‹ Œuvres de Henri Hymans (volume 3)Chapitre 4 sur 35 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Le XIXe siècle est, dans l’histoire de l’art flamand, une période indépendante, ou peu s’en faut, des manifestations antérieures. Sans doute serons-nous amenés, au cours de cette étude, à faire la part de l’hérédité. Il est néanmoins certain que des causes plus immédiates, à certains moments aussi plus impérieuses, viendront renouveler l’idéal, élargir l’horizon, modifier du tout au tout la physionomie de l’école.

Rien de moins surprenant. Par sa position géographique, davantage encore par les conditions politiques et sociales, issues pour elle de la force des traités, la Belgique ne pouvait être à l’abri d’influences qu’au surplus elle ne devait pas être seule à subir. Son art porte visiblement la trace des préoccupations très voisines de celles d’une bonne partie de l’Europe continentale.

Le compte fait, pourtant, des circonstances qui, pour elle, présidèrent à l’enfantement du siècle écoulé, l’apparition d’une école belge proprement dite, tient du prodige.

Pour juger équitablement ses étapes, il importe de faire

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taire ses préventions, comme ses préjugés, de faire abstraction de ses préférences.

Si l’art ne connaît point de frontières, il n’échappe point non plus aux influences de temps et de milieu. Des enthousiasmes nous surprennent aujourd’hui, dont la sincérité fut pourtant réelle. Ils ne furent sans doute pas étrangers aux réactions d’où naquit le progrès. Mieux vaut encore l’éloge prodigué à tort que la détraction par système. Le temps fait justice de l’un comme de l’autre.

En Belgique, chose à noter, les courants d’opinion, à cause même de l’exiguïté du territoire, se répercutent avec une remarquable puissance. La louange y paraît sans réserve, comme le dénigrement sans mesure; moins qu’ailleurs l’unité préside à la production. Comme l’Italie, au temps de la Renaissance, comme la Hollande, au XVIL siècle, chaque ville de quelque importance semble constituer un centre artistique à part. La chose est à retenir pour qui prétend juger l’école dans son intégrité. Nous n’avons à considérer ici que ses représentants principaux, ceux dont l’autorité, à défaut d’exemple, a influé sur sa marche plutôt que sur les courants éphémères de l’opinion.

Quel que soit l’avenir réservé à l’école, incontestablement elle a, au cours du siècle révolu, fait preuve non seulement d’une productivité remarquable, mais assumé en Europe une autorité établie par des noms familiers à quiconque s’est tenu au courant du mouvement intellectuel contemporain.

Ceux à qui reviendra la tâche d’écrire l’histoire de l’art en Belgique au XXe siècle, auront à tenir compte de l’effort accompli de notre temps, sous l’empire d’aspirations assez vaguement définies au début.

A nous qui avions à établir la part de notre pays dans le mouvement général des arts, au cours du siècle résolu, le passé est apparu non sans grandeur, l’avenir non sans promesses.

On verra de quelle importance a été pour le progrès la libération de l’artiste des systèmes vieillis. Mal compris, mal appliqué, mal jugé surtout, l’exercice des droits issus de la conquête a été la source de multiples erreurs. Il a, en revanche, manifestement aidé à la réalisation de travaux dignes de figurer avec honneur à la suite de ceux des maîtres dont l’histoire a conservé le renom.

Si peu enclin fût-on d’ailleurs à tenir pour un progrès l’évolution moderne, encore faudrait-il se rendre à l'évidence que parmi les représentants les plus hautement prisés de l’école belge contemporaine figurent, en bon nombre et à bon droit, les initiateurs d’un mouvement réputé à l’origine devoir sacrifier sur 1 autel du vrai toute préoccupation du beau, toute aspiration au grand.

Ce nous est une joie véritable de constater la part sans cesse plus grande de l’art dans les préoccupations du peuple, comme dans les jouissances intellectuelles de la nation.

Le présent ouvrage ne pouvait être qu’une esquisse. Dans ses grandes lignes, il reconstitue la marche assez flottante des arts en Belgique au cours du siècle révolu. L’auteur a pensé qu’il lui appartenait, outre l’appréciation des œuvres, de s’attacher autant que possible aux circonstances avant présidé à leur éclosion.

A ce point de vue, son travail, il aime à le croire, pourra être une source plus spéciale d’intérêt, même pour le lecteur déjà initié par d’autres lectures à une connaissance plus ou moins parfaite des manifestations de l’école belge moderne (’).

P) A signaler d’une manière toute spéciale, à ce titre, les pages remarquables consacrées à la Belgique dans la Kunstgesckickte der XIXe Jahrliunderts (E.-A. Seemann, Leipzig, 1904), par le Prof1 Max Schmidt, d’Aix-la-Chapelle.

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