‹ uvres de GressetChapitre 208 sur 215 · LETTRE DE GB ESSE I · texte numérisé non relu

LETTRE DE GB ESSE I

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os, Le 1 - septembre 1774.

\ .1 , s .,\ , • , w |ilus sensible que moi .11, .1 L'impressi a peu correcte «le ma réponse an deruier dis» oins de réception •< 1 académie feançoise . impression donl mon dépari de Paris ne m'avoit point permis de revoir les épreuTes. Vu\ premiers exemplaires qui m'en furent envoyés .1 Conipiegne je me consolai des fautes dont on m'avoil gratine par L'espéra ice que < es fautes seroienl coi 1 ceux qui vondroient bien iue lire ; il ne me resta (jue deux \ 11 itables peines ; la première sur le contre-sens tie l.i page 27, dans ces mot* , comme de toute l'Europe, mon manuscrit portait, connu de toute l'Europe: l.i seconde, pi s grave, l'énorme absurdité de la -. . çiurpissement,

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au lieu de dépérissement. J'anrois déjà pris ma revanche du défectueux exemplaire qui vous a été envoyé, et vous auriez eu bien plutôt ma véritable copie, si au moment même de mon retour ici , il y a trois semaines, je n'avois été attaqué d'une maladie dangereuse, dont je ne suis quitte que depuis peu de jours. Outre les corrections que j'ai crues nécessaires, j'ai augmenté la copie ci-jointe de plusieurs détails , que les bornes du temps prescrit m'avoient fait retrancher 18 jour de la séance publique.

Vous me demandez la petite aventure de cette séance : on vous a écrit, dites-vous, que le style que j'avois employéavoit fait naître quelques murmures dans le cours de ma réponse. Tout ce que je sais, c'est que l'effet du premier moment fut assez singulier : apparemment que les faiseurs et faiseuses d'esprit, qui environnoieut l'académie et surclisr^eoieut l'assemblée , attendoient de moi leur petit jargon, des grandes maximes, de longues belles phrases, vieilles sans doute, mais re'aites à neuf, avec toutes les bombes du ton exalté, ou du moins avec tous les petite bouquets d'artifice , et tous les lampions du style moderne dont ils raffolent.

Sans doute ils furent fort étonnés, et se crurent compromis de ne point s'entendre parler leur langue; il fut assez amusant, même pour moi, de les voir se chercher des veux, s interroger de loin d'un air agité, 'et prendre V ordre dans les regards les uns des autres, pour décider si ce que je disois devoit être trouvé bien ou mal , on yen de chose ou rien. Malgré leur fermentation très sensible , et qui tout en prononçant me faisoit beaucoup plus spectacle que distraction, j'allois tranquillement mon chemin à travers les parfis-bleus; ei soutenu

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par l'attention et l'indulgence des gens raisonnables, qui ne font point desprit, nia's qui en ont de tout l'ait, je forçai les autres au malheur de m'écouter jusqu'à la lin. En deux mots voici l'histoire toute simple de ma réponse. Je ne m'étois point du lout arrangé ni redressé pour une harangue authentique et sèche ; jen'avoispas prétendu assurément parler pour parler, ni ra;eunir des inutilités harmonieuses, ni régenier notre siècle, tomme cela se pratique aujourd'hui tant pour l'instruction pnblique que pour l'ennui général. Vous le savez, monsieur, le rôle du directeur de l'Académie françoite est fort court en pareil cas; et quand il a hounètemeut accueilli le récipiendaire au nom de la compagnie, ce qui demande tout au plus vingt ligl es à qui vent éviter les fadeurs, s'il vent ensuite e\ Lter aussi tout remplissage fastidieux , il lie lui reste, après sa tâche remplie, qu'à se taire subitement et à clorre la séance , à moins que quelque objet intéressant, neuf, propre au temps, propre au lieu, ne l'arrête quelques instants; et ne soit digne de l'Académie et de l'ass'inbhe qui l'écoute. En conséquence de ce principe , élant persuadé que la place que j'avois l'honneur d'occuper dans le sanctuaire de la Lingue françoise me donnoit quelque droit de réclamer contre un ridicule néologisme de nos juins, et contre de modernes abus qui tendent à altérer la langue, abus trop peu relevés jusqu'à ce moment , je crus devoir les dénoncer au jugement public, non du tondes harangues, qui u'alloit point du tout là, mais du tou simple de la conversation des honnêtes gens, et des gens de goût. N'ayant point d'autre objet que d'offrir des réflexions justes sur un fond vrai, je n'a\ois certainement pas eu la moindre prétentioned'y faire trouver le mot pour

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rire; cependant les conuoisseurs à gauche ont crié par-tout que j'avois eu ce projet ,4qu'il étoit fort indécent d'avoir déridé quelquefois l'assistance, et qu'enfin ce n'étoit point là le ton d'un discours académique. A la bonne heure; mais, i"je n'avois jamais eu l'idée de faire ce qu'ils appellent un discours, entendu à leur façon et portant leur uniforme ; 2° quant au genre académique , si dans une assemblée publique de l'Académie françoise parler pour la défense de la langue de la nation n'est point remplir une fonction bien littéralement académique, les raisonneurs ont raison- enlin , pour leur donner tout gain de cause sur le ton naturel et simple que j'ai ridiculement préféré, si la forme sententieuse de ces discours qui glacent, .si l'empbase capable, qui empâte d'un égal ennui Le riche parleur et le pauvre auditoire, si l'importance qui endort, sont réellement bonnes à quelque chose pour l'esprit, l'amusement, et la santé des bonnes gens qui écoutent, je passe toute condamnation. Au reste il n'est pas fort étonnant qu'un triste provincial, un sauvage de Picardie, enseveli depuis près de quinze années dans ses bois, n'en sache pas davantage sur Paris et sur la couleur actuelle du temps : il ne falloit pas le tirer de ses choux si l'on ne vouloit pas lui laisser son franc-parler. Quoi qu'il en soit il faut savoir se résigner au sort commun : on se tromperoit beaucoup en attachant quelque importance et en croyant quelque durée à ces feuilles fugitives, pesantes ou légères, si prônées d'avance , si fêtées en naissant par les parents de l'ouvrage, et immortelles pour nn moment.

Eh! qu'importe qu'on daigne lire Ou qu'on laisse là de côté

af>.

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Cet écrit brut, nort brillante ,

Où ,pour tout mérite, respire

Cette agreste nmveié

D'an lu in li ermite en liberté ,

Dans la franchise qu'il inspire

N'estimant que la vérité,

Et ne parlant que pour la dire?

Quand toul est rempli, tourmenté

De riucural.lt ardeur d'écrire,

De l'épidémique délire

D'une mince célébrité :

Dans cette belle quantité

D'essais, de prospectus, d'épreuves.

De rêves de toute beauté,

D'esprit à tonte extrémité,

Et de nouveautés presque neuves;

Dans ces jours de création,

Ou tant d'incroyables broebures

Offrent des plans de tout jargon,

Des projets de toutes figures;

Et l'ennui par souscription; Dans ce bruyant ton eut qui ronle , Qu'importe que Le tourbillon Enveloppe, entraine un chiffon De plus ou (!<■ moins dans la foule?

D'ail buis pardon, si du moment Ni ;ligeant assez librement Et le costume et la nuance , Au lieu d'écrire sombrement Du ton doctoral et charmant De la moderne suffisance, .l'ai fait parler tout bonnement.

Ensemble et sans air d'importance La raison et l'amusement.

Je sais que l'actuel usage * N'est pas dépenser bien gaiement ,

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