PREMIER TITRE GÉNÉRAL DU CODE CIVIL DES CHOSES
Commençons par les Choses. Robinson Crusoé Tëcut bien des années sans exercer de pui.ssance sur aucune personne, il ne l’aurait pas pu sans en exercer sur des cliuscs.
Les espèces dans lesquelles on peut diviser les choses sont innombrables, et il n'en est aucune qui ne puisse tomber sous la connaissance de la loi : car toutes les productions des arts , tous les objets de la nature sont compris dans son domaine. S'il fallait en faire une mention séparée, V Encyclopédie même ne serait qu*un chapitre de la lé(Tislation. Mais dans cette immensité, nous n'avons besoin de nous occuper que des choses sur lesquelles la lui a établi des difftv rences dans la manière de statuer à leur é{ptrd , celles c^ui lui ont servi de base pour asseoir des obli|;ations et des droits. Au moyen de quelques divisions générales, nous parviendrons à dominer aisément un sujet si vaste : nous les’ran*
{ferons selon leur source, selon leur emploi, seon leur nature.
Ire Division : Choses naturelles et choses arixjicielles. Au premier chef on peut rapporter celles auxquelles leurs noms respectifs peuvent convenir dans l'état où elles se trouvent lorsqu'elles sortent des mains de la nature, avaut d'étre modifiées par l'industrie de l'homme , c'est-àdire, la terre , ses diverses parties et les productions qu'elle enfante. Sous le nom de choses arti/icielles ou factices, on ne peut comprendre que celles qui ne peuvent acquérir leurs appellations respectives qu'en vertu des qualités que leur donne l’industrie humaine. Ainsi un cmamp, quoique cultivé, unevi(pie, quoique plantée, même une haie vive, seront choses naturelles. Une maison , un pressoir à vin , une haie morte seront des choses artificielles. Ces deux classes se rencontrent par une infinité de
}>oints, et il n'y a aucune démarcation fixe pour es séparer. Cependant une li^ne de démarcation sera de nécessité absolue dans un code civil. Il en faut une, entre des objets dont la loi se mêle, pour avoir la paix : sans cela les di^ putes seraient interminables. La Iqpie sera plus ou moins arbitniire; mais n'importe ce qu elle est, pourvu qu'elle existe.
Il* Division : Choses mobilières et choses immobilières ou immeubles. Autre li^e de démarcation positive. Les maisons sont pour l’ordinaire immobiles. Cependant on en a vu de fer et de bois qui voya(*eaient sur des roues *. Comme les anciens Scyüies, les Tartares de nos jours ne>sont lo^jés que de cette manière. Les navires sont des maisons : certains navires sont de petites villes flottantes. Les monta(pies, les collines se déplacent même quelquefois. D'assex {p'ands terrains ont channé d’assiette. Ces événements sont communs dans des pays de volcans. A ces ravaçes de la nature, succède trop souvent le fléau de la chicane quivients'asseoir sur des ruines ponr en disputer la possession.
III* Division : Choses employables et choses consumables : les premières qui peuvent servir à leur destination principale sans chan^^r de forme, les secondes qui ne peuvent servir à ce but qu'autant qu'elles se détruisent. Au premier chef on rapporte sans difficulté les maisons, la vaisselle. — Au second, les boissons, les comestibles. Les dernières sont les choses jungibles des romanistes. Encore un pas, et l'on se trouve arrêté tout court par le luTaiit de démarcation. Ce bois qui peut servir indifFéremmcnt à coustruire une maison ou à chauffer un four, le bœufqui traîne la charrue et qui va bientôt passer dans une boucherie, sont-ce ou ne sont-ce pas des choses funyibles? Toute la nature n'est
• Les neuf chapitres svivints aanient pu être placé* éant * Le docirar FonÜce co fit bitir noc, çu’il envoTa aux Ici hinci/fet du Code civil; mais comme les objets y sont Antilles, il j a environ vingt ans. Elle était de papier et de considérésd'une manière abstraite et scientifique, j’ai mieux carton, aime les inWrer daoa uo ouvrage qui est , pour ainsi dire, l'anatoinie de la jurisprudence.