‹ Œuvres de Henri HymansChapitre 18 sur 21 · CENTENAIRE DE L’ACADÉMIE ROYALE DE BELGIQUE · texte numérisé non relu

CENTENAIRE DE L’ACADÉMIE ROYALE DE BELGIQUE

L’Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts va célébrer le Centième mmiversaire de sa fondation. La savante assemblée fut constituée eu 1772. C’était sous le règne de Marie-Thérèse. Un fait digne de remarque en ce qui concerne notre pays, c’est que, tout en demeurant pendant des siècles sous la domination étrangère, relevant d’un pouvoir dont le siège fut presque toujours à l’étranger, il n’a jamais tenu une place effacée dans aucun des travaux de l’intelligence. Non seulement nos compatriotes ont tenu à l’étranger un rang distingué dans les arts, les lettres, les sciences physiques et mathématiques, mais ils conservaient à la patrie elle-même un relief que politiquement elle ne devait plus avoir.

Dès l’année 1769, il s’était constitué à Bruxelles une société littéraire sous les auspices du comte de Cobenzl. Elle eut sa première séance le 5 mai de la même année, mais, malgré le haut patronage du ministre, elle ne réussit pas à se constituer sérieusement, soit que la ligne des travaux n’eùt pas été nettement déterminée, soit pour toute autre cause.

Le 16 décembre 1772, l’impératrice Marie-Thérèse rendit un décret constitutif de l’Académie impériale et royale des sciences et belles-lettres. Le décret donnait pour local à l’Académie la salle de la Bibliothèque royale qui venait d’être ouverte dans un local dépendant de l’ancienne Cour, rue d’Isabelle. Pour prouver toute l’importance que la souveraine attachait à l’institution nouvelle, il importe de citer ce passage de son décret : « P'inalement, et pour donner une marque ultérieure de l’estime particulière que nous accordons aux talents utiles et à ceux qui savent les cultiver avec succès, nous déclarons que la qualité d’académicien communiquera à tous ceux qui en seront décorés et qui ne seraient pas déjà anoblis ou de naissance noble les distinctions et prérogatives attachées à l’état de noblesse personnelle, et ce en vertu de l’acte de leur admission en cette compagnie. »

Présidée par le chancelier de Crumpipen, l’Académie comptait alors quarante-sept membres, tant régnicoles qu’étrangers. Au nombre des titulaires nous voyous l’abbé Paquot, Desroches, le grammairien, l’abbé Mann, de la Lande, le marquis de Chasteler, etc. La première séance eut lieu le 13 avril 1773. Pendant toute la période qui s’écoula depuis la fondation jusqu’à la Révolution française, l’Académie continua ses travaux sans accidents. Elle publia cinq volumes de mémoires sur les sciences et les lettres, et provoqua la création d’un très grand nombre d’ouvrages sérieux, presque les seuls, pourrions-nous dire, qui furent livrés à l’impression à cette époque. Dès 1769 à 1795, plus de soixante mémoires furent couronnés. (*)

(*) L’Écho du Parlement, 26 mai 1873.

Certaines questions qui, dès lors, étaient traitées, font encore aujourd'hui l’objet des études des savants. Ainsi le marquis de Chasteler eut, en 1778, un mémoire couronné sur les principales émigrations ou expéditions des Belges aux pays lointains. D’autres questions ont naturellement perdu une grande partie de leur intérêt. Il y a, par exemple, cette question : « L’emploi des boeufs dans nos provinces, tant pour l’agriculture que pour le transport des marchandises sur les canaux, etc., ne serait-il pas préférable, tout considéré, à celui des chevaux, dont on se sert généralement? » Nous avouons n’avoir pas recherché la réponse que fit à la question le R. P. Norton, professeur de théologie, recteur du collège des Dominicains anglais à Louvain. En 1787, M. J. -B. Prévinaire, de Bruxelles, publiait un mémoire sur les enterrements précipités.

Bref, on travaillait. Vint la domination française. C’est de toutes les dominations qui se sont succédé en Belgique celle qui nous anéantit le plus. Dépouillés une première fois de nos monuments artistiques par l’Autriche, la France nous enleva ce qui restait, et elle le put d’autant plus facilement que, sans parler des démolitions, nombre d’églises furent fermées au culte. Nos tableaux, nos statues, nos manuscrits précieux, tout s’en alla à Paris; nous commencions à devenir « Belges comme des oies »; les lettres et les arts pouvaient sommeiller, comme nos villes où l’herbe croissait dans les rues. Et lorsque, plus tard, à l’aide du trop-plein des œuvres provenant des conquêtes de la République, on songea à constituer à Bruxelles un musée, la direction dut aller implorer à Paris la restitution d'au moins une œuvre flamande de quelque valeur, car il y avait chez nous de jeunes artistes qui ne savaient pas ce que c’était qu’un Rubens ou un Van Dyck! Il ne fallait plus songer à travailler pour le pa}"S lui-même; aussi l’Académie resta-t-elle dispersée jusqu’à la constitution du royaume des Pays-Bas.

L’Académie avait tenu sa dernière séance le 21 mai 1794; elle ne fut plus réunie que le 18 noveml)re 1815. 11 ne restait que huit de ses anciens titulaires. L’arrêté de réorganisation est du 7 mars 1816. Quelques semaines plus tard, le roi Guillaume adjoignait aux anciens membres, trente-quatre membres nouveaux, parmi lesquels le conseiller Raepsaet, le baron de Villenfagne, Ch. Van Hultem, Van Lennep, Dewez, le professeur Kemper et M. d’Omalius-d’Halloy, le doyen actuel de l’Académie et le seul de ses membres dont la nomination remonte à l’époque de la reconstitution.

Après M. d’Omalius, c’est M. Ouetelet, secrétaire ]ierpétuel, qui est le plus ancien membre. Sa nomination date du i" février 1820. Il compte donc plus d’un demi-siècle de présence sur la liste des titulaires.

M. Ouetelet est aussi membre de la Classe des beaux-arts de l’Académie. Il y est entré par l’arrêté organisateur du décembre 1815, en compagnie de MM. Alvin et Van Hasselt, pour constituer ilans la Classe des beauxarts la section des sciences et des lettres dans leurs rapports avec les beaux-arts.

Pour poursuivre les faits dans leur ordre chronologique, il importe de dire l’inlluence que notre Révolution exerça nécessairement sur l’Académie.

Composée comme elle l’était sous le Gouvernement hollandais, elle avait en Hollande la moitié de ses membres. Cet ordre de choses devait nécessairement être modifié. Aussi M. B. Dumortier, lorsqu’il déposa, dans la séance du 3 octobre 1833 de la Chambre des Représentants, un projet de reconstiüition, y inscrivit-il comme condition essentielle que tous les membres titulaires fussent Belges, en proposant, en outre, de donner à l’Académie la dénomination de « belge ». Pour ne pas exclure les titulaires domiciliés à l’étranger, on leur laissait la qualité d’associés ou d’honoraires. En même temps M. Dumortier faisait ressortir l’importance qu’il y avait à adjoindre à l’Académie une Classe des beaux-arts, comprenant les peintres, sculpteurs, graveurs, architectes et musiciens les plus en renom dans le pays, en leur adjoignant aussi une section de littérateurs et d’historiens qui se seraient occupés plus spécialement des beaux-arts.

Pour une foule de motifs le projet de reconstitution ne fut intégralement admis qu’à la fin de 1845. Il créa la section des beaux-arts, et l’Académie porta désormais le titre officiel d’ Académie des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique. Les nouveaux titulaires artistes étaient MM. De Keyser, Gallait, Leys, Madou, Navez, Vander Haert, Verboeckhoven et Wappers, comme peintres; G. Geefs et E. Simonis, comme sculpteurs; Braemt, comme graveur; Roelandt et Suys, comme architectes. Les musiciens étaient MM. Ch. de Bériot, F. Fétis, C. Hanssens et Vieuxtemps.

De ces quatre ne survit que M. Vieuxtemps. Les littérateurs étaient MM. Alvin, Quetelet et Van Hasselt. Quoique du même âge que les musiciens, ils ont survécu. Les peintres, eux, ont été assez bien épargnés, Navez, Leys et Vander Haert ont seuls succombé, les deux derniers à la fleur de l’âge. Tous les architectes nommés par l’arrêté constitutif de 1845 sont morts déjà. Le plus ancien des titulaires actuels dans cette branche, M. Partoes, a été élu le 9 janvier 1846, avec les membres dont le choix était abandonné à la section elle-même aux termes de l’arrêté royal. M. G. Geefs est dans le même cas.

Pour finir cette courte étude, il nous reste à dire un mot de la constitution intérieure de l’xVcadéinie.

La Classe des sciences se compose de trente membres répartis par moitié dans la section des sciences mathématiques et physiques et par moitié dans la section des sciences naturelles. M. d’Omalius, M. Quetelet et M. Dumortier sont les plus anciens membres de cette Classe. Chacune des sections a des correspondants dont le nombre peut être de dix au plus. La section des sciences mathématiques et' ph5"siques a vingt-trois associés et celle des sciences naturelles en a un pareil nombre. Elie de Beaumont, Darwin, le professeur Owen et sir Charles Lyell sont les plus connus d’entre ces savants étrangers.

La Classe des lettres compte aussi trente membres, dix correspondants et cinquante associés. Parmi ceux-ci il faut citer comme les plus célèbres MM. Thiers, Guizot, Wolowski, Disraeli, Cantu, Doellinger. Enfin la Classe des beaux-arts qui a trente membres répartis dans les sections de

peinture, de sculpture, de gravure, d'architecture, de musique et de lettres dans leurs rapports avec les beaux-arts. Plus en tout dix correspondants. Parmi les cinquante associés elle compte : Landseer, Gérôme, Robert Fleury, Kaulbach, Messonnier, Donaldson, Viollet-le-Duc, Verdi, etc.

Les Classes ont respectivement pour directeurs : celle des sciences, M. d’Omalius-d'Halloy ; celle des lettres, M. D. Dedecker; celle des beauxarts, M. Ed. Fétis.

S’il en faut juger par l’âge actuel des académiciens, dans un demi-siècle il n’y aura plus aucun membre ayant participé à la fête jubilaire du 28 mai 1872.

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