‹ Œuvres de J. Bentham, jurisconsulte anglaisChapitre 178 sur 524 · E SATISFASSE SANS PREJUDICE · texte numérisé non relu

E SATISFASSE SANS PREJUDICE

inrnrtituile et de son ëloi(piement, puisse pa« La pratique d’employer des hommescomme raiire aussi c,rande que la souffirance de mourir accoucheurs, qui a excité des réclamations si de faim. On ne peut donc se garantir des effets Tives, n'est point encore généralement adaptée, de l'iiidq^encc qu’en procurant le nécessaire à excepté dans les premières classes , où l’anxiété ceux qui ne l’ont pas. est plus grande, et dans les dernières quand

On peut, sous ce rapport, distinguer les indi* le danger parait éminent. Il serait donc dangegents en quatre classes : i* les pauvres indus- reux de donner une exclusion légale aux homtrieux : ceux qui ne demandent qu’à travailler mes, au moins jusqu’àce qu’on eûlformé parmi pour visTe : a” les mendiants paresseux ; ils ai- les femmes des élèves capaülesde les remplacer, mentmieuxse fiera la charité précairedespas- Par rapport au traitement des pauvres, on xants que de subsister par leur travail : 3” les ne peut point proposer de mesure universelle ? personnes suspectes : ceux qui, ayant été mis il faut se déterminer parles circonstances loen justice pour un crime, et absous à cause de cales et nationales. Kn Écosse , à l'exception l'insuffisance des preuves, sont restés avec nne de quelques grandes villes, le gouvernement tache sur leur réputation qui les empêche de ne se mêle pas du soin des pauvres. En Ângletronver de l'emploi •' 4‘ criminels qui ont terre, la taxe pour eux monte à plus de trois achevé , leur temps de prison, et qui sont remis millions sterling — Cependant leur condicn liberté. Ces aifférenlcs classes ne doivent tion est meilleure en Écosse qu’en Angleterre.

f>as être traitées de la même manière ; et dans L’objet est mieux rempli par les moeurs que par es établissements pour les pauvres, il faut avoir les lois. Malgré les inconvénients du système un soin particulier de séparer les classes sus- anglais, on ne peut pas y renoncer tout d’un pertes et les classes innocentes. Une brebis in- coup ; autrement la moitié des pauvres périrait fertée, dit le proverbe, suffit pour gâter tout avant que les habitudes nécessaires de bienveille troupeau. lance et de frugalité eussent pris racine. En

Tout ce qu'on peut faire gagner aux pauvres Écosse rînflucnce du clergé est très-salutaire : par leur travail n'est pas seulement un profit n'ayant qu’un salaire médiocre et point de dîpoiirla conimunaiité, c'en est un pour ciix-mê- mes, les curés sont connus et respectés de leurs mes. I/C temps doit être rempli comme la vie paroissiens. EnAngletefTC,lcclergé étantriche doit être soutenue. C’est l'humanité qui près- et ayant des dimes, le curé est souvent en crit de trouver des occupations pour le sourd, querelle avec les siens, et les connaît trop peu. ravengle, le muet, l’estropié, l’impotent, l’in* En Écosse, en Irlande, en France, les pauftrme. — Les g.iges de l’oisiveté ne sont jamais vres sont moilérés dans leurs besoins. A Naaussi doux que la récompense de l’industrie, pies, le clirnalsauve ladrpensedu feu, duloge- 8i un homme a été mis en justice, accusé ment, et presque de riiahillement. Dans les d’un crime d’imlq^encc , lors même qu'il serait Indes orientales, rhahillement est à peine néabsotis, on doit exiger de lui qu’il rende compte cessaire, excepté potir la décence. En Écosse, de ses moyens de std)sistance, au moins pour réconomie domestique estimnne à tous égards, les six derniers mois. S’ils sont honnêtes, cette hors la propreté. En Hollande, elle est aussi recherche ne peut leur faire aucun tort; s’ils bonne qu'elle peut l’être sous tous les rapports; ne le sont pas, il faut agir en conséquence. en Angletcrn*, d’un c6té les besoins sont plus Pour la facilite de trotivcr de Poccupation, gramls qu'ailleiirs, et l’écijnomie est peut-être les femmes ont un désavantage particulier, sur un plus mauvais pied qu’en aucun pays do principalement celles d’une condition un peu monde.

au-des»sus du travail ordinaire. I^s hommes. Le moyen le plus sûr est de ne pas attendre ayant pins d'activité, plus de liberté, plus de l’indigence, mais de la prévenir. Le plus grand dextérité peut-être, s’emparent même des tra- des ser\ices à rendre aux classes lahorieuses, vaux qui conviendraient le mieux au sexe, et c’est d’instituer des caisses d’économie, où, par qui sont presque indécents entre les mains d'un l'attrait de la sûreté et du profit, les pauvres homme. On voit des hommes vendredesjouets soientdisposésàplacerlcspluspetitesénargnes. <l’enfunts, tenir des boutiques de mode, faire 8rctku« iti. Venons à cette classe ac désirs des souliers de femme.s, des corps de femmes, pour lesquels on ne trouve aucun nom neutre, des rol)es de femmes. Ce sont des hommes qui aucun nom qui ne présente quelque idée aev remplissent la fonction de sages-femmes. J ai cessoire de blâme ou de louange, mais surtout souvent douté si l'injustice de la coutume ne de blâme : la raison en est facile à trouver. Il pourrait pas être redressée par la loi, et si les n'a pas tenu à rascéli-me de flétrir et de crifemmes ne devraient pas être mises en posses- minaliscr les désirs auxquels la nature a confié sion de ces moyens de subsistance à l’exclusion la perpétuité de l’espèce. C’est la poésie surtout des hommes. Ce serait un moyen indirect d'ol>- <pii a réclamé contre ces usurpations , et qui â vier à la prostitution, en ménageant aux fem* embelli les images de la volupté et de l’amour : mes des occupations convenables. objet louable, quand elle a respecté la décence

• Elle a tien drpao. U y a eu «In aniu'ctoù (lie a paisé six millions.

FAIRE EN SORTE QuYn DESIR DONNÉ

et les mœurs. Obscr\ nns cependant (pie ces penchants ont assez de leur force naturelle, et qu'iU u’ont pas besoin d'èlre czeiU'S par des peintures cxaçérces et séduisantes.

Puisque ce désir est satisfait dans le niariap,c, non-seidcment sans préjudice pour la société, mais d’une manière avauta(*eusc, le premier objet du lé{vis)ateur, à cet énard, doit être de faciliter le maria{je , c’est-à-uire , de n’y mettre aucun obstacle qui ne soit absolument nécessaire.

Cest dans le même esprit qu’on doit autoriser le divorce sous les restrictions convenables. Au lieu d’un maria(;e rompu dans le fait, et qui ne subsiste qu'en apparence , le divorce conduit naturellement à un mariage réel. Les s/paratwns f permises dans les pays où le mariage est indissoluble, ontrinconvéïiient, ou de condamner les individus aux privations du célibat, nu de les entrainer à des liaisons illicites.

Mais si nous voulons parler sur ce sujet délicat, de bonne foi et avec une franchise plus honiiêle qu’une réserve hypocrite , nous reconnaîtrons (l'abord qu'il est un âge où l'homme a atteint le déveluppeinciit de ses sens, avant que son esprit suit mûr pour la conduite des .'iffaircs et le gouvernement d’une famille. Ola est vrai, surtoii i dans les classes supérieures de la société. Chez les pau\Tcs, le travail nécessaire fait divcTiion aux désirs de l’amour et en retarde le développement. Une nourriture plus frugale, un genre de vie plus simple, maintiennent plus long-temps le calme dans les sens et rimagin.ition. D'ailleurs, le pauvre ne peut guère acheter les faveurs de l’autre sexe que par le sacriHcc de sa liberté.

Indépendamment de la jeunesse, qui n’est

{las encore nubile sous le rapport moral, ('omùen d'hommes sc trouvent dans riiupiiissance de se charger de rentrclien et des soins d’une faniillcl D'une part, domestiques, soldats, matelots, vivant dans un état de dépendance, et souvent n’ayant pas de demeure fixe; d’autre part, hommes d’un rang ])ltts élevé qui attendent une fortune on un établissement; vojlà une classe bien nondireiisc, privée du mariage et réduite à un célibat forcé.

Le premier moyen <|ui sc présente pour tempérer ce mal serait de h'gilimer des contrats |>our un temps limité. Ce moyeu a de getinds inconvénients : toutefois le concubinage existe par le fait dans toutes les sociétés où il y a une grande disproportion dans les fortunes. En dt^ fendant ces anangements, on ne les empêche pas, mais on les rend criminels; un les avilit. Ceux qui osent les avouer proclament le iiu'pris des lois et des mœurs; ceux qui les cachent sont c.xposés à souffrir une peine d’opinion, à proportion de leur .sensibilité morale.

Dans la fa(;on commune de penser, l'idée de vertu est associée avec ce contrat ([unnd il est d’une durée indéfinie, et l’idée de vice quand il

est limité pour le temps. Les législateurs ont suivi cette opinion : défense de faire un tel contrat pour un an, permis de le faire pour toute la vie. La mt'iDe action, criminelle (Tans le premier cas, s(>ra innocente dans l’autre. Que dire de celle différence? La durée de l’engagement peut-elle changer du blauc au noir l’acte qui en est l’effet ?

Mais si le mariage à temps est innocent en lui-même, il ne s’ensuit pas (}u’il fût aussi honorable pour la femme qui le contracterait : elle n’obtiendrait jamais le même respect que r(‘pousc à vie. I.ui première idée qui se présente à son égard est ceU(>-ci : • Si cette femme avait

■ valu ce que valent les autres, elle aurait su N obtenir les conditions que les autres obtien-

■ nent. » Cet arrangement précaire est un signe d'infériorité , soit dans la condition , soit dans le mérite.

Quel serait donc le bien résultant de l’autorisaticiii de celte e.sijèce de contrat? Ce serait de ne pas exposer fa lui qui les défend à être souvent enfreinte et méprisée. Ce serait encore de garantir la femme qui sc prête à cet arrangement d’une Immilialion qui, ajircs l’avoir dégradée à ses propres yeux, la conduit prescpie toujours au dernier (icgré du désordre. Ce serait enfin de constater la naissance des enfants, et de leur assurer les soins paternels.

En Alleiiia{;ne, les mariages connus sous le nom de mana(/cs tic la main gauche étaient généraleiiient établis. L’objet était de concilier le bonheur doinesli<|Uc avec l'orgueil de famille. La femme acquérait ainsi quelques-uns de.s privilég('‘S d'épouse; mais elle ni ses enfants ii’uLtcnaient le nom et le rang de l'époux. Dans le code Frédéric, ils furent défendus. Cependant le roi .se réscr\'a de donner des dispenses particulières.

Lorsque je prupo.»e une idée aussi contraire aux sentiments reçus, je dois faire obsciverquc je ne la propose pas comme un bien, mats comme radoucissement d’un mal qui existe. Là où les mœurs suut assez simples , où les fortunes sont assez égales pour n’avoir pas besoin de cet expédient, il serait absurde de l'introduire. Ce n’est pas nn régime, c’est nn remède.

C'est av(îc la même apologie que je vais parler d’un df'sordrc plus grave, d’un mal qui existe parliciilièremeiil dans les grandes villes, et qui liait aussi de l'inégalité des fortunes et du concours de toutes les causes qui multiplient les célibamires. (îe mal est la prostitution.

Il est des pays où les luis la tcjlèrent. Il en est d’autres , comme TAni’lelerre, où elle est sévèrement défendue. Mais, quoique défendue, elle est aussi commune et aussi publiquement exercée qu’on peut l'iuiagiiicr, jiarce que le gonveriieuient u’ose p.is sévir, et que le public n’.ipprouverail pas ce dijdoiemenl irantorité. — La prostitution, défcmiiic roimne elle l’est, n’est p.is moins répandue que s'il n’y avait pas de loi; mais clic est beaucoup plus malfaisante.

Diguizeü by G^iOglc

SE SATISFASSE SANS PREJt'DlCE.

L^infatnie de la prostitution n est pas uniquement l'ouvra^’c des lois. 11 y aurait toujours un de^p'é de honte attaché à cet état, lors même que ta sanction politique resterait neutre. La condition des courtisanes est une condition de dépendance et de servitude, leurs ressources sont précaires, on les voit toujours à côté de rindi(»ence et de la faim. I^ur nom même s’associe à celui des maux qui flélrissentle plus J’imafpnation. On les considère avec injustice comme les causes mêmes des désordres dont elles sont les victimes. Il n’est pas besoin de dire quels sentiments elles peuvent attendredesfemmes honnêtes. Les plus vertueuses peuvent les plaindre; toutes s'accorderont à les mépriser* Personne ne cherche à les défendre ni à les soutenir. Il est donc naturel qu'elles soient écrasées par le poids de l'opinion. Elles-mêmes n'ont

t'amais su former une société qui pût contrelalancer ce mépris public. Quand elles le voudraient, elles ne le pourraient pas. Si l'intérêt d'une défense commune les réunit, la rivalité et lebesoin les divisent. La personne, aussi bien lie le nom d'une femme publique, est un objet e haine et de dédain pour ses semblables. C'est

fieut-êcre le seul état ouvertement méprisé par es personnes qui le professent publiquement. L’amour-propre, par l'inconséquence la plus saillante , cherche à s'étourdir sur sa propre infortune : ou parait oublier ce qu’on est , ou faire une exception pour soi-même en traitant sévèrement scs compa(pie8.

Les filles entretenues parta^rent de bien près l’infamie attachée à l'état des filles publiques. La raison en est simple : elles ne sont pas encore dans cette classe; mais elles paraissent toujours à la veille d’y tomber. Cependant plus la même personne a vécu avec le même homme , plus elle s’cloqpie de l’état déçradc, plus elle approche de la condition des femmes honnêtes. Plus la liaison a de durée, plus il parait difficile de la rompre , plus elle présente l'espérance de la perpétuité.

Que résul te-uil de ces observations ? C’est nue le remède, autant qu'il peut exister de remède, est dans le mal même. Plus cet état sera l'objet naturel du mépris, moins il est nécessaire d'y ajouter la flétrissure des lois. Il emporte avec lui sa peine naturelle : peine qui est déjà trop (p-ave quand on considère tout ce qui devrait disposer à la commisération en faveur de cette classe infortunée, victime de riné{çalité sociale, et toujours si près du désespoir. Combien peu de ces femmes ont embrassé cet état par choix cl avec connaissance de cause! Combien peu y persévéreraient si elles pouvaient le quitter, si elles pouvaient sortir de ce cercle d’t{;nominie et de malheur, si elles n'étaient repoussées de toutes les carrières qu’cUcs pourraient tenter de s’ou-

> Cda n'eM plus vr«i «ujnurd'liui. U reste & savoir si

vrir ! Combien y ont été précipitées par une erreur d’un moment, par 1 inexpérience de l'èf^e, par la corruption de leurs parents , par le crime d'un séducteur, par une sévérité inexorable pour une première faute, presque toutes par l’abandon et par la misère! Si l'opinion est injuste et tyrannique , le lé{pslateur doit-il exaspérer cette injustice , doit-il servir d’instrument à cette tyrannie?

D’ailleurs, quel est l'effet de ces lois? C’est d’au^pnenler la comiption dont elles accusent cette malheureuse classe de femmes : c'est de les précipiter dans la crapule et l’excès des liqueurs fortes, pour y trouver l'oubli momentané de leurs maux : c’est de les rendre inseusibles au frein de la honte, en épuisant sur le malheur l'opprobre qu'on aurait dû réserver aux \Tais crimes. Cest, enfin, d’empêcher les précautions i pourraient adoucir les inconvénients de ce «ordre s'il était toléré. Tous ces maux que les lois prodqruent sans n]éna('ement sont un prix fou qu'elles paient pour obtenir un bien ima(p. naire, qu’elles D’oblicnnentpasetu'olniendront jamais.

L’impératrice reine de Hon{rrie entreprit d’extirper ce mal, et y travailla avec une persévérance loual4e dans scs principes, et dip^ne d'une meilleure cause. Que s’ensuivit-il? La corruption se répandit dans la vie publique et privée : le lit conjugal fut violé; le siège de la justice fut corrompu. L’adultère acquit tout ce que perdait le lil>crtinagc. Les magistrats firent un trafic de leur connivence. La fraude, la prévarication, l'oppression, l’extorsion, se répandirent dans le pays, et le mal qu’on voulait abolir, réduit à se cacher, n'en devint que plus dangereux.

Chez les Grecs , cette profession était tolérée, quelquefois même encouragée ; mais on ne souffrait pas que les parents eux-mêmes fissent un trafic de l’nonneur de leurs filles. — Chezles Romains la lui SC taisait sur ce désordre, dans ce qu’on appelle les plus beaux temps de leur république. Le mot de Caton à un jeune homme qu'il rencontra au sortir d’un mauvais lieu en est la preuve. Caton n'était pas homme à encourager la violation des lois.

Dans la 4iétropo)e du monde chrétien, cette vocation est librement exercée Ce fut là sans doute une des raisons de l’excessive rigueur des protestants.

.A Venise, la profession de courtisane était publiquement autorisée sous la république.

Dans la capitale de la Hollande, les maisons de cette nature reçoivent une licence du magistrat.

Rétif de la Bretonne publia un ouvrage ingénieux, intitulé te Poniographe , où il proposait au gouvernement de faire une institution, soumise à des rè(;tes, pour la réception et la conduite des femmes publiques.

rcUe srrêrilc tournrra an proCc <le> merur*.

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