‹ Œuvres de Henri Hymans (volume 2)Chapitre 18 sur 26 · MARTINUS PETRUS EXCVDEBAT IN 1SIGNI AUREI FONTIS PROPE NOVA BORSAM · texte numérisé non relu

MARTINUS PETRUS EXCVDEBAT IN 1SIGNI AUREI FONTIS PROPE NOVA BORSAM

La façade, dans tout son développement, occupe la largeur entière de la planche. Quelques personnages se montrent aux fenêtres et, dans la porte principale, ouverte, se voient des gardes armés de pertuisanes.

Par la droite et la gauche s’avancent des seigneurs à pied et à cheval : leur rencontre a lieu devant le perron. Peut-être l’auteur a-t-il voulu rappeler un des faits de cette année 1565, dont les événements préludèrent au mémorable « Wonderjaar ».

Van Hooren a, comme toujours, tenu à émailler sa planche de textes plus ou moins versifiés. Dans le ciel de petits génies portent des cartels avec l’inscription : Dit ist nieu Stadthuys van Antwerpen velger aekt (sic). Dat binnen vierjaer beghoost is en opghemaeckt (l). (*)

(*) Ceci est le nouvel Hôtel de ville d’Anvers, bien réussi. Lequel en quatre ns fut commencé et fini.

A quelles causes attribuer, cette fois encore, la disparition d’une gravure de pareil intérêt local? La fatalité s’est vraiment acharnée aux travaux de Van Hooren.

Ainsi en 1566, par résolution prise le 13 novembre, la municipalité d’Utrecht, « sur le vu de la représentation que certain Melchisédech Van Hooren, bourgeois et natif d’Anvers, graveur et peintre de profession, lui a communiquée de la situation de la ville, de ses faubourgs, châteaux, couvents et dépendances, sis sous la franchise, le tout tracé d’après nature et établi à l’échelle, la ville lui ayant paru de belle assiette et imposante par ses collèges, couvents, communautés et autres constructions, accueillant l’offre dudit Melchisédech tendant à porter au double la représentation de ladite ville et de ses abords, sous la condition qu’il plaira à la ville de rémunérer le consciencieux labeur et service que dans cet espoir il a déjà effectué et se propose de poursuivre, à savoir sadite invention, la vue étant une demi fois plus grande, taillée en cuivre ou en bois au gré du Conseil ;

» Et le Conseil ayant fait procéder à l’examen de ladite carte par des maîtres experts, à ce délégués, ouï leur rapport et attestation que les épreuves de ladite carte seront pour la ville un souvenir insigne, ordonne au trésorier en exercice au moment de l’exécution du travail préparatoire et sur le vu de la prédite carte, de compter la somme de [8 florins. Ou’en outre Melchisédech sera tenu, pour le mois de septembre 1567, de livrer à la ville, gravé en bois ou en cuivre, d’après son dessin agrandi de moitié, en v ajoutant la situation, les couvents des Chartreux et de Dael et terres adjacentes, enfin de livrer quarante exemplaires pour être répartis entre les membres du Conseil en payement de quoi il sera compté à Melchisédech 24 florins Carolus, Melchisédech étant tenu de fournir des répondants de la somme de 18 florins en garantie de l’accom-

plissement de ses obligations envers la ville, laquelle accepte comme tel le Sr Dirck Pieck (l). »

Les quarante épreuves furent livrées, car le paiement se fit; de plus, l’année suivante (1568), il fut compté au geôlier (!) Albert Petersz une somme pour avoir logé douze jours consécutifs Melchisédech Van Hooren, au

(') Anno XVCLXVI, den 13 november, die raet der stadt Utrecht gesien hebbende, protracture ende conterfeytinghe die eenen Melchisedech Van Hoorn, geboren burger van Antwerpen, prentesnyer ende schilder van syn ambacht, den raef vertoont heeft, geconterfeyt nae ’t leven, op syn stick ende mate, vande situatie van deser stadt, ende die omleggende vcsorsteden, huismghen, cloosteren ende ianden, rontsomme in die wyheden voor deser stadt gelegen, soe h)^ dese stadt merkelick bevonden heeft van triumphante structuren vande collégien, cloosteren ende convention, mitsgaders van andere edificien vandien, ende hierby mede verstaen hebbende sijn versueck ende presentatie, te wetene, dat Melchisedech voorsz presenteert deze stadt met syn toebehoren, noc'n die helfte grooter ende breder in forme te amplieren, opte behoirlyke proportie. Stick endemate, mits dat die stadt hemsoude gelieven te recompenseren voor sj'n getrouwen arbeyt ende dienst, die by, op hope van recompense, alrede gedaen heeft, ende noch verder presenteert te doen, omme syn voorsz. inventie ende were vermogens die chaerte voorgen inde helft breeder ende grooter forme, in copere ofte bout te snyden, ende dit al tôt kennisse ende arbytrage vandie vanden raet voorsz.

Soe ist, dat die raet die voorz caerte doen visiteren hebbende by meesters van kennisse ende geschicten des raets, ende daarop gehoort heurl. rapport, ende mede aenmerckende, dat die uytdrukselen van deselve voorn chaerte wesen soude tôt een eere vandeser stadt ende memorie derseivers. heeft belieft, dat de andere cameraer indertyt voor de verste inventie ende vertooninge vande voorsz. chaerte wtreicken sal de somme van 18 guldens. Das so sal Melchisedech gehanden syn voor de maent septembre anno XVe seven ende destich, deser stadt gemaect te vertonen die copere ofte houte plate, gesneden nae syn vertonende chaerte. ende dat inde helfte van dien grooter ende breider, mits daarby voegende de situatie vande couventen vande Carthusers ende Dael, ende die lande daerby, naer de proportie, ende daarby overleveren 40 geprente chaerten totter stadts ’oehoeff, omme, onder die wet gedeylt te worden, waervoor heur alsdannoch van stads wegen wtgereickt sellen worden 20 karolus gulden, ende hiervoor Melchisedech voorsz. gehouden syn burge te stellen deser stadt, voor de somme van 18 gulden voorsz, die hem gereet betaelt sellen worden, omme deselve deser stadt te restitueren, by soe verre Melchisedech voorn. Syn voorgen. presentatie nyet en voidede also voorn. Burge Dire Pieck, voorde voorn. i3 guld, te restitueren by gebreke als voren.

Dod! van Flensburg, Archief voor kcrkelijkc en wcreldsche gcschieJcnissen, t. III, 1843, p. 236.

cours des levés préalables à l’exécution de son travail.

Qu’est devenu ce plan? Nul n’en a jusqu’ici retrouvé la trace, ni en Hollande ni ailleurs (').

L’identifier avec le panorama d’Utrecht, réuni à celui d’Anvers, appartenant à la bibliothèque de l’Université de Levde, n’est guère possible. On peut supposer qu’il fut dès l’origine très rare, n’étant pas mis dans le commerce, chose prouvée par la circonstance que dès l’année 1598 le graveur A. Van Vianen faisait paraître un nouveau plan perspectif d’Utrecht et des environs, avec adjonction, en haut et en bas, de vues panoramiques.

Il est absolument présumable que ce nouvel ensemble eut pour point de départ le plan de Van Hooren, comme le suppose M. Ivramm (2).

Trente .années avaient modifié la configuration de la place, notamment par une ligne bastionnée remplaçant la fameuse citadelle espagnole, le Vredenburg, démoli en 1 5 7 7 . Ce n’est pourtant pas là une raison suffisante pour expliquer la disparition du grand travail dont la ville avait chargé Van Hooren.

Aux environs de l’année 1570, Van Hooren avait réuni, sur une même planche, mesurant en largeur 328 millimètres, en hauteur 179 millimètres, les panoramas d’Anvers et d’Utrecht, celui-ci occupant la partie supérieure. (On en trouve la reproduction, gravée sur pierre, dans la revue mentionnée plus haut, année 1836.) Nous n’avons aucune explication des motifs qui déterminèrent l’artiste à entreprendre ce travail, certainement postérieur au plan d’ensemble de 1567, attendu que cette fois la citation

(') Les archives d’Utrecht conservent le cuivre de ce bel ensemble signé de A. Viana 1598. Il mesure 475 millimètres sur 370. On en trouvera la réimpression dans le Tijdschrift voor gcschiedenis, oudheden en stalisliek van Utrccht, 1842.

(9 Kkamm, Levons en iver/tcn der H :llandsche en Vlaamsche kunst schUders , graveurs, beeldlouwcrs, etc.

(cinieii Casteel) occupe sa place dans la ville d’Anvers.

Les deux panoramas, séparés par un intervalle assez large, occupent le milieu d’un encadrement orné et portent respectivement, sur des banderoles, conformément à l’habitude de Van Hooren : Utrecht - een - aertsbisdom et Antwerpen - een - coopstadt, outre les armoiries de Brabant et d’Utrecht, et celles des villes représentées. L’inscription de la banderole d’Utrecht est interrompue par l’armoirie archiépiscopale.

Dans le ciel, des légendes se rapportent aux édifices représentés. Pour Anvers, la Maison hanséatique (Oosterlingenhuys) , l’Hôtel de ville (Stadthuys) , enfin la citadelle (dnieu Casteel), occupent pour la première fois leur place dans une estampe du maître, dont la signature se lit sur une banderole à la droite de la vue d’Utrecht, en plus de l’indication d’un privilège de six ans.

La hauteur de chacune des vues est : Utrecht, 86 millimètres; Anvers, 93 millimètres.

Ici se clôt forcément la liste des estampes de Melchisédech Van Hooren, d'authenticité prouvée par la signature. L’accord avec la ville d’Utrecht nous fait connaître que l’artiste a dû également graver sur bois. La détermination des travaux de l’espèce offre des difficultés plus grandes que celle des pièces gravées sur cuivre, où s’accuse avec une netteté infiniment supérieure • la personnalité d’un artiste.

. Sans doute, on peut se livrer à leur recherche, mais les chances d’aboutir au résultat voulu sont faibles. Nous désignons, sans réserve, comme pouvant procéder de Van Hooren, une .vue de Deventer, prise de l’Issel, gravure sur bois infiniment pittoresque, et dont les figurines, nombreuses et animées, rappellent certainement notre maître. L’attribution n’en doit pas moins rester indécise, comme d'ailleurs celle de diverses pièces sur cuivre datant du milieu du XVIe siècle et où ne figure aucun nom.

Parmi ces dernières pourtant il en est une, intéressante

et remarquable entre toutes, dont l’assignation à Van Hooren, outre qu’elle lui ferait grandement honneur, semble légitimée par tout un ensemble de caractères propres à évoquer son souvenir; nous voulons parler de la grande et rare estampe de la Cour de Bruxelles : Le Ivoert de Bruxselles, attribuée parfois à Hogenberg.

Cette belle pièce, mesurant 520 millimètres de large sur 400 millimètres de haut, représente la Cour, vue du côté du Parc, avec, à droite, une pièce d’eau, à gauche la rue Verte et le Borgendael, au fond la Cour des Bailles, l’église de Coudenberg, le palais de Nassau. A l’avantplan nous assistons à un tournoi, ayant pour spectateurs de nombreux personnages à pied et à cheval.

Ce qui nous conduit à attribuer cette planche à Van Hooren est à la fois sa conception et son exécution. Quoi de plus naturel aussi que de voir l’artiste, au moment où il gravait l’Hôtel de ville, graver en outre le palais? Et ce qui vient à l’appui de l'hypothèse est que, précisément, l’estampe eut pour éditeur un Anversois, Barthélemy de Momper, né en 1535 (*), d’où la conclusion légitime que l’auteur aussi était d’Anvers.

Au point de vue de sa composition générale, le morceau offre des caractères de similitude nombreux avec les travaux de Van Hooren.

Comme dans la plupart de ses œuvres, il nous donne un plan perspectif, plutôt qu’une vue proprement dite de la Cour de Bruxelles. L’œil embrasse le périmètre entier de la résidence impériale, avec une indication de perspective absolument correcte des bâtiments, des jardins et des édifices qui en dépendent. Or, telle est la manière habituelle de procéder de Van Hooren.

Si, d’autre part, nous considérons la facture, nous trouvons une analogie parfaite de procédé.

(') Les Liggcren et autres archives de la Gildc de Saint-Luc , par Philippe Rombouts et T. Van Lerius. 11 fut le père du paysagiste Josse de Momper.

Les constructions et les personnages d’avant-plan sont à une échelle plus grande que celle adoptée pour les vues que nous connaissons; le rapprochement serait donc un peu forcé. Qu’on voie pourtant les arbres mêlés aux parties architecturales, et dès l’abord éclate une similitude de facture absolue avec les feuiliés de l’avant-plan de la vue d’Anvers de 1562.

Prenons, d’autre part, les personnages que l’éloignement réduit à la taille de ceux aperçus dans de précédentes estampes, l’analogie apparaîtra non moins frappante.

Tout doit dès lors concourir à faire assigner à Van Hooren la vue de la Cour de Bruxelles.

Pour apprécier cette pièce à sa juste valeur, il importe de l’avoir du premier état, soit sous l'adresse de Barthélemy de Momper, avant les inscriptions qui, par la suite, en viennent préciser les différentes parties, non sans en gâter quelque peu l'aspect.

Passant aux mains de Corneille de Jode et de Rombaut Van den Hoev ( Hoeius ), elle finit par perdre la plus grande partie de son charme, pour ne plus offrir qu’un intérêt purement historique.

Corneille de jode v joindra des légendes explicatives : H et Coninx Hojf; Thojf van Nassouven ; T ho ff van de H. van Arscot, etc. Sous l’adresse de R. Van den Hoeye, elle aura perdu toute portée artistique.

Il servirait de peu d’avoir pu arracher à l’oubli le nom d’un maître tel que Van Hooren si d’autres, à leur tour, n'arrivaient à reconstituer une carrière illustrée par des travaux non moins intéressants par leur sujet que remarquables par leur facture.

Anvers surtout doit tenir à mieux connaître un représentant de son école dont, à ce qu’il semble, le meilleur du talent a été consacré à la glorification de sa splendeur.

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