‹ uvres de GressetChapitre 52 sur 215 · ACTE V, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE III

Vous dérobez Vorcestre au coup qui le menace; C'est moi qui dans ce jour tous demande sa grâce.

EUGÉNIE

C'en est donc fait, seigneur, on versera son sang : Vous savez quel devoir m'éloigne de ce rang.

EDO UARD.

Oui , je sais mon malheur; ce jour épouvantable, Quand j 'en doutois encore , et m'éclaire et m'accable : Cessez de m'opposer des détours superflus. Cruelle ! je vois trop d'où partent vos refus ; ATous ne pouvez m'aimer , mes vœux font votre peine ; Sous le nom du devoir vous déguisez la haine : Vous le voulez , madame , il faut y consentir ; De mon cœur déchiré cet amour va sortir : C'en est fait: mais songez qu'après cette victoire, Si je puis l'obtenir, je suis tout à ma gloire ; Qu'à ma «loire rendu , n'agissant plus qu'en roi , Un pardon dangereux ne dépend plus de moi : La j ustice a parlé , j e lui dois sa victime.. . Vous voyez la fureur et l'amour qui m'anime : Madame, prononcez... c'est le dernier moment; Le maître va parler si l'on brave l'amant.

EUGEÎ I E.

Où me réduisez-vous, seigneur? jugez vous-même A quel horrible état, à quel tourment extrême Me condamne aujourd'hui cet amour malheureux, Pour qui le ciel n a fait qu'un destin rigoureux .' Tel est mon sort cruel : j e veux sauver mon père ; Mais , soit qu'à vos desseins j e ne sois plus contraire , Soit que je m'y refuse en ce dernier moment, Ce père infortuné périt également ; Le supplice l'attend si je vous suis rebelle ; Il meurt de sa douleur si je trahis son zèle.

E DOUAR D

C'est trop prier en vain, et c'est trop ni avilir:

Perdous îles furieux, puisqu'ils veulent périr. ( il veut sortir. )

EDGÉVIK.

Ah ! seigneur, arrêtez... et qu'enfin ma tendresse...

( à part. ) Que \ ;i is -je (I ii c!... Hr las!... Surmontons ma foiblesse. Puisqu'il est vrai, si igneur, qu'un aveugle courroux Esl l<- Miil sentimenl qui vous reste pour nous, Accoi dez-moi ilu moins une grâce dernière: Qu'on ne me ferme plus la prison île mon père, Qne l'embrassant en cor, qu'expirant dans ses bras, Je m'atrai i.e à l'horreur d'apprendre son trépas.

L'inflexible rigueur de cette ame hautaine Ne feroit ponr mes feux qu'affi rmii rotre iiaine ; Sans ses tristes conseils, >ans son farouche esprit , Pour me haïr toujours votre cœur vous suffit... Je m- me connois pins daus ce cruel outrage... Vos malheurs et les miens vont être votre ouvrage.

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