‹ Œuvres de Henri Hymans (volume 3)Chapitre 32 sur 35 · CHARLES LE TEMERAIRE · texte numérisé non relu

CHARLES LE TEMERAIRE

(Musée de Bruxelles.)

de lui est un tableau à l’église Saint-Léonard, à Léau, où on l’a actuellement placé dans la chapelle des fonts baptismaux : Un Ange et des Vierges allant visiter le tombeau du Christ , etc. Attribuée à Jean Van Eyck, elle a été restituée à Mertens par M. Piot.

Mertens travailla beaucoup pour l’église de Léau, de 1479 à 1488. En 1490- 1491, il peignit le tableau d’autel de la Trinité et deux retables pour les autels de saint Jean l’Évangéliste et de saint Christophe; il y sculpta deux statues pour l’autel de sainte Marie et celui de saint Michel. Il était sculpteur.

Wauters, archiviste.

Jean Mertens était originaire de Bruxelles et vivait dans le premier quart du XVe siècle. Il habita Anvers et, dans la Gilde de Saint-Luc, il figura en qualité de doyen dès 1473 et encore en 1478-1481 et 1487.

Il est inscrit dans la Gilde de Saint-Sébastien, de Linkebeek, ainsi que Pierre Coustain et le peintre Van der Meeren. Une miniature du duc Charles se trouve à l’ouverture du volume de la Gilde. Cette miniature a beaucoup souffert.

Voir Wauters, archiviste.

Un portrait de Charles le. Téméraire et Sa Gilde de Saint=Séfoastien de Linkebeek

(à deux lieues de Bruxelles, près Saint=Job).

Il y avait dans l’église un buste en or de ce prince. Ce fut lui qui abattit l’oiseau en 1466 et en 1471 et fut alors proclamé roi de la Gilde. Dans ces sociétés on faisait le

portrait du roi du tir. Charles se rendit à Linkebeek ( 1469), nous apprend un chroniqueur contemporain (addition à l’histoire du roi Louis XI). Il fit exécuter, pour l'église Saint-Sébastien de Linkebeek, par son valet de chambre et orfèvre Gérard Loyet ou Louvet, un buste en or qui le représentait la tête couverte d’un chaperon orné de grandes feuilles. Le buste était recouvert d’un collier de la Toison d’Or. Un autre tout pareil fut offert par lui à l’église abbatiale de Saint-Adrien de Grammont.

Charles le Téméraire fut, le 12 décembre 1469, en pèlerinage à Linkebeek. 11 remporta le prix au tir de Saint- Sébastien, avant abattu l’oiseau, et fut proclamé, roi de la Gilde.

Dans le recueil de la Gilde, parmi les affiliés, après les princes et la noblesse, le monde des sciences et des arts v est représenté par Pierre Coustain « Valet de chambre de Monseigneur », en 1476; la veuve de Jacques de Gérines et son fils; sire Henri de Wïthem, seigneur de Beersel, et son fils ; Jean de Lannoy et sa femme ; Marie Cluctinck, le 8 août 1483; l’architecte Keldermans et sa famille; sire d’Qphem; Van der Meeren ; Jean Mertens, etc.

Portrait de Charles le Téméraire , du Musée de Bruxelles. Le personnage est vu de trois quarts et tourné vers la gauche ; il porte une robe noire sans ornements, qui laisse le cou entièrement nu. La tête sans barbe, sans moustache, est recouverte par un bonnet brun, très élevé, dans le genre de ceux que l’on remarque sur les tableaux de Bouts, etc. Il porte le collier de la Toison d’Or et tient une flèche dans la main gauche, avec une certaine affectation (').

( ) La chevelure et le bonnet de notre personnage répondent bien à quelquesuns des détails du costume que l'on portait en 1465. (Voir page 404. les costumes du temps.)

Ce portrait a été acquis par l’État belge, en 1 86 1 , à M. Nieuwenhuys, avec les deux Bouts qui ornaient jadis l’Hôtel de ville de Louvain. Il fut vendu comme une œuvre de Roger Van der Weyden et comme représentant Charles le Téméraire. On n’a pas admis l’attribution à Roger, dont les tableaux connus ne se rapprochent pas de ce panneau et dont la biographie ne concorde pas, on le verra plus loin, avec l’origine probable de ce dernier. On mentionne dans l’inventaire des tableaux de Marguerite d’Autriche un portrait de Charles le Téméraire peint par Roger; mais, comme le dit M. Fétis, aucune indication ne permet de le retrouver dans celui du Musée. Il y a sa médaille à la Bibliothèque avec les emblèmes de la Maison de Bourgogne, un agneau et le fusil et la devise : je l’ai emprins-bien en aviengne.

Si l’on admet les faits que je viens de rappeler, le nom le Van der Weyden doit être écarté si l'on rapproche les dates. J’ajouterai, et je crois que mon opinion ne sera pas contestée, que le portrait lut probablement exécuté par un membre de la confrérie, par un des peintres qui y sont inscrits : jean Van der Meeren, Jean Mertens, Pierre Coustain, etc.

Mais lequel d’entre eux choisir?

A. Wauters, archiviste, Ecole flamande.

Le précieux portrait du Musée de Bruxelles, dit Le Chevalier à la Flèche , œuvre de Roger Van der Weyden, un des ornements de l’Exposition, passe depuis longtemps pour le portrait de Charles le Téméraire jeune; on a depuis abandonné cette identification, peut-être à tort. Le masque large, les pommettes saillantes, les sourcils droits, la lèvre volontaire et même le teint basané s’accordent en somme fort bien avec la première acception, encore que l’on penche aujourd’hui pour le grand

Baptard de Bourgogne. De celui-ci le beau portrait envoyé par la galerie de Dresde répète d’une manière textuelle l’œuvre bien connue du Musée de Condé. Donc en dehors des miniatures aucun portrait de Charles le Téméraire formellement déterminé ne figure à l’Exposition, sauf une miniature exposée par le roi d’Angleterre. Roger Van der Wevden meurt en 1464. — Jean Van Evck vivait encore lorsque Roger devint le peintre en titre de la Ville de Bruxelles et orna la Maison communale de cette ville de quatre grands panneaux.

Hymans, Les Primitifs français ( Gazette des Beaux- Arts, 1886).

Thierri, originaire de Harlem, dont il conserva le nom dans l’histoire de l’art et dont le nom patronymique est Bouts, naquit en 1391, peignit en Hollande, dès 1450 environ, et se fixa à Louvain vers 1450. En 1468, il reçoit de la ville la commande de la Légende d' O thon III.

Al. Wauters,

Roger Van der Weyden est à Bruxelles en 1435. L’artiste est nommé peintre ou pourtraiteur de la Ville de Bruxelles avant le 2 mai 1436.

Wauters.

11 reste en fonctions jusqu’à sa mort, 16 juin 1464. Il est enterré ainsi que sa femme à Sainte-Gudule. Sa femme meurt en 1477, âgée de 63 ans.

Après la mort de Roger, le Magistrat de Bruxelles décida que l’emploi de peintre de la ville serait supprimé.

Gi!de de Saint-Luc de Bruges, année 1467 Jan Cloet mestere.

Jehan Cloët vivait à Bruxelles en 1475.

De Laboede.

Et toi Jehan Hay, ta noble main chôme-t-elle?

Viens voir nature avec Jehan de Paris

Pour lui donner umbraige et esperits.

Pinchart, La Couronne Margaritique . — Lemaire (1503-1504).

Les deux derniers peintres cités dans la Plainte du Désiré sont Jehan Hay et Jehan de Paris.

La biographie de ces artistes commence à être connue. Nous pensons avec Renouvier que le premier appartient à cette famille de peintres du nom de Clouet, que l’on peut classer parmi les fondateurs de l’école française du XVIe siècle. Les documents anciens le désignent « sous son prénom et l’appellent Jehannet, Jehannot, Janet, Jainet et Jennet»; si l’orthographe de Lemaire s’éloigne quelque peu de ces formes, il est néanmoins aisé de saisir sa pensée en lisant Jehanhav en un seul mot.

Le père de celui qui nous occupe ainsi que lui-même étaient Flamands. Dans une quittance du 4 septembre 1475 pour le paiement de travaux peu importants qu’il exécuta à l’hôtel ou palais de Charles le Téméraire, à Bruxelles, il est appelé Jean Cloet et qualifié de peintre, demeurant en cette ville (').

M. De Laborde, qui a publié ce document, en a recueilli

(‘) De Laborde, Les ducs de Bourgogne ( Les Archives de l’ Art français.)

beaucoup d’autres sur les descendants de ce maître et particulièrement sur son fils Jean ou Jehannet, qui fut le plus célèbre de tous les Cloet ou Clouet. De l’un de ces documents, l’éminent écrivain tire la conclusion que le père de ce dernier artiste se rendit en France, avec son fils, vers 1480. Nous ne saurions nous ranger à son avis, et nous sommes en cela d’accord avec MM. E. De Fréville et Salmon. Dans l’acte dont M. De Laborde rapporte le texte il n’est nullement fait mention de ce fait, et il en ressort seulement que François Clouet, en faveur de qui l’acte en question fut délivré, était le fils « de feu Jehannet » et que ledict deffunct estoit étranger et non natif « ni originaire du royaume » de France. M. M.-F. Villot en a également fait la remarque.

Ce qui paraît contrarier encore l’opinion de M. De Laborde, c’est la présence du nom de Jean Cloet, à Bruxelles, où il fait des travaux pour l’Hôtel de ville.

Page 1