DU CHOIX DES PEINES
puisse comparer ces peines entre elles , en mesurer les divers défères.
11 y a deux manières de remplir cet objet : i” Eu ajoutant à une certaine peino^une autre quantité de la même espèce; par exemple, à cinq ans de prison pour tel délit, deux années de plus pour telle a{^p*av«tinn. 3** En ajoutant une peine d’un {^cnre différent; par exemple, à ciu(| ans de prison pour tel défit, une i|];nominie publique pour telle a{^avation.
4. Analogue au délit, La peine se (p'avera plus aisément dans la mémoire, elle se préseiH tera plus fortement à rimaQinalion, ni elle a une ressemblance, une analo{;ie, uii caractère commun avec le délit. Le talion est admirable gonscerân^ort ‘.œilpourœilf dent pour dent, etc. L’intclli(;ence la plus imparfaite est capable de lier ces idées. Mais le talion est rarement praticable, et dans plusieurs cas ce serait une peine trop dispcMidieuse.
Ilyad' autres moyens d’analogie. Cherchez, par exemple, le motif t|ui a fait commettre le délit : vous rencontrerez ordinairement la passion dominante du délinquant, et vous pourrez, selon l'expression proverbiale, le punir par où il a péché. IjCS délits de cupidité seront bien
5 unis par des peines pécuniaires, si les facultés U délinquant le permettent : les délits d’insolence par l'humiliation, les délits d’oisiveté par rassujettissement au travail, ou par une oisiveté forcée *.
5. Exemplaire, Une peine réelle qui ne serait point apparente, serait perdue pour le public. Le grand art est d’augmenter la peine apparente sans augmenter la peine réelle. On y réussit, soit par le choix même des peines , soit par les solennités frappantes dont on accompagne leur exécution.
Les auto-da-fé seraient une des plus utiles inventions de la jurisprudence si, au lieu d’être des actes de foi , ils étaient des actes de justice. Qu’est-cc qu’une exécution publique? c est une tragédie solennelle que le législateur présente au peuple assemblé : tragédie vraiment importante, vraiment pathétique par la triste réalité de sa catastrophe et par la grandeur de son objet. L'appareil, la scène, les décorations, ne sauraient être trop étudiés , puisque l'eFFet principal en dépend. Tribunal, éch.nfaud , vêtements des ofticiers de justice, vêtements des délinquants eux-mêmes, service religieux, procc.ssiun, accompagnement de tout genre; tout doit porter un caractère grave et lugubre. Pourquoi les exécuteurs eux-mêmes ne seraient-ils pas couverts d’un crêpe de deuil ? La terreur
de la scène en serait augmentée, et l’on déroberait à la haine injuste du peuple ces serviteurs utiles de l’état. Si l’illusion pouvait se soutenir, il faudrait que tout se passât en effigie. La réalité de la peine n’est nécessaire que pour en soutenir l’apparence.
6. La peine doit être économique, c'e.st-àdirc, n'avuir que le degré de sévérité absolument nécessaire pour remplir son but. Tout ce qui excède le besoin n’est pas seulement autant de mal superflu, mais produit une multitude d’inconvénients qui trompent les fins de la justice.
Les peines pécuniaires ont cette qualité à un degré éminent, puisque tout le mal senti par celui qui paie se convertit eu avantage pour celui qui reçoit.
7. I.Æ peine doit être rémissible, ou révoca-^ ble. Il faut que le dommage n’en soit pas absolnment irréparable , dans les cas où l’on viendrait à découvrir qu’elle avait été infligée sans cause légitime. Tant que les témoignages sont susceptibles d’imperfection, tant que les apparences peuvent être trompeuses, tant que les hommes n’auront aucun caractère certain pour distinguer le \Tai du faux, une des premières sûretés qu’ils se doivent réciproquement, c’est de ne pas admettre, sans une nécessité démontrée, des peines absolument irréparables. N'a-t-on pas vu toutes les apparences du crime s'accumuler sur la tête d’un accusé dont l'innocence était démontrée quand il ne restait plus cpi’à gémir sur les erreurs d’une précipitation présomptueuse? Faiblesel inconséquents que nous sommes! nous jugeons comme des êtres bornés , et nous punissons comme des êtres infaillibles !
1. A ces qualités importantes des peines on peut en ajouter trois autres dont Tutilité a moins d’étendue, mais qn'il faut rechercher, si on peut se les procurer sans nuire au grand but de l’exemple. C’est un grand mérite dans une peine que de pouvoir servir à la réforma-’ tion du délinquant, je ne dis pas seulement par la crainte d’être encore puni , mais par un changement dans son caractère et ses habitudes. On obtiendra ce but en étudiant le motif qui a produit ce délit, et en appliquant une peine qui tende à affaiblir ce motif. Une mai.son de correction, pour remplir cet objet, doit admettre une séparation des délinquants en différentes classes, afin qu’on puisse adapter divers moyens d’éducation à la uiversité de leur état moral.