CHAPITRE XXII
MESURES A PRENDRE CONTRE LES MAUVAIS EFFETS DUN DÉLIT DÉJÀ COMMIS. — CONCLUSION DE l'oUVRAGE.
Le résultat général des principes que nous venons de poser en matière de législation pé> nale, présente une heureuse perspective, etucs espérances bien fondées de réduire les crimes et d'adoucir les peines. Ce sujet D’oRre d’abord k l'esprit que des idées sombres, des images de souffrance et de terreur ; mais en s'occupant de cette classe de maux, les sentiments douloureux font bientôt place à des sentiments consolants et doux, lorsqu’on découvre que le cœur humain ne renferme point de perversité originelle et incnrable , que la multiplicité des délits n'est due qu’à des erreurs de législation faciles à réformer, et que le mal même qui en résulte est susceptible d'être réparé de plusieurs manières.
V oici le grand problème de la législation pénale. I** Réduire autant qu’il se peut tout le mal des délits à celui dont une compensation pécuniaire opère la guérison, — a* Rejeter les frais de cette guérison sur les auteurs du mal, ou, à leur defaut, sur le public. Ce qu’un peut faire à cet egard va beaucoup plus loin qu'on ne l’iroaginerait au premier aspect.
Je fais usage du motyu^son, en considérant l'individu lésé ou la communauté même sou.s le caractère d'un malade qui a souffert d'un délit. La comparaison est juste, et elle indique les procédés les plus convenables , sans y mêler les passions populaires, les antipathies que les idées de crime ne sont que trop sujettes à réveiller dans les législateurs eux-mêmes.
a trois sources principales des délits : l'incontincncG, — l'inimitié, — la rapacité.
Les crimes qui naissent de l'incontmcnce ne sont guère de nature à être guéris par une com-
pensation péenniaire : ce remède peut s'applic|uer en certains cas à la séduction, et m^e à 1 infidélité conjugale, mais il ne guérit pas la partie du mal qui consiste dans l’atteinte portée à l'honneur et à la paix des familles.
Observons qu'à l’inverse des autres délits, dont on arrête d' autant plus sûrement les mauvais effets qu'on les met plus en évidence, les délits d'incontinence ne deviennent nuisibles qu’en devenant publics. Aussi un bon citoyen nui se ferait un devoir de publier un acte de fraude , se garderait bien de dévoiler une faute secrète de l'amour. Laisser une fraude inconnue, c’est se rendre complice de son succès. Mettre au grand jour une faiblesse iguoréc , c'est faire un mal sans compensation : car on déchire 1a sensibiUlé de ceux qu’on livre à la honte, et l'on ne répare rien. Je compte parmi les établissements qui honorent l'humanité de notre siècle , ces asiles secrets d'accouchements , ces hôpitaux pour les enfants trouvés, qui ont préveuu si souvent les effets sinistres du désespoir, en couvrant des ombres du mystère les suites d’un égarement passager. Le rigorisme qui s'élève contre cette iiidiUgcnce est fondé sur un faux principe.
I4C8 délits qui naissent de Y inimitié sont souvent tels qu’on no saurait leur appliquer une compensation en argent. La compensation même, si elle peut avoir lieu, est rarement complète : elle ne défait pas ce qui est fait, elle ne restitue pas un membre perdu , elle ne rend pas un fils à son père, un père à sa famille ; mais elle peut agir sur la condition de la partie lésée, elle lui fournil un lot de bien en cmi-