II. Objections
Si la publicité est si favorable, à tant d’egards, aux gouvernants enx-roemes, si propre à les garantir des injustices du public, à leur procurer la plus douce récompense de leurs travaux, pourquoi sont-ils si généralement ennemis de ce régime? Faul-Ü en rberclicr la cause dans des vices, dans le d(^ir de gouverner sans rcsponsabiliic, de soustraire leur conduite è l'inspection,d’en imposer au peuple, de l'assujettir par son ignorance ?De tels motifs peuvent n’étre pas etrangers à plusieurs d'entre eux, mais les
» L^iInyeuTurker.
> Voyci ia Ifiilosaphie wuraU de Paley, Kv. Ti, ch. 6.
Je renvoi** 1rs lecteurs à ce pouagc, auquel on oc peut rien ajouter.
attribuer à tous serait le Unfva{;e de la satire. 11 peut y avoir à ret r^vard des erreurs de bonne foi, fondées sur des objections spécieuses : es> sayons de les réduire à leur juste valeur.
Frentière objection. • public est un ju{re ■ incompétent des opérations d'une assemblée a politique, à raison ilc ri(*norarice et des pasa sions de la majorité de ceux qui la corna posent, a
Si j'allais jusqu’à convenir que dans la masse du public, il n’y a peut-être pas un individu jiur cent, qui soit capable de former un ju(^einent éclairé sur les questions qu’on traite dans une assemblée politique, on ne m’accuserait pas d’affaiblir l’objection ^ et cependant, même à ce point, elle ne me parait d'aucune force contre la publicité.
Cette objection aurait quelque solidité, si, en ôtant au triluinal popidaire les moyens de bien ju{^cr, on lui ôtait é^ralement la fantaisie dcju{;er : mais le public juj^e, et il jti{;ern toujours. S'il s’abstenait de ju{>cr parla peurde mal juncr, loin d’accuser son i^piorance , il faudrait admirer sa sagesse. Un peuple qui saurait susciidre son jugement ne serait pas composé 'hommes vulgaires , mais de philosophes.
La publication des pièces, dira-t-on, augmentera le nombre des mauvais juges dans une proportion très-supérieure à celle des bons.
Je réponds à cela que , pour l'objet en question, il faut distinguer le public en trois classes : la première est composée de la partie la plus nombreuse qui s’occupe très-peu des affaires publiques, et qui n'a ni le temps de lire ni le loisir de raisonner. La seconde est composée de ceux qui portent une espèce de jugement , mais un jugement «l'emprunt, un jugement sur
Ïiarole, sans se «tonner la peine ou sans a%’oir a capacité de former une opinion à eux. La troisième est composée de ceux rpii jugent par eux-memes, d'après les informations plus ou moins exactes qu’ils ont pu se procurer.
Quelle est celle «les trois classes d'hommes à qui la publicité peut nuire?
Ce n'est pas à la première, puisque, par la supposition, elle est nulle pour eux. Ce n'est pas à la troisième : elle jugeait auparavant, elle juge maintenant; mais elle jugeait mal sur des informations très-peu exactes : elle jugera mieux lorsqu’elle sera mise en possession des documents vrais.
Qtiant à la seconde classe, ses jugements, avons-nous «lit, sont dcsjugcments d’emprunt, mais ils sont r«‘cho de ceux de la troisième classe. Or, cette classe, mieux instruite et jugeant mieux, fournira des «ipioions plus saines à ceux qui les rc^-oiveut tutites prépan'es «le sa
Ïiart. Kn rectifiant les unes, vous aurez rectitié CS autres. En purifiant la source, vous aurez purifié les canaux.
Four dé«'ider si la publicité peut nuire nu servir, il ne faut considérer que la classe qui
juge, parce qu'elle seule entraîne le cours de ro|)inion. Or, si cette classe jura mal, c'est qii elle ignore les faits, c’est qu’elle ne possède
Cas les «Innnées nécessaires pour former un on jugement. Voi«H donc la logique des partisans du mystère : « Vous êtes incapables de » juger, parce que vous êtes dans l’ignorance, » cl vous resterez dans l'ignorance, parce que • vous êtes incapables déjuger. ■
Seconde objection. * La publicité peut expo- » ser à la haine publique un membre de l’as- • semblée, pour des procédés qui mériteraient • un autre sort. »
Cette olijeriion rentre dans la première , l’incapacité du peuple à distinguer scs amis de scs ennemis.
Si un membre d'une assemblée politique n'avait pas assez «le fermeté pour braver une injustice momentanée, il lui manquerait la première qualité de son état. Le propre de l’erreur est «le n'avoir qu'une duree accidentelle qui peut cesser à charpie instant, tandis que la vérité est indestiuctiblc. Il ne s'agit que de la mettre en évi«lcnce, et c’est à (juoi tout concourt dans le régime de la publicité. L'injustice est-elle une fois reconnue? la haine se change en estime; et celui «pii, aux dépens «lu crédit d’un jour , a osé tirer cette lettre de créance sur l’avenir, en est payé avec usure.
Sous le rapport de la réputation, la publicité est beaucoup plus utile aux membres de l'asscmldée qu’elle ne peut leur être nuisible. Elle est leur sauvegarde contre les imputations malignes et les calomnies. On ne peut ni leur attribuer des discours faux , ni dissimuler le bien qu'ils ont fait, ni donner à leur conduite une tournure perfide. A-t-nn mal interprété leurs intentions? une explication publicpie fait tomber les fausses rumeurs et ne laisse point «le prise aux attaques clandestines.
1 rnisième objection. « Le désir de la popu- ■ larilr peut suggérer à «les membres de 1 as- • scnddée des propositions dangereuses : l'é- ■ loquence que l'on culiivc est une clorptence » de sfMuction plus que déraison, colle «l’un » tribun du peuple plus que celle d’un h'^gis- » latcur. «
Celte objection rentre encore dans la premit'Te , c’esl-;i-dirc rincompélcnrc du peuple à juger de ses vrais intérêts, à distinguer entre ses amis et ses fl.ittenrs.
Dans un état représentatif, où le penpien’est pas appelé à voter sur les mesures piditiqncs, ce changer est pcii à craindre. Les discours des orateurs qui ne lui sontconnus que par les journaux , n’ont point l'influence «les harangues
fiassionnées d’un «lémagogue séditituix. Ils ne tii parviennent «ni’en passant par un milieu qui les refroidit: et «le plus, ils sont ac«*ompagnés des argiiroenU contradictoires qui, dans le cas supposé, ont tout l’avantage naturel du vrai sur le faux.
La |mblicité des dcl>ats a ruine plus de dema({OQues qu*clle n'en a fait. Un liomme ipii a acqtiis uncf^ande f-iveur pn^mlairc, n’a qu'à entrer dans le parlement pour cesser d’Atre re* duutalde. Place au milieu de scs c(;aux ou de scs suptTieurs en talent, il n'avance rien nui ne soit combattu ; scs exa|TLTatioiis sont réduites à la mesure du vrai; sa présomption est humiliée : le désir d'une popularité momentanée ne ])roduit que le ridicule, et le flatteur du peuple Hnit par dé{;oûter le peuple même.
(^latrième objection. > Dans un état monar-
• chique, la publicité des assemblées, en ex-
• posant les membres au ressentiment du chef » de l'état, peut nuire à la Ul>erté de leurs dé- » cisions. »
Olte objection, plus spécieuse que les précédentes, sV^anouit quand on l’exainine, et même se tourne en arp, liment en faveur de la publicité. Four une telle assemblée, s’il y a du dau(*cr de la part de ce supérieur, il n'y a de sauve^^arde que dausla protection de l'opinion publique ; la bienveillance {^é'iié'rale devient son é{;idc. La pré'Caution des délibérations secrètes serait plus apparente que réelle. Les déinarcbcs de l'assemblée seraient toujours connues «le ce su|M*rieur, taudis qu'elles seraient ijpiorécs de ceux «pii ne demamieraient qu’à la protc|*cr, si «>n leur eu laissait les moyens.
Si donc une assembli'e politique préfi^rait le ré{*ime secret, en allé^piaiit la nécessité de se soustraire à rinspcctioii de ce supérieur, il ne faut pas s'y tromper : ce ne serait (|u’un prétexte. vrai motif de cette conduite serait plutôt le veru de se soumettre à son influence, sans trop s'exposer au blâme public ; car en «'xcluant le peuple, de quelle inspection se délivre-l-oii que de celle du peuple? Ix; chef manqn«3*t-il d'a{;eiits et «i’espioiis? N'est-il pas en même temps invisible et présent au sein de cette assemblée?
Avaneera-t-«)n comme objection contre le ré|;ime de la publieiti*, que c'est un système «le wéjxancc} Sans doute, c'en est un, et tonte bonne institution politique n’cst-ellc pas fondée jur cette base? De qui faudrait-il sc inéKer si ce n'est de ceux à qui vous donnez une gramle autorité, avec de (p-andes tentations d'en abuser? Considérez les objets de leurs devoirs; ce ne sont pas leurs propres affaires, mais les affair<^ d'autrui , comparativement indiff«‘r<întes, trèj^difficiles , très-«'ompliquées , «|ue l'indolence seule porterait à né(»li{»cr, et qui cxip.ent l'application la plus laborieuse, (xjiisidérer leurs intérêts personnels , vtJiis les verrez souvent en opposition avec ceux qui leur sont con- H«.*s ; iU possèdent tous les moyens de se servir eux-mêmes aux «lépens du public, sans ]>ouv«»ir être convaincus «le malversation, (^le rcste-l-il donc ^our «urmoiucr Unis ces imitifs (lau{;ereux*, qii à créer un intérêt «runc force supérieure? et «jucl peut-être cet iiilérût, sinon
le respect pour l’opinion publique, la crainte de ses ju(;ements , le désir de la (gloire, en un mol , tout ce qui résulte de la publicité?
i/clhcacité (le ccfp'aud moyen s'étend à tout ; hq'islatioii , administration , judicatiire. Sans publiriU’, point de bien permanent. Sous les auspices de la publicité, point de mal durable.