DES PEINES ABERRANTES OU DÉPLACÉES
Ija peine doit porter directement sur Tindi^ vidu qu’on veut soumettre à son influence. Vou* leZ'Vous influer sur Ticiuii , c’est sur Titins qu’il faut apir. Une peine deslint^e àinfluersurTitius tombe-t-elle autre jpart que sur Titius même, on ne peut nier qu elle ne soit déplacée.
Mais une peine dirigée contre ceux qui lui sont chers est une peine contre lui-méme: car il participe aux souffrances de ceux auxquels il est attaché par .sympathie, et l’on a une prise sur lui par l’intermédiaire de scs aHections. — Ce principe est^ai, mais est-il bon? est-il conforme à l utilité
Demander si une peine de sympathie agit avec autant de force <|ue la peine directe, c’est demander si en general rattachement qu’on porte à autrui est aussi fort que l’amour de soi-même.
Si l’amour de soi-même est le sentiment le plus fort, il s’ensuit qu’on ne devrait recourir aux peines de sympathie qu’après avoir épuisé tout ce que la nature hnmainc peut souffrir en fait de peines directes. Point de torture si cruelle qu'on ne dut employer avant de punir l’épouse pour le fait do l’t'poux, et les enfants pour le fait du pere.
Je vois dans ces peines aberrantes quatre vices principaux :
1* Que penser d’une peine qui doit souvent manquer, faute d’objets sur ie.H(|uels on puisse l’asseoir ? Si, pour faire souffrirTîtius, vous vous attachez à trouver les personnes qui lui sont chères, vous n'avez d’autre guide que les relations domestiques, vous êtes conduits par ce fil à son père et à sa mcrc , à sa femme cl à scs enfants. La tyrannie la plus cruelle ne sait pas aller plug loin. Cependant il y a beaucoup d’hommes qui n’ont plus leur père et leur mère, qui n’ont ni femme ni enfants. Il faut donc appliquer à cette classe d’hommes une peine efirecte : mais dès qu’il y a une peine directe contre ceux-ci , pourquoi ne sufflrait-elle pas contre les autres?
a* Et cette peine ne suppose-t-elle pas des sentiments qui peuvent ne point exister? Si Titius ne se soucie ni de sa femme ni de ses enfants, s’il les a pris en haine, il est indifférent tout au moins au mal qui les concerne : cette partie de la peine est nulle pour lui.
3* Mais ce qu’il y a d’effrayant dans ce système , c’est la profusion , c’est la multiplication des maux. Considérez la chaîne des liaisons domcstiqiies , calculez le nombre des descendants qu’un nomme peut avoir ; la peine se communique de l’un a l’autre, elle gagne de proche en proche, comme une contagion, elle enveloppe une foule d’individus. Pour produire une peine directe qui équivaudrait à un, il faut créer une peine indirecte et improprement assise quiéquivautèdix,àvingt, à treute, à cent, à mille , etc.
4* La peine ainsi détournée de son cnnrs naturel n'a pas même l’avantage d’être conforme au sentiment public de sympathie et d’antipathie. Quand le di^inquant a payé sa dette personnelle à la justice, la vengeance publique est assouvie et ne demande rien de plus. Si vous le poursuivez au-delà du tombeau .sur une famille innocente et malbeurcu.se, bientôt la pitié publique se réveille , un sentiment confus accuse vos lois d'injustice, l'hamanité se déclare contre vous et donne chaque jour de nouveaux partisan.s a vus victimes. Le respect et la connancc
i>our le gouvernement s’affaibli.sscnt dans tous es cwurs ; et tout ce qu’il retire de cette faasso politique, c’est de paraître imbécille aux yeux des sages, et barbare à ceux de la multitude.
I..6S liaisons d'individus à individus sont tellement complitpiécs , qu’il est impossible de séparer entièrement le sort de l'innocent d'avec celui du coupable. Le mal que la loi destine à un seul s'extravase et se répand sur plusieurs par tous ces points de sensibilité commune (|ui résultent des affections , de l'honneur et des intérêts réciproques. Une famille entière est dans la souffrance et dans Ica larmes, pour le délit