‹ Œuvres de Henri HymansChapitre 15 sur 21 · RAPHAËL · texte numérisé non relu

RAPHAËL

Le jeune cardinal a Madrid (’)• — C’est, semble-t-il, presque un lien commun de dire que non seulement Raphaël peut être regardé comme un des plus grands portraitistes, mais qu’il occupe le plus haut rang parmi les représentants de cette branche de l’art. On ne peut nier cependant que les prix énormes payés pour certains portraits de Rembrandt, de Franz Hais, du Titien, de Vélasquez, sans même parler de Van Dyck, Rubens ou Gainsborough , semblent laisser quelque peu dans l’ombre les portraits admirables de Raphaël que quelques Musées ont l’heureuse fortune de posséder.

Fersoune, en effet, ne pourrait refuser de ranger le Léoii A’ de Florence, le Cardmal Passerini de Naples ou le Jeune Cardinal de Madrid au nombre des plus admirables portraits qui soient jamais sortis du pinceau d’un artiste. Aucun visiteur du Frado, où l’on peut dire qu’il n'}" a que des chefs-d’œuvre, ne peut avoir oublié cette tête, avec traits si distingués qui nous éblouit par la profondeur de l’expression et la perfection de l’exécution, malgré le voisinage si proche de quelques-unes des plus nobles œuvres des peintres les plus fameux.

Et cependant la célébrité de ce tableau n’est pas à la hauteur de sa valeur incom]iarable.

Quant à l’identité du personnage, nous avions jusqu’à présent le choix entre un certain nombre d’ideutilications proposées, il y a longtemps, par diftérents iconographes. Sur une gravure de Lewis Grimer (1834), le Jeune Cardinal est indiqué comme étant Juiliano de Medici, plus connu sous le nom de « papa Clément VU ». Un peu plus tard, Fassavent, citant Vasari, proposait le Cardinal Bibiena, non pas à cause de la ressemblance, mais d’après les Mémoires du cardinal Bandini. Bibiena aurait donné son portrait au comte Castiglione, qui l’aurait apporté en Espagne en même temps que son propre portrait. Fuis vint Valentiuo Carderera, auteur d’une célèbre iconographie espagnole. D’après lui, il ne pouvait être question ni de Clément VII ni du cardinal Bibiena, mais du Cardinal Alisosio, célèbre par le portrait qu’en a fait Faolo Giovio C).

{ ' ) The Burlington Magazme (novembre 1911, p. 89).

O Don Pedro Madkazô, Calalogo descriptivo e historico dcl Musco del Prndo. Parte primera. Madrid, 1892, n" 367.

Récemment, nous avons entendu signaler le fait très inattendu de l’inscription, faite il y a plusieurs siècles, sur le dos de la peinture du nom à.'A}itonio Moro, le grand peintre néerlandais (’). Mais toute attribution à ce peintre me paraît iniustilîable, et j’avais raison A).

L’identification que je me risque à proposer ne repose pas sur un texte qui, peut-être, serait de peu de valeur, mais sur un document plus parlant, si l’on peut dire, sur une médaille datant précisément de l’époque du portrait. Attribuée à Caradosso (Christoforo Foppa) par von Fabrizy (^), la médaille représente de profil le jeune cardinal Scaramuccia Trivulzio Aucun doute ne peut subsister sur la ressemblance, et, en outre, la concordance de dates est parfaite entre le peintre et le modèle.

Scaramuccia Trivulzio devint évêque de Corne en 1508 et cardinal en 1517. En haute faveur auprès du pape, il fut nommé évêque de Plaisance en 1522, Raphaël étant mort à cette date. La médaille nous montre le personnage, évêque de Corne. Trois années étaient écoulées depuis la mort du peintre. Le portrait fut donc peint entre 1517 et 1520.

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