, où je pris volontiers congé de ma veuve de Rossinante : que vous dire maintenant de ce pays-ci ?
La Flèche pourroit être aimable , S'il étoit de belles prisons ; Un climat assez agréable , De petits bois assez mignons , Un petit, vin assez potable :
De petits concerts assez boas ,
in VOYAGE A LA FLECHE.
Un petit monde assez, passable.
La Flèche pourrait être aimable, S'il étoit de belles prisons.
Je n'en parle ainsi que d'après des relations qu'on m en a faites. Jusqu'aujourd'hui cependant il me paroît qu'il pleut de l'ennui à verse ; mais je m'enveloppe de mon manteau philosophique, moyennant quoi je compte que ces orages ne me mouilleront pas. Or finissons pourtant ; le postillon va partir.
Le charmant, le divin est-il enfin guéri?
Les grâces , l'enjouement , les plaisirs , la tendresse ,
A sa santé tout s'intéresse ;
Car tout est malade avec lui.
Mille bonjours à tout le monde; des respects à ceux qui ne voudront pas d'amitiés. J'attends une longue réponse: cotisez-vous tretous , et réconfortez un mort au monde qui ne vit plus que daus les lettres de ses amis. Songez que je mourrois réellement et à perpétuité si les considérations que j'ai pour des voisins tels que vous ne m'arrêtoient encore sur la terre. Tirez cet agrément , tout m'est enlevé ; je suis à trente mille lieues de tout l'univers : je finis , attendu que je n'aime point le style d'élé«ie.
A M**. L'ÉVÉQUE DE LUCON.
Vous dont l'esprit héréditair Et par les grâces même orné , Aux talents d'un illustre père
A M. L'EVEQUE DE LUÇON. a:
Joint l'agrément de Sevigné ;
Vous dont le tendre caractère
Sait unir, par d'aimables nœuds,
A l'avantage d'être heureux
Le plaisir délicat d'en faire ;
Mortel plus charmant que les dieux,
D'nne muse ressuscitée, De vos soins généreux , de vous-même enchautee. Et qui n'a point encor paré l'autel des grands ,
Recevez le premier encens.
Protéger Euterpe et Minerve , C'est le Moutier, l'ami du bien commun. Parmi les noms fameux que Clio nous conserve
Ses fastes en comptent pins d'un :
Mais être an bord de l'Hippocrene, Assis entre les rois ymis de Melpomene , Et les tendres auteurs des accents les pins doux,
Horace à la fois et Mécène , Cet accord n'étoit dû qu'aux rives de la Seine ,
Et l'éloge commence à vous.