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du XVP siècle et que l’on voit au premier plan de la droite du tableau. Goltzius, déjà célèbre, et par conséquent assez libre, a pu omettre ces détails. Le paysage qu’on voit par la fenêtre ouverte est très différent dans la gravure de celui du tableau. De part et d’autre, l’épisode représenté dans la campagne est bien Y Entrée du Christ à Jérusalem , mais l’estampe lui donne une importance plus grande. Il est vrai qu’à l’échelle de l’estampe il eût été impossible de rendre le fond du tableau, les figures étant à peine perceptibles déjà dans la peinture. Autre particularité à noter : le serviteur à grande barbe que l’on voit arriver par la gauche du fond, dans la peinture, n’a plus de barbe du tout dans l’estampe. Plus d’une fois, en regardant le tableau, je m’étais imaginé que fauteur avait voulu se peindre sous les traits de ce serviteur du Christ et des apôtres; de tels exemples sont fréquents. Il serait difficile de dire s’il s’agit de P. Coeck ou de Lambert Lombard.
Je ne connais pas le tableau identique à celui du Musée de Bruxelles qui, d’après une note du catalogue, fut vendu à Cologne, en 1862, à la vente Weyer. 11 serait intéressant de savoir si ce tableau est en tout point conforme à l’estampe de Goltzius. J’ajouterai pourtant, à l’appui de l’attribution de l’œuvre à Pierre Coeck, ce renseignement fourni par la très remarquable histoire de l’école d’Anvers, actuellement publiée par M. F. -J. Vanden Branden, qu’il existait à Anvers, en 1544, chez le peintre Pierre Lizaert, trois tableaux de Pierre Coeck : « une petite Cène, un Saint Jérôme et une Vierge ». L’indication de petite donnée à cette Cène, augmente encore la vraisemblance de l’hypothèse de Rechberger justifiée par la note de l’estampe de M. Dutuit.
Toutes ces circonstances permettent d’attribuer à Pierre Coeck le tableau de Bruxelles; mais je doute que cette découverte soit très productive d’autres déterminations.
Le tableau n’offre rien de bien caractéristique et se range par le style, le tvpe et le coloris, parmi les œuvres néo-italiennes que notre pays vit éclore en si grand nombre sous l’influence de Lambert Lombard et se multiplier dans les ateliers des Floris et des Coxie, pour ne finir, en somme, qu’à l’apparition de Rubens.
Un artiste anversois ignoré.
MELCHISÉDECH VAN HOOREN (1552-1570).
Lecture faite par le président de l’Académie royale d’Archéologie en 1898.
(Extrait du Bulletin de la Société d’Archéologie d’Anvers.)
Non moins ignoré, probablement, du lecteur que de nous-même, il y a peu d’années encore, à 11e vouloir mesurer son importance qu’aux sommaires indications de rares écrivains, à peine Melchisédech Van Hooren méritat-il mieux que l’oubli.
Topographe plutôt que vraiment artiste, c’est comme illustrateur de livres de voyage, telle notamment la Cosmographie de Munster, qu’il donnerait la mesure de ses moyens. Nos recherches 11e confirment pas cette assertion de M. Kramm (').
Au surplus, l’inexactitude flagrante de la tonne Van Ooren, adoptée par Florent Le Comte, lequel ne trouve à mentionner, relativement au personnage, que ce simple fait qu’il est l’auteur d’une « vue de ville en rond », chose
(’) De Icvens en wcrkcn dcr Holiandsche en Vlaamsche Kunstsc/ulders, Graveurs, Bceldhouwers en Bouwmeestcrs. Amsterdam, 1859, t. III.
d’ailleurs exacte, rendrait moins applicable encore à l’artiste un monogramme que Nagler s’abstient de reproduire après l’avoir signalé, et qui certainement se rapporte à un graveur sur bois d’origine allemande.
En fait, Van Hooren — telle est bien l’orthographe constante de son nom — est un maître déconcertant. Rapprochée du silence que gardent à son sujet les iconographes les mieux renseignés, la physionomie de ses œuvres éveille le soupçon presque autant que la surprise.
A quelle cause attribuer l’éclipse, pour ainsi dire totale, de productions de l’intérêt des siennes, destinées certainement à une large diffusion, si ce n’est à cette circonstance même que les estampes le plus libéralement répandues à l’origine sont précisément celles dont se désintéresse le plus rapidement la foule. C’est essentiellement le cas des images populaires, et, jusqu’à un certain point, les productions de Van Hooren entrent dans cette catégorie.
Ce qni tout d’abord met en défiance vis-à-vis du maître, est l’extraordinaire désaccord de physionomie de ses planches avec les travaux similaires de ses contemporains. Le souci des graveurs flamands du XVIe siècle est la régularité du travail bien au delà de la préoccupation du pittoresque. Chez Van Hooren, au contraire, il semble que cette dernière l’emporte sur l’autre.
Ce qui ne veut pas dire qu’il soit fantaisiste. Si son œuvre révèle un peintre plutôt qu’un graveur exclusif, — et peintre il l’était en réalité, — l’exactitude du détail exigée par le choix de ses sujets n’y fait pas défaut. Ses vues de villes et ses représentations de monuments, correctes à tous égards, ne trouvent à se comparer, dans une certaine mesure, qu’aux planches de Du Cerceau, où une large part est faite à l’architecture, sans nuire pourtant au caractère pittoresque. Le privilège de pouvoir mettre sous les yeux du lecteur presque l’ensemble des
travaux de l’artiste nous dispense d’insister longuement sur sa technique.
Comme nous, on sera frappé de la conscience avec laquelle procède le maître, et dont il semble tirer quelque vanité, à en juger par le soin qu’il apporte à enrichir ses vues d’annotations destinées à servir de moyen de repère à qui les utilise.
Entre les nombreux panoramas d’Anvers au XVIe siècle, il n’en est guère de mieux faits pour nous renseigner sur l’aspect de la ville et de ses'abords, précisément au moment où Guichardin se préparait à faire paraître sa fameuse description des Pays-Bas.
Que Van Hooren n’ait point concouru à l’illustration de ce livre est déjà surprenant : ce qui l’est davantage, est d’v chercher en vain son nom entre ceux des artistes de l’époque mentionnés par le gentilhomme florentin. Mécompte de plus, l’absence de ce même nom parmi ceux des affiliés à la Gilde anversoise de Saint-Luc, où Van Hooren ne fait inscrire aucun élève.
Pourtant il est Anversois. Si les archives, interrogées à son sujet par notre obligeant et érudit confrère M. Fernand Donnet, sont restées muettes, une autre source nous renseigne. Chargé en 1567 par la municipalité d’Utrecht d’exécuter pour elle une représentation de la ville archiépiscopale, Melchisédech est formellement désigné comme natif d’Anvers, bourgeois de cette ville, « peintre et graveur de son métier » (').
Ces renseignements précis sont, par malheur, les seuls que l’on recueille sur le personnage, en dehors des informations qu’il est possible de tirer de ses œuvres.
Le nom de Van Hooren se rencontre assez couramment à Anvers, et peut-être bien Abraham Van Hooren, men-
(') Dodt van FeensburG, Archicf voor kerkelijke en wereldsche geschiedcnissen,
t. III.
tionné dans les inscriptions funéraires comme inhumé à Sainte- Walburge en 1625, était-il apparenté à Melchisedech, à cause de la similitude des prénoms tirés de l’Ancien Testament.
De peintures de Van Hooren, on n’en désigne aucune. Ses estampes, au nombre de sept, à la réserve d’une seule, sont exclusivement des vues d’Anvers et, sauf deux, dont jusqu’ici nous connaissons une seconde épreuve, n’existent qu’à l’état de spécimen unique.
Le capitaine Dejardin, au cours des longues recherches nécessitées par la composition de son livre sur les plans et vues d’Anvers, n’est arrivé à connaître de notre artiste, et tardivement encore, que la seule estampe de la collection Bobel Nyenhuis, de Leyde, appartenant aujourd’hui à l’Université de cette ville, pièce où figurent, sur une même feuille, les panoramas d’Anvers et d’Utrecht. Disons, sans plus attendre, que cette dernière production ne peut pas être confondue avec le travail issu de la commande dont il est fait mention plus haut.
Le rapprochement des dates recueillies sur les estampes de Van Hooren nous donne une période d’environ vingt années. Le triple panorama d’Anvers, dont la reproduction accompagne notre article, date de 1557, mais il y est fait mention d’un privilège impérial obtenu par l’artiste dès l’année 1552.
Nous avons vainement cherché cet octroi parmi les documents de l'espèce réunis aux Archives générales du Royaume.
La vue d’Anvers prise de la rive gauche, pièce ronde à laquelle sans doute fait allusion Florent Le Comte, appartenant à la riche collection de notre confrère M. Paul Cogels, à Anvers, que nous remercions vivement de nous avoir autorisé à la reproduire, porte la date de 1562. Viennent alors, sous l’année 1565, les vues de l’Hôtel de ville d’Anvers et de celui de Bruxelles, la première
appartenant an Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale à Paris, la seconde au Cabinet de la Bibliothèque royale de Belgique. Nous reproduisons cette dernière.
Les trois autres pièces connues de Melchisédech Van Hooren, deux vues panoramiques d’Anvers, appartenant au Musée germanique de Nuremberg (l), enfin les panoramas conjoints d’Anvers et d’Utrecht, mentionnés plus haut comme appartenant à la Bibliothèque de l’Université de Levde, sont tous dépourvus de date.
La présence, sur la dernière de ces estampes, de la citadelle d’Anvers la désigne naturellement comme avant vu le jour aux environs de 1570. M. Dejardin la donne comme exécutée vers 1574 (2).
La technique, autant que certains détails, rangent comme premières en date parmi les œuvres de Van Hooren, les vues appartenant au Musée germanique de Nuremberg.
Le coloriage des originaux a considérablement nui à leur reproduction, d’ailleurs faite avec soin par M. Nister. La reprise du trait lui enlève de son expression.
Peut-être les deux estampes n’en faisaient-elles originairement qu’une seule, ce qui expliquerait le grand cartel aux armoiries impériales et l’indication du privilège de six ans sur la vue prise de l’Est. Simple hypothèse d’ailleurs, attendu que la signature van Hooren figure au bas de de l’une comme de l’autre. Très explicite, il a soin de nous donner à connaître que lui-même a dessiné sur le vif, gravé et édité cette vue (uitghegheven selft, gheteekent, ghesueden en ghecontrefeyt na d/eve) .
(‘) Nous tenons à remercier M. le directeur Hans Bosch de la grande obligeance qu’il a mise à faire exécuter à notre demande la reproduction de ces curieuses estampes en vue du présent travail.
(2) C’est à l’obligeance de M. Ch. Dazy, archiviste à Leyde, que nous devons de pouvoir donner la description détaillée de cette vue.
Dans un espace de 420 millimètres sur 140, le graveur introduit une infinité de choses. Les chemins de la Tête de Flandre, parcourus par des gens à pied et à cheval; la rue du village avec ses passants affairés ; les prairies où paît un nombreux bétail; la rade sillonnée de bâtiments de toute forme, de toute grandeur : caravelles, barques ou galères, dont plusieurs accostent les quais où stationnent des chariots et des personnages que l’éloignement réduits à presque rien, tout cela est d’une animation qu’à première vue semble ne pas devoir comporter le sujet.
Dans le ciel, une banderole avec les mots : Dit is die triumpheiijke vermaerde koopstadt van Antwerpen (').
La pucelle d’Anvers, tenant l’écu aux armes de la ville, Mercure, la Fortune, les armoiries du Brabant et du Marquisat d’Anvers, enfin, tout à gauche, Neptune, monté sur un dauphin, à la droite l’Escaut, peuplent également la nue. Une banderole, sous la dernière de ces figures allégoriques, porte les mots : Omnium generum Bonorum abuector Schalbis (sic).
Au-dessus des principaux monuments, de petits cartels, d’une forme ‘adaptée à chacun d’eux, permettent de les retrouver sans peine.
Ainsi, au-dessus de la Boucherie, l’artiste place une vache et un veau; au-dessus de la tour de Saint-Jacques, une coquille et deux bourdons croisés; au-dessus de Saint- André, les massues en croix; de Saint-Georges, le bouclier et la lance, etc.
On constatera que la tour de Saint- André dépasse de peu le niveau des toits environnants. Nous la retrouverons, à mi-hauteur, dans la vue de 1557 et déjà surmontée d’un épi piriforme, enfin complète dans celle de 1562 (2). De
(’) Ceci est la triomphante, célèbre ville commerciale d’Anvers.
(2) Ce clocher ne fut effectivement terminé qu’en 1559. (P- Visschers, Oude en nieuwc bijzonderheden over Sint-Andrieskerk te Antwerpen, 1846.)
même, l’ancien Hôtel de ville se dessine nettement au pied de la tour de Notre-Dame, pour disparaître dans la vue de 1562.
Terminons par ce détail qu’à proximité de la maison, bornant à gauche Tunique rue du hameau de Sainte-Anne, on lit, sur la dépouille d’un bœuf, tendue entre deux arbres : Desen wech is wel bekent die lieden van Brng, Ypere en Ghent (r); à droite, sur un cartel : Hier mach men Antwerpen plaisant aenschonven , ghelegen aent Scheld met die Vlaemsche Landowe (2). Ces inscriptions seront presque intégralement reprises par l’artiste pour ses vues subséquentes.
Le second ensemble panoramique, moins important, offre l’intérêt de nous montrer la ville sous un aspect moins connu, c’est-à-dire dans la direction de la porte Saint-Georges ou impériale, avec une partie des campagnes avoisinantes. A peine, de la crête des remparts, vovonsnous émerger les tours et particulièrement la Tour bleue, dessinée avec une grande précision. La contrée avec ses pâtures et ses moulins, dont le dernier ne disparut que de notre temps, ses chariots, ses maraîchers, ses' gens en train de se divertir ou de s’exercer à diverses armes, est tout à fait charmante. Les Anversois d’alors aimaient positivement à s’ébattre, chose que déjà nous savions par Guichardin, lequel écrit : « On y voit à toute heure nopees et festins, danses et passetemps. . . ».
Longue de 420 millimètres et haute de 127, cette vue, comme la précédente, est accompagnée de légendes explicatives.
Dans le ciel, où apparaissent à gauche l’Escaut, au milieu Mercure et à droite la Fortune, on lit, cette fois,
(■) Ce chemin est bien connu des gens de Bruges, Ypres et Gand.
(2) D’ici l’on peut considérer agréablement Anvers, sise sur l’Escaut et la contrée flamande qui l’environne.
sur une banderole : Dit is de stcrcke vermaerde koopstadt van Antwerpen (1), et, tout en bas, dans un cartel décoré de l’aigle impériale et des colonnes d’Hercule, l’inscription :
Hier mach een yeghelyck aenschowen
Die schoone wonderlycke stercke edele en triumphelijke
Vermaerde Coopstadt van Antwerpen
Met haar nien poortë e blockhuisë Muer en wallen en
[ grachten .
Ghe conterfeyt nadleuen denr Melchisedech van Hooren Met gracie en privilégié D (es) K (eisers) M. (ajesteit) ses
[ Jaren lanc (2).
Dans la triple perspective d’Anvers datée de 1557 (3), nous retrouvons les deux aspects précédents, plus un autre pris du côté nord.
C’est, jusqu’ici, la plus développée des estampes connues de Van Hooren.
Elle mesure en largeur 465 millimètres, en hauteur 347 millimètres, y compris le cadre ornemental, dans lequel sont insérés les trois panoramas.
Le motif de cette décoration se découpe sur un fond de tailles en diagonale où, à la partie supérieure, apparaissent deux génies porteurs de palmes et de couronnes. Librement traitée dans certains de ses détails, cette bordure n’est pas nécessairement tout entière de la main de Van Hooren. Jérôme Cock, le génial éditeur, dont le nom ligure au bas de l’épreuve, disposait de graveurs adroits en ce genre de travaux, et bien des parties sont ici traitées
(’) Ceci est la forte et fameuse ville commerciale d’Anvers.
(2) Ici un chacun peut considérer la ville, prodigieuse, forte, noble, triomphante et fameuse ville commerciale d’Anvers, avec ses nouvelles portes, ses forts, ses murs, ses remparts et fossés. Reproduite d’après nature par Melchisèdech van Hooren. Avec mercèdes et privilège de l’Impériale Majesté pour une durée de six ans.
(3) Cette pièce appartient à la Bibliothèque royale.
d’un burin énergique, faisant songer à un graveur professionnel. D’autres, en revanche, et spécialement les bannières aux armes de Philippe II et de Marie Tudor, sa femme, sont (racées de la main la plus souple. A la partie supérieure, dans une élégante lunette de style renaissance, apparaît l’écu aux armes de l’Empire et plus bas le millésime 1557. A droite et à gauche, des médaillons aux armes de Brabant et au Marquisat d’Anvers; enfin, à la partie inférieure, entourée de roses, l’armoirie municipale.
Van Hooren avait, dès l’année 1552, obtenu le privilège impérial de six ans; il ne se hâta pas toutefois de faire paraître sa planche et l'on s’étonne de le voir recourir à cet effet à Cock, alors que pour d’autres estampes il est son propre éditeur.
Aussi bien, ne nous étonnerions-nous pas d’apprendre qu’il existe des épreuves avant l’adresse de Cock. Celle que nous reproduisons est la seule connue jusqu’à ce jour.
L’inscription : Hier mach een yghelych aenschouwen, etc., est presque identique à celle de la planche précédente. L’auteur comptait évidemment pour son travail sur un très grand débit, car aux inscriptions en flamand et en latin il ajoute des textes en français, en espagnol et en anglais. L’inscription française est ainsi conçue :
Ici poulies voir la vraye prospective de la très fameuse ville Danwers, pourtrayte par trois diuers costez au vif. Dont la supei ieure ce montre triumphament comme quant on vient de Bruxelles et Matines ('), celle du milieu montre le passage outre le Schel (l’Escaut) en Flandres, venant de Bruges ou de Gand (2) en Anuer s et la plus basse venant de Hollande et de Oostlande (J).
Les inscriptions précédemment lues sur les maisons de
p) Le flamand, ajoute Louvain.
(2) Le flamand ajoute Ypres.
p) Le texte flamand porte en plus Bois-le-Duc et Nimègue.
la Tête de Flandre se répètent aux mêmes endroits de la vue intermédiaire. Au bas de l’estampe, dans un champ réservé à cet effet, l’auteur donne l’étymologie d’Anvers :
Darom dat die vromen capiteyn Brabon de Ruese Antigo Ranipelijck zijn rechte haut of heeft ghesleghen en ghewoerpt inde scheldt daerom steldent Julius César een Bar dit en heeft haren naem Hantwerpen ghegheuen .
« De ce que le vaillant capitaine Brabo, dans un combat singulier, trancha la main droite du géant Antigon et la jeta dans l’Escaut, Jules César érigea ici un burg et le nomma Hantwerpen (’). »
Sous la date de 1562, nouvelle vue d’Anvers, prise de la Tête de Flandre, pièce ronde dont une épreuve figure au Cabinet de Paris, dans un des volumes concernant les Pays-Bas, et dont M. Paul Cogels possède un exemplaire de la plus belle qualité.
Ce remarquable morceau, où le talent du graveur se manifeste sous son jour le plus avantageux, mesure 221 millimètres de diamètre. Dans un cartouche d’excellent style, il porte en belles majuscules l’inscription :
HIER MACHMEN ANTWERPEN.
PLAHSANT AENSHOWEN GELEGEN AEND SCHELD MET DIE VLAEMSCHE LANDOVWE
Dans le ciel, l’écu d’Anvers, au chef de l’Empire, audessus d’une banderole avec ce précepte de saine philosophie :
Loft Godt voor al en drinckt den wyn en laet de werelt de werelt svn.
(Louez Dieu en tout et buvez le vin Et laissez le monde aller son train.)
P) De Haut (main) et werpen (lancer), d’où, veut la légende, le nom flamand d’Anvers : Antwerpen.
Van Hooren se montre ici artiste de très haut mérite. Sa taille, bien que fort épargnée, arrive à un remarquable degré d’expression et, sans le secours de l’eau-forte, en a toute la légèreté.
La nappe du fleuve, où les bateaux tracent leur sillage en sens divers, les figurines que l’on aperçoit sur la rive, les groupes d’arbres mis au bon endroit, tout cela est d’un pittoresque entendu et, disons-le, donne à l’œuvre une physionomie presque moderne.
L’artiste a, d’ailleurs, procédé avec une rare intelligence. Sa perspective plongeante lui permet d’étager les monuments et d’embrasser la ville dans presque tout son contour.
On aperçoit maintenant le nouvel Hôtel de ville, au pied de la tour de Notre-Dame, à gauche, et le clocher de Saint- André dans toute son élévation.
A remarquer, la susdite introduction des petits cartels portant d’une part le nom du graveur, de l’autre le privilège et l’adroite façon de les relier au motif principal.
D’allure primesautière, l’ensemble s’éloigne de la physionomie des œuvres du temps et, pour un peu, nous ferait croire à quelque subterfuge.
Cette impression, on l’éprouve surtout à la vue de l'estampe de l’Hôtel de ville de Bruxelles, datée de 1565, celle qui nous apprit à connaître Van Hooren.
Sans égaler en correction les vues déjà mentionnées, particulièrement celle de 1562, elle n’en trahit pas moins un artiste soucieux du pittoresque, bien au delà de ses contemporains. Aussi nous inspira -t- elle d’abord des doutes sérieux.
Comment croire qu’une estampe de cette importance eût échappé à l’âpre recherche des collectionneurs attachés à la poursuite des moindres épaves du passé de la capitale et, nouvelle pour nous, qu’elle n’eût trouvé sa place dans aucun des recueils factices formés dès le XVIIe siècle et dont un bon nombre nous sont conservés?
Suspecte même nous parut cette abondance d’informations sur la date, le lieu de publication et jusque sur l’enseigne et le domicile du marchand de cette planche signée d’un nom introuvable dans les répertoires !
Dit Stadthuys triumphant, stoette Brussel in Brabant :
« Cet hôtel de ville triomphant s’élève à Bruxelles en Brabant. »
La date, 1565, donne à. cette représentation du palais municipal de Bruxelles, la priorité sur toutes les autres.
Martin Pétri n’est certes pas un inconnu parmi les éditeurs d’Anvers, mais nous ne sachions point que son adresse, « à la Fontaine d'or, près la Bourse neuve », in insigni aitrei Fontis prope novam Bursarn , figure sur les autres pièces issues de sa boutique.
Une chose nous frappa encore dans l’épreuve présentée en vente : l’enlèvement, comme à dessein, d’un des coins supérieurs, une sorte d’affirmation d’ancienneté.
Le prix énorme demandé à la ville de Bruxelles en avait fait rejeter l’achat. Le Cabinet des Estampes, à qui des conditions non moins onéreuses étaient faites, dut se résoudre à agir de même. Donc la pièce fut emportée par le marchand; nous ignorons où elle a passé.
On juge de la surprise que nous éprouvâmes quand, à peine deux ans plus tard, dans une vente qui se faisait à Vienne et où nous fut adjugé un lot de pièces relatives à Bruxelles, la chance nous fit retrouver une épreuve de l’estampe de Van Hooren, épreuve complète cette fois!
Inutile d’en donner la description; le lecteur en a la reproduction sous les veux. A quelques détails près, la façade se présente avec sa phvsionomie actuelle. Les niches sont vierges de statues; en revanche, le toit est pourvu d’une crête et les pinacles sont sommés de drapelets. Comme aujourd’hui, la tourelle de l’aile droite porte le cadran, placé à cet endroit dès le milieu du XV' siècle.
Comme toutes les productions de Van Llooren, celle-ci offre une remarquable animation. Cavaliers et piétons
circulent en grand nombre au pied de l’édifice et dans les rues qui le bornent. A l’avant-plan on remarque un carrosse attelé d’un seul cheval.
D’autres monuments de Bruxelles tentèrent-ils le burin du maître? Nous le croyons sans pouvoir l’affirmer, mais en la même année 1565 il taisait paraître une vue de l'Hôtel de ville d’Anvers.
L’épreuve, toujours unique, que nous connaissons de cette estampe, appartient à la Bibliothèque nationale à Paris. Mesurant 270 millimètres de large sur 190 de haut, elle porte sur des banderoles pareilles à celles de l’estampe de l’Hôtel de ville de Bruxelles des inscriptions identiques; Melchisedech Van Hooren fecit igôg met privilégié D(es) C(oninckx) M (ajesteit) j jeter. Enfin, au bas de la gauche :