DES PEINES ET DES PLAISIRS CONSIDÉRÉS COMME SANCTIONS
On ne peut infloer sur la volonté que par des motifs, et qui dit motiydit peine ou plaisir. Un être à qui nous ne pourrions faire éprouver ni peine ni plaisir, serait dans une entière indépendance à notre égard.
La peine ou le plaisir qu’on attache à l'ol>servalion d’une loi, forment ce qu’on appelle la sanction de cette loi. Les lots d’un état ne sont pat lois dans un autre, parce qu’elles u’y ont point de sanction , point de force obligatoire.
On peut distinguer les biens et les maux en quatre classes :
|o Physiques, ao Moraux.
3*^ Politiques.
4** Religieux.
On peut par conséquent distinguer quatre sanctions, en considérant ces biens et ces maux sous le caractère de peine et de récompense attachées à certaines règles de conduite.
|o Les peines et tes plaisirs qu’on peut éprouver ou attendre dans le cours ordinaire de la nature, agissant par elle-même sans in-
> tn peinn et let plaisirs de «yrnpathie pourraient être
terrenCion de l.i part des hommes, composent U sanction phrsique ou naturelle.
Les peines ou les plaisirs qu’nn peut éprouver ou attendre de la part des hommes , en vertu de leur amitié nu de leur haine , de leur estime ou de leur mépris, en un mot, de leur disposition spontanée à notre égard, composent la sanction morale. On peut l'appeler encore sanction populaire , sanction de T opinion publique^ sanction de T/ionneur, sanction des peines et des plaisirs de sympathie *.
3^ Les peines ou les plaisirs qu’on peut éprouver ou attendre de la part des magistrats, en vertu des lois, composent la sanction po/ifique:o\\ peut l'appeler également sanction légale.
4® Les peines et les plaisirs qu'on peut éprouver ou attendre, en vertu des menaces et des promesses de la religion, composent la sanction religieuse.
Un homme a sa maison détruite par le feu. EstK^c par TcfFct de son imprudence?c*cst une peine qui dérive de la sanction naturelle. Estce par une sentence du juge? c’est une peine de la sanction politique. Est-ce par la malvcil-
<*on«îé(Vêi (Yvmmf! formant une saRciion dUlinrte.
DES SANCTIONS DE LA MORALE. aj
lance de ses voisins? c'est une peine de la sanction populaire. Suppose-l-on que c’est un acte immédiat de la Divinité offensée? ce sera une peine de la sanction reli{*icuse, ou vulgairement parlant, un jugement de Dieu.
On voit par cet exemple que les mêmes peines en nature apparliennent à toutes les sanctions. La différence n’est que dans les circonstances qui les produisent.
Celte classiHcalion sera d'une grande utilité dans le cours de cet ouvrage : c'est une nomenclature facile et uniforme, absolument nécessaire pour séparer, pour caractériser, par une déiiomioaiioii propre, les diverses espèces de pouvoirs moraux, de leviers intellectuels qui constituent la mécanique du cœurbuinain.
Ces quatre sanctions u’agissent pas sur tous les hommes de la niêmc manière, ni avec le même degré de force; elles sont quelquefois rivales, quelquefois alliées et quelquefois ennemies : quand elles s’accordent, elles opèrent avec une force irrésistible ; quand elles se coiiibaltent, elles doivent s’affaiblir réciproquement; quand clics sont en rivalité, elles uoivent produire des incertitudes et des contradictions dans la conduite des hommes.
On peut imaginer quaüc corps de lois qui correspondraient à ces quatre sanctions. Tout serait au plus haut point de perfection possible, si ces quatre corps de lois n’en formaient u’un seul. Mais cc but est encore bien loin e nous, quoiqu’il ne soit pas impossible de l’atteindre. Cependant le législateur doit sc souvenir sans cesse qu'il ne dispose iminédialcmcnt que de la sanction politique. Les trois autres pouvoirs seront nécessairement ses rivaux ou scs alliés, ses antagooislcs ou ses ministres. S’il les néglige dans scs calculs, il sera trompé dans scs résultats; mais s’il les fait concourir à ses vues, il aura une force immense. On ne peut espérer de les réunir que sous l’étendard de rulililé.
La sanction naturelle est la seule qui agisse toujours, la seule qui opère d’elle-méme, la seule qui soit immuable dans ses principaux caractères : c’est elle qui ramène insensiblement à soi toutes les autres, qui corrige leurs écarts, et qui produit tout ce qu'il y a d uniformité dans les sentiments et les jugements des liomines.
La sanction populaire et la sanction religieuse sont plus mobiles, plus changeantes, plus dépendantes des caprices de l’esprit humain. La force de la sanction populaire est plus égale, plus continue , plus sourde cl plus' constamment d’accord avec le principe de l’utilité. La force de la sanction religieuse est
fdus inégale, plus variable, selon les temps et es individus, plus sujette à des écarts dan-
> Quclqiic* personnes teroat étoiiaée» qu'en parlant des sanction» de la luoraJe on ne nomme pas U coofcient-c.
gereux. Elle s’affaiblit dans le repos, elle se relève par ropposition.
La sanction politique l'emporte , à certains égards, sur toutes les deux : elle agit avec une force plus égale sur tous les hommes ; elle est plus Claire et plus précise dans ses préceptes; elle est plus sûre et plus exemplaire dans scs opérations; cnKn, elle est plus susceptible d’étre perfectionnée. Chaque progrès qu’elle fait influe immédiatement sur le progrès des deux autres, mais elle n’embrasse que des actions d'une certaine espèce ; elle n'a pas assez de prise sur la conauile privée des individus ; elle ne peut procéder que sur des preuves qu’il est souvent impossible d'obtenir, et on lui échappe par le secret, la force ou la mse. Ainsi , soit qu’on examine dans ces differentes sanctions ce qu'elles font ou ce qu’elles ne peuvent pas faire, on voit la nécessité de n'en rejeter aucune, mais de les employer toutes, en les dirigeant vers le même but.
Ce sont des aimants dont on détruit la vertu en les présentant les uns aux autres par leurs
fioles contraires, tandis qu’on la décuple en es unissant par les pôles amis.
On peut observer en passant que les systèmes qui ont le plus divise les hommes, u’ont été fondes que sur une préférence exclusive donnée à l’une ou à l’autre de ces sanctions. Chacune a eu ses partisans qui ont voulu l’exalter au-dessus des autres. Chacune a eu ses ennemis qui ont cherché à la dégrader, à en montrer les côtés faibles, à en exposer les erreurs, à développer tous les maux qui en ont été les résultats, sans faire aucune mention de ses bons effets. Telle e.st la vraie théorie de ces paradoxes, où l'on élève tour-à-tour la nature contre la société, la politique contre la religion , la religion contre la nature et le gouvernement, et ainsi de suite.
Chacune de ces sanctions est susceptible d'erreur, c'est-à-dire de quelque application contraire au principe de 1 utilité; or, en suivant ta nomenclature qu'on vient d’expliquer, il est facile d’indiquer par un seul mot le siège du mal. Ainsi, par exemple, 'l’opprobre qui, après le supplice d'un coupable, rejaillit sur une famille innocente, est une erreur de la sanction populaire. Le délit de l'usure, c’està-dire de l’intérêt au-dessus de l'intérêt légal, est une erreur de la sanction politique. L’hérésie et la magie sont des erreurs de la sanction religieuse. Certaines sympathies ou antipathies sont des erreurs de la sanction naturelle. Le premier germe de la maladie est dans l'une de ces sanctions, d'oii elle se répand ordinairement dans les autres. 11 importe, dans tous tes cas, d'avoir démêle l’origine du mal avant de choisir et d’appliquer le remède
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