‹ Œuvres de Guillaume de MachautChapitre 100 sur 116 · CONTRE LE · texte numérisé non relu

CONTRE LE

Au départir dou bel esté

Qui a gais et jolis esté,

De fleurs, de fueilles faillolez, 4 Et d^arbrissiaus emmaillolcz,

Arrousez de douce rouséc,

Séchiez par chaleur ordenée

Que le soleil li amenistre, 8 Et qu'oisillons ont leur chapitre

Tenu de sons et de hoquès,

Par plains, par aunois, pat bosquès,

Pour li servir et honnourer,

I. MBE Ci commence le }ugement du roy de nauarre; F du bon roy de B. ; D tCa pas de titre, ce Dit y étant considéré comme la continuation immédiate du Dit précédent.

I £: Ou — 3 Z) flour ; DE fculles fcullolcs — 7 1) leur — 8 i) tiennent ch.; B chapistre — 9 D T. desouz — 10 i? annoys et par bocques.

l38 LE JUGEMENT DOU ROY DE NAVARRE .

1 2 Que tout ce couvient demourer Pour le temps qui, de sa nature, Mue sa chaleur en froidure, Un po après le temps d'autonne

i6 Que chascuns vandange et entonne Qui a vingnes a vandangier, Et qu'on a a petit dangier Pesches, moust, poires et roisins,

20 Dont on présente a ses voisins, Que lî blez en la terre germe Et que la fueille chiet dou cherme.

Par nature, ou dou vent qui vente,

24 L'an mil trois cens nuef et quarante, Le novisme jour de novembrél M'en aloie par mi ma chambre. Et se li airs fust clers et purs,

28 Je fusse ailleurs ; mais si obscurs Estoit, que montaingnes et plains Estoient de bruines pleins.

Pour ce me tenoie a couvert ;

32 Car ce qu'estre soloit tout vert Estoit mué en autre teint, Car bise Tavoit tout desteint Qui mainte fleur a decopée

36 Par la froidure de s'espée.

Si que la merencolioie Tous seuls en ma chambre et pensoie Comment par conseil de taverne 40 Li mondes par tout se gouverne ;

12 1) se — 18 F dongier — 19 E moult; D pesches et raisins

— 21 1) Que Me; FB bief— 22 B chierme ; D chiesne ; ^ chenne — 23 D out — 25 Mss. Le .ix*. j. — 26 E alay — 27 D fu — 32 D Que ce quaisire — 33 D Estro — 35 D deserpee

— 38 JS ceulz ; et manque dans /) — 39 /> Comme*

LE JUGEMENT DOU ROY DE NAVARRE I Sg

Comment justice et vérité

Sont mortes par l'iniquité

D'avarice qui en maint règne 44 Com dame souvereinne règne,

Com maistresse, comme royne, —

Qu'avarice engendre haine,

Et largesse donne et rent gloire, 48 Vraiement, c'est parole voire,

Qu'on le scet et voit clerement

Par vray et juste experiment, —

Comment nuls ne fait son devoir, 52 Comment chascuns quieri décevoir

Son proîsme ; car je ne voy père,

Fil, ne fille, ne suer, ne frère,

Mère, marrastre, ne cousine, 56 Tante, oncle, voisin, ne voisine,

Mari, mouillier, amy, n'amie

Que li uns l'autre ne cunchie ;

Et s'un en y a qui s'en garde, 60 Chascuns de travers le regarde,

Et dit on qu'il est ypocrites.

Et fust sains Jehans li Ermites ;

Com li signeur leur subgiez pillent, 64 Roubent, raembent et essillent

Et mettent a destruction

Sans pitié ne compation,

Si que grans meschiés, ce me samble, 68 Est de vice et pooir ensamble.

Et on le voit assez de fait,

Ne riens tant cuer félon ne fait

41 D Comme — 43 ^ aduarice ; M main ~ 44 ME Comme; D royne — 45 et ^6 intervertis dans BDE — 45 E Comme; D et com — 48 FM Voirement — 49 -E Quen li scet — 5o DE vraie — 5i ef Si D Comme — 53 ^ peire — 64 ne {devant suer) manque dans M — 63 E subget — 64 F raembrent ; M raiembrent ; D rnongncnt — 67 F se — 68 D de vies.

Corn grant pooir qui mal en use.

72 Or voy que chascuns eri abuse,

Car je ne voy homme puissant

Qui n'ait puis dis, puis vint, puis cent

Tours, manières, engiens ou ars 76 Pour pillier hardis et couars.

Car convoitise les atrape,

Si que nuls de leurs mains n*eschape,

S'il n'est dont tels qu'il n'ait que perdre.

80 A tels ne s'ont cure d'aërdre :

Car qui riens n'a, riens ne li chiet ;

De tels gens riens ne leur eschiet.

Mais couvoiteus ont tel défaut 84 Que quant plus ont, plus leur deffaut,

Et quant plus sont puissamment riche,

Tant sont il plus aver et chiche ;

Qu'avarice ardant qui d'euls vist, 88 Com plus vivent, plus rajonnist.

Et de ce la vient la tempeste

Qui destruit le monde et tempeste,

Les merveilles et les fortunes 92 Qui au jour d'ui sont si communes

Qu'on n'oit de nulle part nouvelle

Qui soit aggreable ne belle ;

Car il a plus grant différence 96 Dou temps que je vi en m'enfance

A cestui qui trop est divers,

Qu'il n'ait des estez aus y vers.

Mais la chose qui plus m'est grieve

75 E maniers — 76 DPoures pillars hardis couars — 79 D Si; D qui «^ 84 D et plus leur fault — 85 D quant il sont; A puissant et r« — 86 D Tant plus sont il — 87 FAf nist;Z) vit — 88 E plus muet plus remuist — 90 manque dans DE ; dans E au bas de la colonne : Qui maint lieux deront et degueste — 93 D Com voit; MD nouuelles — 94 D et belle — 98 DE nest; B na ; FM as — - 99 ^ plus me grieue ; E qui pou mest griefiie.

100 A souffrir, et qui plus me grieve,

C'est rendre a Dieu po révérence,

Et ce qu'en riens n'a ordenance,

Et qu'au jour d'ui chascuns se père 104 De ce qu'on claimme vitupère.

Pour c'en moy, plus que dire n'ose,

Estoit .merencolie enclose.

Car qui le scetist a demi, 108 Assez meins en tenist de mi.

Et pour ce que merencolie

Esteint toute pensée lie,

Et aussi que je bien vëoie 1 1 2 Que mettre conseil n'i pooie,

Et que, s'on sceust mon muser,

On ne s'en feîst que ruser,

Laissay le merencolier 116 Et pris ailleurs a colier,

En pensant que s'a Dieu plaisoit

Qui pour le milleur le faisoit.

Si cheî en autre pensée, 1 20 Pour ce que folie esprouvée

Est en tout homme qui se duet

De chose qu'amender ne puet ;

Et me pensai que, se li temps 1 24 Estoit encor pires dis tans,

Voire cent fois, voire cent mil,

N'i a il conseil si soutil

Comme de tout laissier ester, 1 28 Puis qu'on ne le puet contrester.

Et de faire sêlonc le sage

100 A mest gricue — 102 D ordrenance — io3 D Car au jour — io5 ME plus dire — 109 que manque dans £ — ii3 E moy muser — 114 D se -— 124 AB encore; E encores ; D pires encores; A .x. temps — 126 il manque dans D ^ 127 E du tout.

Qui dit et demoustre en sa page

Que, quant il a tout conceii, i32 Tout ymagîné, tout veti,

Esprouvé, serchié, viseté

Le monde, c'est tout vanité,

Et qu'il n'i a autre salaire 1 36 Fors d'estre liez et de bien faire.

Et tout einsi com je cuidoie

Laissier le penser ou j'estoie,

Il me sourvint une pensée 140 Plus diverse, plus effreée,

Plus enuieuse la moitié,

Et de plus grant merencolie.

Ce fu des orribles merveilles, 144. Seur toutes autres despareilles,

Dont homme puet avoir mémoire.

Car je ne truis pas en histoire

Lisant nulles si mervilleuses, 148 Si dures, ne si périlleuses

De quatre pars, non de dis tans.

Comme elles ont esté de mon temps.

Car ce fu chose assez commune 1 52 Qu'on vit le soleil et la lune,

Les estoiles, le ciel, la terre.

En signefiance de guerre,

De doleurs et de pestilences, 1 56 Faire signes et demoustrances .

Car chascuns pot vëoir a l'ueil

i3i Z> Que tant que il a couceu — i33 D et tout — 184 D m. est toute V. — 140 A et plus; M effraee — 143 £ Se; Z) Et — 145 D puist — 146 E ne le tr. ; D listoire — 147 FM Lisans ; BD nulle si merueilleuse — 148 MDE dure ; D perileuse — 149 D ou de ; AF temps — i5o DE elle; 5' elles furent — i5i /T se — 1 56 £ F. figures— 157 BD puct.

LE JUGEMENT DOU ROY b£ NAVARRE I43

De lune esclipce et de soleil,

Plus grant et plus obscur assez 160 Qu'esté n'avoit mains ans passez,

Et perdre en signe de douleur

Longuement clarté et couleur.

Aussi fu Testoile coumée, 164 En semblance de feu couée,

Qui de feu et d'occision

Faisoit prenostication.

Li ciel qui de leur haut vëoient 168 Les meschiés qu'a venir estoient

. Au monde, en pluseurs lieus plourerent

De pitié sanc et dégoûtèrent,

Si que de leur mervilleus plour

172 La terre trembla de paour,

Ce dient pluseurs qui ce virent,

Dont villes et citez fondirent

En Alemaingne, en Quarenteinne, 176 Assez plus d'une quaranteinne, '

Dont je n'en say mie la somme ;

Mais on le scet moult bien a Romme,

Car il y a une abele 1 80 De Saint Pol qui en fu perie.

Mais li sires qui tout a fait Par expérience de fait, Com sires souvereins et dignes 1 84 Seur tous, de ces mervilleus signes Nous moustra la signefiance, Et nous en mist hors de doubtance Si a point et si proprement

i58 et manque dans D; F dou — iSq /> obscure — 160 B* moins — i63 F tournée; BDE journée — 164 i) tournée — 167 qui effacé dans B' — 168 -4 Li — 169 D.et pi. ; /> ploroient —

173 E dirent— 175 D quarantomme — 177 Z) ne aces — 184 BD ses.

188 Que chascuns le vit cîerement.

Car les batailles et les guerres

Furent si grans par toutes terres,

Qu'on ne savoit en tout le monde, 192 Tant comme il tient a la rëonde,

Pais, règne, ne région,

Qu'il n'i eùst discention ; Q)ont cinc cent mil hommes et femmes 196 Perdirent les corps et les ames^

Se cils qui a tous biens s'acorde

Ne les prent a miséricorde ;

Et maint pais destruit en furent, 200 Dont encor les traces en durent ;

Et des prises et des outrages

Et des occasions sauvages

De barons et de chevaliers, 204 De clers, de bourgois, d'escuiers,

Et de la povre gent menue

Qui morte y fu et confondue,

De rois, de duz, de bers, de contes 208 Seroit Ions a dire li contes.

Car tant en y ot de perdus

Qu'on en estoit tous esperdus,

L'un par feu, l'autre par bataille.

212 Après ce, vint une merdaille

Fausse, traître et renoie :

Ce fu Judée la honnie,

La mauvaise, la desloyal, 216 Qui bien het et aimme tout mal,

Qui tant donna d'or et d'argent

190 Z> F. plus par — 191 D par tout — 192 BE ronde — 194 F Qui — 195 D mille; E milles — 196 M le cors — 197 D tout bien — 198 F print; MBDE prist — aoo D les ir. encore durent — 207 £ pers — 308 D Seront; A a faire — 309 AM desperdus; F ost — 210 E Con on c. tout esp. — 2i3 FMB traite — 214 B* fu la honnie judce ; Z) li h. *- 2i5 i? et la — 216 ii het bien.

LE JUGEMENT DOU ROY DE NAVARRE IJ^b

Et promist a crestienne gent,

Que puîs, rivières et fonteinnes •220 Qui estoient cleres et seinnes

En pluseurs lieus empoisonnèrent,

Dont pluseurs leurs vies fînerent ;

Car trestuit cil qui en usoient 224 Assez soudeinnement moroient.

Dont, certes, par dis fois cent mille

En morurent, qu'a champ, qu'a ville,

Einsois que fust aperceùe 228 Geste mortel descouvenue.

Mais cils qui haut siet et loing voit,

Qui tout gouverne et tout pourvoit.

Geste traïson plus celer 232 Ne volt, eins la fist révéler

Et si generaument savoir

Qu'il perdirent corps et avoir.

Gar tuit Juïf furent destruit, 236 Li uns pendus, li autres cuit,

L'autre noie, l'autre ot copéc

La teste de hache ou d'espée.

Et meini crcsticn ensement 240 En morurent honteusement.

En ce temps vint une maisnie De par leur dame Ypocrisie Qui de courgies se batoient 244 Et adens se crucefioient,

En chantant de la lopinelle

Ne say quelle chanson nouvelle,

222 M lors : F leur vie; K vie — 22 3 AI trestous cilz; D trestuit ceulz — 228 FCest; D dcscongneuc — 229 D Maiz cil qui loing siet et bas voit; A long — 232 D Ne se voult ains fist r. — 236 X Liun pendu li autre c; E tuit — 237 ot manque dans D — 243 B'DE descourgies — 244 D as dens.

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