‹ Œuvres de Henri Hymans (volume 3)Chapitre 30 sur 35 · JEAN SANS PEUR · texte numérisé non relu

JEAN SANS PEUR

(Collection du comte de Limbourg-Stirum.)

PHILIPPE I.E BON (Musée de Madrid.)

TABLEAU DU LOUVRE Quel est le sujet? Le vol des hosties?

La fondation des chanoines de Sainte-Gudule était rue de la Montagne; on ne sait où elle était située.

Le confesseur Pierre Van den Heede, curé de la Chapelle, fut informé du vol des hosties; il consulte Jean de Woluwe (ne pas confondre avec le peintre), recteur, curé de Saint-Nicolas, Michel de Backers, vice-joléban de Sainte-Gudule, et Jean d’Isscha, archidiacre de Cambrai, écolâtre de Sainte-Gudule. Ils dressent un rapport, remis àWenceslas, duc de Brabant, et à Jeanne son épouse. Ils tiennent un grand conseil assemblé par eux avec les princes et chanoines; plusieurs chanoines de Sainte-Gudule et les plus graves théologiens y furent admis. Jean d’Isscha, écolâtre de Sainte-Gudule, instruit l’affaire avec les chanoines et l’évêque de Cambrai.

Tableau du Louvre.

Le personnage qui parle et celui venant de Sainte- Gudule sont le même homme, dit M. Hymans. Venant de Sainte-Gudule, il semble y avoir là une raison. Est-ce Jean Isscha?... Sont-ce Jeanne et Wenceslas? L’autre femme est-elle sa sœur, Marie de Brabant, duchesse de Gueldre, qui a acheté en 1384 l’hôtel aux quatre tours d’en face, de Jean de Witthem?

Wenceslas et Jeanne avaient leurs statues sur Sainte- Gudule. Le personnage assis a l’air d’avoir été fait d'après nne sculpture.

Jeanne et Wenceslas ont été très actifs dans cet événement, et surtout Isscha, écolâtre de Sainte-Gudule.

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Est-ce Isscha qui parle ou prêche pour convaincre son auditoire?

Avant l’exil des Juifs, en 1370, ils habitaient les quartiers de la rue de Salazar. Ceux qui purent se soustraire à l’exil et aux persécutions de Wenceslas établirent plus tard leur svnagogue sur le Kantersteen ; leurs biens furent confisqués. (Colin de Plane v.) Les Juifs furent torturés et brûlés vifs sur le Wollen Dries, ou Pré-aux-Laines, le 22 mai 1370, près la Grosse Tour, propriété d’Arenberg.

Toute cette histoire est représentée en partie dans les vitraux de Sainte-Gudule, et dans ses moindres détails, par dix-huit tableaux (’).

Une contestation fort vive s’éleva alors au sein du clergé. Sainte-Gudule réclama les hosties ensanglantées, tandis que le curé de la Chapelle, chez qui elles avaient été portées, prétendait les garder, et se vit soutenu par ses paroissiens. Les chanoines étant venus les sommer de les leur remettre, les habitants du quartier accoururent en foule pour s’y opposer, et Pierre Van den Hevden, le curé, déposant les clefs du tabernacle de son église sur le maître-autel, laissa le chapitre discuter avec la multitude. Il fut convenu, quelque temps après, que neuf des hosties seraient solennellement portées à Sainte-Gudule et que les autres resteraient à la Chapelle. Mécontents encore de ce partage, les chanoines s’adressèrent à l’évêque de Cambrai, Robert de Genève, qui chargea, le 4 juin 1370, le doyen de la chrétienté à Bruxelles d’enjoindre au curé et aux paroissiens de la Chapelle de remettre toutes les hosties au chapitre. Cet ordre ne fut pas exécuté. En 1402, l’église de la Chapelle n’était pas encore dessaisie de la part qui lui avait été faite.

(') Piot, Tableaux enlevés par les Français. Dix-huit tableaux, dont un a Poignardement d’hosties » (église Sainte-Gudule).

Vente, par le Chapitre de Sainte-Gudule, de tableaux pour faire d’autres boiseries, etc.

A examiner la barbe et les cheveux, le personnage portant autour du cou la devise Volentier semble fait d’après une sculpture. L’inscription n’a-t-elle pas été retouchée et ne serait-ce pas Wollendries ? Wenceslas avait sa statue à Sainte-Gudule. Il ressemble à Jean l’Aveugle sur son tombeau à Luxembourg.

Ce prince, qui était l’époux de Jeanne, duchesse de Brabant et de Limbourg, mourut à Luxembourg le 7 décembre 1383 et fut inhumé dans l’église de la riche abbaye d’Orval. [Voir son tombeau reproduit par Pinchart (').]

En voici la description par M. Jeantin, qui dit l’avoir prise dans un manuscrit de 1782 : « Ce monument était un coffre en marbre noir, élevé de trois pieds. Au-dessus, en marbre blanc, s’élevait la statue du prince, tête nue, petite, barbe en pointe, moustache, bras croisés sur la poitrine, mains jointes, costume militaire de l’époque. Il nous semble assez probable que ce mausolée remonte à l’époque de Jeanne, qui vécut jusqu’en 1406, ou datait du règne d’Antoine de Bourgogne. »

Est=ce le mystique Jean de Ruysbroeck?

(Voir dans la Biographie nationale.')

Le vénérable Jean de Ruysbroeck, prieur du monastère de Groenendael, y mourut en odeur de sainteté le 2 décembre 1381. L’évêque Jean de T’Serclaes, quelque temps après, leva son corps de terre, etc.

(') Pinchart, Tombeau de Wenceslas de Bohême , duc de Luxembourg, fils de Jean l’Aveugle, duc de Luxembourg (voir le tombeau de ce prince à Luxembourg, reproduit par Pinchart).

Il était chanoine de Sainte-Gudule et prêcha contre les hérésies. Il fonda le couvent de Groenendael et y mourut. Il donnait des conférences, soit aux pères, soit aux étrangers qu’attirait sa dévotion.

Pinchart. — Dans le monastère de Groenendael vivait Jean de Ruysbroeck, l’un des penseurs les plus remarquables du moyen âge, homme plein de zèle pour défendre l’honneur de Dieu, et qui s’occupait de combattre, par de nombreux écrits mystiques rédigés dans la langue du peuple, les effets pernicieux de la doctrine d’une béguine visionnaire de Bruxelles, du nom de Bioemardine.

Ses ouvrages autographes existent encore : ils eurent une telle vogue qu’ils se répandirent bientôt partout et furent traduits dans presque toutes les langues de l’Europe.

Jean de Ruysbroeck mourut en 1381, à l’âge de 87 ans.

Jeanne et Wenceslas visitèrent Ruysbroeck à Groenendael.

Le tableau se rapporte=t=il à saint Boniface?

Pourquoi, en 1400, s’en occupe-t-on, lui fait-on un autel dans Sainte-Gudule? A la Cambre, où il est mort et enterré, on demande sa canonisation. On écrit sa biographie au commencement de 1400; son biographe meurt en 1487.

Il fut chanoine de Sainte-Gudule, doyen des chanoines • pendant cinq ans, prêchait très bien, ayant étudié à Paris, où il était docteur en théologie et recteur à l’Université. Sainte-Gudule était dédiée à Saint-Boniface, paroisse de son père; de là son nom. Il fut évêque de Lausanne e): mourut à la Cambre, où vivaient à part des religieuses et des Cisterciens de Villers, séparés par l’église du couvent.

Anniversaire par les grands chanoines. En 1480, service.

En 1600 il est saint. On brûle la Cambre. La chapelle où il habita existe encore.

Il était parent des Clutine, affiliés aux Huygs, une des sept familles patriciennes de Bruxelles. Son père était orfèvre. Ses reliques sont à l’église de la Chapelle.

Il meurt à la Cambre le 19 février 1265.

Dans une maison de la Grand’Place, il y avait, à la Confrérie des Tailleurs, un tableau du Martyre de saint Boniface; à la Madeleine, cinq fois par an, le jour de Sainte-Barbe, de Saint-Boniface, de Saint-Luc, de Sainte- Catherine et le jour de l’An, les doyens des tailleurs faisaient à cet autel des distributions de pain, de lard et quelquefois d’argent à de pauvres femmes de leur métier (').

A Sainte-Gudule l’anniversaire de saint Boniface était célébré chaque année le 19 février.

(') Wauters, archiviste.

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