A QUEI. AGE
A quel Age sera-t-il permis de se marier? Il ne iluit jamais l'être avant l age où les parties contracTtantes sont censées connaître la valeur de cet engagement, et l'on doit être encore plus sévère à cet égard dans les pays où le mariage est indissoluble. Que de précautions ne faudrait-il pas pour prévenir un engagement té-
méraire lorsque le repentir serait inutile? 'Le droit ne peut avoir dans ce cas d’époque an- U'ricnre à celle où l'individu entre dans l'administration de scs biens. Il serait absurde qu'un homme put disposer de lui-même pour toujours à un âge où il ne lui est pas permis d'aliéner un pré de la valeur de dix écus.
SECTION V
A gi:i LE CHOIX?
De qui dépendra le choix d'un époux ou d’une épouser Cette question présente une ahsurtlité apparente, sinon réelle : comme si un tel choix pouvait appartenir à quelque aulie qu'A la partie intéressée.
Les lois n’auraient jamais dû confier ce pouvoir aux pères : il leur manque deux choses essentielles pour le bien exercer; les connaissances requises pour un tel choix, et une volonté dirigée au vrai but. La manière de voir et de sentir des pères et des enfants n'est pas la même ; ils n’ont pas le même intérêt. L’amour est le mobile de la jeunesse; les vieillards ne s'en soucient guère : la fortune, en général, est une faible considération auprès des enfants ; elle absorlie toutes les autres chez les pères. Ce que veut le HU, c'est d'être heureux ; ce que veut le père, c’est qu’il le paraisse. Le fils peut
vouloir sacrifier tout autre intérêt à celui de l'amour; mais le père veut qu'il sacrifie cet intérêt à tout autre.
Recevoir dans sa famille un gendre ou une bru qui déplaît, c’est une circonstance fâcheuse pour un père ; mais n'est-il pas bien plus cruel pour les enfants d’être privés de l'époux ou de réponse qui ferait leur bonheur? Comparez les peines de part et d’autre : y a-t-il égalité? Comparez la durée proliablc de la carrière du père et du fils; voyez si vous devez sacrifier celle qui commence à celle qui finit.— Voilà pour le simple droit d'empêcher. Que serait-ce si , sous le masque d'un père, un tyran impitoyable potivait abuser de fa douceur et de la timidité de sa fille pour la forcer d’unir son sort à un éjioux détesté ?
Les liaisons des enfants dépcndentbcaucoup
DU MAHIAGE.
fies pères et (les mères. Cela est Trai en partie |>our les 6U , et entièrement pour les filles. Si les pnreritsn<‘£;li('ent d'user de ce droit, s'ils ne s’appliquent ^as à diri(ver les inclinations de leur famille, s^iU abandonnent au hasard le choix de leurs conuaissanccs, à qui doivent-ils se prendre des imprudences de la jeunesse? Au reste, en leur ôtant le pouvoir oe p,èner et de forcer, il ne faut pas leur ôter celui de modérer et de retarder. On peut distin{pier deux époques dans l’â{;e nubile. Pcndantlapremière, le défaut de consentement des parents suffirait pour annuler le maria(*e. Pendant la seconde, ils auraient encore le droit de retarder de quol- (pies mois la célébration du contrat. Ce temps leur seraitdonnépour faire valoir leurs conseils.
Il existe une coutume bien sin^lière dans un pays de l’Europe renommé par la sa{^esse de ses institutions. Le consentement des pères est nécessaire aux mineurs, k moins que les amants ne puissent faire cent lieues avant d'etre atteints. Mais s’ils ont le bonheur d’arriver dans un certain village, et de faire prononcer à la minute une bénédiction nuptiale par le premier venu, qui ne leur fait aucune question, le mariage est valide, et l’autoritc paternelle est déjouée. Est-ce pour l’encouragement des aventuriers qu'on laisse subsister un privilège do cette nature? Est-un désir secret a’a^aîblir le pouvoir des pères, ou de favoriser ce qu’on appelle ailleurs des mésalliances?
SECTION VI