DES EGARDS DCS AUX INSTITUTIONS EXISTANTES
nefatU Honc point de lois dans le Renj^ale contre l’extorsion ou le péculat, ou il ne faut pas y admettre le ju|;emcnt par jury, ou il faut composer ce jury d’Anglais et d’indiens, si un tel expédient est praticable
Cet exemple porleà faux, sites imputations faites aux Anglais dans les Indes sont fausses; mais il servirait également à éclaircir ce qu'on a posé en maxime, qu’une loi bonne dans un pays pourrait être mauvaise dans un autre , par la rfii»er*ilé des circonstances.
Il en est de même de différents points de religion, considérés politiquement, et de plusieurs nabitiides journalières qui composent ce qu’on appelle les mœurs. Il est peut-être avantageux, en totalité, que dans le Bengale, parmi les habitants de race asiatique, les maris soient disposés à enfermer leurs femmes , et que les femmes soient disposées à se laisser enfermer : tandis qu’en Angleterre il vaut mieux mie les maris n’aient pas une prétention semblable, ni les femmes une disposition à s'y soumettre. Si ces mœurs différentes conviennent mieux à chaque pays, c’est-à-dire, si elles y produisent la même mesure de bonheur , il ne faut pas entreprendre de les changer.
Montesquieu ne parle pas à cet égard d’une manière hypothétique : il prend le ton le plus affirmatif. « Ce n’est pas seulement la pluralité
■ «les femmes qui exige leur clôture dans cer- » tains lieux d'Orieiit, c’est le climat. Ceux qui
• liront les horreurs, les crimes , les perfidies, " les noirceurs, les poisons, les assassinats que
• la lilierté des femmes fait faire à Goa , et dans «les établissements portugais, dans les Indes, •» où la religion ne permet qu'une femme, et « qui les compareront à l'innocence et à la pu- » reté des mœurs des femmes de Turquie, de » Perse, du Mogol, de la Chine et du Japon, « verront bien qu'il est souvent aussi nécessaire m de les séparer des humme.s, lorsqu’on n’en a
■ qu’une, que lorsqu’on en a plusieurs *. »
Je ne sais si ces imputations sont bien fondées ; ce qu’il y a de certain, c’est que les Anglais ont aussi leurs établissements dans les Indes, et que les femmes anglaises ont pour le moins autant de liberté que les portugaises : cc])cndant qui ajamais ouï parler de ces abominations , comme étant plus fréquentes an Bengale qu’ailleurs? Si Montesquieu avait pensé à cet exemple, il n’aurait pas tout attrilmc à l'influence du climat, et une vue plus générale de son sujet l’aurait rendu moins dogmatique.
Dans le tableau des institutions existantes dans un pays, pour les examiner et les juger, il faut bien distinguer deux choses : 1” Si l'institution, relativement à son objet, est bonne
* C'ett le parti qu'on a prU. — Les naturels du part joaisaeiii d'une »àrcté qu'iU n'ont janiati connue »ou> leurs •ineiriu maîtres : leur pmprii^ê est assurée : ils sont à fahri des vrsalinns arbitraires, et le» grande» fortunes, faites rapidemnii, deviennent rares,
ou mauvaise; a* S’il convient de la conserver seulement en raison de son existence, c’est-àdire, parce que le mal du changement l’emporterait sur le mal de la conservation. Mais il est difficile de faire constamment cette distinction, et peut-être impossible de détacher toujours dans le langage deux choses qui tendent naturellement à sc confondre. Dans la section précédente, il est fait mention de coutumes auxquelles il faut que le législateur ait égard dans la tr<insplanlation d’un code, sans qu'on ait pu toujours exprimer si ces coutumes en elles-mêmes sontlxinnes ou mauvaises. Il suffit d’avertir le lecteur que parler d'une loi , d'une coutume , d’un point de religion qui existe, et que le législateur ne doit pas choquer sans de bonnes raisons, ce n’est pas approuver celte loi, celte coutume, ce point de religion : ce n'est que les offrir à l'attention da légi>lateur.
Montesquieu pourrait fournir mille exemples de ce genre île confusion : bornons-nous à un seul. Il pose en maxime que si le climat produit plus d’habitants que le terrain n'en peut nourrir, il est inutile défaire des lois pour engager à la prop.igaiion. Il rite après cela trois exemples qui semblent mis dans cette place pour servir d'appui et de jiislifiralion à cette règle : car à quoi bon les citer s’ils ne servaient d'autorité à sou sentiment? Cependant, il n’est pas possil)le qu’il les approuve. ■ A la Chine,
• dit-il, et au Tonquin, il est permis à un père » de vendre ses filles cl d'exposer scs enfants. « Les mêmes raisonsfoiit qtiedans l'ile Forroose
• la religion ne permet pas aux femmes de mettre » des enfants au monJe qu’elles n’aient trente-
• cinq ans : avant cet âge, la prêtresse leur
• foule le ventre et les fait avorter. • Mais qu’il
a loin de la maxime de Montesquieu à ces
iffércnies lois, <juoiqu’il les présente comme autant d'applications de la rè^e! Jugez par la maxime : vous conclurez que c’est une folie de convertir un plaisir en obligation, de rendre la génération pri'sentc moins heureuse, pour augmenter une population qui se forme assez d’elleméme sans aucun moyen de contrainte. Jugex par le premier exemple, celni de l’exposition des enfants : vous conclurez qu’on fait sagement de permettre aux pères d’ôter la vie à des êtres pour q'ii elle ne serait qu'un fardeau, et qui ne peuvent pas sentir sa perte. Jugez par le scci^nd exemple : vous conclurez qu'on doit permettre aux pères de consigner leurs filles, sans lesfConsulter, entre les mains d'un autre homme, pour qui elles peuvent concevoir ou de la haine on de l’amour. Jugez par le troisième exemple : un étranger peut troubler la
> Esprit Lois, lir. xvi, ch. xi.
i Chap. ITI , iiv. xiili.