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l’OlMK'Air DI-: HKKNARD VAN OKI. IA' ((lalen'e de Dresde.)
tistaires, soit dans ceux de la (iilde de Saint-Luc, n'en demeure pas moins un fait remarquable et dont il faut, je pense, rechercher la cause dans une circonstance qui est loin d'étre unique dans les annales de l’école liamande. Au XVL' siècle, voire au XVIIL', aller d’Anvers à Paris et s’appeler Dubois, c'est presque inévitablement porter un nom francisé. Le o-raveur Elie Du Bois, par exemple, s’appelait Elias van den Bos, et c’est sous ce nom qu’il est inscrit à la Gilde de Saint-Luc comme élevé d’Adrien Collaert, en 1504, avant d’aller à Paris. Le sculpteur Des jardins s’appelait de son vrai nom van den Bogaert; l’éditeur Goetkint devient à Paris Bonenfant; le graveur Platenberg s’y appelle Platemontagne, etc. Et ces traductions de noms ne sont point particulières à la France. On les retrouve en Angleterre, en Italie surtout, également dans les Pavs-Bas. Le nom bien français ou wallon de Taisnier se transformera à Anvers en Tenier d’abord, puis en Teniers.
Pour ce qui concerne Dubois, Siret avait émis déjà la siqiposition que, sans doute, il portait un nom traduit.
Une fois dirigées dans ce sens, les recherches me semblent ne pas devoir rester stériles. Les registres de la Gilde de Saint-Luc, ]iourtant, ne nous signalent aucun Ambroise van den Bossche et pas plus d’Ambroise van den Honte. En revanche, on y rencontre Ambroise Bosschaert, et je me demande s’il n’y a aucun rapport entre ce peintre et celui qui nous occupe, ^'ov<.ms.
Inscrit en 1550 comme élève chez Herman van Gindrinck, admis francmaitre l’année suivante, Ambroise Bosschaert reçoit bientôt pour elève Guillaume Bosschaert, sans doute son parent. Ambroise, qui pouvait être âge, en 1550, d’une bonne vingtaine d’années, demeure encore à Anvers en 1589, c’est-à-dire trente-neuf ans après. Est-ce lui qui, aux approches de la soixantaine, s’est mis en route pour Paris f Cela se peut, mais j’ai peine à le trouver probable. Aussi, avant de m’arrêter à cette invraisemblance, j’ai voulu pousser plus loin les recherches et voici ce qu’elles me donnent.
Ambroise Posschaert, dont il vient d’être parlé, eut un lils, présenté au baptême, à Notre-Dame, le 18 novembre 1573. Le parrain fut un peintre : Jan de Prins, admis précisément comme franc-maitre à la Gilde de Saint-Luc la même année que le père Bosschaert. La marraine lut Marguerite Lisaert, veuve de Philippe Lisaert le vieux, un i>eintre fréquemment cité dans les archives de Saint-Luc.
Si, maintenant, il était permis d’identilier Ambroise Bosschaert le jeune avec Ambroise Dubois, les faits de la carrière de ce dernier ne tarderaient pas à s’éclaircir.
Il est bien vrai que ce deuxième Ambroise Bosschaert n’est pas menti('inne dans les registres de la Gilde de Saint-Luc. Ne pourrait-on, précisément, voir la preuve que, de bonne heure, il a quitté .Anvers, se rendant peut-être directement à Fontainebleau, où Van Mander nous montre ])lusieurs Flamands et Hollandais attirés tout ensemble par le désir de l’etude sous des maitres illustres et l’occasion de s’employer aux nombreux travaux artistiques que leur conhe le roi de France? N’y trouvons-nous pas Luc de Heere,
Ambroise Francken, Apert \'an der Hoeven, Corneille Ketel, Théodore Pieters et d’autres encore':'
l ne chose certaine, c’est qu’au mois de janvier 1595 Ambroise Dubois était à P'ontainebleau et y faisait baptiser un fils, issu de son mariage avec une femme Maugras, et le parrain de ce fils était Jean de Hoey, également Iteintre du roi de Phance et petit-fils de Lucas de Le)’de.
Or, devenu veuf quekpies années plus tard, Ambroise Dubois se remaria le 4 mars 1601, prenant pour femme 1^'rançoise, fille de Jean de Hoev, laquelle, devenue veuve, épousa plus tard Martin P'réminet.
E\ idemment rien ne s’oppose à ce que le peintre qui contracte ce mariage n'ait ete Jjosschaert le père, alors âgé de 70 ans, mais, encore une fois, la logique m’autorise à rapporter le fait à un homme plus jeune.
INIon argumentation a des côtés faibles; je sais qu’elle ne dissipe point le mvstère qui, jusqu’à ce jour, a plané sur la vie d’Ambroise Dubois. C’est la raison même qui m'engage à la soumettre à notre Compagnie, dans l’espoir que l’un de nos savants confrères d’Anvers sera plus heureux que moi.
fii l’on peut admettre que l’éducation du peintre s’est faite en I^'rance et sous des intluences italo-françaises, — ce cjui me paraît évident d’après les quel([ues couvres que l’on a conservées de lui et ce que démontre la simple insjiection des dessins publiés en 18^8 par MINI. Gatteaux et Baltard C), — il restera toujours à expliquer la complète absence de sa famille à Anvers. A cet égard, le changement du nom paraît d’autant plus plausible, et IM. JaJ lui-mème est amené à l’entrevoir. Il nous dit, en effet, qu’en l’an 1520, Franç'ois F'' avait acquis d’un certain Jehan Dubois, marchand de tal)leaux d ' Anvers , ]')lusieurs peintures, et il ajoute ; « Ce Jehan Dubcais, d’Anvers, etait-il un iiarent d’Ambroise Dubois, lui aussi d’Anvers, comme le dit ^on epitaphe't Je le ]iense, bien cpie je n’en aie pas la preuve. Jehan pcmvait être le grand-père d’Ambroise, et l’can comprend très bien le peintre Ambroise, ]ietit-fils de Jehan, le marchand de tableaux
X’avant, (punit aux couvres du maître, aucun renseignement nouveau a ajouter aux notices jirecedemment publiées, je ])uis borner ici ces remarques, me ccMitentant de re]iroduire, sur la nature des travaux de Dubois, 1 appréciation >ui\ ante cpie j’extrais de V 1 listoire des Peintres, jnibliée par M . Charles Flanc ( '). « L’hist((ire de riiéagène et Chariclée, ]ieinte par Du Bois en <piin/.e tableaux, dans la chambre ii coucher de la Reine, existe encore à l'ontainebleau. La com]iiasition en est sage, mais sans beaucou]i de mouvement ni de ro^^ort. J^c's figure'^ ne sont ni longues ni courtes; elles n ont ni le cai tictére de l’clégance ni celui de la force. lui couleur mancpie d’harmonie, et cependant l’artiste n’eiiqiloie que des tons fanés, des verts fades, desrouges ]iâles, des bleus jiasscs et laves, le tout sur un fond neutre. L archi-
( ‘ ) r.atnic de A/ Rrim . düc J, Di.uu', à Foui.üncblcui , peinte p,u Ambreise /)nbûis, en 1600, nou-i lli nri l\ .
i'} ïtcolc franeni^i , t. 1 1 f ; apiundicc'. ]>. 1.
tectuve y joue un ri')le important, mais elle ne tait que refroidir ce qu’ailleurs elle assolerait, parce qu’elle est Ironne surtout là où il faut racheter par la tranquillité des verticales et des horizontales le mouvement des hyures et leurs courbes multipliées.
» Du Bois n’a pas les défauts rlu Primatice et du Rosso; mais il n’a pas non plus leurs qualités intéressantes, leurs hères désinvoltures, et ce queh[ue chose de tourmenté et d’imprévu cpii parfois tr>uche au grandiose et qui toujours du mollis sollicite l’attention. En somme, l’artiste favori d’Henri l\' n'est ni un peintre bien expressif ni un peintre bien décoratif. Il ne s’adresse fortement ni à l’âme ni aux yeux. Il n’a ni l’éclat de la couleur, ni la grandeur du style qui en dispenserait. (Quelquefois, comme dans les tableaux du Louvre, où l’on voit Chariclée subissant l’épreuve du feu, ses ligures de femmes peintes en douceur et d’un ton effumé, semblent annoncer Lesueur ».
L’éclat de la couleur et la grandeur du style, c’était à Rubens, Messieurs, qu’il appartenait de les introduire dans les palais royaux de Lrance.
DÜRER (Albert).
Sl'R l.E PORTR.Ml' DK BERNARD VaN OKI.EY, PEINT PA1>: Al.HER’J' Durer iîn 1521 R)- — Parti deXuremberg le 12 juillet 1520, Albert Durer gagnait Anvers le 3 août.
Le voyage du célébré ]remtre n’etait pas entrepris dans un but exclusivement artistique. Par la force des choses, pourtant, il allait donner naissance à un ensemble de travaux qui occupent dans l’histoire des beaux-arts une ])lace considérable.
Au cours de ses visites à presque toutes nt)s grandes villes, Durer notait les incidents du voyage, ses impressions sur les choses qu’il voyait, les individus avec lesquels il s’était rencontre, les travaux qu’il exécutait, enlin ses recettes et ses dépenses.
IMalheureusenrent, ce journal, d’un intérêt si puissant, ne nous a pa> été conserve en original. On ne le C(.>nnait que par une copie, postérieure d’un siècle à la date même du V(.)yage, et qui a servi de point de de])art à plusieurs publications dont notre pays a eu l’honneur de fournir celles de Q'erachter et de Ihnchart, les meilleures de toutes.
On ne saurait attacher trop d’importance aux notes d’Albert Durer, qu’on les envisage au point de vue de l’histoire de l’art ou à celui de la connaissance de la vie sociale au début du XVP’ siècle. Elles offrent pour l'artiste et pour le curieu.x un égal intérêt et, sans doute, je n’ai pas à rappeler les précieux tableaux dout Leys fut à même d’v puiser le motif,
hlalgré le laconisme regrettable de ces annotations, la irersonnalité de l’auteur s’y révèle d’une manière frappante; on peut les comparer à de.s croquis rapides, mais dont chaque trait a sa valeur expressive.
(') Extrait du HuUdin de l' Académie royale de Bclgi'ine.
Durer n’avait assurément pas sonoé que ses observations et ses pensées intimes seraient un jour semées aux quatre vents de la publicité, que les plus ]Hiissants collectionneurs de l’Europe se disputeraient à prix d’or les feuillets épars de son carnet de voyage.
Mais quel intérêt aussi acquièrent à nos veux, grâce précisément aux indications du iournal, tous ces souvenirs de notre pays, recueillis par un tel maitre !
( )n se plait à le suivre en imagination à travers les fêtes auxquelles il assiste et dont il est souvent le héros, comme dans les réunions intimes avec les liommes marquants qui se trouvaient alors sur notre sol.
A Anvers, sa première visite est pour ()uentin Metsys; il est présent aux noces de Joachim Patenier, dine avec Erasme dont il fait le portrait, se rencontre avec Eucas de I^eyde et se divertit avec lui, se juocure par Thomas Vincidor, élève de Raphaël, des détails sur l’atelier du grand maitre et des estampes italiennes. A Bruges, à (Jand, à Bruxelles, il visite les artistes et s’absorbe dans la contemplation des œuvres célèbres de ses devanciers.
Je ne ra]ipelle ces circonstances que pour faire mieux ressortir combien le récit de Durer vient en aide à la détermination de celles tle ses œuvres datant de 1520 et de 1521, un point tpi'il importe de ne pas perdre de mio pour la clarté du sujet que je veux aliorder dans ces pages.
hhitre les nombreux artistes avec lesquels nous vovons Albert Durer entrer en relations, ]iendant son séjour aux Pays-Bas, il en est trois qu’il mentionne à ])lus d’nne reprise et qui nous intéressent particulièiement : Jr)achim De l’atenier, le Patinier, si l’on préfère, puiscpi’il était Wallon, Imcas de lœyde et Jîernard Van Orley. 11 n'est ]ias nécessaire de rappeler les details de ces rencontres.
Durer faisait grand cas de l’atenier. tlont il nous a laissé un portrait destiné qui appartient à la collection du duc de Saxe-Weimar. I^e monogramme du maitre ligure aussi sur un poi trait grave du personnage, ]4anche extrêmement rare, mais qu’on a cessé, à juste titre, d’attribuer au burin de I )iirer.
La rencontre si intéressante avec. Lucas de I^eyde donna naissance, également, à un ])ortrait dessiné, longtemps iicrdu, et dont j’ai pu signaler l’existence au Musee de Lille P)-
Les relations a\ec Bernard \Lin ()ilev furent particulièrement cordiales. San-' aller jus(pi’;i dire avec' M. Charles Narrey, dans son édition Irançaise du Jotmutl de vovaiTc ( '), que « \’an Oi ley eut la gloire d’être un des rares ]ieintrcs llamands ([ui accueillirent Albert Durer sans jalousie — car vraiment le récit du maîti'e ne contient aucune accusation à l’adresse de ses conli'ères llamands, — il est certain ipie rillustre visiteur l'eçut chez Bernard
( ' ) .I //V7 / Durer et Lm ds Je LcyJc : leur rené outre J A noere, par 1 1 en ri 11 y mans ( Du lie Un Ji s ('ûinniAsiiins !oy,i/es J'<n t et J'orchéo/ogie, I. X\’l, ]). I/2).
( ) Alhrl Dtirer o ]'enAe et J. ms les Poys- Dos , par ('.h. Narrey. Pans, i806, p.
5’an Oiie}’ des maiaïues d’estime tort grandes, et que Durer mentionne comme exceptionnellement somptueux le banquet que lui oft'rit son confrère bruxellois.
Cette annotation est suivie, à quelques lignes d’intervalle, de cette autre : « J’ai fait au fusain le portrait de maître Bernard, le peintre de Madame INIarguerite ».
On ne possède plus ce dessin; s’il se rencontre quelque jour, on pourra l’identifier sans tro]i de peine, en recourant à la même source cpii permit jadis à Bartsch, et plus récemment à moi-même, de déterminer les images de Joachim IMtenier et de luicas de Leyde, c’est-à-dire le recueil de jiortraits édité à Anvers en 1572 par la veuve de Jérôme Cock ('), sous le titre : Pictonim atiquot Germania' inferiuris e/jigies.
Une des premières places ap]iartenait à Bernard 5'an Orley dans ce panthéon des gloires artistiques de la Néeiiamle, dont chaque planche est accompagnée d’un éloge en vers latins, dû à la jdume de Dominique laimpsonius. à la fois artiste et lettré, le correspondant de V'asari.
Bien qu’on ne sache pas à quelle source ont été ]niisés les dessins originaux que Jerôme Cock, probablement à la demande de Lanqisonius, avait conhes aux meilleurs graveurs, il est certain que ces images méritent d’être accejAées comme fidèles, surtout pour les artistes du XVI'" siècle, et le fait même d’aA'oir employé les portraits de l’atenier et de Imcas de I^eyde, dont les originaux de Durer nous sont maintenant rendus, vient établir que, d'une façon quelconque, l’éditeur avait à sa disposition les meilleurs éléments.
I.e ]iortrait de Bernard 5'an Orley est-il, lui aussi, la reproduction tl’un dessin d’Albert Dtireri C’est possible, mais comme nous ne possédons pas ce dessin, le plus sage ici est de ne rien affirmer.
Il n’y a pas lieu, je crois, d’user d’autant de réserve, en ce qui concerne un autre portrait, non ]dus dessiné, cette fois, mais peint par Albert Durer, œuvre d’une originalité indiscutable et indiscutée, d’ailleurs, cpie possède I;i Galerie royale de Dresde, sous le n" 1859.
Comme tous les portraits du grand jreintre de Xuremberg, celui-ci a quelque chose de irarticulièrement individuel. Waagen lui donne de justes éloges et l'appelle « un des portraits les plus vivants de Durer ».
Le iiersonnage imberbe, coiffé d’un immense cha]ieau noir d’une forme essentiellement llamande, ])orte un vêtement noir aussi, découpé carrément sur la poitrine, laissant voir une line chemisette. Il tient une lettie.
Ignorant d’une manière complète cpie le ])ersonnage lut de ceux cpie l’on ]ioinait parvenir a déterminer, je lus très Irajiiié à la vue de cette ]ieinture dans laquelle je reconnus, dès l'abord, un des artistes llamands gra\'es en 1572. Hesiter entre l’atenier et Bernard Van Orley, dont les grandes coiffures sont si caractéristi(|ues, dont les visages osseux et imberbes se confondent dans la mémoire, était chose ]iermise ; mais l’embarras ne ]iouvait être
(') .Jérôme Cock ét.'tit mort :i Anvers le 3 octobre is;o.
(le longue durée, attendu que la lettre que tient le personnage porte une suscription et qu'elle est adressée à Bernard à... (Dem Pernli... zu), le reste .malheureusement caché par la main.
A ce premier élément de jneuve vint alors s’ajouter une démonstration hnale. La peinture, signée du monogramme bien connu de son auteur, portait la date de 1521, donc l’année de la présence d’Albert Durer dans les Pavs- Bas et de sa rencontre avec Bernard \hin üiiey.
lAi fallait-il da^■antage pour établir ces deux points : All)ert Durer a peint le portrait de Bernard 5'an Orley et ce portrait ligure dans la (ialerie de Dresdei Évidemment non, et lorsque, plus tard, je fus à même de rapprocher le croquis rapidement tracé — car il me fut impossible de trouver à Dresde une photographie P) — de la gravure du recueil de Lampsonius, ma conviction pouvait être com]4ète.
Peu de mois après, INI. INIaurice Thausing faisait ]iaraitre à \'ienne sa remarquable édition annotée des œuvres littéraires d’Albert Durer, préludant ainsi au travail grandiose que notre éminent et regretté confrère devait o.msacrer à l’illustre maitre de Xuremberg.
Bien que Thausing se soit occupé avec un véritable anuuir et avec une sagacité rare de tout ce qui concerne Albert Dfirer, le portrait de Dresde ne parait l'avoir intéressé que comme œ-uvre d'art. Malgré la date de 1521, le ]')renom de Bernard et les relations si connues des deux artistes, il ne semble pas même avoii' songé à cette \raisemblance, tout au moins à cette possibilité que l'homme qu’il avait devant lui était le peintre bruxellois dont le voxageur aimait à se rap]ieler l’accueil cordial, .l’incline à supposer, conformement à l'opinion de 51. E]ihrussi, que le portrait gravé n’avait pas passé sous ses x'eux.
Dans le beau livre (|u’il a consacré aux dessins d’Albert DureriParis, 1882), M. Ephrussi n’hésite ]ias, ]i(Uir sa part, à signaler la peinture de Dresde comme devant rap]>eler le soux’enir du portrait dessiné et perdu de Bernard \'an Orlev :
■ Le modèle de ce très beau portrait, étonnant par la vigueur et la puis- -am'c du dessin, dit M. Ephi ussi, « jvirait âgé d’enxiron 25. ans. J{t c’est là, en effet, l’âge epte devait avoir alors Bernard Van ( )iiex" dont il faut placer la date de naissiince, d'aimès les récentes recherches de 51 . Wauters, l’archix'iste, entre les années 1400 et i^oi. L’analogie fra]qiante entre ce portrait et la graxure de Wieriex, d’tuie part, et rinscri]ition : Ihui Pernh zu..., d’autre ]iart, ne laissent tiucun doute sur l’identite du jiersonnage ».
Cette alhrmation se produisant iioitr la ]iremièi'e fois, et sous la phttne d'un éerix ain doue de betiucoup de ]iénétration et de savoir, ne bit ce]iendant ■pas accueillie comme une solution.
La seconde editi(jn du lix re de 51. Thausing n'en tietit md comixte et, plus
(') -M . Itraun de Uoniacli \icni de leprnduire supéiieuremenl l’ieuvre de Durer, de la grandeur de runginal.
récemment encore, M. Woermann, le directeur même de la Galerie de Dresde, un des iconoijraphes les plus justement estimés de notre temps, a cru devoir consacrer un article spécial au portrait d’Albert Durer et dans le but exclusif d’établir qu’il ne peut représenter Bernard 5’an Orley (A-
Non seulement il n’est pas dans t()ute la démonstration de 51. Woermann le plus simple élément de preuve, mais, de idus, allant au fond des choses, je constate que tous les faits lui donnent tort. C’est à quoi aboutissent mes recherches.
Les relations d’Albert Dürer avec Bernard 54m Orley sont absolument établies. Toutefois, il v a, en dehors du peintre, trois personnages ayant ]iour nom Bernard dont la mention ajiparait dans le Journal de l'ovaor.
D'abord Bernard Stecher. Celui-ci était facteur de la puissante maison des bdigger d’Aug'sbourg, les Rothschild du XVT‘ siècle. Puis Bernard de Castell, enlin un troisième personnage dont le nom a été lu de diverses manières. Les uns en ont fait Bernard de Breslau, les autres Bernard tle RtsUn, de Resscu, de Rresslen et de Bressni
Thausing ne doutait pas que le portrait do Dresde ne représentât ce Bernard de Ressen, tout en déclarant qu’il fallait laisser indécis le ])oint de savoir si ce nom de Ressen avait été bien lu et s’il n’v avait ]ias identité de personne entre lîernard de Ressen et Bernard de Breslau déjà mentionné par Dürer (A-
B peut être utile de faire observer que Thausing n'était jras à même de con!.ri')ler ce point, par la raison qu’il ne possédait, jiour se guider, que les livres de ses devanciers et non iras la transcription manuscrite du journal de Durer qui leur servit de point de dépai t et (pii n’a été retrouvée qu’en 1S70 à la Bibliothè([ue de Bamberg, ]rarmi les papiers délaissés par Joseph Heller. Cette transcription, œuvre d’un peintre du nom de Hauer, le(.piel vivait en 1630, a été récemment éditée par M. le D' lA'ed. Leitschuh, bibliothécaire de Bamberg ( A, et constitue, par consé(|uent, la source la plus recommaudalrle que nous avons justpi’à présent pour nous guider,
( )r, dans ce nouveau texte, les Bernard de Ressen, de Resten et de Bre'-sen ont tous disparu. B ne subsiste (pie Bernard de Castell et Bernard de Bri slt n l'on Bresslen), dont 5B Leitschuh fait une même ]icrsonne sous le nom de Bernard de Breslau », bien qu’il lise et iin]-)rime Brrss/c /i , et cela, parce que dans la Silésie il a rencontré la mention d'une ancienne famille du nom de Castell (A.
Je reviendrai sur cette conclusion qu’il est bien iiermis de qualifier d'irraisonnable. Du reste, elle ne va nullement k l’encontre de ma thèse,
(') Durer' s niàmilichcs Di/Jiiiss von i~;2i in du DrcfJner Dalct ie, dans le Rcpcrlorium Jiir Runs/wissensc/uiJ/. Berlin et Stuiigart, t. Vil, p. 446.
(^) D/ircr's Uricfc, 'fiigehiic/ier un J Kcime. \'ienne, iSjj. pp. z2(/-z^o.
(.') Athrccht Diirer's Tugehuch Jet Reisc in Jic Niedcrlandc. Leipzig, if'S4.
(■*) Ibidem, p. 157.
puisque M. Leitscluih lui-méme affirme (’) que « la comparaison du tableau de Dresde avec la gravure du recueil de Jérôme Cock ne permet en aucune laçon de douter que l’une et l’autre œuvre ne représentent une seule et meme personne », ... savoir Bernard Van Orley !
\'oilà tlonc une nouvelle autorité, quant à la ressemblance. Kt pourtant^ l’auteur, lorsqu’il voit Albert Dürer noter dans son iournal qu’il a peint, â l'huile, cette fois, ■ — car là est toute la question, — le portrait de Bernard « de IJressle/i », n’en fait pas Bernard de Bnïss/e/i, le seul nom sous lequel était pourtant connu, même de Lampsonius, même de Van Mander, Bernard \'an Orley, mais il en fait l’imaginaire Bernard de Bkesi.ai:. L’éditeur n’a donc pas une coniiance certaine dans la transcription de Hauer. Mais s’il doute de B/rssle/i, on peut se demander pourquoi il n’accepte pas plutôt Brüsslen que Breslau, alors cpi’il n’v a pas même un jambage à ajouter à l'ecriture du XVII' siècle pour arriver à ce résultat.
M. Woermann reconnait la ressemblance générale de physionomie du ])ortrait de Dresde avec Bernard Van Orley, tel que nous le trouvons dans le recueil de Jérôme Cock. Toutefois, ajoute-t41, ce n’est là qu’une apparence \ aine; un examen plus proche ne conlirme pas l’analogie. Ouestion d’appréciation. Mais une erreur de fait qu’il im])orte de dissiper est commise par le savant critique lorsqu’il avance que le portrait grave, (jui passe pour être celui de \’an Orley, ne représente pas du tout ce maitre.
\'oici, à cet egard, la vérité.
Dans son i'atalo^ne raisonne de rwuvre des trois frères Wieric.x C), M . I>ouis Alvin est amené à s’occuper de la collection des portraits d’artistes, publiée par Jérome Cock, et dans laquelle tigurent plusieurs planches signées du monogramme de l’un des membres de cette laborieuse famille artistique. Il cite les éditions successives du recueil. << Dans la dernière », — la cimpiième, — ^ clit-il, « l’ordre des numéros a été interverti. Le nom de Bernard tle Bruxelles est sous le ])ortrait de Bouts et vice versa ». Cela est vrai; seulement c'ette transposition n’a pas eu lieu à la ci/u/aiènie édition, mais à la frennère. Il faut, ])Our le constater, avoir sous les yeux tout le recueil.
hans le tirage iirimitif, à l'exception des numéros d'ordre gravés dans les loinL des ])ortraits, les planches sont \ ierges de toute inscription gravée. I>es noms des personnages et les vers de Lanqisonius sont appliqués au bas de clia(|ue image par la jiresse Iv/iogi afhiijue, ce (|ui laisse les planches de cuivi'e ])arlaitement intactes. L’inqiression s’est donc laite en deux lois, une lois poui' la ]ilanche et une fois pour le texte. I )aiis le portrait de Thierry Bouts, (|ui a reçu le titre et les vers latins destinés au portrait de Van Orley, la planche s’est trouvée etre triip ]ietite pour recevoir tout le ]ioème, et les trni> derniers veis envahissent, d’au moins deux centimètres, la marge du ])a]her, en dehors, ]iar consc(|uent, di' la planche gravée.
{') Loc. Cl!., p. i-’i, note 50.
(') Hiuxellcs, 18OÔ, p. 3ÔS.
Mais, au tirage suivant, lorsqu’on eut à graver sur les planches elles-ménres, on s’aperçut de l’erreur connnise, et les noms de Thierry Bouts et de Bernard Van Orley lurent alors inscrits à l’endroit voulu. Comme, par ordre chronologique, Thierry Bouts de\ait précéder Bernard \'an Orley, il fallut corriger les ])lanches pour v changer les numéros d’ordre, l)u 5 de Beriiaru \’an Oriev on lit dojic un 6, et du 6 de T. Bouts un 5, changements visibles à tous les tirages, depuis le deuxième jusqu’au cinquième.
Admettre un seul instant que le portrait de Thierry Bouts re]rrésenterait \'an (.)iiey, et l’inverse, serait tomber dans une erreur, grosse de conséquences. M. Alvin ne l’a jras commise. Je n’insiste pas là-dessus. D’ailleurs, le costume seul des ]rersonnages subit à écarter la supposition, puisciue Van ( )rlev est venu au monde une vingtaine d’années après la mort de si>u confrère de Idaarlem, que leur costume est donc très différent.
Ouand Hondius, en 1618, publia, sous le titre Thealrum honoris, une nouvelle galerie de portraits d’artistes, dans laquelle il inséra les copies des planches de JénJme Cock, il est évident que si l'on avait adopte, pour la. dernière édition, le portrait de Bouts pour rejnésenter à'an Orley, l’éditeur de la nou\ elle collection eut suivi ce changement. Or, pour luircomme pour son devancier, Bernard de Bruxelles est resté Bernard de Bruxelles.
Jft ceci n’est pas une hvpothèse, car nous avons précisément de i;2i, l’année même du portrait de Diirer, l’image de Van Orley, peinte par luimeme, sur le volet du triptyriue de Bruxelles : Les Épreuves de Job. Devient-il possible encore de contester, cette fois, l’identitc avec le portrait grave r Je ne le crois pas.
Certes, lorsqu’il se ireint lui-même. Van (.)rley se voit avec d’autres veux que JJurer. Il donne, comme le fait aussi le graveur, plus de régularité à se-; traits. Il était, par contre, dans la nature du talent germanique d’Albert Durer d’accentuer quelque peu les caractères saillants de la figure des personnages qu’il choisissait pour modèles. A son insu, il donne plus de saillie aux pommettes, plus d’ampleur à la mâchoire, prononce davantage le menton, C’est le type franconien, en un mot. Mais la construction du masque n’en reste pas moins la même pour ce qui concerne à'an Oiiev. Le ne/, c'-t court et légèrement trapu, la face large, les sourcils écartés; de plus, les cheveux sont châtains, les yeux gris, exactement comme dans le portrait de Itresde.
Le fait de tenir une lettre », dit IM. Woermann, « fait songer non pa^ à un peintre, mais à un négociant. Pourciuoi Bernard Van t.)rle\- tiendrait-il une lettre." Est-ce (.[ue nous ne vo}'ons pas, au contraire, chez Holbein, une tendance à faire de ce détail de la lettre la caractéristique du négociant." Et nous devons bien admettre que, dans un centre commercial tel (pie l’était Anvers, IM. de « Resten » était négociant, alors même qu'il eut p()ite le titre de seigneur de Castell et possédé des terres aux environs de Breslau ».
D'abord, il n'est pas du tout exact ([u’une lettre soit nécessairement indicative, en peinture, d’une profession quelconque. Ouentin Metsys, ]iat exemple, a mis entre les mains de Pierre Egidius, l’ami d’Erasme, une lettre
dont l’adresse frappa si prodigieusement Tliomas Morus par la perfection avec laquelle le peintre l’avait tracée.
Et Egidius était un savant.
Mais ce « M. de Resten », négociant, j’ai pris, sur la place d’Anvers, des renseignements k sou sujet. Les plus anciens registres des paroisses, c’està-dire de Sainte-Walburge à dater de 1529, de Saint-Jacques à dater de 1538, de Xotre-lJaine à dater de 1542, pendant plus d’un siècle, ne suflisent pas à nous éclairer. Tieleman Rressel s’est marié en 1533 et Paul van Bredsem en 1550. Il y a aussi une Clara Rasson, citée en 1577, et une Jeanne Resson en 1596, mais ]ias un van Bressen, ]>as un van Resten.
Absence plus complète encore dans les inscriptions funéraires et dans les listes, de plusieurs milliers de noms, de la Gilde de Saint-Euc, à laquelle étaient afliliés des gens de professions fort diverses. Il faudrait donc admettre que les amis d’Albert iJiirer n’étaient guère a])parentes k Anvers.
Aux seigneurs de Castell maintenant.
Je me suis donné la peine de ])arcourir leurs généalogies. Il y a les Schenck ^■on Castell, qui sont de la Eranconie et de la Souabe; je n’ai eu la chance de rencontrer le jirénom de Bernard accolé au nom d'aucun d’eux ni avant, ni pendant, ni depuis le XVE siècle. Pour ce qui concerne les Castel, qui étaient, je crois, barons, rien non plus pendant plusieurs >iècles.
A Anvers, il y a eu naturellement des Casteel, Casteels, van Casteel, etc. Pourquoi donc Durer n'aurait-il pas fait le portrait de l'un d'eux'J Toutes mes recherches ])our trouver un Bernard Castell sont restées infructueuses. Il faut croire que Verachter serait parvenu k identilier ce personnage si cela avait été i^ossible, lui qui était archiviste d’Anvers, et avait bien déterminé les autres personnages mentionnés dans le journal.
Je dois faire observer, en terminant, que si hi. lettre du portrait de Dresde était adressée k une individualité d’origine }iatricienne, et surtout k un Allemand, nous v trouverions des titres étendus. C’est le vrai moment de faire connaitre ses (jualités ([uand on se fait pourtraire une lettre à la main, de meme qu’on profite si souvent de la circonstance pour exhiber des armoiries réelles ou prétendues. Sur le piartrait de Dresde, rien de tout cela.
En somme, la lettre que nous tend ^'an Orloy mérite d'étre prise en sérieuse considération. Je serais heureux d’avoir pu contribuer k faire obtenir au grand peintre la ].4acc qu’il sollicite dans le catalogue de la Galerie do Dresde et (lui lui a été, jusqu’à ce jour, refusee d’une manière si impitoyable.
DÜRER (Albert) et DE LEYDE (Lucas) (’)
EkiUn; KKNCON'l'KE A Ana'EKS. — Parti de Xuremberg le 12 juillet 1520, Albert Düiei' arrivait dans nos ]irovinces le 31 du même mois. Le voyage, entrepris en compagnie de sa femme et d’une jeune servante, n’était pas
(') Irxtrail du lUilIctin des Cttunuissions 1 oyales d' art et J'at chéologic. .'\nvers, 1913.
exclusivement motivé par le désir d’étudier sur place les œuvres enùmtecs par le génie de nos artistes; il avait aussi pour objet de permettre à l’auteur de la Mélajicolic de se rapprocher de l’archiduc Charle^, récemment ajipelé à succéder au troue impérial, et d’obtenir du jeune empereur la conlirmation d’une rente que le ]ieintre devait à la numilicence de Maximilien. Jhilin, Du rer se soustravait par l’absence aux dangers’ de l’épidemie qui tai>ait k Xuremberg de nombreuses victimes.
Le journal tenu ]iar Albert Dürer jrendant la durée de son séjour aux Pays-Bas a été maintes fois iniblié dans toutes les langues (A et, (pioicpie malheureusement très laconique, il constitue un des documents les plus précieux ])our l’histoire de l’art national. On suit le maître en quelque .^orte pas à ])as; on le voit entrer en relations, pendant un séjour de idus d’une année, avec la plupart des hommes uiar(|uants de notre pays, et l'accueil qu’il reçoit dans toutes les villes, Anvers, Malines, Bruxelles, (jand et Bruges, atteste que, en dépit des distances, sa rejuitation était faite dans les Pays-Bas non moins qu’en Italie et dans l’Allemagne entière. D'Anvers, but évident du vovage, le peintre lit de nmnbreuses excursions dans les ]irovinces environnantes, poussa jusqu’en Zelande et même en Allemagne, où il eut l'occasion d'assister au couronnement de renqiereur en compagnie de trois de ses c<nnpatriiAes, les patriciens nurembergeois Haim Ebner, Léonaul ('rroland et Xicolas Haller, députés k Aix-la-Chapelle comme gardiens des ornements impériaux.
h'èté comme un prince et toujours le bien-A'enu, il s’étonne naïvement, en plus d’un endroit de sou journal, d’un tel empressement.
De son C(')té, il sc montrait extrêmement gracieux, prodiguant ses planches, dessinant et peignant ses portraits et ne manquant jamais de donner, en échange de quelque politesse témoignée k lui-même ou k sa femme, soit une estampe, soit un dessin, n’oubliant jamais non plus de donner — ni surtout d’inscrire k son li\ re — un pourboire aux serviteurs chargés de lui remettre un cadeau.
L’hospitalité llamande, il faut le ilire, s’exerçait non moins généreusement au X\*L siècle que de nos jours, et I\L le D'" Thausing, qui a consacre récemment k Durer un remarquable travail C), n’hésite pas k attribuer, dans une certaine mesure, aux nombreux festins offerts au peintre dans les Pays- Bas, le développement de la maladie qui l'emporta peu d’années après son retour en Allemagne.
L’auteur décrit k ce propos un dessin de la Galerie de Brème, qui ne peut être fort postérieur k 1520, et dans lequel Durer s’est représenté nu jusqu’aux reins, alin de pouvoir mieux indiquer le siège de >ou mal.
(ri 11 l’a été pour la dernière fois en iSyj, avec d’excellentes annotations, par Al. le I'h.xuslng, dans les Oticllenschrijlcn fur Kiinstgcschichtc and Knnsltcchnik des Miltclallci s inid der Renaissance. Vienne, Braumüller.
(ri Dürek, Gcsckichtc seins Lebens und seiner Kunst. Leipzig, 1876; 1 vol.
J.e journal de voyage d'Albert Durer n’est pas seulement riche en indications ci incernant les hommes et les choses de notre pays, il mentionne encore frecpiemment des ])rinces, des savants, des artistes et des gentilshommes étrangers que le peintre eut l'occasion de rencontrer sur notre sol et avec lesquels il entretint des relations amicales, de même qu’il rapporte hdèiement les nouvelles les ]dus- intéressantes venues à sa connaissance pendant la durée de nou séjour. C’est en Belgique qu’Albert Durer apprit la dispersion des élèves de Ivaphaèl, mort depuis deux mois à peine, et qu’il ht la connaissance de l’un deux, Tlujmas \'incidor, venu en Flandre, sur l’ordre de Léon X, pour surveiller l’exécution en tajhsserie de certains cartons du maître (’). « Il a voulu me \oir, écrit-il, et m’a offert un anneau d’or enrichi d’une pierre antique valant 5 ilorins. On m’en a déjà voulu donner le double, .l’ai remis en écliange ]iour plus de 6 ilorins de mes meilleures planches ».
Plus tard, il remit encore son œuvre conqilet au peintre de Bologne, qui l’euN'oya en Italie et contre letjuel Di’irer reçut l'œuvre de Marc-Antoine, Vincidor exécuta aussi sou jiortrait pour l’emporter à Rome. C’est ce même portrait qu'Andreas Stock a gravé. C’est en Belgique encore qu’Albert Durer connut hrasme, dont il lit plusieurs fois le portrait et cpi’il croyait appelé à poursuivre l’œuvre de Luther, lorsqu'on ajqirit à Anvers, le 17 mai 1521, l’arrestation simulée du réformateur. Mais le ra]iprochement le plus curieux que nous révèle le journal de vovage est celui de Dfirer et de Lucas de Leyde.
\'an Mander a consacré quelques lignes au récit du voyage de Lucas de Leyde en Zélande et en Flambe, eu compagnie de Mabuse. Le maitre hollandais était venu en Belgicpie par un bateau spécialement affecté à son usage, et il luttait d’élégance et de faste a\ec son compagnon de route. Il traitait rii'henient ses confrères, leur offrait jrartout des banquets (pii lui coûtaient genéi'alement ]>lus de (lO Ilorins.
Lucas de Leyde était de conqrlexion délicate et la bonne chère semble a\oir bâte sa lin, ]niis([ue, toujours selon Van Mander, il prétendit avoir été enqioiMiimé pendant son séjour dans nos in'o\ inces.
C’est aux premiers jours de juin 1521 (pi’eut lieu à Anvers la rencontre des deux l'ejn'ésentants les ]ilus illustres de l’art de la haute et de la basse Allemagne. Le rai)]iroclu'ment de ces deux lioimncs, dont la renommée était alors universelle, (.tout les maîtres italicms eux-uiémes jiroclamaient à l’envi la grandeur et cpii exercèrent, l’un et l’autre, sur leurs contem])orains, une SI puissante inllueuce, nous a])]Virait encore à travers les siècles ciamme nu ejhsode emomant de l’iiistoire de l’art.
Allrert Diirer a\-ait (Lqrassc la cimpiantaine ; Lucas de Leyde comptait à peine 27 ans ;t ré])0(|ue de cette rencontre. Ils se connaissaient, sans nul doute, de réputation. Les ternies memes dans Icscpiels Durer mentionne cpi 'il
(‘) l,(,'s i.iiHs.series c-xccuiocs d’iipicx li-s caiions de Son i h l\<-nsingi i )ii étaient placées an V'aUcaii depui.s l'annee piecedeilte. \'o\ . t\’\l tt'Ks. /'.X'.s;/ iH'hrhjiK' sur As lapissuiis r! h's lujusstc) s Je hunic et Jr /’ussr lirr il l'<i uxr! i r-.
a vu J.ucas de Leyde le in'ouvent : « Maître Lucas, celui qui grave sur cuivre; il est natif de Leyde; c’est un petit homme; il se trouvait à Anvers ».
Du vivant )nème des deux artistes, on semble avoir voulu établir entre eux un parallèle très légitime dans cette circonstance, il faut en convenir, car l’un et l’autre s’étaient rendus célèbres par un ordre de travaux dont le rapprochement était aussi naturel que facile. Vasari est l’inventeur d’une histoire (pie Van Mander et Sandrart rééditent et d'ajirès hupielle une ^ critable rivalité aurait existé entre les deux maitres, et cette rivalité aurait abouti au voyage d’Albert Dbrer dans les Pays-Bas, dans le but exprès de faire la connaissance de Lucas de Le3'de. Cela est inadmissible, car nulle part, dans ses écrits, Albert Dbrer n’a mentionne les travaux de son confrère néerlandais. D’autre jiart, cependant, il est permis de croire, qu'à l'exemple de Marc-Antoine, celui-ci se soit apiilique à l’étude des (cuvres de l’illustre maitre allemand, âgé de plus de 30 ans, à l’epocpie où le jeune Lucas commençait à manier le burin.
L’initiative de la rencontre des deux artistes partit de Lucas de Levde. « Il m’a invité à diner », dit Dbrer, et il ajoute les passages qu’on connaît. C’est prestpie tout. La rencontre ne le frappa ]ioint ; « C’est un jietit homme » ; mais il ne dit jias (pie la conversation ait roule sur des choses d’art; il ne dit pas davantage que l’on se soit mutuellement numtré des planches récentes ou communiqué des imrcédés.
On dessina pourtant, puis(pie Dbrer écrit ; « .l’ai fait le portrait de maitre Lucas de Levde », et sans (h.nite aussi l’on joua, car, immédiatement apres, nous trouvons cette mention : « .l’ai perdu un llorin au jeu ». A (pielques jours de là, il 3- eut un échange d’œuvres, Albert Dbrer donnant pour huit florins de ses travaux en échange de toute la série des cuivres de maitre Lucas. I>e laconisme de Dbrer dans cette circonstance est fort regrettable; il atteste cependant que les deux maitres n’avaient ]ias attendu leur rencontre pour apjnendre à se connaître. Dîner est frappe de la petitesse de Lex'de et la mentionne.' (Juant à son art, il le connaissait assez pour n’en avoir plus rien à dire.
Il nous est resté toutefois de ce rapi>rochement momentané un témoignage inestimablement précieux ; le portrait de Lucas de Levde.
J.’existence de cette (cinre jirécieuse n’avait iioint été signalée jus([u’à ce jour, et M. le professeur Thausing, si patient dans ses recherches sur Albert Durer, ne semble pas avoir connu l’œuvre importante que le hasard nous permet de déterminer.
Dans une étude tpi’il cimsacre au Musée W’icar, de Lille (4, si riche, comme l’on sait, en dessins de maitres, un écrivain français, M. Gonse, cite avec admiration un dessin de Durer, dont il joint la copie à son article, « Le portrait d'homme au ctan'on d’argent, sur un papier préparé, est, dit-il, un véritable chef-d'(cuvre, et certainement l’une des perles de la collecti(.:)n.
(") Ga'utte dcf, Beaux -Artf., février p. So.
Ouoique cette ligure vivante ne ^oit exprimée que par quelques traits, linéaments à demi eftacés, sa valeur la place au rang des plus beaux dessins de Durer, qui en a laissé tant de si beaux! » Ce portrait, si justement admiré, n’est autre que celui de Lucas de Levde dont parle le journal de \'oyage d’Albert Durer.
Au premier coup d’œil, l’ceuvre annonce une face germanique courte et large, mâchoire forte, pommettes saillantes. Le costume aussi : vaste chapeau à bords relevés, entièrement semblable à la coiffure de O. Metsys dans le ]iortrait bien connu du Musée de Florence, est essentiellement néerlandais. Ce n’est ])as, sans doute, sur d'aussi faibles preuves que se fonde notre assertion; voici, pensons-nous, qui la confirme :
Daii'^ le précieux recueil de portraits d'artistes publié à Anvers, en 1572, sous le titre de Pictorum nli(jnut celebriuiu Germauicr injerioris cjjisxies, nous trouvons, à la ]iage 10, le portrait gravé de Lucas de Leyde, exé('uté d’après le dessin même du IMusée Wicar, que reproduit M. Gonse. Ce portrait, siqrérieurement gravé, le plus beau du recueil, a pu passer en quelque sorte inaperçu par un concours de circonstances qui tendaient à lui faire perdre une partie de son intérêt. Prive de tout monogramme et de toute marque de graveur, il a été écarté par M. Alvin de son œuvre des frères VViericx(h). De plus, Lucas de lœvde nous ayant laissé deux portraits de >a propre main, on a nécessairement pensé que ces ttuvres personnelles devaient donner des traits du maitre l'interprétation la plus fidèle.
lai planche insérée dans les effigies n’est iiostérieure t[ue d’une trentaine d’années à la mort de Lucas de Levde, l'ouvrage ayant été ju'éparé complètement ]tar le célèbre graveur-editeur .lén’)me Cot'k, mort lui-mème en 1570, er dont la veuve ne lit paraître (pie deux ans plus tard le volume. 11 est donc -présumable que le dessin aura été communique par la famille même du peintre. Ahnis pom ons croire d’autant mieux qu il en est ainsi cpie les autres jiortraits ])ortent un cachet irrécusable de sincérité.
L’absence du monogramme d’Albert Dîner sur la gravure nous fera-t-elle croire à la faisilication du dessin de Lille qui porte ce monogramme f En aucune sorte, et M. Gonse soumet les (vinres allemandes de la collection W’icar à une critiipie trop minutieuse, pour excepter le iiortrait ipi il loue avec tant de raison, du jugement sévère porté par l’auteur sur la plupart des autres dessins attribués a Albert Diirer dans la collection lilloise.
( )b>ervons d’ailletirv (pie le portrait do .loachim Patenier, insère dans notre recueil (fil. 8), est encore une ctuvre de Durer; ce ]-iorlrait de maitre .loachim cju’il dit avoir lait au cniyon (h et dont la gravure a été rangée erronément (hms l’o.tn re du maitre ]-»ar .\dam Ikirtscli, qui déclaré iirécisement ipie c est au recueil de .len^me Cock (pi’il est redevabh' d’avoir jm comiaitre le person-
(') M. I iKisaii.iN, dans bon CiiUilouiu' Ji' forlriul^, \\" 1 i wCi;, cite un poi liait de Lucas de Lcvd(.-, par .lerônie Wicricx. i|ui esl sans nul doulc la pièce donl il e.st ipiestion ici. g) I'uausim;, Nii'Jc'i'/ànJisr/ir Rnz<\ p. ii7-
nage représenté. Tout comme le portrait de Lucas de Leyde, la planche est privée de monogramme. Nous nous permettrons même, d’après les omissions que nous venons de constater, la conjecture que le portrait, d’une si parfaite exécution, de Bernard Van Orley (pl. 6), reproduit un autre dessin d’Albert Dürer, renseigné dans son journal comme exécuté pendant son premier séjour à Bruxelles. « J’ai fait au fusain le portrait de maitre Bernard, le peintre de Madame Vlarguerite ». Si Ton ]rrenait, pour les reproduire, les portraits de Lucas de Leyde et. de Patenier, dessinés par Dürer, on a bien, pu également prendre celui de Bernard Van Orley.
Si l'authenticité du portrait de Lucas de Leyde ne semble pas pouvoir être contestée, nous ne pouvons cependant omettre de signaler cette circonstance, que relligie du maitre, tracée par son propre burin (’), rappelle fort peu celle que traça le crayon de Dürer quatre années auparayant. Le portrait execute par Andréas Stock (comme pendant à celui de Dürer, dessiné par Vincidor) ne ressemble pas dayantage à la planclre de Lucas de Leyde.
Pourtant, lorsque Hondius lit paraître, en i6i8, à Amsterdam, son TJieatrum honoris, alors qu’il reprenait les portraits autrefois publiés par Jérôme Cock, en y ajoutant ceux des artistes qui axaient brillé depuis, il préfera reproduire le portrait de Lucas (.le Leyde d’après sa propre yersion, tout en conseryant les yers dont Lampsonius axait accompagné le portrait d’Anxers :
l'u quocjue Durero non par, sed proxime, Luca.
Seu 'fabulas pingi.s, seu formas sculpis aliénas
Ectipa reddenies tenu! miranda papyro
Haud minimam in partem (si qua est ea glona) nosirn'
Accédé, et tecum natalis Leida, Cama'iue.
Ces yers nous prouyent assez que si I.ucas de Leyde axait rèxé de surpasser ou même d'égaler Durer, comme l’ont prétendu certains auteurs, les hommes de son siècle même axaient su parfaitement lui assigner son xeritable rang auprès du maitre. de Xuremberg; no)i par, sed proxime, et cette appréciation; fut admise en Hollande même et conlirmée par la (postérité.
Le 12 juillet 1521, Albert Dürer quittait Bruxelles pour reprendre le chemin de l’Allemagne. Quant à Imcas de Leyde, on suppose tpi’il prolongea pendant quelques mois encore son séjour en Belgique, car, en Tannée 1522, les registres de la confrérie de Saint-Luc d’Anvers mentionnent la réception comme franc-maitre d’un Lukas de llollandere.