‹ Œuvres de J. Bentham, jurisconsulte anglaisChapitre 221 sur 524 · PRÉCAUTIONS GÉNÉRALES CONTRE LES ABUS D AUTORITÉ · texte numérisé non relu

PRÉCAUTIONS GÉNÉRALES CONTRE LES ABUS D AUTORITÉ

qu'elle n'anraît faire sans une juste cause, en sorte que ce n est point un mal , ou que c'est un mal nécessaire. Je suppose que tous avez une force publique , une autorité or|vanisée dans toutes ses parties : si donc les associations sont devenues assez fortes pour vous intimider, au milieu de tous vos moyens ré{piliers de pouvoir, s'il ne s'cst pas formé des associations de votre c6té, vous qui avez tant de moyens à votre disposition pour obtenir la supériorité à cet é(;ard, n'est-ce pas un siçne infaillible que le jugement calme et réfliVhi de la nation est contre son gouvernement ? Cela posé, quelle raison pourrait-on donner pour le continuer dans le même état, pour ne pas satisfaire le vorti public? je n'en saurais trouver aucune. Sans doute une nation , étant comimsée d'hommes , n'a pas le privilège de l'infaillibilité, une nation peut se tromper sur ses vrais intérêts comme ses chefs; rien de plus certain : mais si l'on voit la grande majorité d'une nation d'un côté, etson gouvernement de l'autre, peut-on ne pas présumer, en première instance, que le mécontentement géuéral est fondé sur de justes ^iefs?

Loin d’être une cause d’insunrcclion , j’envisage les associations comme un des plus puissants moyens de prévenir ce mal. I>es insurrections sont les convulsions de la faiblesse qtii trouve des forces dans un désespoir momentané. Ce sont les efforts d'hommes à qui l'on ne permet pas d’exprimer leur sentiment, ou dont les projets ne pourraient point réussir s'ils étaient connus. Des complots qui sont opposés au sentiment général du peuple, ne peuvent réussir que par surprise et par violence. Ceux qui les trament ne peuvent donc en espérer le succès que par des moyens de force. Mais ceux qui peuvent croire que le peuple est de leur côté, ceux qui peuvent se flatter de triompher par Topinion générale, pourquoi useraient-ils de vio* lence ? Pourquoi s’exposeraient-ils à un danger manifeste sans utilité?— Je suis donc persuadé <rae des hommes qui sont en pleine liberté de s'associer, et qui le font sous la protection des lois, n'auront jamais reconrs k rinsurrection, excepté dans ces cas rares et malheureux où la rébellion est devenue nécessaire ; soit qu’on permette les associations, soit qu'on les défende, les rébellions ne se déclareront jamais plus tôt.

Les associations q\ii se flrent ouvertement en Irlande en 1780, ne produisirent aucun mal, et servirent même à maintenir la tranquillité et la sûreté dans le pays, quoique ce pays, à demi sativagf», fût déchire par toutes les causes possibles de guerre civile.

Je crois même que les associations pourraient être permises, et devenir un des principaux moyens de gouvernement dans les monarchies les plus absolues. Ces sortes d'élaU sont pins tourmentés qiie les autres par des révoltes et des soulèvements. Tout se fait par des mouvements soudains. Les associations pré-

viendraient ces désordres. Si les sujets de l'empire romain avaient été dans l’habitude de s’associer, l'empire et la vie des empereurs n'auraient pas été sans cesse vendus à l'encan par les gardes prétoriennes.

Au reste , je sais bien qu’on ne peut pas permettre des assemblées aux esclaves - on leur a trop fait d’injustice pour n'avoir pas tout à craindre, ou de leur ignorance, ou de leur ressentiment. Ce n'est pas dans les îles de l’Amérique,cen'est pas au Mexique qu'on peut armer le peuple et lui permettre des associations ; mais il y a des états en Füurotie où l'on pourrait s'élever à cette politique forte et généreuse.

Je sens bien encore qu’il y a un degré d’ignorance (pli rendrait les associations dangereuses ; cela prouve que l'ignorance est un grand mal, et non les associations ne soient un grand bien. D ailleurs, cette mesure elle-même peut servir d'antidote contre ses mauvais effets ; à proportion qu'une association gagne en étendue , étant formée en sécurité , toutes ses bases sont discutées, le public s'éclaire, le gouvernement dispose de tons les moyens de répandre les faits et de dissiper les erreurs. La liberté et l'instruction se donnent la main. La liberté focilite le progrès des lumières, et le progrès des lumières réprime les écarts de 1a lil^té.

Je ne saurais voir comment l'établissement de ee droit donnerait de rin<piiétude au gouvernement. Il n’y en a point qui ne craigne le peuple, (pli ne croie nécessaire de consulter ses volontés, et de s'accommoder k ses opinions : les plus despoti<njes , ce semble, sont les plus timides. Quel sultan est aussi tranquille, aussi sûr dans l’exercice de sa puissance, qu'un roi d'AngleUîrre? Lesjanissairesetla populace font trembler le sérail , pendant que le sérail fait tremlder la populace et les janissaires. A Londres, la voix (1(1 peuple se fait entendre dans des assemblées légitimes ; à Constantinople, elle éclate par des outrages. A Londres, le peuple s'exprime par des pétitions, et à Constantinople, par des incendies.

On objectera peut-être la Pologne, où les associations ont produit tant de maux : on se trompe, les associations naissaient de l'anarchie et ne la produisaient pas. D'ailleurs , en parlant de ce moyen comme d'un frein pour les gouvernements , je supposais un gouvernement établi : je parlais d'un remède et non d’un aliment journalier.

J'observe encore que dans les états mêmes où ce droit existe, il peut sc trouver des circonstances dans lesquelles il sera bon , non de le suspendre entièrement, mais d’en r(*glcr l’exeicicc. 11 lie faut point de n'*gle absolue et inflexible à <^l égard ; nous avons vu le parlement britannique, dans le cours de la dernière guerre, restreindre le droit de s’assembler, ne permettre des réunions pour un objet politique qu’après avoir énoncé publi(piement <?ct objet, et

MESURES CONTRE US MAUVAIS EFFETS D*UN DÉLIT DEJA COMMIS. 23q

sons l'antorisation du magistrat qui avait le Lorsque ces gènes ont cessé, tout est resté pouvoir de les dissoudre : et ces restrictions dans le même état, on e(lt dit que la loi restric* avaient lieu à l'époque même où les citoyens tive subsistait encore. Cest qu’un peuple assuré étaient appelés à former des corps militaires de ses droits en jouit avec mesure et tranquilpour la d^ense de l'état , et où le gouvernement lité. S'il en abuse , c'est qu'il en doute. Sa préannonçait la plus noble confiance dans l'esprit cipitation est l'effet de sa crainte, général de la nation.

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