CULTURE DE LA BIENVEILLANCE
Le principe de la bienveillance est distinct en luiHnême de l’amour de la r<^putation. Chacun d’eux peut af,ir sans l’autre. Le premier peut C'tre un sentiment de l'instinct, un don de la nature , mais en (grande partie il est le produit de la culture, le fruit de l'éducation. Car où trouve-t-on une plus grande mesure de )>ienveiUance, chez les An(^lais ou chez les Iroquuis, dans l’enfance de la société ou dans sa maturité? Si le sentiment de bienveillance est susceptible d'auçmentation , comme on n’en saurait douter, c’est à l'aide de cet autre principe du cœur humain, l’amour de la réputation. Qu'un moraliste pei(pie la bienveillance sous les traits les plus aimables, et ré{;oÏ8nie, la dureté de cœur, sous les couleurs les plus odieuses, que fait-il par-là? Il cherche à réunir au principe purement social de la bienveillance le principe demi-personnel et demi-social de la réputation. Il cherche à les combiner, à leur donner la môme direction, à les armer l'un par l'autre. Si ses efforts sont couronnés de succès , auquel des deux principes faut-il en faire honneur? Ni à l’un ni à l'autre exclusivement, mais à leur concours réciproque, à l’amour de la bienveillance comme cause immédiate, à l’amour de la réputation comme cause éloqpiée. Un homme qui cède avec plaisif aux doux accents du principe social ne sait pas et ne désire pas savoir nue c’est un principe moins noble c|ui leur a donné le premierr ton. Telle est la délicatesse dédai^picuse du meilleur élément de notre nature : il ne veut devoir sa naissance qu’à lui-même, et il ruu- ^t de toute association étrau{;cre.
i”Au{pnenter la force des sentiments de bienveillance; a* en ré^^lcr l'application sur le principe de Tutililé; voilà les deux objets du législateur.
I. Veut-il inspirer rhumanité aux citoyens, il faut qu’il leur en donne le premier exemple, qu'il montre le plus grand respect non-sculeincnt pour la vie des hommes, mais |>our toutes
les circonstances qui influent sur leur sensibilité. Des lois sanguinaires ont une tendance à rendre les hommes cruels, soit par crainte, soit par imitation , soit par vengeance. Des lois dictées par un esprit de douceur humanisent les mœurs d'une nation , et l'esprit du gouvernement se retrouve dans celui des familles.
Le législateur doit interdire tout ce qui peut servir d acheminement à la cruauté. l.«8 spectacles barbares des gladiateurs , introduits à Rome vers les derniers temps delà république, contribuèrent sans doute à donner aux Iloroaiiis cette férocité qu'ils déployèrent dans leurs guerres civiles. Un peuple qui s’est accoutumé à mépriser la vie humaine dans ses jeux, la respectera-t-il dans la fureur des passions?
11 convient, par la même raison , de défendre toute espece de cnniaiité exercée envers les animaux , soit par manière d’amusement, soit pour flatter la gourmandise. Les combats de coqs et de taureaux, la chasse au lièvre , au renard , la pêche et d’autres aniuscmcMits de la mêrnecspècc, supposent nccessairementouune absence de réflexion, ou un fonds d'inhumanité, puisqu’ils entraînent pour des êtres sensibles les souffrances les plus vives, la mort la plus longue et la plus douloureuse dont on puisse se faire une idée. Il doit être permis de tuer les animaux, et défendu de les tourmenter. La mort artificielle peut être moins douloureuse que la mort naturelle, par des procédés simples qui valent bien la peine d’être étudiés, et de devenir un objet de police. Pourquoi la loi refuserait-elle sa protection à aucun sensible? Il viendra un temps où l'humanitc étendra son manteau sur tout ce qui respire. On a commencé à s'attendrir sur le sort des esclaves : on finira par adoucir celui des animaux qui sen'ent à nos travaux et à nos besoins.
Je ne sais si les législateurs chinois, en instituant leur cérémonial mintilicux, ont eu