A LA MANIÈRE DE TR
toujours riches. Quoi de plus aisé que d'en* voycr une commission spéciale ]H>ur les examiner, à la charge pour eux de j)ayer les frais?
Parmi les Indoiis , ceux d un rang élevé se souoieltraicnt à tout, plutôt qu'à faire un serment. (^'importe ? des hommes de ce rang méritent autant de confiance sur leur parole que les autres sur leur serment. Il n'y a qu'à les punir pour un simple mensonge comme on punit les autres pour un parjure. N'admet-on pas la déposition des quaKcrs, en Angleterre, sur leur simple affirmation? I>cs pairs ne déposent-ils pas en certains cas sur leur honneur?
Ni les mahométans ni les Indous ne pourraient souffrir qu'un officier de justice visitât l'appartement de leurs femmes. N'cst-il pas facile de ménager leur délicatesse sans violer la loi, dans les cas où elle ordonne des inspections de ce genre? Nommez des fenuiics pour cct office, et tout est concilié.
Les femmes anglaises seraient alarmées si on soumettait leur personne à la chotpiante inquisition d'un douanier. Mais, abusant des égards que la bienséance leur assure, il arrive fréquemment qu'en retournant de Calais à Douvres elles sont chargées de mousselines et de dentelles. Faut-il blesser la délicatesse des femmes ou leur permettre de frauder le fisc? Il est aisé de les soumettre à l’inspection de personnes de leur sexe.
Parmi les nombreuses tribus d’Indous, il y en a une dont les membres sont appelés decoits. Brama leur a révélé qu'ils doivent voler tout ce qui s'ofFre à eux , et tuer tous ceux qui tombent entre leurs mains. Doit-on, par respect pour leur conscience , leur permettre le libre exercice de leur vocation ? Si c'est le bon plaisir de Brama que ces gens-là vivent de cette industrie, c'est aussi le bon plaisir de Brama qu’ils en souffrent les conséquences.
On SC rappelle ce qu’étaient les uiSAii/ns et leur chef surnommé le yieux de la montagne. Chacun d’eux , fidèle aux ordres du chef, courait exécuter un meurtre où (jne ce fût, pour mériter le prix éternel de robéissnnee. La terreur de cette secte fanatique se répandit au loin. Les rois n’étaient plus en sûreté sur leurs trônes. On ne savait quelles victimes offrir pour apaiser ces dieux infernaux. Enfin, un prince tartarc, ayant découvert leur retraite, sut appliquer à ce mal le seul remède dont il fût susceptible ; il en extermina la race entière, et l’espère ne s’en est pas reproduite.
M. llastings , examinant comment l’on devait agir avec les derotts , recommande un traitement plus doux et aussi effectif. Il veut qu’on les réduise à l’csrlavagc eux et leurs familles. L’esclavage, considéré comme ])eiiic , n’est pas bien sA’ère dans un pays où la liberté politique est inconnue ; considéré comme moyen préventif, il remplit parfaitement son objet.
Montesquieu (livre xix, ch. xiv)dit : «Que
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• lorsqu'on veut changer les moeurs et les ma- » nières , il faut les changer par d'antres mœurs
• et d’autres manières , et non par des lois ; parce > (|ue les lois , dit-il, sont des institutions par- » uculières du législateur, tandis qiieles moeurs » et les manières sont des insCitntioDS de la na-
• tion en général. • La maxime elle^méme est vraie jusqu'à un certain point : mais la raison qu’il en donne est bien peu fondée ; cor tout ce que la loi peut défendre pourrait être un acte de la nation en général, si ce n'etait à cause de la lot qui l’interdit. Pour comprendre ce qu'il y a de vrai dans la maxime, et pour en découvrir la raison, voyons l'exemple qu’il cite : car, sans ces exemples , on serait souvent bien embarrassé à trouver le sens de ses préceptes.
Pierre-le-Grand fit une loi nui obligeait les Russes à se faire couper la bar^, et à porter des habits courts comme les Européens. Ims soldats apostés dans les rues avaient ordre de saisir ceux qui étaient en contravention, et de tailler impitoyablement les longues robes jusqu'à la hauteur des genoux. Cette mesure , dit Alontesquieii , était tyrannique. Pour opérer cette révolution dans 1 habillement, il ne clevait pas faire des lois ; son exemple aurait suffi.
L'objet de Pierre !«*■ , dans cette ordonnance, pouvait être, on de se satisfaire lui-meme en obligeant ses sujets à quitter une mode qui le choquait pour une autre qui lui plaisait, ou il seproposaitdeles polir, c'est-à-dire, de façonner leur caractère national sur les mœurs curoéennes qu’il croyait plus propres à les rendre cureux. Cette dernière supposition est la plus probable aussi bien que la [dus honorable à ce grand homme, etMontesquieu paraîtl’adopter. Dans le premier cas, la loi coercitive est inronvcnatile : la peine annexée est destituée de fondement, et par conséquent on peut l’appeler violente et tyrannique. Dans le second cas, c’était une mesure de législation indirecte contre toutes ces habitudes nuisibles dont il espérait corri{jer ses sujets en les formant sur le modèle des Européens. Pour amener l'imitation des mœurs, il fallait commencer par faire disparaître la distinction des habillements. 11 fallait introduire une nouvelle association d’idées. « Vous êtes Européens, voulait-il dire à ses nobles , conduisez-vous donc comme tels : traitez vus femmes et vos vassaux comme les hommes de votre vang traitent les leurs en Europe : mugissez de cette ivrognerie et de cette brutalité qui déshonorcraientdes gentilshommes européens : cultivez votre esprit; adoucissez vo.s manières; recherchez comme eux l’clcgance et la politesse dans les arts et dans les plaisirs.
Pouv.iit-il opérer le changement du caractère national sans changer le mo<le de l’habillement? ou pouvait-il introduire l'habit européen par .son seul exemple et d’autres moyens de douceur? Dans ces deux cas, la peine n'aurait pas été inutile, comme le dit Montesquieu ,