DE LA SATISFACTION VINDICATIVE
Le sujet ne demande pas beaucoup de rè{;les particulières. Toute espèce de satisfaction entraiiiaut une peine pour le délinquant, produit naturellement un plaisir de venjjeance potu: la partie lésée.
Ce plaisir est un {^ain. Il rappelle la parabole de Samson : c'est le doux qui sort du terrible : c'est le miel recueilli dans la miculc du lion. Produit sans frais, rcfsultat net d'une opération nécess.aire à d'autres titres, c'est une jouissance à cultiver comme toute autre; car le plaisir de la vengeance, cunsidth'é abstraitement, n’est, comme tout autre plaisir, (ju’un bien en luimême. Il est innocent tant qu il se renferme dans les bornes de la loi : il ne devient criminel qu’au moment où il les franchit. Non, ce n'est pas la vengeance 4|u’il faut regarder comme la passion la plus maligne et la plus dangereuse (lu cœur buinain : c’est l’aiitinathic , c’est rintolérance, ce sont les haines u orgueil, de préjugés, de rcligioij et de politique. Kp un mut, riiiiniilié dangereuse, ce n’est pas riiiiinitté fondée, mais riiiitiiitié .sans cause légitime.
Utile à l'individu, ce mobile est même utile an public, nu, pour mieux dire, nécessaire. Cest cette satisfaction vindicative cpji délie la langue dc.s témoins, c’est elle qui anime l'accusateur et l'engage au service de la justice, malgré les embarras , les dépenses , les inimitié.s auxquelles il s'expose : c'est elle qui surmonte la pitié publique dans la punition des coupables. Otex ce ressort, le rouage des lois ne va plus, ou du moins les tribunaux n’obticiidront plus de services qu’à prix d’argent, moyen qui n'est pas seulement onéreux à la société , mais en-
core qui est exposé à des objections très-fortes.
Des moralistes communs, toujours dupes des mots, ne sauraient entrer dans cettevérité. L'esprit de vengeance est o<licux ; toute satisfaction uisée dans cette .source est vicieuse : le pardon
es injures est la plus belle des vertus Sans
doute, ces caractères implacables qu'aucune satisfaction n'adoucit, sont odieux et doivent l'être : l'ouUli des injures est une vertu nécessaire à l'humanité, mais c'est une vertu quand la justice a fait sou œuvre, quand elle a n>urni ou refusé une satisfaction. Avant cela, oublier les injures, c’est inviter à en coniinettre, ce n'estpas être l’ami, mais l'ennemi de la s(»ciété. Qu'cst-cc que la méchanceté pourrait désirer de plus qu'un arrangement où les offenses seraient toujours suivies du pardon?
Mais que faut-il faire dans le hut d'accorder cette satisfaction vindicative? il faut faire tout ce que demande la justice pour répondre aux fins des autres satisfactions, et pour la peine du délit; il ne faut rien de plus. Le moindre^ excédant consacré à cet objet serait «n mal en pure perte. Infligez la peine qui convient, c'est à la partie lésée à en tirer le degré de jouissance que sa situation coaipurte , et dont sa nature est susceptible.
Cependant, sans rien ajouter à la gravité de la peine dans ce but particulier, on peut lui donner de certaines modifications, selon les sentiment.s qu'on doit supposer a la partie lésée, soit d'après sa position, soit d'après l'es- >ècc du délit. On en a vu des exemples dans c chapitre précédent : on %n verra d’autres à propos du cnoix des peines.