EMPLOI DD MOBILE DE LA RELIGION
Quelquefois un simple chao{rement dans le nom des objets suffira pour rhan('er les sentiments des hommes. Les Romains abhorraient le nom de roi, mais iis souffraient ceux de dictateur et d’emperetir. Cromwell n'aurait pas réussi à se placer sur le tr<)iie d'An^rleterre ; mais il eut, sous le titre de protecteur, une autorité plus illiiniU'e que celle des rois. Pierre 1er abdiqua le titre de despote pour lui-même, et U ordonna que les esclaTcs des sei(jneurs ne fussent plus appelés que sujets.
Si le peuple était philosophe, cet expédient ne Taudrait rien ; mais , sur ce point , les philosophes mêmes sont peuple. Quelle déception dans les mots de liberté et A'é^alitéî Quelles contradictions dans ce luxe que tout le monde condamne, et dans celle prospérité des états que tout le monde admire!
Le lé(;islatcur doit prendre (^ardc à ne pas fournir des amies à l'opinion publique dans les cas oii elle se trouve contraire au principe do rutililé. C’est pour cela qu’il doit effacer des lois tous CCS vcsti('es de prétendus crimes d'hérésie et de sortilé|»e, pour ne pas donner un fondement Iq^al à des idées superstitieuses. S’il n’ose pas heurter une erreur trop répandue, il
ne doit pas an moins lui prêter une nouvelle sanction.
H est bien difficile d’employer le mobile de l'htinneur pour enf»a{»er les citoyens au service des lois contre les délinquants. Ix^s récompenses pécuniaires accordées à la délation ont manqué leur but. I^e motif de {»ain a été combattu par celui de la honte : la lot , plutfit que de (pi- {çner en force, en offrant un appât réprouvé par l’opinion, s’ est affaiblie. On a peur d’être soupçonné d'amr par un motif avilissant. J>a récompense mal choisie repousse au lieu d'attirer, et ôte à la loi plus de protecteurs (p'atuits qu’elle ne lui procure de serviteurs mercenaires.
liC moyen le plus puissant pour opérer une révolution importante dans l'opinion publique, c’est de frapper l’esprit du peuple par quehpie l^aiid exemple. Ainsi l*icrre-le-Grand, en passant lui-même lentement par tous les (jrades, apprit à sa noblesse â porter le jou{' de la subordination militaire. Ainsi Catherine 11 surmonta le préjugé populaire contre l’inoculation, non pas en l’essayant sur des criminels, comme avait fait la reine .Anne, mais en s’y soumettant elle-même.